Israël : "On n'avait pas vu de telles émeutes depuis octobre 2000"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:32OuverteRéponse directe
Lorsqu'on parle de guerre civile, est-ce que c'est un abus de langage ou est-ce que c'est perceptible dans l'atmosphère ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Samy Cohen, est-ce que vous partagez cette inquiétude sur le spectre d'une guerre civile ?
- 4:24OuverteRéponse partielle
La fracture au sein de la société israélienne ou au sein des Palestiniens ?
- 5:30RelanceÉludée
Vous dites qu'il a construit cette nouvelle génération, et il est débordé aujourd'hui par cette génération-là ?
- 6:23OuverteRéponse directe
Cette génération dont vous parlez, cette extrême droite suprémaciste, est-ce qu'il peut la freiner malgré tout ?
- 6:55OuverteRéponse directe
Elias Sambar, que voyez-vous de nouveau dans le conflit, dans les violences, dans les tensions qu'on voit s'exprimer aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:42InvitéFait
« On n'avait pas vu de telles émeutes depuis octobre 2000. »
- 4:50InvitéFait
« Benjamin Netanyahou n'a pas arrêté de fustiger la minorité arabe, de faire voter des lois qui sont des lois discriminantes envers la minorité arabe. »
- 5:58InvitéFait
« Notamment la loi de l'État-nation du peuple juif de juillet 2018, c'est un peu l'accomplissement de ce processus qui consiste à affirmer clairement que les juifs ont une priorité. »
- 7:42InvitéFait
« Ce qui est extrêmement nouveau, mis à part, et je suis d'accord avec votre invité, dans quelque temps il y aura une forme d'accord par rapport à Gaza. »
- 9:42InvitéFait
« Les colons sont devenus la clé magique de la formation d'un quelconque gouvernement israélien. »
- 11:39InvitéFait
« Le Hamas a dit « Nous devons protéger Jérusalem. Nous sommes les protecteurs des Palestiniens et de Jérusalem. » »
- 22:56InvitéFait
« Toute la négociation a été confiée exclusivement à un seul partenaire qui est le partenaire américain et qui n'était pas neutre. »
Temps de parole
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Vous l'entendiez dans nos journaux et dans la chronique de Pierre Aski, des tensions, des violences qui continuent en Israël et en Palestine, des bombardements de l'armée israélienne, des tirs de roquettes du Hamas, des scènes de lynchage, l'escalade meurtrière se poursuit et s'installe la crainte d'une guerre civile légitime où nous on va essayer de regarder les faits, les faits et d'abord les faits, et d'essayer de comprendre une situation complexe et qui est peut-être inédite.
Chers auditeurs, vos questions dans une dizaine de minutes, vous connaissez le numéro 01 45 24 7000 ou l'application France Inter et dans le grand entretien de ce 14 mai avec Karine Bécard, nos deux invités ce matin, avec nous en studio, Samy Cohen, docteur en sciences politiques, directeur de recherche émérite à Sciences Po. Vous avez travaillé sur le système politique israélien, les guerres asymétriques d'Israël et vous êtes l'auteur d'Israël, une démocratie fragile chez Fayard. Bonjour Samy Cohen.
Bonjour.
Et en duplex, il est écrivain essayiste, ambassadeur, représentant permanent de la Palestine auprès de l'UNESCO. Il a participé activement à de nombreuses négociations de paix quand on y croyait encore entre Israéliens et Palestiniens. Bonjour Elias Sambar.
Bonjour.
Merci infiniment d'être avec nous ce matin. et en duplex, le correspondant de Radio France à Jérusalem, Frédéric Mettezot. Frédéric, vous étiez à l'Aude en reportage, on l'entendait dans le journal de 7h et vous décriviez une situation extrêmement tendue. Lorsqu'on parle de guerre civile, est-ce que c'est un abus de langage ou est-ce que c'est perceptible dans l'atmosphère ? On est le matin aujourd'hui. Et quelle est l'ambiance où est-ce qu'on sent la tension toujours maintenant ?
