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interviewRMC — Face à Face· 8 juin 2022 21 min

L'interview : Bruno Le Maire - 08/06

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Bruno Le Maire

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe.

0:11
Présentateur

8h33 sur RMC BFM TV, bonjour Bruno Le Maire.

0:14
Bruno Le Maire

Bonjour Pauline de Valherbe.

0:15
Présentateur

Vous êtes le ministre de l'économie, merci de venir répondre à mes questions, donner des précisions sur un certain nombre de ballons qui ont été lancés pour tenter d'aider les Français dans ce moment de grande difficulté. Et en même temps, à quatre jours, des législatives, on va voir que c'est sans doute pas totalement anodin. Ça fait quand même un bon bout de temps que vous nous dites qu'il faut réduire les dépenses, je vous cite, qu'il faut que le travail paye, là encore je vous cite, et le résultat c'est quand même que vous allez ressortir le carnet de chèque.

0:41
Bruno Le Maire

Il y a une stratégie globale que chacun doit bien comprendre, qui n'est pas une stratégie du carnet de chèque. D'abord un premier pilier dans notre stratégie économique, c'est de protéger nos compatriotes face à l'inflation. Et je pense que c'est nécessaire économiquement et que c'est juste que les plus fragiles ne soient pas menacés par l'augmentation des prix, que les retraités ne soient pas pris à la gorge parce que leur pension de retraite ne suit pas l'inflation. C'est le premier pilier, on protège contre l'inflation et nous continuerons de protéger contre l'inflation tant qu'elle durera. Tant qu'elle durera ? Oui, tant qu'elle durera.

Après on fera évoluer les dispositifs en fonction des chiffres de l'inflation, mais aujourd'hui on est dans le pic de l'inflation. Et ce pic de l'inflation va encore durer quelques semaines, voire quelques mois. Il y a la guerre en Ukraine, le blocage chinois, donc le pic inflationniste dans lequel nous sommes aujourd'hui va encore durer quelques semaines ou quelques mois. Je le dis avec beaucoup de gravité pour que chacun voit quelle est exactement la situation. Et puis je pense que début 2023, nous verrons commencer à refluer l'inflation. Donc nous devons protéger, nous le faisons avec efficacité, nous avons le taux d'inflation le plus faible de tous les pays de la zone euro.

Le deuxième pilier, c'est continuer à investir. Il faut que sur le quinquennat, nous investissions dans les énergies renouvelables. C'est une priorité absolue pour réussir la transition climatique, mais aussi dans l'école, mais aussi dans l'hôpital, dans la santé. On voit bien qu'à l'hôpital, nous avons besoin d'investir pour que ces grands services publics continuent à nous protéger, continuent à garantir la cohésion sociale.

2:15
Présentateur

Et ça, c'est sur le long terme.

2:17
Bruno Le Maire

Et ça, c'est sur le long terme, c'est sur les cinq années. Et puis, toujours sur les cinq années, c'est le troisième pilier de la stratégie. Et je n'ai jamais laissé aucun doute là-dessus. Nous devons rétablir les finances publiques. Et nous rétablirons les finances publiques. Et donc, tout cela est une affaire d'équilibre.

2:31
Présentateur

C'est compliqué quand même de tenir les trois piliers ensemble.

2:34
Bruno Le Maire

J'ai peur que le lignif s'écroule. Si c'était simple, le job n'aurait aucun charme. Mais c'est un défi qui ne me regarde pas que moi, ministre de l'économie et des finances. Et ce qui est important, c'est que nous puissions en débattre avec toutes les forces vives de la nation. Comment est-ce que nous faisons pour conjuguer protection, investissement et rétablissement des finances publiques ? Mais mon cap est extrêmement clair. Je sais où nous devons aller. Et avec le Président de la République, avec la Première Ministre, nous en avons parlé très longuement. Nous travaillons depuis des semaines sur cette stratégie.

Nous devons conjuguer protection, investissement, rétablissement des finances.

