Coronavirus, situation dans les Ehpad, campagne de dépistage… : le "8h30 politique" du président de la Fédération hospitalière de France
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 63 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:36OuverteÉludée
Est-ce que vous avez une idée de la situation dans ces établissements ?
- 2:21OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'il faut envisager de tester tout le monde ?
- 2:36RelanceRéponse partielle
C'est plus un manque de moyens qu'une véritable stratégie sanitaire, non ?
- 3:16FerméeRéponse directe
Si on réservait ces tests en priorité aux EHPAD ?
- 5:37OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on peut dire aux familles qui ont un grand-parent aujourd'hui dans ces EHPAD ?
- 9:14OuverteÉludée
Est-ce qu'on a une idée aujourd'hui du nombre de malades à l'hôpital chez les soignants ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:40Invité politiqueFait
« on ne connaît pas de chiffres agrégés. »
- 0:57Invité politiqueChiffre
« en Ile-de-France, sur les 700 EHPAD, il y en a à peu près entre 100 et 150 qui pourraient être déjà touchés. »
- 2:48Invité politiqueChiffre
« Les Allemands testent beaucoup plus que nous, plus de dix fois plus que nous. »
- 7:07Invité politiqueChiffre
« on sait qu'en Allemagne, on teste 10 à 20 fois plus qu'on le fait en France. »
- 10:05Invité politiqueFait
« On a vu malheureusement des premiers médecins décédés ces derniers jours. »
- 18:47Invité politiqueChiffre
« en Ile-de-France, l'appel qui a été lancé a permis de mobiliser 800 médecins, 4 à 5 000 soignants. »
- 21:24Invité politiqueFait
« il a fallu rationaliser, rationaliser. Mais le problème, c'est que quand on rationalise, c'est très bien quand il ne se passe pas grand-chose. »
Temps de parole
- Frédéric Valletoux61 %
- Présentateur17 %
- Locuteur 28 %
- Locuteur 66 %
- ?4 %
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Merci infiniment d'être avec nous ce matin. Frédéric Valtout, bonjour. Bonjour. Vous répondrez tout à l'heure à partir de 9h aux questions des auditrices et des auditeurs de France Info 0156 40 41 11. La fédération hospitalière que vous présidez rassemble un millier d'hôpitaux publics partout en France, 3800 EHPAD publics également. Et la situation dans ces EHPAD nous inquiète particulièrement ce matin avec des témoignages qui arrivent de plusieurs de ces maisons de retraite médicalisées en Ile-de-France et dans le Grand Est, notamment des dizaines de morts. Déjà, est-ce que vous avez une idée de la situation dans ces établissements
? Non,
on ne connaît pas de chiffres agrégés.
On
ne sait pas exactement, effectivement, quelle est la situation réelle. On a des témoignages de situations très tendues. Mais je veux dire que pour l'instant, il
n
'y
a
pas de chiffres qui sont agrégés. On sait par exemple qu'en Ile-de-France, sur les 700 EHPAD, il y en a à peu près entre 100 et 150 qui pourraient être déjà touchés. Par le Covid-19. Donc, bon, on n'agrège pas forcément de chiffres.
Ce n
'est pas la vocation de la Fédération hospitalière de France.
On
est ensuite des établissements, des professionnels.
Il y a
une situation de crise que tout le monde comprend. Le premier rideau, ce sont les soignants. Ce sont eux qui, aujourd'hui, font face
à
la fois à cette épidémie et aussi au désarroi des familles, des patients eux-mêmes, bien sûr, et de leurs proches. Puisque
le
lien est coupé entre ceux qui sont pris en charge et les familles. On ne fait plus. Il n
'y a
plus de visite. Et c'est bien normal et compréhensible. Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, les soignants ont une mission qui est très difficile, qui ne
les
dépasse pas parce qu'il y
a
une organisation qui se met en place, une coopération qui se met en place de tous les secteurs de la médecine, public, privé.