Alors écoutez Ali, bonjour à tous. Avant tout, guerre civile, on n'a pas eu de mort dans ces affrontements communautaires, il faut le citer, mais ce sont des scènes qu'Israël n'a jamais connues ou plutôt ce sont des scènes qu'on a pu voir dans les territoires occupés, en Cisjordanie occupé par Israël. Ce que j'ai vu hier soir à l'Aude, les plus anciens, moi je n'avais pas l'âge durant la première intifada, les plus anciens l'ont vu dans les villes palestiniennes, c'est-à-dire des tirs de mortiers, des tirs de grenades, des rafales d'armes automatiques. À cela s'est ajouté un tir de roquette qui nous a obligés à trouver un abri de fortune.
Ces affrontements entre juifs et arabes, ils sont nouveaux à ce point en Israël. Il faut bien rappeler qu'à l'Aude, on est dans l'état d'Israël, c'est-à-dire que c'est palestinien.
On est en plein cœur d'Israël, c'est une ville de 75 ans.
Oui, c'est ça, on est à peu près à Mishma entre Tel Aviv et Jérusalem, vous voyez. Donc nous avons dans cette ville deux tiers d'Israéliens juifs et un tiers d'Israéliens qui sont des arabes, des palestiniens. Ils sont majoritairement chrétiens et il y a quelques musulmans. Et là, ces tensions poussées à ce point entre ces citoyens juifs et arabes d'Israël, c'est absolument nouveau. Ce sont des scènes de pré-guerre, en tout cas, que nous avons vues. La ville était sous couvre-feu. Les entrées étaient barrées à toutes les personnes extérieures, sauf aux journalistes. Un déploiement de la police des frontières, qui est une police armée, était là.
C'est d'ailleurs un symbole assez fort de voir que c'est la police des frontières qui devait intervenir en plein cœur d'Israël.
Oui, bien sûr. Vous restez avec nous, Frédéric. Quand on parle du spectre d'une guerre civile, Samy Cohen, est-ce que vous partagez cette inquiétude ?
Écoutez, la situation est grave. C'est indiscutable. On n'avait pas vu de telles émeutes depuis octobre 2000. Il faut y comprendre pourquoi c'est arrivé. Parce que, finalement, c'est quelque chose de beaucoup plus grave que les échanges de tirs, d'artéries, de missiles entre le Hamas et l'armée israélienne. C'est beaucoup plus grave ? Je pense que c'est beaucoup plus grave, parce que le cycle de violence avec le Hamas va se terminer. On sait comment il commence, plus ou moins, et on sait comment il se termine, plus ou moins également. Tandis que là, on a une fracture qui surgit. Il faut comprendre comment est arrivée cette fracture-là.
C'est quelque chose que les gens ne veulent pas comprendre.
La fracture au sein de la société israélienne ? La fracture au sein des Palestiniens ? Elles sont multiples, les fractures.
La fracture entre la droite nationaliste, entre les Israéliens et ces jeunes Palestiniens. Qu'est-ce qui s'est passé ? Il faut comprendre. Depuis dix ans, à peu près, Benjamin Netanyahou n'a pas arrêté de fustiger la minorité arabe, de faire voter des lois qui sont des lois discriminantes envers la minorité arabe. Nous avons une jeune génération, que j'appellerais la génération arabe-palestinienne, la génération Netanyahou. Elle a grandi. Elle a grandi sous l'ombre du gouvernement nationaliste depuis 2020. Aujourd'hui, on découvre la violence. C'est une nouvelle génération qu'on n'attendait pas.
Et qui déclare son ras-le-bol par rapport à cette volonté d'imposer la supériorité juive sur la minorité arabe.
Mais vous dites en fait qu'il l'a construite, cette nouvelle génération, et il est débordé aujourd'hui, Benjamin Netanyahou, par cette génération-là ?
Non, il ne l'a pas construite. Ce qu'il a construit, c'est l'approfondissement de la fracture entre la société arabe et la société israélienne.
