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interviewfranceinfo — L'invité éco· 21 novembre 2023 8 min

Accompagnement des PME à l'international : "Une révolution culturelle est nécessaire, parce qu'on est dans un monde de choc", d'après le ministre délégué Olivier Becht

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, il faut que les entreprises grandissent afin d'aller conquérir des marchés à l'international. C'est le souhait du président de la République Emmanuel Macron qui réunissait 100 entreprises prometteuses tout à l'heure à l'Elysée. Bonsoir Olivier Becht.

0:18
Olivier Becht

Bonsoir.

0:18
Présentateur

Vous êtes ministre délégué chargé du commerce extérieur, de l'attractivité et des Français de l'étranger. Pourquoi les PME doivent-elles grandir pour se lancer à l'international ?

0:28
Olivier Becht

Alors, elles doivent grandir en général pour pouvoir être plus fortes et elles doivent pouvoir aller à l'international pour grandir aussi. C'est une condition. Le plan étincelle qui a été présenté par le président de la République et la ministre également des PME, Olivia Grégoire, vise justement à accompagner un certain nombre de PME de manière très individualisée pour leur permettre d'atteindre cette taille d'entreprise de taille intermédiaire, c'est-à-dire plus de 250 salariés et qui leur permet justement d'être plus fortes et surtout plus résilientes face aux crises.

1:06
Présentateur

Il faut avoir une taille critique pour se lancer à l'export ?

1:09
Olivier Becht

Alors non, justement, il ne faut pas avoir une taille critique pour se lancer à l'export. Il y a des très petites entreprises qui sont présentes à l'export. En revanche, pour pouvoir grandir, les petites et moyennes entreprises, pour atteindre cette taille d'entreprise de taille intermédiaire, elles doivent aller à l'international. Il suffit de regarder, en fait, les grands groupes français. Qu'est-ce qui leur a permis d'être des grands groupes ?

Eh bien, c'est justement cette capacité de se déployer à l'international lorsque vous regardez Airbus, lorsque vous regardez Veolia, champion numéro un au monde en matière d'environnement, lorsque vous regardez Vinci, LVMH, L'Oréal, Alstom ou d'autres grands groupes français. Ce sont tous des groupes qui sont allés à l'international. On n'a pas les GAFAM américains, les fameux Google, Facebook, Amazon, mais on a de très grandes entreprises, des entreprises qui sont championnes du monde dans leur domaine et elles l'ont fait grâce à l'international.

1:58
Présentateur

Alors, sauf qu'on a quand même l'impression qu'il y a une spécificité française. Les PME françaises ne représentent que 2% de la valeur des exportations. C'est 9% en Allemagne, 54% en Italie.

2:10
Olivier Becht

Oui, c'est cette spécificité française qui fait que nos PME, elles se sentent certainement très bien en France. Elles ont un marché local ou un marché national. Elles vont très peu à l'international.

2:22
Présentateur

Comment vous l'expliquez Olivier Veja?

2:24
Olivier Becht

Alors, je pense, si vous voulez, que la France est un grand marché, qu'elles ont donc la capacité à faire, on va dire, des affaires en restant sur leur marché.

2:35
Présentateur

Mais l'Allemagne aussi est un grand marché, l'Italie aussi.

2:37
Olivier Becht

Oui, et elles ont, si vous voulez, moi, mon analyse personnelle, c'est que la France, en fait, est un pays qui a une géographie, et qui a toujours eu une géographie et un climat assez sympathique, qui a permis, en fait, une autosuffisance alimentaire. Et il y a d'autres pays qui n'ont pas eu cette chance-là, et donc qui ont été obligés d'importer leur alimentation, leur nourriture. Et donc, pour importer, il faut bien pouvoir exporter, pour échanger quelque chose. Et donc, il y a eu cette culture de l'export. En Italie, en Allemagne, on ne se pose même pas la question. C'est dans l'ADN des entreprises. Vous êtes une entreprise, vous allez à l'international. En France, ce n'est pas le cas.

Ça doit changer. C'est cette révolution culturelle. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on est dans un monde de choc. Et dans ce monde de choc, vous ne pouvez pas dépendre que d'un seul marché. C'est mettre tous ses œufs dans le même panier. Donc, il est impératif d'aller à l'international pour diversifier les risques.

3:24
Présentateur

Et vous avez d'ailleurs lancé un plan que vous avez baptisé Oser l'export, qui est doté de 125 millions d'euros de budget. Comment ça se traduit concrètement, l'aide au PME, pour se lancer à l'international ?

3:35
Olivier Becht

Alors, concrètement, nous avons un certain nombre d'aides, qui d'ailleurs existaient déjà pour ce qui est de l'assurance export, les garanties ou l'assurance protection par la BPI.

3:47
Présentateur

C'est-à-dire qu'en gros, il y a des garanties publiques quand on va à l'international ?

