Philippe Ballard (RN) : "Si l’UMPS saison 2 échoue ce ne sera plus une crise politique mais institutionnelle"
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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Sens Politique, l'émission qui prend le temps de connaître un invité pour décryptir avec lui son parcours, son engagement et sa personnalité au rythme de l'actualité. Notre invité est une prise de guerre symbolique pour le Rassemblement National, un visage connu des Français qui regardaient la chaîne d'information en continu LCI, pour qui il a travaillé pendant près de 30 ans, présentateur et journaliste, spécialité l'économie. Il a fait ses armes à Sud Radio, RTL et France Info. En 2017, sur son plateau, il reçoit Jordan Bardella face à d'autres responsables politiques.
Il est bluffé et commence à adhérer aux idées du parti à la flamme pour finalement annoncer son ralliement en septembre 2021. Depuis, il court les plateaux télé mais de l'autre côté comme porte-parole du parti d'extrême droite. Ce n'est pas sa première expérience politique. Pendant près de 20 ans, il s'engage en politique locale comme adjoint au maire UDF puis Modem du Plessis-Trévis dans le Val-de-Marne, là où il est né. En 2022, après de deux heures de là vers le nord, il est élu député. Beauvais, deuxième circonscription de l'Oise, il y est réélu dès le premier tour après la dissolution du mois de juin.
Il nous dira comment il a vécu ces derniers jours et la censure de son parti contre Michel Barnier et surtout si finalement le Rassemblement National est bien un parti anti-système. Bonjour Philippe Ballard. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation et merci à vous de nous écouter. Comme chaque samedi, nous sommes ensemble jusqu'à 13h30. Alors ça y est, vous êtes de nouveau un parti anti-système ?
Non, je ne pense pas. On a voté la censure parce que je pense que c'est à ça que vous faites référence. Dans l'intérêt de la France et des Français parce que ce budget contenait 40 milliards d'impôts, de taxes supplémentaires et frappait encore les plus fragiles, les retraités, ceux qui sont malades puisqu'il y avait une baisse du remboursement des médicaments de programmés. En fait, c'était un budget le maire à Tal, à tel point que le directeur de cabinet de Michel Barnier a été pendant 7 ans. 7 ans, le directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy.
Mais pourquoi Philippe Ballard, député RN de Loise, avoir joué avec votre parti, le Rassemblement National, le jeu de la négociation, si c'est pour censurer à la fin ? Parce que je rappelle que vous avez obtenu beaucoup de choses de la part de Michel Barnier.
Alors, on a négocié les 3 derniers jours. Enfin, je veux dire, dès le 15 octobre, on alertait le gouvernement et Michel Barnier, évidemment, en lui disant, attention là, ce que vous êtes en train de nous présenter, ça ne va pas du tout dans le bon sens. Alors, ce que ça soit, parce qu'il faut bien comprendre qu'il y a deux budgets, le PLFSS, comme on dit, c'est le budget de la Sécurité Sociale, et puis le budget de l'État. Les deux n'allaient pas dans le bon sens. On a commencé à alerter, on a présenté surtout un contre-budget. C'est Jean-Philippe Tanguy qui l'a présenté. Il y avait des recettes, il y avait des mesures d'économie sur les dépenses, 10 milliards.
Et puis, on a sorti de ces mesures une dizaine de points. Et on a signifié au Premier ministre que, voilà, c'était les lignes rouges que nous avions. Alors, entamons la négociation, sauf qu'il y a eu très peu de négociations.
Mais pourtant, il vous a quand même donné une victoire sur le nom des remboursements des médicaments, sur d'autres points. On a du mal à comprendre, en fait, si on refait un petit peu le film de ces derniers jours, dernières semaines. Est-ce que la censure était prévue depuis le début ? Est-ce que vous avez fait semblant de négocier ? Que s'est-il passé ? J'ai lu que, par exemple, dans votre réunion de groupe du mardi, certaines voix au RN n'étaient pas d'accord. Quelle a été la décision finale ?
Je rappelle même qu'il y a eu cette interview dont on a beaucoup parlé de Marine Le Pen dans la Tribune, qui dit que ce sera ou le nom des remboursements des médicaments, ou la désindexation des pensions sur l'inflation. Donc, il lâche au final. Pourquoi cette décision soudaine ?
Je vous rappelle, par exemple, que le nouveau Front Populaire, au mois d'octobre, dès la nomination du gouvernement Barnier, avait déposé une motion de censure. On ne l'a pas voté. On a dit qu'on laisse du temps au temps. On va, pardon pour l'expression, mais juger sur pièce. Donc, ça, c'est le premier point. Je voudrais revenir sur ce que vous avez dit en réunion de groupe. Je participe à toutes les réunions de groupe le mardi matin à 11h à l'Assemblée. Il n'y a personne qui a fait part de son scepticisme vis-à-vis de la motion de censure.
Vous étiez tous alignés.
On était tous alignés.
Et aujourd'hui, sur le terrain, vous n'entendez pas des petits patrons, des agriculteurs. Vous avez des communes rurales dans votre circonscription de l'Oise qui vous disent, nous, on est les grands perdants de cette censure.
Alors, c'est une très bonne question, parce que ça va permettre, effectivement, de développer deux, trois points rapidement. Moi, j'ai rencontré le vendredi, donc il y a une semaine, le responsable du MEDEF, donc le patronat de l'Oise. Je lui ai dit, mais si ce budget ne voyait pas le jour, est-ce que ça vous inquiète ? Il m'a dit non. Alors, je lui ai dit, bon, pourquoi ? Il m'a dit, parce qu'on échapperait à des taxes et des impôts. Donc, ça nous va très bien. Il y a la FDSEA de l'Oise qui m'a appelé en me disant, oh là là, on n'est pas content parce que nous, on va en pâtir.
Au bout de dix minutes, je les ai rassurés, parce que ce que demandent les agriculteurs, ce n'est pas compliqué, c'est qu'on ne signe pas l'accord du Mercosur, c'est qu'il y ait moins de normes, c'est qu'ils soient juste rémunérés pour ce qu'ils produisent. On va reprendre la discussion budgétaire, transmission d'entreprise, le GNR, tout ça, il n'y a pas de problème, on va le reprendre. Donc, pour terminer en une phrase, il faut arrêter, alors, je n'ai pas de conseil à donner à la presse, mais cesser de croire ce que disent les états-majors, le CNPF, la CPME, la FNSEA à Paris, et aller écouter la base. Ce n'est pas du tout le même discours.