Et,
j'allais dire, l'appel qui a été lancé, par exemple, en Ile-de-France aux professionnels, qui a montré que beaucoup ont répondu, montre qu'il y a une mobilisation générale
de
toutes les forces possibles sur cette épidémie.
Une centaine d
'établissements
touchés sur les 700 EHPAD uniquement en Ile-de-France. Vous nous dites ce matin, Frédéric Valtoux, est-ce qu'il faut envisager de tester tout le monde ?
On
n'aura pas les moyens de tester tout le monde. Donc, ce n
'est
pas la stratégie qui a été celle du gouvernement.
Ce ne
sont de toute façon pas les moyens qui sont ceux à disposition de notre pays.
C'est plus un manque de moyens qu'une véritable stratégie sanitaire, non
? Sur les tests. Il
y a une stratégie sanitaire, mais c'est vrai qu'on teste beaucoup moins que dans d'autres pays. Les Allemands testent beaucoup plus que nous, plus de dix fois plus que nous. On le voit aussi en Italie. La Vénécie a beaucoup testé la Lombardie et moins. Et on voit effectivement que la différence de chiffres entre ces deux régions est flagrante. Donc, en tous les cas, il faut faire face. Aujourd'hui, on n'a pas les moyens de tester tout ce qu
'on
ne fait. Y
compris
Frédéric Valtou,
si on réservait ces tests en priorité, voire en exclusivité, aux EHPAD, pour les personnels et pour les patients qui sont dans les EHPAD. Ça, c'est impossible de réserver ces tests pour les EHPAD.
Aujourd
'hui, il n
'y a
pas que les EHPAD. Enfin, je veux dire, il y a aussi la filière sanitaire, il y
a
aussi les hôpitaux, il y
a
aussi le personnel des hôpitaux. Il y a aussi, donc il faut, je veux dire, on ne
peut
pas réserver les tests qu'à une seule filière et qu'à un seul type de
public. Je
crois qu'aujourd'hui, il
y a
une organisation qui, et on le voit dans le Grand Est, qui appelle aussi à la solidarité entre régions, qui appelle aussi à la solidarité, je veux dire, internationale, puisque les pays limitrophes du Grand Est sont des pays qui sont aussi venus accueillir des patients de la région. Donc, cette solidarité-là, elle permet,
j
'allais dire, de soulager la pression qui pèse dans certaines régions. Aujourd'hui, la pression va se faire particulièrement sur l'île de France, là, dans les jours qui viennent. On le sait, elle est anticipée. Il y a eu cet appel à la mobilisation des forces vives, j'allais dire, médicales. Il y a la mobilisation de lits.
C
'est la même chose dans les Hauts-de-France. On sait qu'il
y a
des régions qui sont, pour l'instant,
je
ne dis pas qu'elles ne sont pas touchées, mais elles sont
plus
préservées, moins touchées, moins sous pression
que
le sont les régions que je viens de citer. Donc, il y
a
une solidarité entre les régions. Il y a des patients de l'Est qui ont pu être pris en charge par des établissements de l'Ouest, à Brest, à Bordeaux, ailleurs. Donc, il
y
a une solidarité qui se met en place et qui permet, j'allais dire,
de
tenir le choc.
Vous parlez de l'Est, Frédéric Valtoux. Il y a eu plusieurs dizaines de morts déjà dans des maisons de retraite ces derniers jours.
C
'est le cas notamment dans cette EHPAD de la Meuse où travaille Christelle Giraud, qui est infirmière. Je vous propose d'écouter son témoignage sur ce qu'elle vit aujourd'hui. Il y a eu cinq décès dans sa maison de retraite médicalisée.
C
'est des personnes en grande détresse respiratoire. Donc, voir quelqu'un suffoqué, voir c'est très dur à vivre. Et c'est aussi les familles. Quand il faut téléphoner aux familles, prévenir. On leur décrit aussi comment étaient leurs parents parce qu'ils ne les reverront pas. Donc, c'est tout un accompagnement qui est beaucoup plus dur et
c'est pesant. Qu'est-ce qu'on peut dire aux familles qui ont un grand-parent aujourd'hui dans ces EHPAD qui ne peuvent plus aller les voir depuis huit jours à cause du confinement ?
