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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 4 avril 2021 26 min

Nouveau manifeste des 343 sur l'avortement, vaccination de proximité... Le "8h30 franceinfo" de Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Le 8.30 France Info sur France Info Radio et le canal 27 de la TNT. Bonjour Jean-Jérôme Bertolus. Bonjour Racine, bonjour Clémentine Autain, bonjour à tous. Notre invité est député de Seine-Saint-Denis et tête de liste de la France insoumise aux élections régionales en Ile-de-France. Clémentine Autain, vous signez ce matin dans le JDD avec 343 femmes, un manifeste pour l'allongement du délai de recours à l'IVG. 50 ans après le manifeste des 343 pour la légalisation de l'IVG, ça veut dire que ça reste un combat en France ?

0:35
Clémentine Autain

Oui, d'abord c'est un anniversaire important que ce manifeste qui à l'époque avait fait scandale, il faut se rappeler parce que des femmes disent avoir avorté alors que c'était interdit, ça mettait le pouvoir en place dans une situation très compliquée parce que c'était des femmes très connues et il n'était pas question de les enfermer et donc il fallait trouver une solution juridique. En 1975, la loi dite veille a permis de légaliser l'avortement. Mais aujourd'hui, on sait qu'il y a plusieurs freins encore à la liberté véritable d'avorter.

Celui que nous soulevons dans cette tribune ce matin, c'est la question du délai, du délai pour avorter et singulièrement depuis la crise sanitaire, puisqu'on sait que beaucoup de femmes ont dépassé les délais dans ce moment très difficile de troubles personnels mais aussi de difficultés à accéder aux soins.

1:25
Présentateur

Donc 12 semaines le délai aujourd'hui ?

1:27
Clémentine Autain

12 semaines et nous proposons de le passer à 14 semaines. Je pense que c'est à notre portée que le Parlement s'honorerait de faire à l'occasion de cet anniversaire ce pas, ce progrès pour les femmes. Mais ça ne suffira pas. Ça ne suffira pas parce que la deuxième entrave pour un avortement libre, c'est la question des moyens. C'est la question des moyens et c'est aussi bien des moyens d'ailleurs de prévention, pour prévenir y compris les avortements potentiellement, mais tout l'accompagnement en amont qui suppose des moyens. Et aujourd'hui, le fait qu'un certain nombre d'espaces qui font les IVG cessent de le faire parce que ce n'est pas rentable. Parce que ce n'est pas rentable.

Et la logique de rentabilité ne doit pas venir contredire un droit qui a été conquis de haute lutte. Voilà. Et ça c'est ma deuxième préoccupation. Elle est très forte et nous faisons cette tribune aussi avec le planning familial et qui en sait quelque chose de ses difficultés. Et il y a de net recul de ce point de vue. Il y a de net recul. Donc on a besoin de la puissance publique et qu'elle garantisse sur l'ensemble du territoire la possibilité d'avorter pour les femmes.

2:34
Invité

Jean-Jérôme Bertolus. Retour à la crise sanitaire. Clémentine Autain, vous le savez, depuis hier soir, c'est les nouvelles mesures qui s'appliquent partout en France. Ce confinement qui ne dit pas son nom. Mais il y a quand même un week-end de tolérance pour les parents avec leurs enfants, pour aller se mettre au vert en télétravail. Vous approuvez ce pragmatisme du gouvernement ? Vous dites aux franciliens, profitez-en.

2:55
Clémentine Autain

Écoutez, moi j'ai le sentiment que c'est plutôt la pagaille. Beaucoup de franciliens ne comprennent pas tout à fait ce à quoi ils ont droit ce week-end et ce à quoi ils n'ont pas droit. En écoutant Emmanuel Macron, on a eu le sentiment qu'il s'adressait en particulier aux Parisiens qui ont une résidence secondaire pour leur dire « Vous avez le week-end pour aller prendre l'air et pour vous réfugier dans votre maison secondaire.

» Mais par exemple, celles et ceux très nombreux en Ile-de-France qui n'ont pas de maison secondaire, qui voudraient aller malgré tout prendre l'air quelques jours, ne peuvent pas le faire parce qu'à partir de mardi, s'ils reviennent, mais déjà dès lundi, ce n'est pas très très net, ils risquent de prendre une amende. Donc tout ça n'est à la fois pas très clair, pas suffisamment anticipé pour que les familles puissent s'organiser.

3:37
Invité

Et qu'ont pris la fermeture des écoles ? C'est violent. Vous pensez qu'il aurait fallu annoncer... Enfin, la fermeture des écoles plutôt pour permettre aux parents de s'organiser ?

3:47
Clémentine Autain

Rien n'est anticipé. Vous savez, depuis un an, ce qui est insupportable, c'est qu'on vit au jour le jour avec un gouvernement dont on ne comprend pas le sens, la logique des décisions et on est infantilisé et à chaque fois mis au pied du mur la veille pour le lendemain.