Si on se projette un petit peu sur l'après, on voit qu'en ce moment se dessine potentiellement une coalition avec désormais la gauche. Est-ce que vous n'êtes pas, finalement, les grands perdants de cette censure, s'ils arrivent à trouver un accord entre le bloc central, peut-être LR, et une partie de la gauche ?
Là, on est en train de refaire ce qu'on a appelé l'UMPS. Ce n'est pas si vieux que ça, c'est-à-dire cette alliance qui allait de l'UMP au parti socialiste, mais qui est, somme toute, assez logique. Ce sont des groupes politiques qui, en fait, ont le même logiciel d'analyse politique et économique. Ils nous ont vendu, par exemple, la mondialisation heureuse, c'est-à-dire qu'il fallait être en compétition avec des pays qui n'ont pas les mêmes règles fiscales, sociales, environnementales. Ils sont tous européistes, ils sont tous immigrationnistes. Voilà, donc ça serait une sorte de coalition qui va de M. Wauquiez, DR, jusqu'à François Hollande, PS.
Et alors, après, on peut juste rentrer quand même dans le vif du sujet. Un parlementaire, un député, on examine les textes de loi, projet de loi, proposition de loi. Qu'est-ce qu'ils vont mettre dedans quand il s'agira de faire un texte de loi sur l'immigration, la fiscalité, la sécurité ? Qu'est-ce qu'il y a de commun entre M. Rotaillot et M. Hollande en ce qui concerne l'immigration, la sécurité, par exemple ? Alors, M. Rotaillot, c'est les déclarations, ce n'est pas les actes.
Donc, ça sert votre discours, en tout cas l'ancien discours de Marine Le Pen qui a toujours parlé de l'UMPS.
Oui, mais c'est juste, ils ont ruiné le pays pendant 40 ans et ils sont en train de recommencer cette alliance. Donc, c'était ça votre stratégie. Bravo, merci, ça va nous arranger, on est sereins.
Je l'ai dit ici, j'ai trop de respect pour la fonction suprême, de déférence à l'égard de nos institutions, de révérence vis-à-vis du suffrage universel, pour participer à une quelconque entreprise, même parlementaire, de demande de destitution. Je laisse cela aux tchégébaristes de carnaval qui, sans nul doute, se reconnaîtront. C'est à l'intéressé lui-même de conclure s'il est en mesure de rester ou pas. C'est à sa conscience de lui commander s'il peut sacrifier l'action publique et le sort de la France à son orgueil. C'est à sa raison de déterminer s'il peut ignorer l'évidence d'une défiance populaire massive que, dans son cas, je crois définitive.
S'il décide de rester, il sera contraint de constater qu'il est le président d'une république qui n'est plus tout à fait, par sa faute, la cinquième.
La voix de Marine Le Pen, vous l'avez reconnue, Philippe Ballard, député RN, à la tribune de l'Assemblée nationale, mercredi 4 décembre, juste avant de censurer le gouvernement de Michel Barnier. Quand on entend cet extrait, entre-temps Emmanuel Macron s'est exprimé, jeudi soir, vous vous attendiez à ce qu'il démissionne ?
Non, on n'appelle pas la démission, on n'appelle pas la déstitution comme...
C'est subtil, vous n'appelez pas la démission, mais vous pensez que ce sera la conclusion à tirer pour lui ?
Écoutez, si ce qu'il essaye de mettre en place, cette UMPS saison 2, échoue, qu'est-ce qu'il restera comme solution ? Ça ne sera plus une crise politique, ça risquerait d'être une crise institutionnelle. Donc, on n'appelle pas la démission, mais la question qui se posera, c'est d'ailleurs la phrase qu'avait reprise, on n'a pas entendu cet extrait, mais Marine Le Pen, est-ce qu'il sera en mesure de rester ? Voilà, tout simplement.
Une République qui n'est plus tout à fait la cinquième, dit Marine Le Pen ce jour-là, pourquoi elle dit ça, à votre avis ? On assiste à la fin de la cinquième République ?
Ce sont des institutions solides, c'est pour ça qu'il n'y a pas de panique à avoir sur la continuité du fonctionnement de l'État à partir du 1er janvier, la carte vitale fonctionnera, les fonctionnaires seront payés, etc. Mais Emmanuel Macron a profondément abîmé ces institutions. Si on prend un exemple concret, l'élection européenne, le 9 juin, il prend une claque, il n'y a pas d'autre mot, on est à 34% quasiment, sa liste fait 14%. Il dissout, il prend une deuxième claque en faisant cette alliance inique entre les mélenchonistes et les macronistes.
Et il continue sur sa lancée, donc, enfin, il n'est pas le général de Gaulle qui veut, mais en 1969, le général de Gaulle, après un échec, un référendum, en avait tiré les conséquences. Donc, Philippe Ballard, votre plan se déroule pour l'instant comme vous l'aviez prévu ? Non, on n'a pas de plan prévu. On regarde, pardon, mais on a subi l'entre-deux-tours entre le 30 juin et le 7 juillet, oui, clairement.
Non, mais quand vous votez une motion de censure, j'imagine que vous faites quelques stratégies, vous imaginez le coup d'après.
Ah ben, on sait très bien que le gouvernement veut, le Premier ministre remettre sa démission et le gouvernement tombe. Donc, fatalement, il y a un Premier ministre de nouveau de renommé par le Président de la République et un nouveau gouvernement de formé. Et nous, la seule, je reprends les propos de Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est que ce soit un Premier ministre qui, un, nous respecte, mais pas nous, les 11 millions de Français qui nous ont fait confiance, et puis qui est un programme qui n'envoie pas encore plus vite la France dans le mur.
On a une question de Mathieu sur Instagram. N'y a-t-il pas une forme de jubilation dans cette censure à vouloir couper une tête ?
Couper une tête ? Non, non, pardon, mais c'est pas la... C'est celle de Michel Barnier, enfin, bon, vous voyez, c'est une métaphore. Encore une fois, on l'a dit, enfin, voilà, il nous respectait, il était, enfin, dans ses attitudes, dans ses propos, dans ses paroles. Enfin, voilà, il n'y a pas de grief, c'est juste, ce budget était mauvais. Et malgré nos signaux d'alerte, il n'en a pas tenu compte. Donc, non, on ne jubile pas.