Je
pense que les familles, il faut leur donner l'information. Il faut les rassurer. Pas pour le plaisir de les rassurer, mais pour leur dire que toutes les mesures sont prises. Pour que toutes les mesures sont prises, encore faut-il qu'elles puissent être prises. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a une urgence. S'il y a une urgence, ce sont les protections, les mesures de protection pour les professionnels, ceux qui restent à côté des malades. Si j'avais un cri d'alarme à lancer ou un appel à lancer, c'est l'urgence
d
'équiper les professionnels qui prennent en charge
toutes
les mesures possibles de protection, que ce soit des masques, que ce soit des lunettes, que ce soit des blouses, que ce soit
tout ce
type. Ce
qui
signifie que ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui dans toutes les maisons de retraite
? Ça
tarde à arriver, clairement, ça tarde à arriver sur le terrain, les témoignages qu'on a dans différentes régions. Parce qu'aujourd'hui, il n
'y
a plus une région de France
qui
échappe au Covid-19. Même si vous l'avez compris, il y
a
une pression particulière sur les régions qu'on a citées. Pourquoi
c'est
si long
?
Sans doute qu
'il
n'y avait pas assez de stocks. Sans doute qu'il
y a
des filières d'approvisionnement qui aujourd'hui sont sollicitées par de très très nombreux pays. Il y a des stratégies nationales de stocks qui sont différentes. On le voit ne serait-ce qu'entre l'Allemagne et la France. Je le disais tout à l'heure, on sait qu'en Allemagne, on teste 10 à 20 fois plus qu'on le fait en France. Donc
le
problème, c'est qu'on n'inverse pas une stratégie d'accompagnement
en quelques
jours ou en quelques semaines. Ce sont des choix qui ont été faits il
y
a quelques années, sur lesquels il faudra peut-être faire un retour d'expérience serrée pour voir si effectivement les choix d
'il
y a quelques années et qui ont conduit à cette situation-là ont été les bons choix. Mais je veux
dire,
aujourd'hui, c'est le temps de l'urgence. Ce n
'est
pas le temps des bilans. Le temps des bilans et de la relecture du passé et de la situation actuelle, il sera toujours temps de le faire. Néanmoins, aujourd'hui, c
'est
l'urgence.
Et l'urgence,
c'est vrai que ça reste la protection, bien sûr, des professionnels. Parce que quand dans un établissement de santé, vous avez des professionnels qui, par dizaines, sont obligés d'être confinés ou sont obligés de rester chez eux ou sont eux-mêmes touchés par
la
maladie. Et on va en parler, si vous le permettez, Frédéric Valtout, dans quelques instants. On s'interrompt une minute pour le fil info. Tout d'abord, les toutes dernières informations à 8h41 avec Lauriane Delanoë.
Près
de 4 millions d'euros récoltés par la Fondation de France, des dons pour soutenir les soignants et les chercheurs dans la lutte contre le coronavirus. Ils ont besoin d'aide. Ce matin, sur France Info, Martin Hirsch lance un appel au secours. Plus d'un millier de malades dans des états graves sont soignés en ce moment dans les services de réanimation des hôpitaux d'Île-de-France, d'après le directeur général de l'APHP. Le Covid-19 qui a provoqué la mort de 1100 personnes dans les hôpitaux dans toute la France. Et ce chiffre n'est qu'une faible part de la mortalité, d'après Jérôme Salomon, le numéro 2 du ministère de la Santé. Les décès dans les EHPAD ne sont pas comptabilisés pour l'instant.
Attention si vous vous préparez à sortir de chez vous. L'attestation a été modifiée par le gouvernement. Vous devez recopier ou imprimer la nouvelle version. Elle est disponible sur franceinfo.fr, notre site. Principal changement. Il faut écrire l'heure de sortie pour vos déplacements pendant cette période de confinement. France Info,
et
tout est plus clair.