3:07
Présentateur

On va rentrer dans le très concret, puisqu'il y a notamment trois points qu'a évoqués Elisabeth Borne hier. La revalorisation des pensions de 4% dès le mois de juillet. La prolongation des ristournes sur l'essence au-delà de juillet. Avec peut-être un gros plan rouleur, vous allez nous en dire plus. Et puis un chèque, 150 euros sans doute, qui serait versé en septembre au plus modeste. Commençons quand même par l'essence, parce que les Français qui nous regardent ou qui nous écoutent s'en sont bien rendus compte ce matin. L'essence a franchi à nouveau le cap des 2 euros le litre d'essence, presque autant pour le gazole.

Donc, vous nous confirmez ce matin que la ristourne de 18 centimes, elle sera prolongée jusqu'à la fin de l'été. Donc les personnes qui vont rouler en août en bénéficieront encore, ça oui ?

3:48
Bruno Le Maire

Je confirme que la ristourne, la remise qui devait s'arrêter fin juillet, la présence de la République a été très claire, elle sera maintenue jusqu'à fin août. Et ensuite ? Ensuite, il faut que nous en sortions progressivement. On ne va pas du jour au lendemain dire, attendez, il y avait une remise. Et puis, il n'y a plus de remise. Je pense que ce serait trop brutal. Et je crois profondément que nous devons éviter toute brutalité. La situation économique est suffisamment brutale pour les Françaises et les Français, pour que nous, nous sachions accompagner nos compatriotes de la manière la plus responsable possible. Mais on voit bien que ce dispositif...

4:19
Présentateur

Mais ça veut dire quoi, pardon ? Ça veut dire quoi, cette fin progressive ? Est-ce que ça veut dire que vous allez passer, je ne sais pas, de 8 centimes à 15 centimes, à 13 centimes, à 12 centimes, à 12 centimes ? Ou est-ce que c'est un changement de dispositif ?

4:30
Bruno Le Maire

C'est un changement de dispositif, mais qui doit se faire, là aussi, progressivement. C'est ce que nous avons fait pendant la période du Covid. On a mis en urgence les dispositifs. Ça a été, par exemple, le Fonds de Solidarité. Et puis, on les a adaptés au fur et à mesure de la réalité. Il faut savoir s'adapter à la réalité et aux défauts que peuvent avoir les dispositifs.

4:45
Présentateur

Est-ce que ça serait, par exemple, davantage les gros rouleurs ? On a parlé des gros rouleurs. Est-ce que c'est ça ou est-ce que ça restera une aide universelle ?

4:53
Bruno Le Maire

Alors, gros rouleurs, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, notre dispositif, il protège, c'est bien, mais il a aussi des défauts qu'il faut savoir reconnaître. D'abord, il couvre tout le monde de la même façon. Vous pouvez avoir des revenus très élevés ou avoir des revenus très modestes, vous êtes couverts de la même façon. Ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus juste.

Le deuxième défaut, c'est que ça protège autant celui qui prend sa voiture pour faire ses courses, mais qui n'en a pas impérativement besoin, que celui qui en a impérativement besoin pour se rendre sur son lieu de travail, à son usine, à son entreprise, ou qu'il l'utilise au quotidien, par exemple, s'il est aide-soignante. Moi, j'étais, il y a quelques jours, à Colmar. J'ai rencontré des ouvriers de l'usine Libère, qui fait des engins de chantier, qui me disent, voilà, nous, monsieur le maire, c'est très simple. On ne va plus venir travailler. On habite à 60-70 kilomètres de l'usine. Ça nous coûte trop cher de travailler.

Moi, je ne veux pas entendre un seul salarié, un seul ouvrier, qui nous dit que ça coûte trop cher de travailler.

5:43
Présentateur

Si j'essaye de tenir compte de tout ce que vous venez de me dire là à l'instant, ça veut dire que vous allez avoir une aide qui sera ciblée sur les travailleurs qui ont besoin de leur voiture, sur les nés plus modestes. Comment vous mettez tout ça ?

5:53
Bruno Le Maire

Exactement, je pense qu'il faut que nous réfléchissions cet été à substituer au dispositif de remise, progressivement, un dispositif, le président de la République l'avait annoncé il y a quelques mois, qui va couvrir mieux ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler, ou dont la profession même requiert l'utilisation de sa voiture. C'est des aides-soignants, ça peut être des démarcheurs à domicile, ça peut être toutes sortes d'autres professions. Et là, du coup, toutes ces personnes-là ne seront plus empêchées d'aller travailler à cause du prix du carburant. C'est une mesure de justice et une mesure d'efficacité économique.