Vous espérez encore, comme vous avez pu le faire au mois de septembre, avoir une influence sur le choix du Premier ministre, on voit bien la tentation de certains, dans cette nouvelle alliance dont je parlais au démarrage, de vous tourner le dos et de faire ce qu'ils appellent le front républicain à l'Assemblée nationale.
Mais je pense qu'ils n'ont pas le choix, parce que le RN, on va rappeler les chiffres, c'est 125 députés, nos alliés siotistes, le total c'est 143. Donc, on est incontournable. Et on sera d'autant plus incontournable qu'on ne voit pas très bien quel texte, parce qu'il faut revenir à ça, on nous parle d'une coalition entre les socialistes qui pourrait aller jusqu'aux républicains, mais après, quel texte allons-nous voter ? Il n'y a rien de solution, c'est qu'à l'Assemblée nationale, on ne fait plus rien.
On vote le budget une fois par an, et après, il n'y a plus de texte de présenté, ou alors on va légiférer sur la couleur des pots de yaourt, d'accord, ok, on pourra peut-être trouver une majorité. Mais là, je pense que si ça échoue, voilà.
Mais ça n'a pas encore échoué, vous n'avez pas la majorité avec le RN et les siotistes, et encore moins avec l'EFI d'ailleurs, pour faire tomber le prochain gouvernement. C'est peut-être là le piège qui vous tente.
Enfin, moi, je connais, on se connaît entre députés, surtout, là ça va faire deux ans et demi, maintenant qu'on est élus, il y a des députés de la droite républicaine, donc de M. Wauquiez, qui ne sait plus très bien où il habite, entre parenthèses, mais je ne les imagine même pas faire partie d'une coalition comprenant des socialistes. Enfin, qu'est-ce qu'il y a, encore une fois, qu'est-ce qu'il y a de commun entre eux sur la fiscalité, sur l'immigration, sur la sécurité ? Ils ne pourront rien faire. Donc, ça fera, comme aurait dit un ancien président de la République, cheat à court ou moyen terme.
En octobre 2024, sur RFI, vous déclarez qu'on est prêt à accueillir tous les patriotes sincères, qu'ils soient de droite, de gauche, du centre. S'ils pensent d'abord à la France, avant de penser à leurs petits intérêts, est-ce que Marine Le Pen et votre groupe, mercredi, ont pensé à la France ou à ses petits intérêts ?
On a pensé à la France. Vous savez, moi, je me rappelle de la première réunion de groupe qu'on a eue autour de Marine Le Pen. C'était en juillet 2022, donc la précédente législature. Et on était 88 députés. Et elle nous a dit, vous n'aurez qu'une seule boussole dans vos votes. Est-ce que ça va dans l'intérêt de la France et des Français ? Si c'est le cas, vous voterez. D'où, peu importe, d'où vient le texte ? On a voté des textes. La loi immigration, c'était M. Darmanin qui l'a présentée, mais on l'a votée. Ça nous arrive de voter des textes présentés par le nouveau Front populaire, si ça va dans l'intérêt de la France.
Vous savez, la réforme des retraites, la niche LFI, comme on dit, c'était la retraite à 62 ans avec un certain nombre de cotisations. On était prêts à suivre, à emboîter le pas du nouveau Front populaire, en l'occurrence de LFI. Si ça va dans le bon sens et dans l'intérêt des Français et de la France, c'est bon.
Est-ce que, dans la période, votre meilleur allié, ce n'est pas finalement Jean-Luc Mélenchon, qui, lui, pousse très clairement à la démission d'Emmanuel Macron pour obtenir une présidentielle anticipée, ce qui pourrait vous arranger avant le verdict du procès de Marine Le Pen ?
Alors, il y a beaucoup de choses. M. Mélenchon n'est absolument pas notre allié. On le combat. Oui, mais vous voyez ce que je veux dire, un allié de circonstance.
Puisque vous êtes tous les deux, entre Marine Le Pen et lui, vous semblez être les candidats à la présidentielle les plus prêts.
S'il nous dit qu'on est au mois de décembre, oui, on est au mois de décembre, effectivement. Alors, cela dit, ce que vous dites est vrai. Même le camp macroniste, les LR ou ce qui reste du nouveau Front populaire, hormis LFI, dit, nous, on n'est pas prêts, on n'a pas de candidats naturels. Effectivement, force est de constater qu'à ce jour, il y a deux camps qui ont une candidate ou un candidat. Alors, quand je dis un candidat, attention, parce que moi j'écoutais Manon Aubry, franchement, M. Mélenchon, il risque de se couper d'une partie du nouveau Front populaire. Donc, il fera peut-être 10% à la prochaine présidentielle. Voilà, alors après, vous parlez du procès.
Et puis, alors, ce n'est pas un verdict, c'est un jugement, parce que c'est en correctionnel. Un jugement, pardonnez-moi. Écoutez, enfin, Marine Le Pen l'a redit avant-hier, je dis, c'est la relaxe, il n'y a rien dans ce dossier. Donc, il n'y aura pas de problème pour se présenter à la prochaine présidentielle.
Vous pensez que vous serez tous relaxés dans ce procès ?
Étant donné qu'il n'y a rien, il y a même la magistrate qui dit quand même à des prévenus, écoutez, il n'y a rien dans votre dossier pour vous condamner, mais ça me fait mal. Donc, je vais quand même essayer de vous mettre quelque chose.
Parce que dans le procès des assistants parlementaires au Parlement européen du MoDem, il y a eu énormément de condamnations. Et on compare souvent les deux dossiers.
Alors, François Bayrou a été relaxé. Bon, le parquet a fait appel. Non, mais ça pose en fait le problème. Moi, j'ai des attachés parlementaires. Alors, je suis député français. Là, on parle des députés européens. Moi, la semaine dernière, mes attachés parlementaires, j'en ai trois, ils n'ont pas fait de travail législatif. Ils n'ont pas travaillé sur des amendements, des propositions de loi. Ils ont fait de la politique. C'est-à-dire, on a fait un tract que j'ai été distribué. J'ai une entreprise en difficulté dans ma circonscription. Je leur ai demandé, vous me faites un tract. On l'a bossé ensemble. Ils font de la politique. Et ils sont allés avec moi le distribuer sur le terrain.
J'aurais été député européen, ça se passait très mal pour moi. Donc, il y a deux sortes de députés. Il y a des députés européens et des députés français. Après, il n'y avait pas seulement des...