Toujours
avec Frédéric Valtoux, le président de la Fédération hospitalière de France, invité de France Info jusqu'à 10h. Vous évoquiez, Frédéric Valtoux, les personnels de l'hôpital qui sont parfois eux-mêmes atteints par ce virus. Est-ce qu'on a une idée aujourd'hui, il
y
a 2 millions de soignants au sens très large en France, est-ce qu'on a une idée aujourd'hui du nombre de malades à l'hôpital
?
Chez les
soignants ?
Non, il
n
'y a pas de recensement. En tout cas, nous, on ne fait pas de recensement à la Fédération hospitalière de France. Nous, on essaie d'accompagner au mieux les établissements et les professionnels dans cette situation d'urgence. Et on laisse gérer les pouvoirs publics le travail de recensement.
Ce
qu'on sait simplement sur le nombre de malades et tels qu
'ils
sont donnés tous les jours par le gouvernement, c'est qu'on parle de la filière sanitaire à l'hôpital. Et effectivement, il faudra agager toutes les personnes qui sont touchées ou qui sont décédées, qui ont décédé dans les EHPAD, d'une part. Et puis sur les professionnels eux-mêmes, non, on n'a pas de chiffres. On a vu malheureusement des premiers médecins décédés ces derniers jours. Des personnels soignants, certainement aussi, qui sont en tout cas touchés, suivis dans les services de réanimation. Mais on n'a pas de chiffres très précis. Ce que je veux dire aujourd'hui, c'est qu'il y
a
une mobilisation générale. Je pense que toutes les forces médicales, paramédicales de ce pays se mettent en mouvement. Elles se sont déjà mises en mouvement dans le Grand Est et dans des coopérations qui, je veux dire, aujourd'hui sont fluides. Et on n'est plus dans des guerres de chapelles, publiques, privées, etc. Je crois que tout le monde se remonte les manches.
Justement,
Frédéric Valtou, vous évoquiez cette mobilisation générale nécessaire. Vous évoquiez le Grand Est qui a été l'une des régions frappées en premier par cette épidémie. Aujourd'hui, tout le pays est concerné et l'Île-de-France se retrouve elle aussi en première ligne. Je vous propose d'écouter l'appel lancé par Martin Hirsch, le directeur de l'APHP.
Dans
mes interventions précédentes, je savais devant moi
que
j'avais
une
visibilité d'une semaine sur la capacité d'en prendre davantage.
Là,
j'ai une visibilité de trois jours.
On
a besoin de toutes les équipes, de tout le personnel, qu'il soit volontaire ou qu
'on
fasse appel à la réquisition. Aujourd'hui, les techniciens, les médecins, les infirmiers travaillent tout le temps.
C
'était ce matin sur France Info, Frédéric Valtou, cet appel à la mobilisation générale de Martin Hirsch. Il y a urgence.
Oui,
bien sûr. Martin Hirsch a totalement raison. C'est vrai que l'Île-de-France voit la vague maintenant s'approcher de manière très près. Alors, on est loin d'avoir atteint la saturation des capacités d'accueil en Île-de-France, mais j'allais dire, on voit que l'occupation des lits, la mobilisation générale, voilà, ça fait chaque jour qui passe
plus
dense. Et on ne sait pas quand le pic sera là, puisqu'on ne sait pas à partir de quand il va y avoir une décrue. Mais néanmoins, on sait qu'on est plutôt dans une phase, je veux dire, ascendante.
Il
faut être lucide.
On n'arrive toujours pas à
prévoir, Frédéric Valtou, pardon de cette question bête, mais à quel moment le pic de l'épidémie va être atteint en France, en regardant par exemple ce qui s'est passé dans les autres pays
? Après,
le problème, c'est que les stratégies de confinement n'ont pas toujours été les mêmes. Les stratégies de précaution n'ont pas toujours été les mêmes.