Vous pensez à la loi État-nation qui date d'il y a maintenant quelques années, trois ans, où l'arabe par exemple n'est plus une langue officielle de l'État d'Israël ?
Notamment la loi de l'État-nation du peuple juif de juillet 2018, c'est un peu l'accomplissement de ce processus qui consiste à affirmer clairement que les juifs ont une priorité. Seuls eux peuvent s'autodéterminer sur cette terre d'Israël, pas la minorité arabe.
Mais une dernière question pour conclure sur ça. Cette génération dont vous parlez, cette extrême droite suprémaciste, j'ai envie de dire les choses comme ça, est-ce qu'il peut la freiner malgré tout ? Est-ce qu'il peut empêcher qu'elle s'exprime aujourd'hui comme elle s'exprime ?
La droite suprémaciste ?
L'extrême droite, oui.
L'extrême droite. Écoutez, Netanyah a tout fait pour les pousser en avant.
Est-ce qu'aujourd'hui il peut manœuvrer et reculer en fait ?
Non, il n'a aucun intérêt à le faire parce que s'il veut se présenter à de nouvelles élections, il a besoin de ses voix. Donc il ne fera rien contre eux.
Elias Sambar, vous connaissez très bien l'histoire, l'histoire de cette région, l'histoire palestinienne, cette histoire avant même la création d'Israël. Que voyez-vous de nouveau dans le conflit, dans les violences, dans les tensions qu'on voit s'exprimer aujourd'hui ?
Vous savez, sur la permanence des nœuds, des nœuds historiques, je n'aurais pas un mot à ajouter à la chronique de Pierre Haski. Elle est parfaite. J'ajouterai seulement des développements nouveaux. Ces nœuds historiques sont toujours à l'œuvre, ils n'ont jamais cessé d'être à l'œuvre. Ce qui est extrêmement nouveau, mis à part, et je suis d'accord avec votre invité, dans quelque temps il y aura une forme d'accord par rapport à Gaza. Mais ce qui est absolument nouveau, c'est une sorte de traversée des frontières, de ce que vous avez appelé la fracture, qui existait sous des formes moins violentes, plus latentes, qui est maintenant au sein de l'État d'Israël.
Et il faut bien, bien voir que cette fracture, donc que tout le monde a intérêt, ou peut-être que c'est plus rassurant, a gardé dans le cadre extrémiste juif, quartier, dans les villes qu'ils appellent un mixte, c'est-à-dire la communauté des Palestiniens porteurs du passeport israélien, est en fait une fracture entre Israéliens. Cela, personne n'en parle aujourd'hui. Aujourd'hui, la fracture entre l'extrême droite et le reste de la société israélienne est le principal facteur nouveau. Les colons, on le sait, nous avons beaucoup de contacts, ça n'a jamais été rompu, avec beaucoup d'interlocuteurs israéliens, que ce soit des groupes ou des individus. Les colons sont extrêmement impopulaires.
Personne ne le dit. Ce qui se passe aujourd'hui, que nous voyons à l'œuvre dans ce qu'ils appellent les villes mixtes, c'est le fait que les colons ont pris le pouvoir et que le reste de la société, à mon avis, doit être soit dans l'écœurement, il n'y a pas d'autre terme, soit dans la peur. C'est cela le facteur nouveau. Et c'est cela qui va déterminer l'issue de la situation. Bien sûr, il y a l'aspect militaire, il y a la situation dans les territoires palestiniens, il y a le fait que demain c'est l'anniversaire de la Nakba et qu'on va encore assister à des embrasements.
Par contre, ce qui est tout à fait nouveau, c'est qu'on vient d'avoir une manifestation violente du fait que les colons sont désormais au pouvoir, et je pèse mes mots, et je connais très bien la situation israélienne. Les colons sont devenus la clé magique de la formation d'un quelconque gouvernement israélien. On en est à la veille peut-être d'une cinquième élection sans résultat.