On ne va pas refaire le procès. Oui, on ne va pas refaire le procès. Mais c'est juste la vision. Il n'y avait pas seulement des... Ce n'était pas seulement ça dans les accusations.
Non, mais en une phrase, nous, on considère que les attachés parlementaires font de la politique. Le Parlement européen veut que les attachés parlementaires soient des administratifs.
Une dernière question sur ce sujet. Bruno Gollnich déclarait dans Le Monde, jeudi, après le vote de la motion de censure, il ne faudrait pas que l'opinion publique porte à notre débit le fait de rendre le pays ingouvernable. Est-ce que, finalement, ce n'est pas ça le risque ? Que votre fameuse crédibilité stratégie de la cravate, elle se soit effondrée mercredi ?
Non, parce qu'on avait, durant la campagne des législatives, un slogan. C'était, c'est nous le sursaut, ou alors c'est eux le chaos. Bon, malheureusement, il y a eu le Front Républicain et on a le chaos maintenant. Donc, à la prochaine dissolution, qui sera peut-être couplée à une présidentielle, où on va peut-être aller jusqu'en 2027, eh bien, Marine Le Pen à l'Elysée, Jordan Bardella, Matignon, il n'y aura pas de crise politique.
Donc, c'est ça que vous espérez à une présidentielle anticipée ?
Ce n'est pas ce qu'on espère, c'est que ça pourrait se produire. Et si ça ne se produit pas, on va attendre 2027.
Bonjour à tous et bienvenue à l'heure des pros ce matin. Avouons que ce n'est pas banal. Un journaliste d'une chaîne info, un journaliste en vue, qui présentait encore ce dimanche une tranche d'informations entre 14h et 17h sur LCI et qui, 48h plus tard, annonce son ralliement au Rassemblement National. Il y a de quoi être étonné. Philippe Ballard, tel est son nom. Philippe Ballard est-il inconscient ? Philippe Ballard est-il suicidaire ? Ou Philippe Ballard, tel Jeanne d'Arc à Don Rémy, a-t-il entendu des voix qui le poussent à rallier, non pas Charles VII à Reims, mais Marine Le Pen à Montretout ? Foin d'ironie.
Philippe Ballard, 61 ans, passé par France Info et RTL, journaliste économique, puis présentateur sur LCI, dont il était un membre historique depuis 1994, date de la création de la chaîne par Étienne Moujotte. Philippe Ballard est aujourd'hui tête de liste départementale du Rassemblement National à Paris. Pourquoi ? Comment ? Il est notre invité ce matin pour répondre à ces questions. Bonjour M. Ballard, je vous connais un peu.
Oui, Pascal, Pascal Praud. Bonjour M. Praud.
Vous êtes inconscient ? Vous êtes suicidaire ? Non, il n'y a que des coups à prendre, vous êtes fou.
Vous n'êtes pas sur Europe 1, vous êtes toujours sur France Culture. C'était une archive, la deuxième de cette émission. La voix de Pascal Praud, présentateur de CNews, le 28 avril 2021. Vous, Philippe Ballard, je le disais en introduction, vous étiez journaliste jusqu'à ce jour-là ou ce mois-là. Vous êtes face à lui, avec vos boutons de manchette, drapeau bleu, blanc, rouge. Depuis quand vous étiez au Rassemblement National ?
J'ai pris ma carte en septembre 2020. Mais dans votre tête ? Moi, j'ai été journaliste donc, pendant quasiment une quarantaine d'années. J'ai vu le pays comme un toboggan, prendre la mauvaise pente. Mais sur tous les points de vue, je peux vous dire immigration, c'est le cas, parce qu'elle est incontrôlée et ce n'est pas une chance pour la France, sur la sécurité. Et puis, j'ai été journaliste aussi économique, dont j'ai un prisme un peu développé sur l'économie, la finance, le social. On nous a vendu cette fable inique de la mondialisation heureuse. Moi, j'étais sur une radio, alors qu'il peut être concurrente, à une époque, au début des années 90, et il y avait M.
Alain Main, qui avait une chronique tous les soirs, dans le journal de 18h, et je participais souvent aux 18h, c'était la mondialisation heureuse. C'est-à-dire qu'on nous a mis en compétition avec des pays qui n'ont pas, je le disais tout à l'heure, les règles fiscales, sociales, environnementales, etc. Mais vous contournez ma question, Philippe Ballard.
Ma question, c'est plus sur votre engagement. Quand on est journaliste, on a une forme de, peut-être pas de neutralité, mais en tout cas de s'engager dans un parti politique. Ce n'est pas banal.
Ce n'est pas banal.
Et en plus, le Rassemblement National. Comment ont réagi vos collègues ? À quel moment vous avez fait ce mouvement-là ? Et l'avez-vous regretté ?
Alors, regretté, sûrement pas. Mais bon, bref, au fil des années, j'ai vu mon pays sombrer. Donc, à un moment, je me suis dit, il va peut-être falloir que, pardon, tu te bouges un peu. Alors, fais quelque chose. Et effectivement, le Rassemblement National était le parti qui présentait les meilleures solutions. Alors, après, moi, j'ai été...
Vous votiez pour Jean-Marie Le Pen, par exemple, pendant toutes ces années ?
Alors, j'ai alterné. En 2002 ? J'ai alterné. J'ai voté, je me rappelle, au moment des Européennes, la liste Séguin de Villiers. Moi, j'adorais Philippe Séguin. C'était un souverainiste, un patriote. J'ai dû voter, ouais, Jean-Marie Le Pen. Alors, à quelle élection ? Là, vous me posez une colle. Mais oui, oui, ça m'est arrivé. Donc, vous étiez déjà, en fait, convaincu par ces idées. Oui, parce qu'il tirait... C'était des lanceurs d'alerte. Enfin, je veux dire, sur l'immigration, on ne peut pas nier le problème non plus, quoi. Sur la sécurité, sur la mondialisation. Moi, je me rappelle d'une affiche qui date des années 90. C'était mondialisation, pardon, mais piège à con.
Effectivement, la mondialisation, ça a été une piège à con.
Lanceur d'alerte, un mot qu'on entend un peu pour désigner Jean-Marie Le Pen. Vous assumez tout l'héritage, vous, en fait.
