Sébastien Chenu : "Lucas Belvaux se décerne à lui-même un brevet d'anti-lepenisme "
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:27OuverteRéponse directe
Vous avez vu avant tout le monde le film de Lucas Belvaux, qui sort aujourd'hui ?
- 0:41OuverteRéponse directe
Pour quelles raisons le Front National y a vu un film à charge ?
- 1:48RelanceRéponse partielle
Ce n'est pas ce que dit Lucas Belvaux. Il ne parle pas de faire un film antilopéniste, il parle de faire un film citoyen.
- 2:30OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est une raison pour l'interdire, ou en tout cas faire en sorte qu'il ne soit pas diffusé ?
- 3:07OuverteRéponse directe
L'un des arguments du Front National, c'est de dire que ce film a été financé par le contribuable.
- 3:36RelanceRéponse directe
Si un film a été financé avec de l'argent public, ça implique qu'il doit être forcément agiographique et non pas critique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42Invité politiqueFait
« Difficile de ne pas voir l'inverse de ce que présente ce film militant. »
- 0:47Invité politiqueFait
« En réalité, c'est un film engagé, engagé contre le Front National, qui en fait une caricature, une caricature un peu obsolète. »
- 1:11Invité politiqueFait
« Il y a eu des histoires de skin à peu près toutes les 5-10 minutes dans ce film. »
- 2:01Invité politiqueFait
« Je dois dire que son dossier de presse ne dit pas exactement la même chose que son propos sur les plateaux de télévision. »
- 2:18Invité politiqueFait
« Je trouve simplement que l'idée de présenter ce film à deux mois d'une élection présidentielle, un film militant comme celui-ci, est assez saugrenu, on va dire. »
- 2:41Invité politiqueFait
« Je ne vois aucune raison de l'interdire. »
- 2:45Invité politiqueFait
« Moi, je crois qu'on lui a fait, d'ailleurs, parce qu'on n'est pas rancunier en réalité, on lui a fait beaucoup de publicité. »
- 3:40Invité politiqueFait
« Je pense qu'on peut simplement au moins avoir la décence, à partir du moment où il est financé avec de l'argent public, de ne pas mêler une œuvre cinématographique à une campagne électorale. »
- 3:48Invité politiqueFait
« Je rappelle qu'en ce qui concerne les hauts fonctionnaires du secteur public, évidemment, on entre bientôt dans une période de réserve. »
- 4:48Invité politiqueFait
« Non, et de moins en moins. D'abord, je n'ai aucune raison de me sentir en terrain hostile. »
- 5:21Invité politiqueFait
« Non, en tout cas, vous n'avez pas entendu forcément ça dans ma bouche, je ne crois pas. »
- 5:27Invité politiqueFait
« Je pense qu'il y a en revanche dans le milieu artistique une véritable chape de plomb sur les engagements intellectuels ou les préférences partisanes. »
- 6:44Invité politiqueFait
« L'idée d'un ministère de la Culture, c'est de dépasser peut-être même le cadre de celui-ci et d'être davantage un ministère qui influence aussi les autres. »
Temps de parole
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France Inter, point fr, France Inter, Catherine Boulet, Eric Delvaux, le 5-7. Votre invité ce matin, Eric Delvaux, c'est Sébastien Chenu, conseiller régional Front National de Picardie-Nord-Pas-de-Calais et président du collectif Culture, Liberté et Création. Oui, un collectif qui est force de propositions des politiques culturelles du Front National. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour. D'abord, vous avez vu avant tout le monde le film de Lucas Belvaux, Chenu, qui sort aujourd'hui l'histoire d'une infirmière dévouée entre Lens et Lille et qui se retrouvera enrôlée par un parti d'extrême droite. Le Front National y a vu un film à charge. Pour quelles raisons ?
Difficile de ne pas voir l'inverse de ce que présente ce film militant. En réalité, c'est un film engagé, engagé contre le Front National, qui en fait une caricature, une caricature un peu obsolète. Moi, je dois dire qu'au-delà de mon goût personnel d'avoir aimé ou ne pas aimer ce film, j'ai eu l'impression qu'on n'y croyait pas deux secondes. J'avais l'impression de voir un film très daté, qui avait des références qui n'existent pas dans ce qu'est aujourd'hui le Front National, en tous les cas. Il y a eu des histoires de skin à peu près toutes les 5-10 minutes dans ce film. On en voit apparaître partout.