6:27
Présentateur

Dans les annonces d'hier d'Elisabeth Borne, il y a également la question de la revalorisation des pensions de 4%. C'est plus que ce que vous n'imaginez ? C'est plus que ce que vous aviez prévu ?

6:36
Bruno Le Maire

On travaille collectivement avec Elisabeth Borne et avec l'ensemble des ministres. Donc, on a eu des discussions. Nous, notre impératif était très simple, que les retraités ne perdent pas d'argent à cause de l'augmentation des prix. Un retraité n'a absolument aucune autre solution que de vivre de sa pension de retraite. Il ne peut pas faire des heures supplémentaires, il ne peut pas travailler plus.

6:58
Présentateur

Il ne peut pas rester moins que l'inflation.

6:59
Bruno Le Maire

Mais il va y avoir des revalorisations classiques. Cette revalorisation s'ajoute aux revalorisations du début d'année. Donc, ça nous permet de couvrir l'intégralité de l'inflation.

7:09
Présentateur

Et puis, il y a ce chèque. Donc, ce ne sera plus un chèque alimentaire à proprement parler comme ça avait été évoqué notamment par l'ancien ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie. Ce sera un chèque tout court, sous forme de virement d'ailleurs, pour être tout à fait précis, de l'ordre de 150 euros pour les foyers les plus modestes. C'est à peu près ça ?

7:25
Bruno Le Maire

Le chiffre n'est pas encore défini. Mais qu'est-ce que nous voyons, là aussi, en étant très pragmatiques, en essayant de protéger le mieux possible nos compatriotes ? Aujourd'hui, vous avez le prix des pâtes qui a fortement augmenté, les prix alimentaires qui augmentent. Vous avez beaucoup de nos concitoyens qui cherchent désespérément à avoir le prix le plus bas possible, qui passent du temps, qui parfois, au lieu de se consacrer à leur recherche d'emploi, cherchent désespérément à avoir le prix le plus bas. Il faut les protéger. Dans une puissance économique aussi importante que la France, il est légitime qu'on puisse s'alimenter correctement.

Donc l'objectif de ce chèque qu'a annoncé la Première Ministre, c'est effectivement d'aider tous ceux qui ont du mal à se nourrir correctement, à s'alimenter correctement. Ce sera versé à la rentrée, et nous définirons le montant cet été.

8:11
Présentateur

Vous définirez le montant, et vous définirez à qui exactement il s'adresse. Parce qu'en fait, si on reprend le dispositif, qui était à peu près le même genre, c'est-à-dire une sorte de prime inflation qui avait été annoncée par Jean Castex, et qui avait été versée jusqu'en février dernier, c'était 100 euros pour ceux qui gagnent moins de 2 000 euros.

8:28
Bruno Le Maire

Ça nous fait beaucoup de nos compatriotes, nous n'avons pas encore défini tous les paramètres, mais je pense qu'il serait juste que ce soit concentré sur les ménages les plus modestes, ceux qui ont réellement des difficultés à s'alimenter correctement. Où est-ce que vous mettez le curseur ?

8:39
Présentateur

C'est quoi être très modeste ?

8:40
Bruno Le Maire

C'est le débat. C'est notre méthode, on l'a dit suffisamment, et de consulter et de dialoguer. Il y aura à l'Assemblée nationale un débat sur le projet de loi pouvoir d'achat, et je ne vais pas arriver en disant, voilà, c'est à prendre ou à laisser, voilà exactement le curseur, on va en parler à l'Assemblée nationale, en débattre à l'Assemblée nationale.

8:57
Présentateur

Et en même temps, vous l'annoncez dès maintenant. Vous l'annoncez dès maintenant parce que les législatives, c'est quand même dans quelques jours.

9:02
Bruno Le Maire

Mais ce n'est pas une annonce par-ci, une annonce par-là, je le redis, c'est une stratégie globale. Pour faire face à ce pic inflationniste, nous devons protéger. Et vous voyez bien que les mesures que nous prenons sont de plus en plus des mesures qui sont ciblées, et puis des mesures qui pourront être supprimées le jour où l'inflation ne sera plus là, où on sera reparti à un niveau d'inflation qui sera plus raisonnable.