Mais il n'y a pas que Jean-Marie Le Pen. C'était un parti politique. Enfin, voilà, quand il nous disait, attention à l'immigration, dans les années 80, 90, ça montait lentement, mais sûrement, oui. Et puis, j'aurais juste précisé que moi, dans mon métier, pardon, mais personne n'a remarqué quoi que ce soit. À tel point qu'il y a mon ancien directeur, qui était France Inter, le lendemain ou le surlendemain de mon annonce, qui a dit, je suis tombé de ma chaise. Et tous mes confrères ont réagi de la même façon.
Et ils la prennent par voix de presse, après 27 ans passés dans cette chaîne. Vous ne leur avez pas annoncé, vraiment ?
Je l'ai annoncé à mon directeur. Je suis allé le voir à 18h, donc le jour où j'ai annoncé que j'étais tête de liste à Paris pour les élections régionales, puisque Jordan Bardella me l'avait demandé. Et j'ai démissionné le soir même. J'ai démissionné, j'ai rendu même mon mandat syndical. J'étais secrétaire du comité CSE, comme on dit maintenant. Donc j'ai rendu mes mandats et j'ai démissionné dans la soirée.
Pendant toutes ces années à LCI, vous êtes en effet également syndicaliste. Phil Ballard, à la CFTC, on ne peut pas dire que la CFTC porte les valeurs du RN.
Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça. Moi, je défendais les salariés.
Le communiqué du 14 avril 2022, par exemple, en pleine campagne présidentielle, où le syndicat explique que le programme du RN n'est pas compatible avec l'histoire, les valeurs et le projet de la CFTC.
Oui, mais ça rejoint ce que je vous disais tout à l'heure. Entre les états-majors, je vous parlais de la CPME, du MEDEF, de la FNSEA, les syndicats, c'est pareil. Moi, quand j'entends la présidente de la CGT dire pique-pente sur le RN, c'est Satan. Il faut juste qu'elle est présente à l'esprit quand même qu'il y a beaucoup de ces militants qui votent pour nous et qu'il y a 60% des ouvriers qui votent Rassemblement National.
Juste après, vous obtenez des postes, conseiller régional, puis député. 2021, vous êtes directeur de la communication de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Est-ce qu'on pose la question à beaucoup de transfuges d'autres partis politiques ? Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'opportunisme à rejoindre un parti pour lequel vous aviez déjà ces idées-là si tard, quand il est CEO ?
Ah non, parce que déjà, au régional, malheureusement, il y a eu une très forte abstention et vous passiez l'extrait d'une chaîne concurrente avec un animateur concurrent, je ne vais pas le citer, mais il dit qu'il n'y a que des coups à prendre. Pourquoi vous faites ça à votre âge ? Je veux dire, moi, je pourrais être tranquillement à la retraite. Non, je préfère continuer à être en circonscription à l'Assemblée et dans les médias pour porter la bonne parole.
Est-ce que c'est plus dur d'être interviewé comme député RN ou d'interviewer un député RN ?
Là, moi, je prends vraiment un immense plaisir depuis maintenant trois ans. Le temps passe vite parce que si on devait faire un parallèle entre journaliste et politique, député, en fait, on fait un peu le même travail jusqu'au stade ultime. C'est-à-dire, on rencontre, on regarde, on observe, on parle, voilà, on décrit ce que l'on voit, mais quand on est député ou politique, on doit aussi proposer des solutions.
Et moi, c'est ce qui m'a manqué, en fait, parce que quand on mène une interview, comme vous le faites, je ne vais pas dire brillamment pour vous, c'est dans le sens du poil, mais quand on mène une interview, on essaye, voilà, intellectuellement, d'amener le débat en matière économique, en matière politique, en matière sociale, etc., etc. Mais in fine, moi, je restais sur ma fin, en fait, parce que j'avais envie de dire, il y a peut-être ça comme solution, mais évidemment, je ne pouvais pas le dire et je ne l'ai jamais dit. Là, maintenant, je peux le dire.
À quel moment rencontrez-vous Marine Le Pen ? Comment se fait ce deal qui est un transfert quand même pas simple ?
Je l'ai rencontré en faisant des interviews et puis je l'ai rencontré, moi, quand j'ai pris ma carte, c'est Sébastien Chenu qui me l'a fait rencontrer, ça doit être en octobre, novembre 2020.
Ils viennent vous chercher ou c'est vous qui faites le part ?
Non, non, non. Mais après les émissions, il y a les off. Vous savez ça. Donc, moi, quand je faisais des émissions avec Louis Alliot, avec Chenu, avec, enfin, voilà, tout, tout, notamment Jordan Bardella parce que vous y faisiez référence. Moi, en 2017, j'anime, voilà, il y a quatre politiques autour de la table, trois députés qui viennent d'être élus et Jordan Bardella qui était tout jeune à l'époque, qui devait avoir 19 ans, je pense, mais il les a, pardon, mais explosés pendant une heure. Je ne le connaissais pas et je me suis dit, waouh, quel talent ! Et du coup, je l'ai raccompagné dans les couloirs de la télé.
On a discuté une bonne demi-heure ensemble et je me suis dit, mais il a un potentiel énorme. Bon, a priori, je ne me suis pas trompé. Il a vraiment un potentiel énorme.
Et qui fait le premier pas ?
Non, mais ça nous avait, ça m'est arrivé de déjeuner avec Louis Alliot, avec Chenu et avec d'autres. Et à un moment, c'est moi qui leur ai annoncé. Je leur ai dit, tiens, j'ai pris ma carte. C'était en septembre 2020. Ils m'ont dit, bravo, t'es courageux. Et alors ça, par contre, mes anciens confrères, en fait, j'ai reçu beaucoup de textos le jour où ça a été... Et je n'en ai reçu aucun insulte. J'étais étonné et j'en ai reçu beaucoup en me disant, écoute, on ne votera jamais pour toi parce qu'il y en a beaucoup de cabis de Paris et j'étais candidat à Paris. Et ils me disaient, mais bon, le constat, effectivement, vous n'avez peut-être pas tort. Bon, les solutions, on ne votera pas pour toi.
Mais j'ai été plutôt étonné.
Quel parcours de journaliste passé en politique vous a inspiré pour franchir le Rubicon ? Patrick Buisson, Boris Johnson ou Noël Mamère ?