Quand on
cite par exemple l'exemple italien en disant qu'on a huit jours de retard sur eux
?
Vous voyez, même en Italie, la situation de la Lombardie et de la Vénécie sont très différentes parce que les stratégies de dépistage n'ont pas toujours été les mêmes. entre ces deux régions.
Et
donc on voit là déjà qu'il y a des différences. Donc tout ça est très fin. Moi, je ne veux pas jouer les devins. C'est une matière complexe. Et puis il y a aussi encore aujourd'hui une zone d'ombre qui sont effectivement ce qui se passe dans les maisons, dans les EHPAD. Et c'est vrai qu'on ne sait pas aujourd'hui très clairement mesurer l'étendue des dégâts dans les maisons de retraite. Donc il faut avoir la lucidité de le dire. Ça
signifie, Frédéric Valtou, que
le
bilan terrible qui est communiqué chaque soir est probablement beaucoup plus élevé parce qu
'on
ne connaît pas les situations dans les EHPAD.
Il
faut avoir la lucidité de dire que oui, bien sûr, puisque nous, on ne donne aujourd'hui que les chiffres qui sont ceux des chiffres connus par les hôpitaux. Et je veux dire que la filière hospitalière connaît. On a, et vous en citiez quelques-uns, on sait que dans telle maison de retraite, dans telle autre maison de retraite, dans telle autre EHPAD, etc. Mais agrégé, aujourd'hui, il n'y
a
pas d'agrégation de ces chiffres-là.
Ni
des personnes qui meurent
chez elles.
Ni des personnes qui meurent chez elles,
qui
ne sont pas comptabilisées non plus, je crois. Ni
des personnes
qui
meurent
chez elles.
Il
faut avoir, au-delà des chiffres eux-mêmes, ce que les Français doivent avoir en tête, c'est la progression des chiffres.
Et
déjà dans les chiffres qui sont donnés, la progression est importante. Alors le chiffre lui-même en valeur absolue, il est sans doute effectivement beaucoup plus important si on agrège ce qui se passe aujourd'hui dans les maisons de retraite et ce qui se passe, j'allais dire, oui, effectivement, de gens qui sans doute décèdent chez eux ou en tout cas qui aujourd'hui ne sont pas repérés. Donc voilà, mais au-delà de la valeur absolue,
ce qui
compte,
c
'est la progression. Ça progresse rapidement et c'est pour ça que les mesures de confinement, les précautions qui sont demandées aux Français, il faut de manière, je veux dire, forte, résolue et ferme les appliquer parce que c'est pas, voilà, c'est pas derrière. Il y a des conséquences qui sont réelles, qui sont... Et des vies qu
'on
s'ouvre pas. ...et de la contamination.
Et
des vies qu
'on
s'ouvre pas. Renaud Delis. Est-ce que cette situation, justement, que vous décrivez, Frédéric Valtoux, elle conduit certains personnels soignants, dans des circonstances extrêmes, à être contraints
à
trier, entre guillemets, entre les malades et effectivement à choisir, parce qu'ils n'ont pas le choix, de fait d'ailleurs, de sauver plutôt certains malades que d'autres qui sont d'ores et déjà condamnés ? Est-ce que cette situation, elle existe aujourd'hui à l'hôpital
?
Écoutez, je crois que c'est une question qui est difficile parce qu'il faudrait être dans le quotidien des services. Je pense qu'il faut être honnête
et
réaliste
et
se dire qu'effectivement,
il
y a un moment, il y a sans doute des choix qui sont
faits.
Et que, parce que, voilà, les moyens sont limités, qui ne sont pas que des moyens humains, qui sont aussi des moyens matériels, maintenant, je,
je, je,
voilà,
je,
évidemment,
je
ne,
il
y
a
impossible de donner un chiffre,
mais
je crois qu'il faut avoir la lucidité de se dire qu'effectivement, voilà, on a des capacités qui, quand elles sont pleines et quand elles débordent, peuvent effectivement amener à faire des choix qui sont des choix difficiles et qui sont des choix douloureux. Et d'ailleurs, ça pose la question
des
personnels de santé eux-mêmes.
