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Podcast / conversationBLAST (sur YouTube)· 16 septembre 2025 16 minAutoproduitFond programmatiqueÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

CHANTAGE À LA DETTE PUBLIQUE : MENSONGES POLITIQUES, NAUFRAGE MÉDIATIQUE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Benjamin LemoineChiffre
    « Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement. C'est un record, une explosion. La dette publique en France a dépassé la barre symbolique des 3000 milliards d'euros. »
  • 0:30Benjamin LemoineFait
    « En réalité, en France, le rapport de force, il est depuis un certain temps favorable à l'État. Pourquoi ? Parce que il y a énormément de demandes sur ces titres et la dette, elle se place très facilement sur les marchés financiers. »
  • 3:00Benjamin LemoineFait
    « Et ça c'est disons un logiciel classique des libéraux. On le retrouve euh chez Ronald Rean dans les années 80 où il comparait euh l'état social à un enfant mal éduqué hein, dont il fallait priver d'argent de poche. »
  • 5:00Benjamin LemoineFait
    « Et donc on s'est arrêté à la première partie de l'agenda et on se retrouve, situation assez inédite, à un écart très important entre les recettes et les dépenses qui fait qu'on augmente que la dette publique s'augmente mécaniquement. »
  • 7:00Benjamin LemoineFait
    « Donc la véritable pédagogie de la dette, elle doit elle doit être très claire sur la façon dont ça met en lien en fait des classes sociales différentes. »
  • 9:00Benjamin LemoineFait
    « Et typiquement, si on revient à une configuration de l'après seconde guerre mondiale, on voit que l'État avait un rapport totalement différent vis-à-vis du monde économique et des prêteurs potentiels. »
  • 11:00Benjamin LemoinePromesse
    « Donc typiquement on pourrait aujourd'hui réarmer la puissance publique et on a des embryons de cela. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement. C'est un record, une explosion. La dette publique en France a dépassé la barre symbolique des 3000 milliards d'euros.

Il y a pas de problème de dette. 3000 milliards, c'est cosmétique. Ce qu'on voit, c'est qu'on a par contre de manière systématique une instrumentalisation politique de cette contrainte des marchés financiers.

Je suis à la tête d'un état qui est depuis 15 ans en déficit chronique. Il faut rembourser notre dette et réduire notre déficit. Parlons de la dette publique.

En réalité, en France, le rapport de force, il est depuis un certain temps favorable à l'État. Pourquoi ? Parce que il y a énormément de demandes sur ces titres et la dette, elle se place très facilement sur les marchés financiers.

Cet argent, où est-il ? Le voici. Il fallait reconstruire la France.

Il fallait dépenser 2500 milliards pour restaurer ou édifier 2400000 bâtiments. Si on veut réfléchir à à des alternatives, on peut déjà partir en partie du déjà là ou du expérimenté du de ce qui a déjà eu lieu et ce qui est enfoui, ce qui a disparu. Je suis Benjamin Lemoine, je suis chercheur au CNRS et je travaille au Centre Maurice Alvax à l'école normale supérieure.

Je suis sociologue et ma particularité, c'est de travailler sur l'économie et je m'intéresse en particulier à la dette souveraine et au lien entre l'État et les marchés financier en regardant le fonctionnement concret de la dette publique qui en vit, qui en bénéficie. Il y a plusieurs manières de voir la séquence qu'on est en train de vivre où la dette sature l'espace public. Tout d'abord, il y a l'idée de se dire rien de neuf.

C'est-à-dire que François Baou et la façon dont il a mis la pression sur l'agenda politique, il a cherché à faire de la dette un véritable sujet politique, ça peut remonter à 25 ou 30 ans déjà dans les années 2000, au début de la construction de la zone euro, où on avait une banque centrale indépendante, on était disons à l'apogé néolibéralisme. On y avait l'idée qu'il fallait gérer l'État comme une entreprise et les comptes publics, le déficit et la dette étaient surveillé comme le lait sur le feu hein. et déjà il y avait cette cette alerte permanente sur les comptes publics où on surveillait les 3 % de déficit public, c'est-à-dire l'écart entre les recettes et les dépenses et les 60 % de dettes publiques rapporté à la croissance qui à l'époque était plus ou moins la moyenne des comptes de la dette des grands pays de la zone euro.