Et puis, il y a un parti pris d'emblée qui est de nous présenter, de présenter ce mouvement qui ressemble au Front National, en tous les cas, comme un rassemblement de gens planqués derrière des sourires angéliques et qui, derrière ces sourires, veulent mener les pires des politiques pour leurs compatriotes. Alors, je crois que Lucas Bellevaux a souhaité se décerner, comme il est parfois d'usage un espèce de brevet d'antilopénisme. Il fallait lui-même qu'il se le décerne pour, dans cet univers, peut-être faire bien, en quelque sorte.
Ce n'est pas ce que dit Lucas Bellevaux. Il ne parle pas de faire un film antilopéniste, il parle de faire un film citoyen comme une plongée dans la dédiabolisation du Front National. Une sorte de documentaire romancé, forcément, pour ce genre de film.
Oui, c'est ce qu'il dit. Je dois dire que son dossier de presse ne dit pas exactement la même chose que son propos sur les plateaux de télévision. Il est beaucoup plus à charge sur ce qu'il estime être l'extrême droite. Mais peu importe, on a le droit d'être un auteur et d'être un réalisateur engagé. Je trouve simplement que l'idée de présenter ce film à deux mois d'une élection présidentielle, un film militant comme celui-ci, est assez saugrenu, on va dire. Vous voyez, je suis très mesuré dans mes propos.
Est-ce que c'est une raison pour l'interdire, ou en tout cas faire en sorte qu'il ne soit pas diffusé, comme c'est le cas à Saint-Cloud ?
Non, mais enfin, le maire de Saint-Cloud, le maire républicain de Saint-Cloud, s'expliquera sur les raisons pourquoi il veut interdire ce film. Je ne vois aucune raison de l'interdire. Moi, je crois qu'on lui a fait, d'ailleurs, parce qu'on n'est pas rancunier en réalité, on lui a fait beaucoup de publicité. Je crois que les spectateurs se feront eux-mêmes une idée de ce film qui, à mon avis, ne resterait pas dans les mémoires collectives comme un grand film, à mon sens. Non, il n'y a aucune raison de l'interdire. Les gens iront le voir ou n'iront pas le voir. Ils se feront leur idée eux-mêmes, comme je me l'ai suivi fait.
L'un des arguments qu'on a entendus, un des arguments du Front National, c'est de dire que ce film a été financé par le contribuable. D'ailleurs, on pourra vérifier que ce n'était pas si évident que ça. Enfin, pas si... Il n'y a pas eu d'avance sur Rosette. La région a donné 150 000 euros, par exemple, et ça a été largement... Les investissements ont été largement compensés pour l'instant. Non, ma question, c'était que si un film a été financé, effectivement, avec de l'argent public, ça implique qu'il doit être forcément agiographique et non pas critique ? Non, ce n'est pas ça.
Je pense qu'on peut simplement au moins avoir la décence, à partir du moment où il est financé avec de l'argent public, de ne pas mêler une œuvre cinématographique à une campagne électorale, notamment à une période de réserve qui va bientôt s'ouvrir. Je rappelle qu'en ce qui concerne les hauts fonctionnaires du secteur public, évidemment, on entre bientôt dans une période de réserve. On pourrait imaginer qu'un film financé avec de l'argent public respecte ce délai d'une campagne électorale, ne vienne pas s'immiscer dedans. Vous savez, il y a déjà eu des films qui ont été à charge contre le Front National.
Il y avait un Français, il y a à peu près un an et demi, qui faisait aussi un portrait un peu particulier de militant du Front National. On va dire que c'était aussi à charge. Donc, ça revient régulièrement, avec toujours le même parti pris. Donc, vous savez, on est assez habitué à cela. En général, ça ne fait pas beaucoup bouger le corps électoral. Mais simplement, voilà, on est dupes de rien.
Les films qui s'inspirent de la réalité politique, et il y en a eu d'autres, pas que pour évoquer le Front National, La Conquête, pour évoquer Nicolas Sarkozy, ou Le Baron Noir, pour évoquer effectivement le Parti Socialiste. Sébastien Chenu, vous êtes en charge de la culture au Front National. Vous sentez-vous en terrain hostile parmi les artistes ?