Et
des personnels de santé, je ne parle pas que des médecins, je parle des infirmiers, des infirmières, des aides-soignantes, de tous ceux qui sont en contact des malades et qui,
peut
-être d'ailleurs,
plus
ces derniers que je citais
que
les médecins, passent plus de temps au chevet des malades parce que les médecins ont un champ, je veux dire, de patients plus larges à suivre
et
que ceux-là, effectivement, il va falloir,
voilà,
il va falloir les accompagner, les soutenir.
Il faut
une aide psychologique, ce que
vous voulez dire. Vous avez
beau avoir de l'expérience, vous ne vous faites jamais,
vous
ne vous faites jamais au décès d'un patient, vous n'êtes jamais insensible à ça
et
quand les cas deviennent multiples, compliqués, répétitifs, vous êtes d'autant plus atteint et touché.
Vous restez avec nous encore pour jusqu'à 10h, Frédéric Valtoux. Merci infiniment de nous accompagner, président de la Fédération hospitalière de France. Vous répondrez à partir de 9h10 aux questions que les auditeurs de France Info peuvent, dès à présent, vous poser. Au standard, je vous en rappelle, le numéro, c'est le 01-56-40-41-11, 01-56-40-41-11. Vos questions, aussi vos témoignages, bien évidemment, de solidarité. On parlera avec vous dans quelques minutes, si vous le voulez bien, de l'opération que soutient France Info avec la PHP, avec l'Institut Pasteur et avec la Fondation de France pour aider, justement, les hôpitaux, les soignants, la recherche, les malades les plus fragiles.
Aussi, on s'interrompt tout d'abord pour le fil Info à 8h51. L
'heure
obligatoire avec la date à partir de ce matin sur vos attestations de sortie. Nouvelle règle et donc, nouveau document à télécharger ou recopier, il est sur notre site franceinfo.fr. Le confinement pour ralentir la propagation du coronavirus et il y a urgence. L'appel de soignants ce matin sur France Info, le directeur général des hôpitaux publics de Paris réclame des respirateurs et des réquisitions de personnel. Plus de 1000 malades graves pris en charge dans les services en Ile-de-France,
d
'après Martin Hirsch. La priorité, c'est aussi la protection des personnels avec des masques, des blouses, des gants, d'après le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valtout. Reste avec nous sur France Info jusqu'à 9h30 pour répondre à toutes vos questions. Appelez-nous 01 56 40 41 11. Des trains bondés et des embouteillages sur les routes de la province de Roubaix en Chine ce matin. C'est une première depuis deux mois. Les restrictions levées dans cette région, le berceau de l'épidémie pour les habitants de Ouran, la ville, il faut attendre encore deux semaines.
France
Info,
et
tout est plus clair.
Toujours
avec le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric
Valtout et avec Renaud Dely. Vous évoquiez les nécessaires mobilisations générales il
y
a un instant, Frédéric Valtout. L'État, le gouvernement en appelle aussi à ce qu'on appelle la réserve sanitaire, le retour par exemple de jeunes retraités. Qui elle concerne cette réserve sanitaire aujourd'hui ? Est-ce que ça fonctionne bien selon vous
?
Oui, elle fonctionne. On voit par exemple qu'en Ile-de-France, l'appel qui a été lancé a permis de mobiliser 800 médecins, 4 à 5 000 soignants qui se sont inscrits spontanément pour venir en appui déjà des forces existantes, enfin des forces qui sont déjà dans les établissements. Donc oui, ça fonctionne bien. Ce sont des jeunes retraités, ce sont des étudiants, ce sont peut-être des gens qui ont quitté l'exercice pour aller vers d'autres métiers et qui reviennent. Voilà, donc je pense que oui, c'est la capacité de la France à aller chercher ces forces professionnelles et à tout le monde de se mettre au service du système hospitalier pour assurer une meilleure prise en charge.