Ah non, aucun. Non, non. Alors, j'ai travaillé avec Patrick Buisson puisqu'il était sur la chaîne sur laquelle j'ai travaillé. Voilà, on échangeait. Boris Johnson, je ne l'ai jamais rencontré. Oui, ce sont des anciens journalistes. C'est pour ça que vous me citez les trois. J'ai oublié le dernier que vous m'avez cité.
Boris Johnson ou Noël Mamère ?
Oui, Noël Mamère, moi je le regardais quand il présentait sur France 2 le journal de 20h. Il le faisait, alors bon, des fois il y avait des messages politiques subliminaux qui apparaissaient mais c'était plus, oui, c'était un professionnel.
Alors, je le disais, Philippe Ballard, député RN de l'Oise en introduction, vous avez déjà exercé en fait des fonctions politiques avant de rejoindre le RN mais cette fois à l'UDF Modem. C'était dans la ville du Plessis-Trévise dans le Val-de-Marne en tant qu'adjoint sans étiquette. ça n'a absolument rien à voir comme engagement de passer du Modem au RN.
Alors, non mais je n'avais pas ma carte du Modem, j'étais sans étiquette. Je ne le disais, mais quand même
vous avez travaillé pour ce maire
Jean-Jacques Gégou. Oui, mais c'est la ville où je suis né à laquelle je suis profondément attaché. Ça remonte à 1989, la date de la première année.
Jusqu'à 2005.
Oui, c'est ça, parce qu'à la fin ça devenait très politique et là, comme j'étais toujours journaliste, ça devenait un petit peu gênant. Mais moi, j'en garde à mon souvenir. Pourquoi ? Quand on est adjoint ou maire, dans une ville d'importance, il y a 20 000 habitants, on voit les choses évoluer. C'est-à-dire que si on décide quelque chose dans le conseil municipal, un mois plus tard, on voit visuellement ce que ça donne. Là, nous, des fois, on vote des lois à l'Assemblée avant que les décrets soient publiés. On peut s'écouler plusieurs années avant qu'on voit réellement la traduction de ce que l'on a voté.
Est-ce que vous serez candidat à la mairie de Paris en 2026 ?
À la mairie de Paris ? Ah non, je suis député de l'Oise. Non, mais il y a Thierry Mariani.
Jean-Jacques Gégou, pour revenir à lui, le premier maire avec qui vous faites de la politique, il a fait partie de cette génération de politiques qui ont beaucoup cumulé les mandats. Sénateur, maire du Val-de-Marne, député maire du Val-de-Marne pendant plus de 20 ans. Est-ce qu'au RN, vous êtes favorable au retour du cumul des mandats ?
Je voudrais juste dire que Jean-Jacques Gégou a été un très très bon maire. On avait des divergences politiques, notamment sur la construction européenne. ou d'autres sujets, mais il avait une vision. Après, le cumul des mandats, c'est une bonne question parce qu'au sein du groupe, on y réfléchit beaucoup. Moi, je serais partisan. Il faut fixer, il faut caper. Je pense que jusqu'à, on va dire, entre 3 000 et 5 000 habitants, on pourrait cumuler député maire. Après, au-delà, non. C'est vraiment à titre personnel. Ce n'est pas le Rassemblement National que j'engage derrière moi. On ne peut pas faire les deux. Franchement, si on fait son travail de député correctement, c'est 7 jours sur 7.
Et sur les mandats dans le temps, comme par exemple celui du Président de la République, vous trouvez que c'est bien ? Deux ?
Non, nous, on est partisans du septennat, non renouvelable.
À quelle fréquence êtes-vous dans votre permanence d'honneuil ?
Ah, ça, c'est une bonne question. Ça a énormément changé. Alors là, moi, j'ai été élu en 2022, donc je savais ce qui se passait chez les députés. Mais avant, il y avait des groupes, il y avait moins de groupes et ils définissaient ce qu'on appelle une jauge. C'est-à-dire que le groupe majoritaire disait à 80 députés sur 200, par exemple, vous, vous êtes de permanence cette semaine. Les autres étaient là le mardi, le mercredi et repartaient le jeudi en début d'après-midi dans leur séronception depuis 2022. Ça, c'est plus possible puisqu'on siège quasiment du lundi après-midi et parfois même le vendredi. Et chaque voie compte. Mais chaque voie compte.
Et alors, depuis juin 2024, c'est encore pire, si je puis dire. Donc, vous n'allez pas en permanence ? Comme tous les autres et on s'en plaint beaucoup, on y va. Des fois, on peut s'échapper le vendredi et on y va le samedi et le dimanche. Moi, là, ce week-end, il y a les marchés de Noël. Donc, je vais parcourir les marchés de Noël mais aller à une réunion importante, je ne sais pas, à la CCI, le mercredi, ce n'est pas possible. On ne peut pas parce qu'il y a le travail en commission. Il n'y a pas que le travail en hémicycle.
Surtout que vous n'habitez pas à votre circonscription.
Oui, tout à fait.
Ce n'est pas problématique vis-à-vis des électeurs ?
On est députés de la nation. Écoutez, j'ai été réélu avec 53,2% dès le premier tour. Ils ne nous en veulent pas. Donc, a priori, ça ne pose pas de problème et ils sont même... Moi, ceux que je rencontre me disent on est plutôt fiers de vous avoir comme députés parce que des gens vous voient dans les médias vous portez notre parole. Et puis, il ne faut pas... Non, mais après, il y a un vrai problème de fond parce qu'il n'y a plus à une certaine époque... Mais ça, ça remonte au député-maire où, effectivement, il fallait inaugurer le rond-point. Moi, je le fais toujours avec beaucoup de plaisir, ça.
Sauf que quand j'inaugure un rond-point, si vous voulez, les gens, ils font des selfies avec moi, ils viennent me serrer la main. Je n'ai pas mis un rond dans le rond-point, je coupe le ruban. Mais vous voyez, il y a une déconnexion. Je ne suis pas conseiller départemental. J'ai beaucoup de respect pour les conseillers départementaux. Mais chacun doit être à sa place un député. Il est élu. Il représente une partie de la nation dans un territoire donné. Mais c'est toujours avec beaucoup de plaisir que je vais en circonscription parce que franchement, c'est plus cool que d'être à l'Assemblée ou dans les médias.
Sens politique, l'archive de l'invité. Et quand je regarde Marseille, je vois une ville française façonnée par 2000 ans d'histoire, d'immigration, d'Europe, du Vieux-Port à Saint-Loup en passant par le panier. Je vois les Arméniens, les Comoriens, les Italiens, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens. Je vois les Maliens, les Sénégalais, les Ivoiriens. J'en vois des tas d'autres que je n'ai pas cités.
