MORT DE NAHEL : RACISME, MENSONGES, ET HONTE INTERNATIONALE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous avez tué un gamin ! Un tiers des interpellés de la dernière nuit sont des jeunes, parfois des très jeunes. C'est la responsabilité des parents de les garder au domicile.
Nous exigeons qu'ils tiennent leurs enfants. Et quand on voit Darmanin, ce violeur ! J'ai décidé qu'il y ait 40 000 policiers et gendarmes ce soir et cette nuit mobilisés, dont 5000 en plaine parisienne, et des moyens techniques et technologiques importants pour lutter évidemment contre ces émeutes, pour procéder à des interpellations et surtout pour rétablir l'ordre républicain.
Le soulèvement de ces derniers jours, consécutif à l'exécution d'un adolescent de 17 ans par un policier à Nanterre, a une fois de plus mis en évidence une caractéristique majeure du macronisme, qui est que le président de la République française et ses ministres nous prennent pour le dire très poliment pour des imbéciles. Quand Emmanuel Macron, après plusieurs nuits de révolte, appelle les parents à la responsabilité par exemple, et quand Eric Dupond-Moretti, son ministre de la Justice, en appelle lui aussi à la responsabilité morale et pénale des parents et leur demande, je cite toujours, de « tenir leurs gosses », ils nous prennent pour des idiots. Les parents doivent assurer l'éducation de leurs enfants, tous les parents le savent.
Les parents ont des droits, ils ont des devoirs, et aussi, si ça n'est pas suffisant, une obligation légale. Pourquoi ? Parce que pour tous ceux qui sont en capacité, et c'est très important cette nuance, d'exercer l'autorité parentale, nous exigeons qu'ils tiennent leurs enfants.
Mais ça ne prend pas, parce que nous n'avons pas oublié qu'en 2021, Eric Dupond-Moretti a été maintenu dans ses fonctions de ministre de la Justice par Emmanuel Macron en dépit de sa mise en examen pour prise illégale d'intérêts. Et nous n'avons pas non plus oublié qu'en octobre 2022, Eric Dupond-Moretti a de nouveau été maintenu dans ses fonctions par Emmanuel Macron, malgré son renvoi devant la Cour de justice de la République, toujours pour prise illégale d'intérêts. Pour le dire autrement, nous n'avons pas oublié que ces deux personnages, qui lancent depuis quelques jours de vibrants appels à la responsabilité, donnent depuis des années, au plus haut sommet de l'État, l'exemple parfait d'une extraordinaire irresponsabilité morale et pénale.
Autre exemple, quand la Première ministre Elisabeth Borne déclare, après la tentative d'incendie du domicile du maire d'une commune du Val-de-Marne, que son gouvernement ne laissera rien passer et qu'il sera toujours aux côtés des maires, elle nous prend ouvertement, elle aussi, pour des imbéciles. Je peux vous dire que vraiment le gouvernement est en soutien auprès des maires, on ne laissera passer aucune violence. Mais là non plus, ça ne prend pas.
Car là encore, nous n'avons rien oublié. Nous n'avons pas oublié que le maire de Saint-Brevin-les-Pins, qui faisait depuis des mois l'objet d'agressions et de menaces de l'extrême droite, a finalement démissionné de son mandat au mois de mai dernier, après l'incendie de son domicile et de ses deux véhicules personnels, en rappelant qu'il avait été pendant toute cette période complètement abandonné par le gouvernement. Et nous n'avons pas oublié l'article du journal Le Monde qui constatait la semaine dernière que plus d'un mois après la démission de l'ex-maire de Saint-Brevin, les menaces et les agressions de l'extrême droite contre des élus continuent partout en France.
Mais cela ne semble pas déranger Elisabeth Borne qui n'a pas du tout éprouvé le besoin, après la publication de cet article, de s'exprimer publiquement pour dénoncer ces violences de l'extrême droite. Et voici un troisième et dernier exemple sur lequel nous allons nous attarder un peu. Au mois de novembre 2022, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale des Nations Unies a examiné, comme il le fait périodiquement, l'application et la mise en œuvre par la France des obligations découlant de la Convention internationale pour l'élimination de la discrimination raciale.
Pour mener à bien cet examen périodique, ce comité de l'ONU s'est notamment appuyé sur les éléments qui lui avaient été transmis par l'État français. C'est donc bien après avoir pris connaissance des observations qui lui avaient été communiquées par le gouvernement français qu'il a formulé au mois de décembre 2022 plusieurs recommandations. C'est important de le souligner car le moins qu'on puisse dire est que ces observations n'ont pas convaincu les membres du comité.