Et ça concerne tous les personnels
de santé, Frédéric Valtout.
L'hôpital a
besoin de tout le monde.
Aujourd'hui, l'hôpital a besoin de tout le monde. Franchement, l'hôpital a besoin de tout le monde. On a besoin d'ambulanciers, on a besoin de médecins, on a besoin d'infirmiers, infirmières. Voilà, je pense qu'aujourd'hui, l'hôpital a besoin de tout le monde. Les établissements de santé ont besoin de tout le monde et que oui, l'heure est à la mobilisation générale. Ce qui se passe est très grave parce que, comme je le disais, pour l'instant, l'exercice statistique ne nous donne pas une vue précise de l'ampleur du
problème.
Et on entend l'urgence à vos propos ce matin. Frédéric Valtout, je voudrais qu
'on
dise un mot sur l'opération Tous Unis contre le virus qui a été lancée par la PHP, c'est
-à
-dire les hôpitaux publics de Paris, par la Fondation de France et l'Institut Pasteur, initiative que France Info a choisie, comme toutes les antennes du groupe Radio France, de relayer très largement sur ces antennes avec un appel au don lancé au particulier. Le compteur en est ce matin à 4 millions d'euros, nous disait Lauriane Delanoé. Je vais vous poser la question à l'envers. Mais est-ce que c'est au particulier aujourd'hui de financer cet effort de guerre, selon le terme qui a été pris par Emmanuel Macron ? Est-ce que ce n
'est
pas un aveu d'échec terrible aujourd'hui ? Est-ce que cet argent ne devrait pas arriver directement des caisses de l'État au nom du « quoi qu'il en coûte » décrété par Emmanuel Macron
?
Écoutez, je crois que l'État est en train de se mobiliser. Maintenant, à postériori, la question qu'il va falloir se poser, quand je dis qu'il se mobilise, c'est qu'il développe des crédits, il accompagne, il mobilise l'armée, il accompagne la mobilisation générale. Et j'allais dire,
il a ouvert les
vannes sur le plan budgétaire pour pouvoir accompagner
au
mieux et sans, j'allais dire, s'en rechigner. Maintenant, la question qu'il faudra se poser, effectivement, à postériori, mais à postériori, on peut toujours se poser plein de questions, c'est effectivement, avait-on la bonne stratégie de stock, de matériel, masque, etc. avait-on la bonne stratégie quant à la gestion du nombre de lieux hospitaliers,
de
la gestion de ce secteur, etc., qui a été soumis depuis 15 ans
à
des restrictions majeures. Donc, vous voyez, quand je mets 15 ans, on met tout un tas de gouvernements à
l'intérieur.
C
'est
une espèce de stratégie qui a été suivie comme ça, un dogme où il a fallu rationaliser, rationaliser. Mais le problème, c'est que quand on rationalise, c'est très bien quand il ne
se
passe pas grand-chose, ou en tout cas quand on est dans la vie courante.
Et
puis quand tout d'un coup,
il
y a un moment de tension très fort, vous ne pouvez plus tellement où c'est compliqué de remobiliser des hommes, des lits, enfin quand je dis des hommes, des hommes,
des
femmes, des professionnels, des lits, des moyens, etc., etc. Donc,
bon,
tout ça, on se les reposera à postériori.
Et donc, il faudra
tout changer, quand on vous écoute,
il
faudra tout changer demain, une fois que cette crise aura été franchie, dans l'organisation de l'hôpital et dans l'approche,
justement.