9:25
Présentateur

Alors ça, c'est quand même... vous insistez quand même aussi sur ce point, c'est-à-dire que ça ne devient pas une mesure pérenne, ça reste une mesure d'urgence.

9:31
Bruno Le Maire

Sur le chèque alimentaire, on doit en discuter avec les représentants du monde agricole, notamment la FNSEOA, Christiane Lambert, avec le ministre de l'Agriculture, Marthénaud. Elle est déçue, Christiane Lambert.

9:41
Présentateur

Elle espérait que ce serait dès maintenant, là, un vrai chèque alimentaire.

9:44
Bruno Le Maire

Oui, mais nous ne sommes pas... enfin, moi je suis prêt à regarder toutes les propositions, mais il faut tout simplement qu'elles tiennent la route. C'est-à-dire qu'elles puissent être utilisées immédiatement par les Françaises et les Français. Moi, je ne veux pas promettre de leur dire, voilà, on a trouvé un super dispositif, vous allez pouvoir aller dans votre magasin prendre des produits bio ou des produits sourcés français et qui vont bénéficier strictement aux producteurs français, ça marche, je sais faire. Non, je ne sais pas faire. J'ai l'honnêteté de le reconnaître.

Personne, aujourd'hui, nous a proposé un dispositif qui soit immédiatement opérationnel face à un pic inflationniste qui est maintenant. C'est maintenant qu'il faut protéger. Pas dans trois mois ou pas dans six mois. Maintenant.

10:16
Présentateur

Il y a quand même un grand nombre de salariés qui ont maintenant des tickets restaurants. C'est devenu des cartes. Et ces cartes, elles ne peuvent, elles ne marchent que si vous achetez des produits qui sont effectivement des produits d'alimentation. Donc, en fait, en tout cas, il y a des sociétés. Je suis tout à fait d'accord avec vous. Je ne vais pas rentrer trop dans les... Si ils ne savent le faire, vous ne sauriez pas.

10:33
Bruno Le Maire

Bien sûr. Mais ce qu'ils ne savent pas faire, c'est cibler ça sur les produits agricoles français. C'est ça, notre grande difficulté. Donc, moi, donner de l'argent public, c'est-à-dire l'argent des Français, pour payer des produits alimentaires qui ont été fabriqués en dehors de France et qui vendent des producteurs en dehors de France, ça ne m'intéresse pas trop. La logique, c'est que nos compatriotes puissent s'alimenter bien. Et si j'entends bien Christiane Lambert, la présidente de la FNSOA, que ça puisse aussi profiter aux producteurs français. Et aujourd'hui, on n'a pas résolu le problème.

11:02
Présentateur

C'est super pour les agriculteurs. Et on comprend bien que la patronne des agriculteurs, celle qui les représente, plaide pour cela. Mais je plaide aussi pour eux. J'ai été trois ans ministre de l'agriculture. Pour la personne qui pousse son caddie, qui a ses enfants à la maison, ça lui fait une belle jambe. Vous lui dites, voilà, nous, on te donne 100 euros, mais tu dois uniquement les dépenser auprès des produits les plus chers.

11:20
Bruno Le Maire

C'est exactement, je ne saurais mieux dire, c'est exactement pour ça, Apolline de Malherbe, que comme nous, nous voulons en priorité absolue, absolue, absolue, protéger tous ceux qui aujourd'hui ne peuvent pas se nourrir correctement. Enfin, on ne peut pas accepter que dans une grande puissance économique mondiale, vous ayez des familles qui n'arrivent pas à nourrir correctement leurs enfants. Enfin, c'est inacceptable, c'est révoltant. Donc moi, je suis prêt à toutes les propositions. Mais ma responsabilité d'homme politique, de membre du gouvernement, de ministre de l'économie et des finances, c'est que chaque Français puisse manger à sa faim.

Et donc, je ne dis pas que la solution que nous avons trouvée avec Elisabeth Borne est parfaite. Je dis qu'elle est opérationnelle, que les gens toucheront leur argent et qu'ils pourront payer le caddie à la fin du mois. Ensuite, si on trouve mieux quelque chose qui, en plus de cela, permette d'avoir des produits sains et de soutenir nos agriculteurs et nos producteurs auxquels je suis profondément attaché, tant mieux. Mais nous n'y sommes pas. J'attends les propositions.