4:01
Présentateur

Désolé, mais c'est vraiment compliqué. Quel gouvernement est capable d'anticiper face à un phénomène totalement inédit ? Écoutez, inédit au démarrage...

4:10
Clémentine Autain

Pardonnez-moi, inédit au démarrage. J'entends bien que la situation ne soit pas simple pour un gouvernement. Évidemment. Mais là, nous sommes face à un... Inconnu. Non, mais inconnu, ça fait un an maintenant. Donc on ne peut pas dire qu'on est totalement dans l'inconnu depuis un an.

Quand vous avez un gouvernement qui n'a pas été capable de produire des masques à temps, qui ensuite n'a pas été capable de mettre en oeuvre sa stratégie sur les tests, qui a été incapable de vacciner, de commander des doses et de se battre pour la licence globale sur les brevets, moi j'estime que c'est un gouvernement qui sème la pacaille, qui n'est pas capable d'organiser les choses et qui nous met aujourd'hui en danger avec y compris des mensonges à la clé, en permanence des mensonges. Donc ça commence à être vraiment difficile.

4:56
Invité

Les mensonges à la clé en permanence ? Dites-nous le dernier exemple qui vous a frappé. Je vous en donne un. Je vous en donne un.

5:01
Clémentine Autain

Non mais on n'y comprend plus rien. Alors c'est vrai qu'on peut avoir la mémoire d'un poisson rouge et puis passer d'une conférence de presse ou d'une allocation du président à l'autre. Voilà, comme ça. Mais regardez, le 27 août 2020, Olivier Véran nous dit nous allons aller vers 12 000 lits supplémentaires de réanimation. Le 28 octobre, Emmanuel Macron nous dit qu'on est passé de 5 000 à 6 000 lits. Donc vous voyez, les 12 000 lits sont déjà partis en pertes et profits. Et Macron nous dit nous allons porter à 10 000 lits. Et cette semaine, Emmanuel Macron nous dit que le nombre de lits de réanimation est de 7 000 en supplément par rapport à d'habitude. 7,9, oui.

Voilà, il en manque donc 3 000 à peu près. Ils sont passés où ? On ne sait pas. Et à nouveau, on nous en annonce 10 000.

5:40
Invité

Mais vous savez que ce nombre de lits est quand même variable puisque c'est des lits qui sont en fait dégagés d'autres services ou d'autres types de pathologies. Je vous remercie de cette information. Non, non, mais soyons précis. Je suis désolé, c'est un peu ironique là, mais je suis précis quand même.

5:55
Clémentine Autain

Oui, mais précisément, moi je suis d'accord avec ça, mais précisément, je vais vous dire moi ce qui me met le plus en colère, y compris pour le comptage. Je prendrai l'exemple de l'Ile-de-France que je connais bien. En Ile-de-France, depuis la crise, voilà, on n'a pas arrêté la fermeture des lits d'hôpitaux. Vous savez que sous Macron, il y a 7 000 lits, je parle d'avant la crise, 7 000 lits de réanimation qui ont été fermés. En plus des 100 000 lits dans les hôpitaux en quelques années, si j'ose dire, qui ont été fermés par les pouvoirs publics successifs. Et là, depuis un an, on continue.

Vous savez qu'en ce moment, à l'heure où je vous parle, il y a la fermeture de 400 lits qui est prévue avec la fusion de Bichat et Beaujon.

6:33
Invité

C'est un chiffre qui est un peu contesté. C'est le nouvel hôpital Bichat-Beaujon. Pour que les auditeurs et les spectateurs comprennent bien, c'est la fermeture de ces deux hôpitaux à Paris. Ça va être l'ouverture d'un méga hôpital en Seine-Saint-Denis. Vous êtes quand même depuis la Seine-Saint-Denis.

6:48
Clémentine Autain

Mais je ne suis pas d'accord avec ça.

6:49
Invité

Et effectivement, il y a des interrogations sur le nombre de lits.

6:52
Clémentine Autain

Il y a des interrogations, comme vous dites. Mais à chaque fois qu'on a ces regroupements, d'abord, moi, je ne suis pas d'accord avec ces regroupements. Je pense qu'il faut des unités de proximité et certainement pas des espèces de grands mastodontes qui sont donc du coup plus éloignées de la population. Je ne crois pas à ça. Et à chaque fois qu'on fait ces regroupements, parce que c'est vrai aussi dans le Nord-Estonne, où là aussi, il y a 500 lits potentiellement qui peuvent disparaître. Et ça continue de façon aussi saupoudrée partout. On a la fermeture de Jean-Verdier en Seine-Saint-Denis. On a l'hôpital Grand Nord qui arrive, mais la fermeture de Jean-Verdier.