Mais bien sûr qu
'on
sait qu'il faudra déjà changer beaucoup de choses. De toute façon, parce que d'abord, une crise comme celle-là, elle est exceptionnelle par son ampleur, elle est exceptionnelle par l'ampleur des moyens mobilisés, mais de l'effort demandé aussi aux Français qui sont chez eux, déjà depuis plus d'une semaine, et qui vont y rester encore pendant quelques semaines. Donc, on voit bien que de toute façon, il y aura un bilan en transparence et un bilan général à faire qui, effectivement, va nous amener à recaler un certain nombre de choses. dans les choses qu'il y
aura
certainement à recaler, il y a effectivement la voilure de notre système de santé, la manière dont il procède, son financement, la manière dont il procède,
et
peut-être qu
'il
doit être sacralisé beaucoup plus qu'il ne l'a été, dans ses moyens, parce qu'on fait un système de santé pour tous les jours, mais aussi on fait un système de santé pour être capable d'absorber des pics, pour absorber des moments de crise.
C'est peut-être ça qu'on a oublié.
On
s'est dit, tant que ça tient au jour le jour, finalement, on peut raboter année après année le budget de
l
'hôpital en oubliant l'imprévisible.
Oui, en oubliant l'imprévisible. Et puis, on est aussi dans un moment où tous les pays sont touchés en même temps. Donc, là où parfois il peut y avoir de la solidarité européenne, internationale, là, elle est rendue compliquée par le fait que tous les pays sont mis, j'allais dire, au même niveau. Les stratégies de réponse ne
sont
pas toutes les mêmes, mais ce sera aussi intéressant dans le travail à postériorité de regarder ce qui a pu marcher ailleurs et ce qui n'a pas marché ailleurs, ou ce qui a pu, en comparant à ce qui s'est passé chez nous, mais néanmoins, aujourd'hui, il n'y a pas un pays qui échappe, effectivement, à ces difficultés. Donc, déjà, la coopération internationale,
elle
est très limitée. Je disais tout à l'heure pour le Grand Est qu'effectivement, il y a des patients qui sont partis dans les pays limitrophes parce qu'il y a des capacités encore. Mais on est sur une coopération à la marge. Je veux dire, il ne
peut
pas y avoir une aide internationale massive qui vient, comme quand il y
a
une catastrophe naturelle ou quoi que ce soit. Aujourd'hui, tous les pays ont à faire face à cette épidémie.
Un mot, si vous le permettez, je
sais
que ce n
'est
pas exactement votre domaine de compétences, Frédéric Valtou, mais Emmanuel Macron a nommé hier un nouveau comité scientifique qui est chargé de réfléchir à toutes les possibilités pour éteindre cette épidémie de coronavirus. Il y en a une parmi toutes ces possibilités qui est le traçage numérique des patients. C'est ce qu'a fait notamment un pays comme Singapour qui permet, une fois qu'une personne a été diagnostiquée positive, grâce à son téléphone portable, de remonter sa présence sur les jours précédents et de voir les personnes qu'elle aurait pu contaminer également. Jacques Toubon, le défenseur des droits qui était avec nous tout à l'heure, a émis quelques réserves sur ce dispositif.
Quelle est votre opinion
? Je
crois qu'aujourd'hui, la technologie permet sans doute de mieux, effectivement, tracer la manière dont se répand une épidémie comme celle-là. Donc, mettre la technologie au service de la compréhension, de la diffusion de cette épidémie, je pense que c'est évidemment une voie vers laquelle il faut aller. Maintenant,
ça
se fait dans un état de droit, dans le respect d'un certain nombre de règles, dans un respect, et je pense que Jacques Toubon a eu raison de le rappeler, dans un respect d'un certain nombre de règles de transparence, de règles liées à ce qu'est notre pays et son rapport aux libertés, et qu'il faut arriver à trouver une voie de passage entre ce que permet la technologie et ce que autorise notre droit, notre conception des libertés, et surtout de la liberté individuelle. Donc, ça aussi, c'est pas des choses qu'on pose en matière, au moment des crises, pardon, ça saute aux yeux au moment des crises, mais ce sera des choses à réfléchir, je veux dire, à froid, quand tout ça sera
terminé,
pour effectivement anticiper une prochaine épidémie.
Vous restez avec nous, Frédéric Valtoux. Merci infiniment d'avoir accepté de répondre aux questions des auditeurs.
Frédéric Valletoux