Non, et de moins en moins. D'abord, je n'ai aucune raison de me sentir en terrain hostile. Les artistes sont des gens libres. Ils pensent, créent, disent exactement ce qu'ils veulent. Mon rôle n'est d'ailleurs pas de chercher à en attraper quelques-uns. Si certains, comme ils disent, pour un certain nombre d'entre eux, du mal de Marine Le Pen, eh bien, si certains d'entre eux ont envie un jour d'en dire du bien, ils le feront sans que j'ai besoin d'intervenir. Donc non, je ne me sens pas du tout dans un monde hostile.
Je vous pose la question, parce que vous assimilez souvent le milieu artistique en France à un milieu de bobos. Ça sous-entend quoi ?
Non, en tout cas, vous n'avez pas entendu forcément ça dans ma bouche, je ne crois pas. Non, non, je pense qu'il y a en revanche dans le milieu artistique une véritable chape de plomb sur les engagements intellectuels ou les préférences partisanes que pourraient avoir certains d'entre eux qui n'entreraient pas dans une sorte de politiquement correct, unanimement partagé. Je trouve que ça, c'est assez original pour des gens qui souvent s'arc-boutent sur ce qu'est la liberté, la création, être Charlie, la liberté d'expression, etc.
Mais quand l'un d'entre eux a une idée un peu différente des autres, un peu différente du troupeau, et bien souvent on lui tombe dessus d'une façon un peu roborative pour lui indiquer que penser d'une autre façon n'est pas le bienvenu. Il y a des artistes, évidemment, qui soutiennent Marine Le Pen.
On connaît Brigitte Bardot, on connaît Lucas.
Vous parlez d'artistes avec une renommée internationale. Moi, mon but n'est pas d'enrôler des gens connus parce qu'ils n'auront pas besoin de moi, encore une fois, pour dire du bien ou soutenir Marine Le Pen. Je ne suis pas en train de fabriquer un comité de soutien. J'aurais d'ailleurs bien du mal dans un univers dans lequel il est difficile de s'exprimer en soutien à Marine Le Pen. En revanche, il y a beaucoup de socioprofessionnels dans cet univers, comme en France d'ailleurs, ces gens qu'on ne voit pas forcément, qui soutiennent Marine Le Pen.
Quelles seraient les priorités d'un ministère de la Culture avec à sa tête un partisan du Front National ?
L'idée d'un ministère de la Culture, c'est de dépasser peut-être même le cadre de celui-ci et d'être davantage un ministère qui influence aussi les autres. C'est-à-dire que faire rayonner la France, permettre l'exportation de ses talents, permettre l'exportation de ses expressions, doit se retrouver également dans l'éducation, le ministère de l'éducation nationale par exemple, avec par exemple une éducation musicale renforcée. J'avais en tête longtemps ce que faisaient les anglo-saxons. Les anglo-saxons ont dans chaque collège, école, des orchestres, des chorales, pour une simple et bonne raison.
C'est qu'ils exportent et qu'ils apprennent ainsi, dès le plus jeune âge, à exporter leur culture. Je pense que ce serait par exemple une mesure très utile pour que les Françaises et les Françaises se saisissent de leur patrimoine culturel et l'exportent dès le plus jeune âge.
Et la culture plus underground, l'art contemporain, Marion Maréchal-Le Pen en parle comme d'un art dégénéré, ce sont des propos vocationaux.
Non mais on peut avoir des goûts personnels divergents, mais quelle est l'importance de tout cela ? L'art contemporain, est-ce que ça veut dire l'art abstrait d'ailleurs ? Pas forcément. On peut défendre un certain nombre de visions des choses, de l'art, etc. Mais ce n'est pas ça l'important. L'important, ce n'est pas les goûts personnels des élus. Ce n'est pas aux élus de s'insérer dans les politiques éditoriales. Non, non. L'idée de valoriser les talents français me semble être une ambition noble.
Merci Sébastien Chenu, conseiller régional Front National Picardie-Nord-Pas-de-Calais, président du collectif Culture, Liberté et Création. Merci et bonne journée. Merci. Le temps.
Sébastien Chenu