Au terme de leur examen, en effet, les Nations Unies qui s'inquiètent de ce qu'elles appellent le profilage racial et ethnique ont notamment demandé à la France de mettre en place, je cite, un mécanisme effectif de contrôle judiciaire et de traçabilité des contrôles d'identité, ainsi que d'autres activités de la police et des forces de l'ordre. Elles se sont aussi inquiétées de ce qu'elles appellent un « usage excessif de la force » et elles ont plus précisément demandé à la France de se décider à conclure l'enquête portant sur le décès d'Adama Traoré pour que les responsables soient traduits en justice et sanctionnés de manière appropriée. En résumé, le gouvernement français avait transmis à l'ONU des éléments qui était censé prouver que la France n'avait aucun problème de profilage racial et ethnique ou d'usage excessif de la force, mais l'ONU, après avoir pris connaissance de ces éléments, a considéré que la France avait encore et toujours un gros problème de profilage ethnique et racial et d'usage excessif de la force.
C'est déjà très édifiant mais ce n'est pas terminé. Au mois de mai dernier, les Nations Unies se sont cette fois-ci livrées à l'examen périodique universel auquel la France doit régulièrement se soumettre, comme tous les pays membres de l'ONU. Au terme de cette procédure, plus de 120 pays ont adressé à la France plus de 355 recommandations, portant notamment sur les violences policières et les restrictions à la liberté de manifestation et sur la lutte contre le racisme sous toutes ses formes. 355 recommandations c'est beaucoup, et c'est beaucoup plus qu'à l'issue des précédents examens universels auxquels la France s'était soumise.
Cela signifie très clairement que depuis l'élection d'Emmanuel Macron qui avait promis de faire barrage aux idées de l'extrême droite, les problèmes de violences policières, de restrictions à la liberté de manifester et de racisme sous toutes ses formes se sont très considérablement aggravés. Et ce n'est toujours pas terminé puisque le 15 juin dernier, les Nations Unies ont de nouveau exprimer, je cite, leur inquiétude face aux allégations d'un usage excessif de la force lors des manifestations contre la réforme des retraites et contre les projets de méga-bassines en France, catastrophiques pour l'environnement. Dans un sévère communiqué, l'ONU a déclaré que le manque de retenue dans l'usage de la force à l'encontre des membres de la société civile qui revendiquent de manière pacifique serait non seulement antidémocratique mais profondément inquiétant pour l'État de droit. a appelé les autorités françaises à entreprendre un examen complet de leurs stratégies et pratiques en matière de maintien de l'ordre afin de permettre aux manifestants d'exprimer leurs préoccupations et à faciliter une résolution pacifique des conflits sociaux.
Puis enfin, vendredi dernier, le 30 juin, après deux nuits de révolte, la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a de nouveau demandé aux autorités françaises de s'assurer que l'usage de la force par la police respecte certains principes. Nous comprenons qu'il y a eu beaucoup de pillages et de violences et qu'il y a eu un grand nombre de policiers qui ont également été blessés, a-t-elle d'abord expliqué. Mais elle a aussitôt ajouté que les Nations Unies a appelé les autorités françaises à s'assurer que l'usage de la force par la police respecte les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité, de non-discrimination, de précaution et de responsabilité.
Et surtout, elle a déclaré que c'était le moment pour la France de s'attaquer sérieusement aux profonds problèmes de racisme et de discrimination raciale parmi ses forces de l'ordre. Après avoir, je cite, « pris connaissance de cette déclaration de la porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme », le ministère français des Affaires étrangères, manifestement très en colère, a aussitôt publié le jour même un communiqué soutenant que toute accusation de racisme ou de discrimination systémique par les forces de l'ordre en France est totalement infondée, et que le dernier examen périodique auquel la France s'est soumise devant les Nations Unies avait permis d'en faire la démonstration. Mais bien sûr, et comme toujours avec les macronistes, la réalité est un peu différente.
Car, contrairement à ce que suggère ce communiqué du ministère des Affaires étrangères, la France n'a pas encore répondu à ces observations accablantes, pour la simple et bonne raison qu'elle a jusqu'au mois de septembre prochain pour adresser sa réponse aux Nations Unies. Par conséquent, quand le ministère des Affaires étrangères suggère qu'il a fait la démonstration au moment de l'examen périodique universel de la France que toute accusation de racisme ou de discrimination par les forces de l'ordre est totalement infondée, c'est dans le meilleur des cas une demi-vérité puisque, répétons-le, ce ministère n'a toujours pas répondu aux observations formulées à l'issue de cet examen. Et il faudrait sans doute qu'il commence à réfléchir un peu sérieusement à sa réponse, parce qu'après les événements de ces derniers jours, il risque d'être un tout petit peu difficile de soutenir sérieusement que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et de convaincre la communauté internationale que l'usage de la force par la police française est toujours parfaitement maîtrisé.
Merci d'avoir suivi cette chronique, à la semaine prochaine. Justice pour Nahel !
Emmanuel Macron