La voix d'Emmanuel Macron depuis Marseille le 1er février 2017 en pleine campagne présidentielle. Pourquoi cet extrait Philippe Ballard, porte-parole du Rassemblement National ?
Il y a le fond et la forme. Vous le rappelez, c'est la campagne présidentielle de 2017. La forme, là on n'a pas l'image par définition, mais à la fin, il est quasiment en transe sur scène. Je veux dire, la forme est assez surréaliste. Après, il y a le fond. Cette campagne de 2017, j'étais journaliste et évidemment je l'ai suivi, en fait on ne comprenait pas où il voulait en venir. Il nous parlait de la Startup Nation, la Nation Pro Business, mais il avait fait un livre Révolution. On ne comprenait pas trop où il allait nous mener. Alors on a compris un an et demi plus tard, 2018, les gilets jaunes, ça en a assez bien compris. Et alors après, cet extrait, pourquoi j'ai choisi celui-là ?
Parce qu'il pointe du doigt en fait tout le problème de l'assimilation, de l'intégration, d'un flux migratoire incontrôlé. Il y a des immigrés qui font l'effort de s'assimiler, de s'intégrer. Mais là, quand il cite toutes ces nationalités, en plus pour faire plaisir à l'assistance, ça transforme Marseille en cette ville où l'insécurité gangrène la vie quotidienne des gens. Parce que là, vous faites le lien tout de suite
entre des nationalités citées et l'insécurité.
Entre immigration et insécurité, mais ce n'est pas nous qui faisons le préfet de police de Paris qui dit que la moitié des mises en cause à Paris sont étrangers. 25% des détenus sont étrangers.
Mais vous oubliez une chose, Philippe Ballard, c'est qu'on vient tous de quelque part et qu'on est nombreux à venir d'autres pays
que la France. Mais ce n'est pas ce que je suis en train de vous dire. Je vous dis, une immigration, c'est un flux incontrôlé.
Dans la phrase que vient de prononcer Emmanuel Macron, il salue juste
les origines de ces... Oui, mais on voit pourquoi il le fait. C'est à dessein, je fais de la politique maintenant, ce n'est pas le fruit du hasard. Et ça donne une ville où il y a les quartiers nord de Marseille. Je ne sais pas si vous avez vu Bac Nord, par exemple. Et vous en parlez tous les jours. C'est des quartiers gangrénés par le trafic de drogue. Et dans ces quartiers, pardon, mais il y a des gens tout à fait honnêtes, tout à fait convenables qui pâtissent d'ailleurs de ce trafic et de cette immigration incontrôlée et qui sont eux-mêmes issus de l'immigration. Donc là, un flux migratoire de 500 000 personnes par an, stop.
Mais vous avez dit tout à l'heure que l'immigration n'est pas une chance
pour la France. Alors, attention, j'ai dit incontrôlée. Non, non. J'ai dit une immigration incontrôlée n'est pas une chance pour la France parce qu'il y a des gens issus de l'immigration. Non, ce n'est pas une chance. C'est une immigration régulée. Mais non, une immigration contrôlée et régulée, ce qui n'est absolument pas le cas depuis, allez, 40, 50 ans maintenant, ce n'est pas une chance pour la France. Oui, oui. C'est même un malheur pour la France.
D'accord, mais parce qu'il ne parlait pas du tout d'immigration dans ce discours.
Enfin, quand il dit chalut des Comoriens, je salue les Mayens. Entre parenthèses, est-ce que vous imaginez une élection présidentielle, on va reprendre les Comores, on va reprendre le Mali, on va reprendre le Sénégal, où vous avez le candidat qui se présente à cette élection et qui dit moi chalut dans la salle les Français, les Anglais, les Allemands, les Espagnols, les Italiens. Le gars, il fait 2%.
Il parle aussi des Italiens et des Arméniens.
Vous voyez ce que je veux dire ? Non. Un candidat à une élection présidentielle au Mali, au Sénégal, qui va se mettre à citer dans la salle en les saluant. Je salue. Bah oui, parce qu'il parlerait pour un suppôt du colonialisme à ce moment-là.
Dans ce discours, Emmanuel Macron déclare un peu plus tôt le Front National, le repli et la haine ne conduiront qu'à la guerre civile.
On a failli l'avoir avec les Gilets jaunes la guerre civile. C'est Emmanuel Macron qui était à l'Elysée. Qui conduit à la guerre civile. Si vous voulez, une immigration incontrôlée, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça fait le lit du communautarisme qui fait le lit du séparatisme et parfois qui peut faire le lit de l'islamisme. Donc ça peut mener potentiellement, on ne l'espère pas et on fera tout pour l'éviter, oui, à des tensions. Il y a des villes en France qui sont, mais tout le monde le dit, qui sont hors de compte, qui sont plus intérêts, qui sont des territoires perdus de la République. Ça c'est ce que dit Marion Maréchal.
Mais non mais, oui, si elle nous dit on est au mois de décembre, c'est comme Mélenchon, on est au mois de décembre. Mais oui, force est de constater, mais Marion Maréchal a rejoint notre alliance au moment des législatives.
Il n'y a pas de différence avec le parti d'Éric Zemmour.
Ah si, on en a quelques-uns, on le disait pendant la campagne présidentielle, il faut être ferme, mais il ne faut pas être brutal. Quand on parle de l'immigration, nous par exemple, pour des bateaux qui traversent la Méditerranée, pour éviter que la Méditerranée soit un cimetière, c'est l'équivalent quand même de, moi j'ai fait le calcul l'autre jour terrible, de 18 titaniques qui ont sombré depuis 10 ans au fond de la Méditerranée. Je pense que toutes les chaînes d'info seraient en édition spéciale. Par contre, on leur prête assistance, on les soigne s'il faut, on leur donne à manger, à boire, mais après, ce n'est pas en avant-tout, c'est marche arrière-tout.
Éric Zemmour s'est présenté en 2022, Marine Le Pen s'est qualifiée au second tour, elle a échoué pour la troisième fois, est-ce qu'elle est toujours la bonne candidate ?
Écoutez, Marine Le Pen, de mémoire, a fait le chiffre que vous citez, 42% à la dernière présidentielle en 2022, elle était à 33% en 2017, elle était à 17% en 2012, ça ressemble à un Airbus au décollage, si vous voulez. Donc, la vitesse de croisière, elle n'est pas loin.