Cette séquence qui était une sorte de routine de l'espace public, elle se traduisait aussi bah par chaque année la publication des des chiffres de la dette. Et déjà à l'époque, on avait en germe la même rhtorique que François Baou. C'était déjà l'idée qu'il fallait gérer l'État en bon père de famille, hein, que l'État était comparable à une entreprise ou à un ménage et qu'il fallait progressivement discipliner l'appareil public pour se préparer à des moments de crise. [Musique] En réalité, lorsqu'on creuse un petit peu, on voit que cette rhtorique dépolitisante, elle tient pas.

Et d'ailleurs, elle tient pas même en la personne de François Bairou puisque déjà lorsque lui se faisait candidat, se présentait comme l'homme de la dette, hein, il en a il en faisait vraiment son élément de campagne, il promouvait en réalité une politique libérale classique qui consistait d'abord à baisser les impôts, à baisser les ressources fiscales avant de s'attaquer éventuellement à une baisse des dépenses publiques. Et ça c'est disons un logiciel classique des libéraux. On le retrouve euh chez Ronald Rean dans les années 80 où il comparait euh l'état social à un enfant mal éduqué hein, dont il fallait priver d'argent de poche.

Hein pourquoi il fallait le priver d'argent de poche ? parce qu'en le prix vent de ressources, on va plus facilement le contraindre ensuite à faire des efforts. Et de la même manière, ces gouvernements libéraux qui sont au pouvoir depuis 25 30 ans commencent dès leur élection, leur premier geste c'est de servir leur clientèle et de baisser très fortement les impôts sur les classes les plus aisées.

Et puis après, ils chercent à sateler tout doucement, à réduire la dépense publique. Mais en réalité, ils vont jamais jusqu'au bout. En fait, ils font qu'une étape sur deux.

Pourquoi ? Parce que le corps social résiste en face. Et en réalité, Macron, on a assisté un peu à la même séquence, c'est-à-dire que dès son élection, on a eu toute une série de de cadeaux fiscaux au plus aisés, hein, la flat de tasque, la taxe d'habitation, l'impôt sur les valeurs mobilières donc et derrière la dépense publique, la baisse de la dépense publique n'a pas suivi.

Il a fait face, et on peut s'en réjouir d'une certaine façon, à un mouvement des gilets jaunes qui a obtenu un certain nombre de de concessions, hein. Et puis évidemment la crise du Covid, des chocs exogènes, des chocs extérieurs ont enrayé en quelque sorte cet agenda de baisse la dépense publique. Et donc on s'est arrêté à la première partie de l'agenda et on se retrouve, situation assez inédite, à un écart très important entre les recettes et les dépenses qui fait qu'on augmente que la dette publique s'augmente mécaniquement.

Et je dirais que le troisème élément vraiment qui fait que cette séquence s'est intensifiée fortement, c'est que le gouvernement Baerou a mis le paquet sur cet agenda de la dette publique, sur cet agenda catastrophiste apocalyptique sur la dette publique avec une forme d'instrumentalisation de la discipline de marché. C'est-à-dire les les propos du ministre de l'économie Éric Lombard à ce titre sont absolument hein qui va parler même d'une probable mise sous tutelle du FMI de la France. il a rétropédalé quelques jours après, réalisant que c'était totalement irresponsable et euh incohérent d'avoir ce type de formule.

Mais il y a bien l'idée que vu qu'on est dans un rapport de force à l'Assemblée nationale absolument pas favorable à l'austérité, il va falloir aller chercher des alliés objectifs d'une certaine façon et les marchés financiers fonctionnent comme ces alliés objectifs du politique avec une mauvaise foi incroyable. C'est-à-dire que les analogies qui ont été faites récemment, ce sont celles de la Grèce. Alors qu'aujourd'hui euh l'infrastructure européenne euh le rôle de la banque centrale a fortement évolué vis-à-vis de la dette publique, hein.

Euh depuis euh euh la Grèce, on a mis en place le mécanisme européen de stabilité qui fait que on n'ura pas une deuxième troica. La troicaa, je rappelle, c'était l'alliance entre la Banque centrale européenne, le FMI et la Commission européenne. Donc, on aura un propre mécanisme, on aura pas besoin d'une intervention d'une institution telle que le que le FMI.

Et par ailleurs, depuis le Covid, la Banque centrale européenne, elle a brisé tout un tas de tabous au vis-à-vis de du financement des États. Elle s'interdit toujours de d'acheter directement la dette des États, mais par contre, elle va aller racheter la dette déjà émise sur les marchés secondaires. C'est quoi les marchés secondaires ?