12:14
Présentateur

Il y a aussi un point qui pourrait être très inquiétant. On s'aperçoit aujourd'hui, on l'a développé ce matin sur AMC, que les Français ont de plus en plus recours au crédit à la consommation. Ça a augmenté juste là, ce dernier trimestre, de 10%. Le recours au crédit à la consommation. Un jour, il faudra les payer. Qu'est-ce que vous dites de ça ?

12:33
Bruno Le Maire

C'est bien pour ça aussi que toute notre politique vise à donner du travail à chaque Français, à aller vers le plein emploi et à avoir un travail qui paie mieux. Parce qu'il faut bien comprendre que autant ces mesures d'urgence sont indispensables, parce que c'est une situation exceptionnelle de choc inflationniste.

12:51
Présentateur

Mais que vous disent les patrons ? Autant sur le long terme,

12:53
Bruno Le Maire

la seule solution, ce n'est pas de puiser toujours plus dans les caisses de l'État. Ça, c'est des solutions mélanchonistes. Ça mène tout droit à la faillite du pays et tout droit à l'appauvrissement des Français.

13:02
Présentateur

Mélanchoniste, le mot est lâché. Oui, c'est mélanchoniste. Vous disiez 8h45, vous avez attendu 12 minutes.

13:08
Bruno Le Maire

Oui, je peux attendre encore 14 minutes, ça ne me dérange pas, mais je vois les propositions politiques qui sont sur la table. Non, mais on sent bien qu'il y a un haro sur Jean-Luc Mélenchon. Non, il n'y a pas de haro contre qui que ce soit. Il y a simplement des élections législatives qui vont définir le destin de la France. Et comme nous sommes tous attachés au destin de la nation française, il vaut mieux savoir où on va. Est-ce qu'on va dans le mur en klaxonnant, en dépensant toujours plus d'argent public, en ne finançant pas la retraite à 60 ans, en mettant des dizaines de milliards d'euros de dépenses publiques sur la table, comme le propose M.

Mélenchon, pour au bout du compte finir par une politique d'austérité et être contrôlé par le Fonds monétaire international, parce que c'est le destin inéluctable de toutes les nations qui ont emprunté cette voie, que ce soit l'Argentine ou que ce soit la Grèce, où est-ce qu'on tient un discours de vérité et de responsabilité ? Moi, je vous ai toujours tenu, Apolline de Malherbe, et j'ai toujours tenu aux Françaises et aux Français un discours de vérité et de responsabilité. Que l'État protège en période de crise, on l'a fait pendant le Covid, on l'a fait pendant le pic inflationniste, mais la richesse d'une nation suppose d'abord qu'on la produise.

Donc qu'on soutienne le travail et les entrepreneurs. Et je ne crois jamais avoir varié de lignes depuis 20 ans que je fais de la politique avant de redistribuer des richesses. Il faut les produire, et pour les produire, il faut plus de travail et plus d'entrepreneurs.

14:20
Présentateur

Alors justement, Bruno Le Maire, deux questions sur la question sur les entrepreneurs, à la fois sur eux et puis sur les salariés. Sur les entrepreneurs, de nombreux entrepreneurs ont contracté auprès de l'État, des banques et des banques, un prêt garanti par l'État. L'État s'en est porté garant. Il va falloir quand même les rembourser. Là encore, c'est comme les crédits à la consommation pour les particuliers. Il va falloir les rembourser. Christian Estrosi, qui était à ce même micro hier, il disait, il faudrait prolonger le remboursement de ces PGE. Est-ce que vous êtes d'accord ? De plusieurs mois, voire même de plusieurs années ?

14:49
Bruno Le Maire

Je suis totalement d'accord. Il a parfaitement raison. J'ai obtenu de la Commission européenne la possibilité de prolonger le remboursement de son PGE de 5 ans à 10 ans. Il faut que chaque entrepreneur qui nous écoute, qui a de vraies difficultés financières, qui n'arrive pas à rembourser son PGE et qui se trouve aujourd'hui angoissé par cela, aille à la médiation du crédit dans son département et qu'il négocie le remboursement différé sur 10 ans, un étalement de son remboursement sur 5, 6, 7, 8, jusqu'à 10 ans. Donc, c'est plus encore que ce que vous propose Mais vous dites qu'il faut négocier ou ce sera automatique ?