Et pour prendre un autre exemple, à Beaumont-sur-Oise, ce sont 14 lits de réanimation qui là aussi vont être supprimés. Et il y en a plein un peu comme ça partout. Comment vous expliquez qu'en pleine crise sanitaire, on continue à fermer des lits ? Comment vous pouvez expliquer une chose pareille ?

7:38
Présentateur

Clémentine Autain, invité du 830 France Info. On va reprendre cette conversation juste après le fil info à 9h moins 20, Diane Ferschit.

7:45
Invité

Les hôpitaux désarmés vont être davantage mobilisés pour vacciner contre le Covid. Ils vont ouvrir des centres permanents de vaccination. Ils doivent être opérationnels à partir de mardi, alors que pour l'heure, 3 millions de personnes ont reçu les deux doses de vaccin. Au total, 9 millions d'injections ont été pratiquées. Elles sont entrées en vigueur dans toute la France hier soir. Les nouvelles restrictions face à la propagation du coronavirus. En plus du couvre-feu à 19h, restrictions de circulation, pas de déplacement à plus de 10 km de son domicile, même si la tolérance pour aller s'isoler s'étend jusqu'à demain soir.

Fermeture des écoles pour au moins 3 semaines et fermeture aussi des commerces non essentiels. Plus de magasins de vêtements, de chaussures et d'OBC aussi pour les esthéticiennes, mais pas cette fois pour les coiffeurs, les fleuristes, ni pour les libraires et les disquaires. Et l'exécutif a évoqué la date du 15 mai pour des réouvertures, les terrasses, des bars et restaurants notamment. Donner de l'espoir, c'est important, estime sur France Info l'épidémiologiste Mircea Sofonéa. Mais il rappelle qu'on ne verra qu'à la fin avril, l'occupation hospitalière baissée. La décrue sera selon lui plus ou moins rapide en fonction de l'adhésion des Français aux nouvelles mesures de restriction.

La 31e journée de Ligue 1 de football, les Lyons n'est plus sur le podium ce matin. Après son match nul un partout face à Lens, c'est désormais Monaco qui se place 3e après sa victoire. Sur Metz, 4 à 0, en tête toujours Lille, suivie du PSG. Les Lillois qui l'ont apporté 1 à 0 face au PSG hier. Alors vous accusez effectivement le gouvernement de manque d'anticipation. Pourtant, Emmanuel Macron a tenté de faire un effort lors de son allocution puisqu'il a indiqué que le gouvernement indiquerait un calendrier de réouverture des restaurants, du secteur culturel, un secteur qui vous est cher. Ce sera fin avril, début mai.

Vous croyez effectivement que la culture, que les restaurants, que tous les espaces de vie peuvent rouvrir mi-mai ? Est-ce que la vie va reprendre normalement ?

9:46
Clémentine Autain

Je le souhaite, comme tous les Français. Je souhaite que nous reprenions une vie normale. Mais pour pouvoir reprendre cette vie d'avant, si j'ose dire, même si elle ne sera pas, je crois, complètement comme avant, parce qu'on ne sort pas d'une épreuve comme celle-ci indemne. Mais l'espoir de réouverture, en tout cas, il est corrélé à l'efficacité du gouvernement pour produire des vaccins et nous vacciner. C'est ça la clé. Je veux dire, l'espoir, il est dans cette capacité à vacciner. Or là, je suis très inquiète.

Je suis très inquiète parce que le gouvernement ne prend pas la mesure de tout ce que nous pourrions faire pour faire rentrer la production du vaccin dans le domaine public et donc de produire des doses nous-mêmes de façon beaucoup plus forte et rapide. Et ensuite, pour organiser la vaccination, puisque je constate qu'il y a beaucoup, beaucoup de ratés. Je le vois depuis la Seine-Saint-Denis où les méthodes qui ont été employées, notamment le recours à Doctolib, et j'espère qu'avec le Stade de France, le grand vaccinodrome, on ne reproduise pas les mêmes erreurs.

10:49
Invité

Les réservations ont commencé pour le Stade de France depuis jeudi. Ça ouvre mardi.

10:53
Clémentine Autain

D'où viennent-elles ? Parce que Doctolib, il y avait des réservations. Le problème, c'est que les habitants de Seine-Saint-Denis n'ont pas été prioritaires. Et comme on pouvait s'inscrire d'un département ou d'un autre, en réalité, les habitants de Seine-Saint-Denis qui sont plus touchés ont été moins vaccinés.

11:10
Invité

Il faut réserver le Stade de France aux habitants de la Seine-Saint-Denis ?

11:14
Clémentine Autain

De toute façon, la solution n'est pas dans le Stade de France. Vous savez, en six semaines, non mais écoutez-moi bien, en six semaines, quand bien même on réserverait, ça ne permet de vacciner qu'à peu près 3% de la population de Seine-Saint-Denis.