Alors ça, c'est côté israélien, il y a 100 barres, mais c'est vrai qu'il y a aussi le problème d'élections qui ne sont pas tenues du côté palestinien. Mais lorsque vous regardez la situation aujourd'hui, juste pour qu'on comprenne et qu'on pose les choses de manière objective, en tout cas simple, quand Frédéric Mettezot, vous étiez à Lod, vous avez rencontré des Arabes israéliens et vous parlez d'un sujet, un sujet majeur, c'est celui de Jérusalem. Jérusalem qui revient de nouveau dans la problématique et qui est un problème même pour un chrétien palestinien.
Oui, voilà, c'est exactement ça. C'est ce que me racontait un monsieur que j'ai rencontré hier. Vous savez, ici, on a vu ces images de la police israélienne qui est entrée dans la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem que les musulmans appellent Al-Khodz, la ville sainte. Eh bien, ces images ont fait le tour du monde et beaucoup de Palestiniens musulmans se sont sentis blessés, ont été blessés par cette image. Et c'est vrai que hier soir, quand on voyait la police israélienne à proximité d'une petite mosquée à Lod, un monsieur chrétien m'a dit c'est de mon devoir de descendre pour protéger une mosquée, même si je suis chrétien. Je veux protéger cette mosquée, il faut protéger Al-Aqsa.
Et c'est vrai que Jérusalem est revenue au cœur du débat. Il y a eu une succession de maladresses de la police israélienne qui font qu'on a quand même, à Jérusalem-Est, dans la partie arabe de la ville, depuis un mois, des émeutes presque tous les soirs. On a eu ces scènes de violence à Al-Aqsa. Et qu'a fait le Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle Gaza, le Hamas qui est classé terroriste par Israël et par l'Union Européenne, donc la France ? Eh bien, le Hamas a dit « Nous devons protéger Jérusalem. Nous sommes les protecteurs des Palestiniens et de Jérusalem. » Et qu'est-ce qu'on a vu sur l'esplanade des mosquées ? Les drapeaux verts du Hamas.
Je m'entretenais hier, comme on dit de façon off, avec un officier de réserve de l'armée israélienne. Il me disait « Le Hamas a réussi deux choses. Il a réussi à palestiniser Al-Aqsa, un petit peu comme si les Italiens avaient italianisé Saint-Pierre, alors que, normalement, ce lieu est le lieu de tous les musulmans du monde. » Et ensuite, le Hamas est en train d'imposer son leadership sur les Palestiniens parce que le Fata de Mahmoud Abbas dans l'autorité palestinienne en Cisjordanie est complètement freiné, paralysé.
Et même, un troisième élément, on a la jonction avec une cause commune, entre guillemets, entre les Palestiniens des territoires, par les Palestiniens de Gaza et les Palestiniens à passeport israélien. Samy Cohen. Écoutez, la question de Jérusalem a joué un rôle de détonateur. Ça a été l'étincelle qui a fait sauter le baril de poudre. Pardon, le baril de poudre. Ce baril a été rempli, comme je vous l'avais dit, pendant des années par les gouvernements successifs de Benjamin Netanyahou, qui n'a pas arrêté de stigmatiser la minorité arabe. Bon, il ne faut pas s'étonner que cette jeunesse considère que trop, c'est trop et qu'il faut manifester son indépendance, son autonomie.
Voilà, il y a quelque chose qui est complètement étonnant. Cette jeunesse, personne ne l'attendait.
Personne ne l'attendait, mais Elia Samba, il y a quelque chose d'assez surprenant. Vous êtes le représentant permanent de la Palestine à l'UNESCO, mais de quelle Palestine êtes-vous le représentant aujourd'hui ? On a le sentiment qu'entre l'autorité palestinienne, le Fatah et le Hamas, il y a deux mondes qui ne se retrouveront pas et que le Hamas a l'air d'être plus convaincant d'avoir plus de force de conviction, je ne sais pas comment le formuler, que l'autre camp.