Non, il a un droit à obtenir l'étalement de son remboursement jusqu'à 10 ans. C'est un droit.

15:26
Présentateur

Donc, il doit faire cette démarche mais il doit faire lui-même la démarche. Mais vous nous dites que le résultat en est garantie. Le résultat est garantie. Il obtiendra l'autorisation d'attendre.

15:34
Bruno Le Maire

Le banquier va regarder avec le médiateur du crédit. Puis, il y aura des entreprises qui, visiblement, ne tiennent pas la route. Ça peut arriver. Dans ce cas-là, ça n'a pas grand sens d'étaler de remboursement. La difficulté financière qui est transitoire parce qu'il y a aussi l'augmentation du coût des matières premières que vous n'en sortez pas. Vous avez besoin de 2 ans ou 3 ans supplémentaires. Vous y avez droit jusqu'à 10 ans d'étalement.

15:57
Présentateur

C'est toujours un peu paradoxal. C'est-à-dire que vous dites que celles qui sont saines auront le droit. Celles qui sont le couteau sous la gorge, elles n'y auront pas le droit. Alors, c'est celles qui vont avoir le plus besoin.

16:05
Bruno Le Maire

Pardon, mais il y a toujours dans la vie économique...

16:08
Présentateur

Vous êtes un banquier comme un autre.

16:10
Bruno Le Maire

Je ne suis pas du tout un banquier comme un autre. Je vous rassure, je ne pense pas prêter aux riches avec l'ensemble des mesures que nous faisons. Je pense que nous menons collectivement une politique de justice, mais aussi d'efficacité économique. Il y a dans la vie économique des faillites. Si vous soutenez l'ensemble des entreprises, même celles qui sont mal gérées, le pays ne va pas aller très bien. Là, ce que nous voulons, c'est dire à tous les entrepreneurs, PME, TPE, artisans, vous avez une difficulté financière parce qu'il y a une grosse inflation. Vous ne pouvez pas rembourser vos PGE parce que vos produits sont trop chers et que vous n'arrivez pas à les trouver.

Vous allez voir la médiation du crédit. Vous avez droit à obtenir un étalement de 10 ans.

16:47
Présentateur

Donc, ceux qui nous écoutent et qui ont contracté des PGE peuvent être rassurés sur les salaires. Vous encouragez les patrons à augmenter les salaires. Certains jouent le jeu, d'autres non. Mais quoi qu'il en soit, ceux qui ont leur salaire augmenté parfois vont payer plus d'impôts. C'est jusqu'à ce soir minuit. Je le rappelle d'ailleurs à tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent qu'il faut finir de confirmer sa déclaration d'impôt. Il y aura des effets de seuil. Il y a ceux qui vont gagner plus d'un côté mais devoir du coup payer plus de l'autre. Est-ce que là aussi vous allez être attentif ?

17:19
Bruno Le Maire

Vous avez tout à fait raison. Mais je veux vraiment lever cette inquiétude parce qu'il ne s'agit pas que les Français payent plus d'impôts à cause de l'inflation. Là aussi, je vous ai parlé de notre ligne politique, le travail, la valorisation du travail, le soutien aux entrepreneurs. Un des éléments clés de la politique que nous menons depuis 5 ans avec Emmanuel Macron, c'est la baisse des impôts. Il est hors de question que des salariés, des Français payent plus d'impôts sur le revenu ou rentrent dans le barème de l'impôt sur le revenu à cause de l'inflation.

Donc nous allons indexer le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation pour éviter justement ces effets comme vous dites très bien de seuil ou des gens qui ne paieraient pas l'impôt sur le revenu avant à cause de l'inflation des augmentations de salaires basculeraient dans l'impôt sur le revenu ou basculeraient dans une tranche supplémentaire.

18:04
Présentateur

Concrètement, ça veut dire qu'ils augmentent les seuils.

18:06
Bruno Le Maire

Exactement. Nous augmentons les seuils du montant de l'inflation pour éviter que des Français se retrouvent à payer plus d'impôts. C'est le contraire de la politique que nous venons depuis 5 ans.