Vous n'êtes pas inquiet ?
Ah non, pas du tout, non.
Comment vous expliquez son échec en 2022 ? Est-ce que c'est sa trop grande proximité avec la Russie ?
Non, non, mais je pense qu'elle passe de 33% à 42% en 5 ans, d'accord ? Et on peut faire le parallèle avec les législatives. En juin 2022, on fait 3,5% des voix et là, on fait 11% en 2 ans, d'accord ? Non, mais je pense qu'il y a eu à la limite ce front républicain qui s'était encore reconstitué mais qui vit sans doute ces dernières heures parce qu'on va arrêter de mentir aux Français lors de la dernière présidentielle.
Pour reprendre l'extrait que vous avez choisi, est-ce que, et l'analyse des derniers scrutins, est-ce que vous diriez que c'est aussi cette question-là des binationaux, de la priorité nationale, tous ces changements majeurs que vous proposez comme par exemple la Constitution a modifié qui vous a fait perdre les élections et qui a fait tenir le front républicain, une forme d'inquiétude ?
Alors, modifier la Constitution, pourquoi ? C'est tout simplement pour mettre dans notre... Il n'y a rien sur l'immigration dans notre Constitution. Donc, mettre dans notre Constitution tout ce qui concerne...
La priorité nationale.
Oui, la priorité nationale. Pourquoi ? Pour nous mettre à l'abri des jurisprudences qui nous viennent de la Cour européenne des droits de l'homme, de la Cour de justice de l'Union européenne. Les Allemands font ça. Ils ont la Cour de Karlsruhe qui parfois balaye... Alors, eux, ils ont appris de se développer sur l'économie et les finances. Les Allemands, ils sont toujours dans l'État de droit. On y sera toujours avec nous au pouvoir. En tout cas, aujourd'hui, la Constitution
telle qu'elle est écrite et l'État de droit tel qu'il est décrit ne permet pas ce que vous voulez faire sur la priorité nationale.
Mais si on ne change pas la Constitution, on ne changera rien du tout. C'est pour ça que M. Retailleau, s'il avait continué, il se heurtait à un mur. Voilà, il faut se mettre à l'abri des jurisprudences. Il faut garder notre souveraineté. Ce n'est pas compliqué à comprendre. Un peuple doit être souverain. Il doit savoir qui rentre chez lui, qui reste chez lui. Sinon, on n'y arrive pas. Voilà, tout simplement.
Une question de Moussa qui nous écrit sur Instagram. Quelle est votre vision de l'intérêt général et comment l'incarnez-vous ?
J'ai entendu Emmanuel Macron dire ça. Est-ce qu'un gouvernement serait contre l'intérêt général ? La formule, elle est un peu stupide. Alors après, si on veut aller plus loin, oui, on est pour l'intérêt général, l'intérêt des Français, défendre leur pouvoir d'achat, leur sécurité, etc. Oui, on est pour l'intérêt général de la France et des Français.
Et pas des étrangers en situation régulière.
Régulière ou irrégulière ?
Régulière.
Non, mais régulière, s'ils respectent les lois de la République.
Ça leur enlève les allocations.
Mais au bout de 5 ans. On oublie parfois de le dire. Mais au bout de 5 ans. Ils peuvent retirer les... Et au bout d'un an, si on est au chômage et qu'on est en situation régulière, oui, on n'a plus le droit et on doit repartir. Tout à fait. Mais il y a beaucoup de pays dans le monde qui le font.
Alors, on va terminer sur votre parcours. Philippe Ballard, on a vu toutes vos années comme journaliste et puis ensuite, vous arrivez à l'Assemblée. Alors là, on a listé énormément de missions flash, de groupes d'études auxquels vous participez. Alors, si vous le voulez bien pour finir l'émission, on va les passer en revue même si, pour l'instant, ça semble interrompu. Vous avez été vice-président du groupe d'études Cinéma et Productions Audiovisuelles lors de la précédente législature. Qu'attendez-vous de la commission d'enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l'audiovisuel ou de la mode ?
Alors, je ne fais pas partie de cette commission d'enquête parlementaire. Non,
mais vous êtes dans la... je le disais, dans le groupe d'études cinéma.
Oui, mais là, c'était financement.
Mais vous n'avez pas d'avis sur cette commission ? Si, si,
si, non, mais tout à fait. Il y a des députés, je pense que c'est Caroline Parmentier qui y siège et d'autres d'ailleurs, on est pour la plus grande fermeté. Oui, évidemment. Mais ça, ça a été mis sous le tapis pendant des années. Enfin, moi, à la limite, je suis très, très heureux de ce qui se passe à Hollywood ou en France où enfin, il y avait des personnages qui donnaient des leçons plus à la terre entière, des leçons de morale à la terre entière et qui se font rattraper par la patrouille. Donc, oui.
Vous avez été aussi dans le groupe de travail chargé du suivi des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Vous diriez que ça a été un succès, notamment grâce à Gérald Darmanin sur le plan de la sécurité ?
Mais bon, on l'a dit, oui. Non, non, ça s'est bien passé, tant mieux, bravo.
Toutes ces missions flash, est-ce qu'elles vont servir à quelque chose un jour ? On a un peu l'impression que c'est comme les comités théodules que vous voulez supprimer au niveau de l'État.
Non, mais je vais... ça sert toujours à quelque chose, ça débouche sur un rapport. Mais les rapports, on sait où ils finissent. Non, mais je suis vraiment d'accord avec vous. Je pense que, voilà, il y a peut-être le fonctionnement de l'Assemblée nationale qui serait à revoir pour travailler plus efficacement. Je ne suis pas en train de vous dire qu'on est crevé, on travaille trop, mais on ne travaille pas forcément toujours très bien.
Merci, Philippe Ballard, d'avoir répondu à nos questions. Vous êtes porte-parole du Rassemblement national, député de l'Oise. Vous pouvez réécouter cette émission comme toutes les autres sur franceculture.fr et sur l'application Radio France. Merci à Luca Liberati qui m'a aidé à préparer cette émission, à la réalisation, Luc-Jean Reynaud, à la technique aujourd'hui, Jean-Guylain Meij et à la vidéo, Félix Delacour. On se retrouve samedi prochain à 12h45.
Philippe Ballard