Il y a plusieurs questions dans la vôtre, alors je vais me permettre d'y répondre très vite. Tout d'abord, vous faisiez un parallèle entre la répétition des élections en Israël et le fait que les Palestiniens n'ont pas pu aller aux urnes. Là, vous confondez deux choses. D'une part, un pays souverain qui a les moyens de faire des élections et d'autre part, un peuple occupé à qui on ne donne pas le droit d'aller aux urnes. Donc la comparaison n'est absolument pas de mise. J'ajoute deux choses. La grande, grande, grande provocation a été cette entrée des troupes.
La nuit d'Al-Qadr qui est la nuit des destins, qui est la nuit la plus sainte dans la religion musulmane puisque c'est la nuit selon les musulmans durant laquelle Dieu a transmis le Coran, a révélé le Coran aux prophètes. Ce n'est pas n'importe quelle nuit. Et puis, il y a une question fondamentale. Vous parlez de l'UNESCO. Je vous rappelle que ce site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est un site universel de prière et qui doit être un site respecté et protégé. Voir des troupes qui entrent dans la mosquée. Nous avons eu 900 blessés. Pour la plupart, ils ont perdu un oeil. Ce qui veut dire que les turs se sont faits à hauteur de tête. Tout cela rejoint les propos de M.
Cohen quand il dit à quel point Netanyahou est en train d'utiliser ces troubles pour essayer de se maintenir au pouvoir. J'ajoute une troisième chose. Quant à le fait que cette révolte quand elle a commencé n'était maîtrisée ni dirigée ni coordonnée ni par le Hamas ni par le Fatah. Gaza et Ramallah n'étaient pas aux commandes. Et aujourd'hui ? C'est un voilà. Aujourd'hui on a le sentiment
que le Hamas se pose en champion des palestiniens au sens très large.
Votre sentiment est vrai. Le Hamas a saisi l'occasion et exactement ce que disait ce citoyen chrétien de l'Aude. Le Hamas a saisi l'occasion pour que les gens maintenant les simples gens nous disent quand nous sommes dans la difficulté quand nous sommes sous la pression des forces d'occupation eux au moins ont réagi et ont pris position avec nous et sont en train de subir d'ailleurs le fait qu'ils ont pris position. Ce qui fait qu'aujourd'hui dans le journal Arès il y avait une très bonne chronique et elle est juste à savoir est-ce qu'il est encore temps de se poser si le Hamas a gagné cette épreuve. Il l'a gagné politiquement quels que soient les sujets militaires plus tard.
Le Hamas est arrivé alors qu'il était hors jeu par rapport à ce qui se passait à Jérusalem le Hamas est arrivé aujourd'hui à dire qu'il est aux commandes et qu'il défend cette cause de toute la Palestine comme vous le disiez. C'est extrêmement inquiétant par rapport à la Palestine c'est inquiétant par rapport à une donnée où on a beaucoup parlé d'histoire. Il y a une donnée fondamentale dans l'histoire palestinienne et dans la société palestinienne. Cette société ne peut exister que si elle est plurielle. Elle est plurielle depuis la nuit des temps c'est un peu le trait spécifique de ce que les gens appellent la Terre Sainte.
La Terre Sainte ne peut être que plurielle sinon elle est source de mort de guerre et de sang. Aujourd'hui avec ce qui est en train de se passer nous avons une perte de la pluralité du côté israélien avec cette exacerbation de la religion juive tenue par des colons excessifs et fascistes il n'y a pas d'autre terme et du côté palestinien. La montée du courant musulman qui est exactement exactement et au détriment
des chrétiens palestiniens.
Au détriment des chrétiens pardon au détriment de la pluralité palestinienne nous ne sommes pas dans le schéma libanais entre des confessions qui se font la guerre. Nous sommes dans un pays qui risque de perdre son identité Israël va en faire un pays monochrome les Hamas pensent en faire un pays monochrome et dans les deux cas c'est les deux peuples qui seront perdants.