18:14
Présentateur

La perspective de croissance, la Banque mondiale a revu à la baisse les prévisions de croissance. Le gouvernement table toujours sur une perspective de 4% ?

18:22
Bruno Le Maire

Non. Non, je suis très clair avec vous. Nous réviserons la croissance au moment où je présenterai le projet de loi de finances rectificative, donc à la fin du mois de juin. La vie est dure pour tout le monde et elle est dure pour tous les pays européens. Cette crise inflationniste ne touche pas que la France. Nous ne sommes pas isolés parmi les autres nations européennes. Nous nous en tirons plutôt mieux avec une inflation plus faible et une croissance qui résiste. Ça ne sera pas 4% et je réviserai le chiffre de croissance d'ici quelques semaines.

18:50
Présentateur

Bruno Le Maire, vous qui êtes ministre de l'économie, c'est l'Assemblée qui va sortir de ces élections législatives. Alors, les différentes projections ne donnent pas pour l'instant la nupesse de Jean-Luc Mélenchon majoritaire, mais au minimum, elle incarnera la force d'opposition numéro un face à vous. Face à vous, il y a toujours le président de la commission des finances. Traditionnellement, elle est donnée à l'opposition. Vous imaginez demain avoir un membre de la France insoumise qui soit président de la commission des finances et qui vienne négocier, discuter avec vous ?

19:21
Bruno Le Maire

C'est l'Assemblée qui le décidera. Moi, je respecte la séparation du pouvoir. Ça relève du règlement de l'Assemblée. C'est donc l'Assemblée, l'Assemblée seule qui le décidera. C'est certainement pas au ministre des finances de se mêler de ses dominations. Ce que je veux dire simplement, c'est que l'élection, c'est dans trois jours. Elle n'est pas jouée. Et j'appelle tous ceux qui croient dans le projet que nous présentons que le président de la République travaille, entrepreneuriat, unité de la nation française, construction européenne et pas bras d'honneur à nos partenaires européens comme certains le proposent, de se mobiliser.

Je vois bien que certains prennent cette élection à la légère ou avec indifférence ou disons le fond, ça ne change pas grand-chose.

19:58
Présentateur

Vous-même, vous, personnellement, vous allez beaucoup sur le terrain. Je fais campagne tous les jours. On ne peut pas dire que le gouvernement, on ne peut pas dire qu'Elisabeth Borne qui s'est un peu réveillée hier, on ne peut pas dire qu'Emmanuel Macron qui s'est réveillé juste ce week-end pour donner une interview est énormément fait campagne.

20:11
Bruno Le Maire

Mais nous sommes tous engagés. En tout cas, il ne s'agit pas de regarder le réproviseur. Celui qui est le plus fait campagne,

20:16
Présentateur

c'est Jean-Luc Mélenchon.

20:17
Bruno Le Maire

Nous avons tous fait beaucoup campagne. J'ai fait beaucoup campagne tous les jours pour soutenir nos candidats tout simplement parce que chacun doit comprendre que cette élection législative est décisive. Et l'une des différences par rapport aux précédentes élections législatives, c'est que dans le passé, il y avait des nuances entre les projets politiques. Vous pouviez être pour le marché, un peu moins pour le marché, pour une régulation forte. Vous pouviez être pour la fédération européenne ou pour l'intégration européenne ou pour une Europe des nations. Mais vous étiez pour l'Europe. Aujourd'hui, ce n'est plus des nuances. Nous sommes au temps de la radicalité.

Et il y a des radicalités qui sont mauvaises pour le pays. La radicalité de M. Mélenchon qui consiste à vous dire la retraite à 60 ans, je ne sais pas comment on paye, mais on le fait quand même, c'est mauvais pour le pays. La radicalité de Mme Le Pen qui vous dit je veux rester dans l'Union européenne mais je ne paierai plus la cotisation à l'Union européenne, c'est-à-dire je sortirai de l'Union européenne, c'est une radicalité qui est mauvaise pour le pays. Donc je veux que chacun prenne conscience de la gravité de cette élection et se mobilise pour donner une majorité aux autres.

21:15
Présentateur

Et je rappelle donc que le premier tour des élections législatives, c'est dimanche. Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, merci d'avoir répondu à mes questions. 8h54 sur AMC BFM TV.