C'est un marché de l'occasion où les titres de dette s'échangent de main en main. et en rachetant massivement ces titres sur les marchés secondaires, et bien elle vient euh créer de la rareté artificiellement et ça vient diminuer fortement les taux d'intérêt. Donc depuis euh cette crise du Covid, on a une arme de neutralisation massive de la capacité de nuisance des marchés financiers qui est en place.

Donc la situation n'a rigoureusement rien à voir et ce qu'on voit c'est qu'on a par contre de manière systématique une instrumentalisation politique de cette contrainte des marchés financiers qu'on peut amorcer fortement ou qu'on peut désamorcer. [Musique] Il y a deux éléments essentiels pour déconstruire ce discours sur la dette. C'est à la fois de désagréger les entités qu'on qu'on nous sert dans le débat public.

La première, c'est les générations futures, c'est-à-dire que on serait tous victimes et nos enfants seraient victimes de ce fardeau de la dette de façon unanime. Le deuxième, c'est le nous. On a entendu tout le gouvernement Macron et tous ses représentants dans les médias sans cesse dire que nous sommes face à un problème majeur, nous devons réagir.

En fait, il faut décomposer ça. Et le souci, il est pas de distribution dans le futur, mais il est bien de distribution dans le présent. Pourquoi la dette ? et ben c'est un rapport social entre d'un côté des gens qui sont en capacité de prêter des personnes riches qui détiennent fortement du patrimoine qui ont beaucoup d'épargnes, qui sont en capacité de placer cette épargne et que trouvent merveilleux en face d'elle ces personnes ? et bien elle trouve un support pour placer cette épargne et c'est précisément le titre de la dette publique.

Donc en somme, je l'ai dit tout à l'heure, l'État il a des déficits, il est obligé d'emprunter et en emprunt et bien il met à disposition d'une classe de possédants un support pour faire fructifier leur épargne et bénéficier de taux d'intérêt. En réalité en France, le rapport de force, il est depuis un certain temps favorable à l'État. Pourquoi ? parce que il y a énormément de demandes sur ces titres et la dette, elle se place très facilement sur les marchés financiers.

Les économistes généralement parlent du fait de rouler sa dette, c'est-à-dire qu'on va jamais rembourser du jour au lendemain le capital, mais on va sans cesse réemprunter pour payer la charge d'intérêt et réemprunter pour payer les empreints qui arrivent à terme. Et donc à travers l'histoire, on peut décrire ce rapport de force entre prêteur privé et débiteur public. Et euh par exemple au 19e siècle, Marx y qualifiait les créanciers de véritables actionnaires sur l'État.

C'est-à-dire que euh en prétendant ou on ne prétend pas à l'État, il détenait un moyen de pression sur la puissance publique. Aujourd'hui, euh l'État français, il émet ses titres de dette via un procédé qui est la vente aux enchères. il fait une vente aux enchères régulières de titrees et se présente ou non des prêteurs.

Et ce pouvoir de prêter ou non qui est aussi un pouvoir de dire son opinion sur les politiques menées par l'État, on parle du fait que les créanciers votent avec leurs pieds. C'est-à-dire que s'ils viennent ou non aux séances de vote aux enchères, et bien ils envoient un message politique à l'État en lui disant de réorienter ces politiques publiques pour qu'elles soient plus convenables, plus attractives pour cette classe de prêteur. Donc la véritable pédagogie de la dette, elle doit elle doit être très claire sur la façon dont ça met en lien en fait des classes sociales différentes.

Et aujourd'hui, lorsqu'on regarde et bien on a les 20 % les moins aisés de la population qui sont absolument pas en capacité d'avoir de l'épargne et qui au contraire s'en dettent au quotidien et qui ont pour seul patrimoine et bien les services publics et les services sociaux. Et de fait, c'est cette partie de la population qui est laisée par quoi ? par des politiques d'asséchement des ressources où on affame la bête, on affame l'État providence et ensuite de crier aro sur la baisse de la dépense publique.

Donc c'est ces ces classes là les moins aidisées qui sont en réalité victimes d'une politique orientée vers le remboursement coûte que goûte de cette classe de créanciers. [Musique] Si on veut réfléchir à à des alternatives, on peut déjà partir en partie du déjà là ou du expérimenté, du de ce qui a déjà eu lieu et ce qui est enfoui, ce qui a disparu. Et typiquement, si on revient à une configuration de l'après seconde guerre mondiale, on voit que l'État avait un rapport totalement différent vis-à-vis du monde économique et des prêteurs potentiels.