Alors justement il faut regarder les choses aussi du côté israélien Samy Cohen vous avez beaucoup travaillé non seulement sur la démocratie israélienne sur la société elle-même est-ce que c'est une société qui se sent toujours en danger c'est paradoxal comme question parce que les dernières images que nous avions d'Israël ces dernières semaines c'était d'une société qui vaccinait retrouvait une forme de liberté je le dis de manière provocante mais c'est le choc des images qui imposent ces situations et dans l'actualité c'est une société qui se recroqueville sur elle-même vous diriez ça ?
Oui c'est très net la dimension sécuritaire pour les israéliens la perception de la menace elle existe elle s'est renforcée nous avons eu deux grandes périodes la période Rabin où l'espoir d'une sortie de conflit avec les palestiniens émergeait à partir de la deuxième intifada avec les attentats suicides la population s'est sentie menacée et se sont toujours menacées elle voit se succéder non seulement elle a vu se succéder non seulement des attentats dans les territoires occupés elle a vu se succéder également les attaques du Hezbollah au nord du pays les missiles de roquettes qui sont tirés de la bande de Gaza vers les populations du sud elle a l'impression de vivre sur un baril de poudre permanent et ça ça compte beaucoup et c'est ce qui fait au fond le succès de la droite c'est ce sentiment d'insécurité profond que ressentent les israéliens
alors vous parliez de sortie du conflit du coup j'ai envie de rebondir comment on sort de ce conflit de ce conflit pardonnez-moi quel rôle doit jouer la communauté internationale est-ce que c'est ces vedans d'elle qu'on trouvera une solution est-ce que c'est là que ça va jouer est-ce que c'est les Etats-Unis qui doivent absolument tout manœuvrer
comment on sort du conflit d'abord il faut le vouloir le conflit
c'est pour ça que je parle de la communauté internationale parce qu'on sent bien que sur place pour l'instant on n'est pas dans cet état d'esprit là
du tout non on n'est pas dans cet état d'esprit c'est certainement pas l'état d'esprit du gouvernement de la droite sur le plan international comment sortir il faut dire que il y a une réunion
du conseil de sécurité de l'ONU dans quelques jours
très peu de réactions des pays arabes oui le conseil de sécurité va essayer de refroidir les tensions il n'est pas là pour résoudre le problème le problème dépend des acteurs sur place ce n'est pas les Etats-Unis ce n'est pas Biden qui va trouver une solution et d'ailleurs je me demande s'il a vraiment envie de s'impliquer à nouveau dans ce conflit qui est un conflit de tous les dangers pour lui
donc quand on voit Emmanuel Macron qui téléphone hier à l'autorité palestinienne qui veut absolument réussir à parler au premier ministre israélien tout ça c'est quoi juste de la gesticulation parce que la France en fait n'a pas vraiment son mot à dire sur le sujet on n'attend rien d'elle
non c'est pas tout à fait de la gesticulation Macron fait ce qu'il peut c'est à dire que il essaie de ramener les différents acteurs au calme et il essaie de montrer la position de la France qui est une position où elle veut parler à la fois aux palestiniens aux israéliens et donc Macron est dans un jeu d'équilibrisme qui n'est pas facile pour lui
je voudrais poser une question rapidement comme on est sur la France à Elia Sambar est-ce que le gouvernement français a raison d'interdire la manifestation pro-palestinienne qui devait avoir lieu samedi à Paris
c'est pas à moi de vous répondre sur cette question je suis tenu par mon poste à ne pas commenter les affaires intérieures françaises par contre je voudrais répondre au reste toutes les questions que vous avez posées le grand problème dans cette négociation nous avons négocié pendant un tiers de siècle les gens l'ont oublié ça fait 30 ans que nous négocions
et vous de manière active particulièrement dans les années 90
voilà et nos délégations sont toujours revenues les mains vides ça il faut le dire alors revenir sans cesse à cette question lancinante que peut la communauté internationale que peut l'Europe que peut la France est une question qui n'a pas de réponse parce qu'elle est mal posée