3:50
Olivier Becht

Tout à fait. Nous rajoutons un outil extrêmement important, c'est le volontaire territorial à l'export. Nous mettons dans les PME qui le souhaitent, un jeune qualifié, pris en charge à 50% par l'État, qui va accompagner l'entreprise dans sa stratégie export, qui va aller voir quels sont les marchés que l'on peut conquérir, et surtout, organiser l'entreprise pour aller à l'international.

4:15
Présentateur

Et c'est donc financé à moitié par l'État ?

4:17
Olivier Becht

C'est financé jusqu'à 12 000 euros à moitié par l'État.

4:21
Présentateur

Parce qu'ils sont souvent seuls, en fait, les patrons, quand ils veulent se lancer.

4:24
Olivier Becht

C'est ce que disent les chefs d'entreprise. Ils disent, vous savez, nous, on a un peu le nez dans le guidon, on est au four et au moulin, on n'a pas le temps de penser la stratégie internationale. Donc, on crée le VTE qui viendra compléter également un outil qui existe déjà, c'est le VIE, le volontaire international à l'étranger, qui, lui, va aller prospecter sur les marchés à l'international pour le compte de l'entreprise. Mais ça, c'est l'étape numéro 2. Il faut déjà que l'entreprise veuille aller à l'international et qu'elle s'organise pour. C'est ce que nous faisons.

4:51
Présentateur

Et vous avez aussi besoin des PME pour redresser cette balance commerciale qui est dans le rouge depuis 20 ans, 54 milliards d'euros depuis le début de l'année.

5:00
Olivier Becht

C'est aussi une nécessité pour l'État ? Non, mais c'est une nécessité pour tout le monde. C'est une nécessité pour l'entreprise pour résister aux chocs que nous avons. Et c'est une nécessité pour la nation de ne pas s'appauvrir. Parce que lorsqu'on importe plus que l'on exporte, c'est la nation toute entière qui s'appauvrit. Donc, effectivement, c'est une grande cause nationale que de faire en sorte que nous redevenions, ce que nous étions d'ailleurs par le passé, une grande puissance commerciale.

5:24
Présentateur

Alors, vous avez tout à l'heure parlé des grands champions français. Vous avez cité Airbus, finalement. Est-ce que ça ne fait pas aussi partie du mal français ? Toujours citer les grandes entreprises, les Alstom, Airbus, EDF, qui sont toujours dans les bagages des ministres, des présidents de la République quand ils vont dans d'autres pays. Et ce n'est pas le cas des PME.

5:43
Olivier Becht

Alors, d'abord, il faut dire...

5:44
Présentateur

C'est important dans certains pays.

5:46
Olivier Becht

Non, mais d'abord, il faut dire que c'est une chance pour la France d'avoir ces grands groupes. Parce que, comme dit les Américains, Google, Amazon, Facebook, etc., nous avons Airbus, LVMH, L'Oréal, Alstom, Vinci, Veolia, etc. Eh bien, c'est aussi notre tâche d'emmener aujourd'hui les PME avec nous à l'international. C'est ce que je fais. Moi, j'ai déjà parcouru 55 pays depuis un an et demi que j'étais nommé par le président de la République, ministre du Commerce extérieur et de l'attractivité.

Et j'emmène avec moi, dans tous mes déplacements, des délégations de PME pour faire en sorte qu'elles puissent avoir également cet accès à l'international, pouvoir négocier leurs contrats dans les pays et ainsi asseoir également leur prospérité en France. Parce que ce que nous exportons à l'international, eh bien, cela crée de l'emploi en France, dans les territoires. Et c'est bon, évidemment, pour l'économie française.

6:40
Présentateur

Et donc, demain, vous entamez une tournée en Afrique subsaharienne. La France est toujours présente en Afrique.

6:47
Olivier Becht

Alors, la France est non seulement encore présente en Afrique, mais elle est plus que jamais présente en Afrique. Lorsque l'on entend certains dire la France est en déclin en Afrique, elle est même chassée d'Afrique, etc.

7:00
Présentateur

Au profit des Russes et des Chinois.

7:02
Olivier Becht

Mais en réalité, ce n'est pas le cas. Si vous voulez, certains, effectivement, manipulent l'information pour faire croire que la France n'est plus désirée. Lorsque l'on regarde les chiffres, on a deux fois plus d'entreprises françaises aujourd'hui en Afrique qu'il y a dix ans. On a trois fois plus d'investissements directs français en Afrique qu'il y a dix ans. Donc, oui, les produits français continuent à faire rêver. Ils continuent à faire rêver en Afrique. Ils sont attendus. Les entreprises françaises sont attendues en Afrique. C'est le continent de la croissance du XXIe siècle. Il y a énormément d'opportunités.

Et je souhaite, effectivement, que les entreprises françaises puissent aller sur les marchés africains. Et je suis là pour les aider et pour les accompagner.

7:40
Présentateur

Merci beaucoup, Olivier Becht, ministre délégué chargé du commerce extérieur de l'attractivité et des Français de l'étranger. Invité éco de France Info ce soir.