On avait mis en place après la Seconde Guerre mondiale ce qu'on appelait un circuit du trésor, c'est-à-dire un état qui réglementait très fortement la circulation du crédit et de l'épargne dans l'économie. Pour donner un exemple très simple, l'État pouvait se financer à robinet ouvert. Il avait pas besoin de procéder à ses séances de vente aux enchères et il y avait un règlement qui contraignait toute une série d'institutions bancaires à lui prêter de l'argent à un taux qui était administré et ce à échéance régulière.

Et donc on avait une alimentation de la trésorerie de l'État qui se faisait de manière quasi automatique. De même, le crédit dans l'économie, il était fortement réglementé et la puissance publique pouvait orienter le fléchage du crédit à différents investissements. Donc le monde bancaire était fortement segmenté, il était très fortement public et paraplique et la puissance publique avait son mot à dire sur la destination de ce crédit.

Et ce paysage très administré, il avait rien de typiquement français. Je veux dire, même lorsqu'on regardait euh du côté des États-Unis, il faut reprendre les mots du secrétaire au trésor des États-Unis qui disait qu'il allait chasser du temple de la finance les créanciers usuriers. On était dans un monde de contrôle des capitaux, dans un monde où la monnaie en quelque sorte était en grande partie euh arrimée à des décisions politiques, arrimé à des décisions démocratiques.

Alors, un des inconvénients de de ce circuit du trésor en France, bah c'était éminemment technocratique. En réalité, c'était une décision administrative, mais ça avait comme vertu de faire en sorte qu'une partie du financement de l'État se faisait en dehors de procédure de marché. Et il a été démantelé euh ce circuit au milieu des années 60 au nom de quoi ? et bien au nom progressivement de du pouvoir d'achat des créanciers, c'est-à-dire de la lutte contre l'inflation et du fait de progressivement s'orienter vers une politique de l'épargne et de protection des épargnants.

Donc tous les ennemis des politiques kenésiennes avec une une importante dépense publique qui était considérée comme inflationniste ont été progressivement disqualifiés dans l'appareil d'État et s'est imposé progressivement un nouveau consensus qui est en réalité les prémises de ce qu'on appelle aujourd'hui une politique de l'offre et une politique procréanciée. Donc typiquement on pourrait aujourd'hui réarmer la puissance publique et on a des embryons de cela. Lorsque j'évoquais le fait que la Banque centrale européenne aujourd'hui elle a une arme de dissuasion massive qui est de pouvoir racheter la dette état de la zone euro sur les marchés de l'occasion afin de faire baisser les taux d'intérêt bah typiquement on pourrait exiger que cette arme de dissuation massive elle soit inconditionnelle qu'elle soit pas conditionnée à des critères de discipline budgétaires qui en réalité ne vont pas dans le bon sens ni d'une transition écologique ni d'une justice sociale.

De même, on pourrait imaginer de reconstituer un pôle public bancaire qui aurait en responsabilité d'orienter les crédits là où ils sont nécessaires et là où ils sont attendus et de plus dépendre des marchés financiers à la fois parce qu'ils ne sont pas des bons allocateurs de capitaux à l'économie et aussi parce que ils nous maintiennent sous une pression qui en réalité vient satisfaire des intérêts particuliers, les intérêts des prêteurs. En réalité, l'état du débat et de l'offre politique et médiatique, il est catastrophique. C'est-à-dire que on voit bien les réactions associées à l'attaque zuukman qui est en réalité une mesure social-démocrate de base où on demande juste de rééquilibrer en fait les choses et de revenir à une taxation des plus riches qui soient minimale.

Et on voit bien que les offensives, la contreoffensive libérale nous montre qu'on est très loin en terme de ce qui est pensable, de ce qui est possible, de ce que j'appelle de mes vœux. c'est-à-dire euh de réencastrer progressivement la finance dans des procédures publiques, des missions publiques euh de la dette. Et donc c'est très inquiétant.

Et puis euh ça soulligne quoi ? Ça soulligne en partie que bah il y a une partie du monde social qui tend à faire sécession du reste et qui tend à s'isoler du reste de la société et qui est prête à aller jusqu'au craquement. C'est-à-dire que on voit bien que cette politique de soutenabilité de la dette, elle arrive un peu à ses limites.

C'est-à-dire que les mouvements sociaux, les mouvements de blocage montrent bien que le corps social n'est pas prêt à accepter une politique austéritaire et procréanciée. Et donc je pense que l'état du débat public est très inquiétant à ce titre et laisse penser à des chocs sociaux très importants à venir. [Musique]