et la question des responsabilités on n'arrivera jamais à la tranchée il y a sans bar
mais il n'y a pas que ça il y a le fait qu'il y a ça ne pourra se faire qu'avec deux partenaires or il y a un partenaire qui est dominant sur le terrain un autre qui est dominé sur le terrain l'espoir des négociations avait été d'avoir un semblant d'équilibre à la table qui ne soit pas le reflet de la situation sur le terrain nous n'y sommes pas parvenus et ça ça a changé laissez-moi vous dire quelle est la raison d'un mot
Elie Sambard
d'un mot toute la négociation a été confiée exclusivement à un seul partenaire qui est le partenaire américain et qui n'était pas neutre qui n'était pas dans l'équité alors justement Elie Sambard c'est la démission vous me parliez de la France c'est la démission de la diplomatie française pardon de vous interrompre et quelles que soient les déclarations l'Europe également Elie Sambard je vous interromps
parce que c'est une question importante et de nombreux auditeurs disent que nous rejetons depuis le début de cette émission toute la faute sur Israël et beaucoup de nos auditeurs nous reprochent de ne pas suffisamment évoquer les tirs de roquettes des palestiniens ce que nous avons pourtant fait avec Frédéric Mettezot et avec Samy Cohen comme si nous manquions justement de cette neutralité et de cette objectivité et ça Samy Cohen c'est quand même toujours le reproche qu'on fera à quiconque s'intéressera à cette question
oui écoutez moi je pense qu'il faut on a abordé un angle qui était l'angle des émeutes et des manifestations il fallait comprendre comment tout ça a émergé donc je suis intervenu là dessus mais c'est vrai il y a quelque chose selon Hamas qui est assez incompréhensible très bien ils ont voulu au début montrer leur solidarité par rapport aux palestiniens des territoires occupés montrer qu'ils les représentaient qu'ils les déffendaient ce que je ne comprends pas s'il y a quelque chose d'assez irrationnel c'est cette montée aux extrêmes pourquoi faut-il être aussi agressif on a l'impression d'un comportement assez irrationnel on ne sait pas ce que le Hamas va gagner d'aller aussi loin il ne va pas gagner grand chose à mon avis sauf peut-être une popularité politique au sein du monde palestinien mais sur le terrain ce sera encore des destructions assez importantes et des souffrances pour la population gazaouie
un dernier mot Frédéric Mettezot à Jérusalem qu'est-ce qu'on craint aujourd'hui journée de prière pour les musulmans qu'est-ce qui va se passer esplanade des mosquées avant de conclure ce grand entretien
on peut imaginer qu'il va y avoir un énorme déploiement policier à l'esplanade des mosquées pour cette grande prière du vendredi est-ce qu'il y aura des affrontements c'est très difficile à dire mais dispositifs de sécurité énorme on s'attend aussi et à l'heure où je vous parle on voit de nouvelles alertes à la sirène parce que des centaines et des centaines de roquettes tombent sur Israël depuis lundi donc il va y avoir aussi ce front à surveiller et ces populations notamment de Sderot tout près de la bande de Gaza qui vivent dans la peur des roquettes et pour terminer vraiment très très rapidement Ali et Karine pour avoir une solution il faut avoir une opinion publique derrière soi or l'opinion publique israélienne elle est en colère contre le Hamas elle est en colère contre Netanyahou elle est en colère de voir ces roquettes qui tombent elle est en colère de voir les voisins arabes palestiniens qui se fâchent contre vous il y a même eu des synagogues brûlées et ça ça n'aide pas les politiques ils ont besoin aussi d'avoir une opinion publique
merci infiniment en tout cas et vous continuerez Frédéric à nous informer sur l'antenne d'Inter toute la journée merci Elias Sambar merci infiniment Samy Cohen d'avoir été nos invités aujourd'hui je rappelle Samy Cohen Israël une démocratie fragile c'est publié chez Fayard Merci d'avoir regardé