11:25
Invité

10 000 vaccins par semaine, 2 000 par jour.

11:27
Clémentine Autain

Voilà, mais j'ai calculé en regardant avec l'ensemble de la population de la Seine-Saint-Denis, donc ça ne va pas suffire. Il faut des vaccinations de proximité. Et j'insiste sur ce point. Il faut que la vaccination soit de proximité pour que tout le monde puisse être vacciné au plus près.

11:42
Invité

C'est un rapport humain aussi, cette histoire de vaccination. Oui, très bien. On vous entend, mais un, est-ce qu'il faut que le Stade de France, encore une fois, il y a une quarantaine de vaccinodromes qui sont ouverts ou qui vont ouvrir en France, sans doute d'autres après, dans l'immédiat, est-ce qu'il faut que le vaccinodrome du Stade de France soit réservé aux habitants de la Seine-Saint-Denis ou pas ?

12:00
Clémentine Autain

Je pense qu'il faut que nous trouvions une stratégie pour vacciner de façon prioritaire en Seine-Saint-Denis parce que nous sommes le premier ou le deuxième département le plus touché. Il faut vacciner de façon prioritaire les enseignants. C'est l'évidence. Si on veut rouvrir les écoles, il faut vacciner les enseignants de façon prioritaire. Le problème, c'est qu'encore faut-il avoir des doses et encore faut-il que le gouvernement soit capable de faire fonctionner l'État. Et c'est sur ça que j'ai un doute. Et c'est sur ça que j'ai un doute.

12:28
Présentateur

Les problèmes de livraison, les quantités de doses, les délais, est-ce que c'est une erreur qui a été faite au niveau européen ou est-ce que c'est au niveau du gouvernement français selon vous ?

12:38
Clémentine Autain

J'ai envie de vous dire les deux en fait d'une certaine manière. Parce que ce que je reproche et à l'Union Européenne et au gouvernement français, c'est de ne pas s'être battu pour que nous ayons la licence libre sur les brevets pour les vaccins. L'idée de laisser au privé qui quand même fait des profits sur cette affaire. Il faut savoir que Pfizer, les marges, c'est de 20 à 30%. Voilà, qu'il remet dans sa poche. À lui, d'accord ? Et qu'il ne remet pas dans le cadre d'un bien commun. Ça, ça me met très en colère. Et vous savez que la France a voté contre la licence libre pour les brevets à l'OMC alors que c'était une proposition de l'Inde et de l'Afrique du Sud.

Donc les belles paroles du président de la République, vous me demandiez encore tout à l'heure sur les mensonges, quand le président de la République nous dit solennellement la main sur le cœur « Oui, les brevets, le vaccin, c'est un bien commun de l'humanité, etc. » Il raconte des balivernes. Des balivernes. Parce qu'il dit une chose aux Français et il en fait une autre quand il vote ou quand il met en place sa politique.

13:35
Invité

On va voir effectivement si les objectifs seront tenus. Il y a eu 375 000 Français vaccinés vendredi. Le gouvernement veut parvenir à 400 000. Dans les médias, il y a une question qui se pose qui se pose à vous et qui se pose également à tous les Français. Est-ce qu'il faut maintenir les élections régionales en juin prochain ?

13:54
Clémentine Autain

Écoutez, je pense que ce serait bien de pouvoir maintenir ces élections régionales. Et ce serait bien aussi que nous ayons enfin une information de ce qui va se passer. Il y a un débat la semaine prochaine au Parlement. Voilà. Mais il est temps, parce que l'élection, elle est demain matin, le 13 et le 20 juin. Et beaucoup de Français ne savent même pas qu'il y a une élection.

14:15
Présentateur

Mais ce serait bien ou c'est indispensable de les maintenir ?

14:18
Clémentine Autain

Moi, je pense qu'il ne faut pas confiner la démocratie. Je n'ai pas toutes les informations dont dispose le gouvernement. Je vous donne ma position à moi. Oui, je pense que, alors même que les pays voisins, d'ailleurs, aucun n'a repoussé les élections. Beaucoup d'élections se sont déroulées. Je pense en effet qu'il faut que les conditions soient réunies pour que nous ayons cette élection.

14:37
Invité

Mais justement, vous dites, les Français ne savent peut-être pas qu'il y a une élection. Est-ce que les Français ont la tête à ça ? Pour vous, ça sera quoi la question dominante de ces élections régionales, y compris en Ile-de-France ?

14:48
Clémentine Autain

Sur quoi ils vont se baser ? Sans doute sur des questions qui leur ont...

14:53
Invité

Non, mais vous, c'est quoi la question majeure de cette élection en Ile-de-France ?

14:55
Clémentine Autain

Pour moi, la question majeure, c'est de savoir comment on va organiser les politiques régionales pour les 6 ans qui viennent. Et donc, est-ce qu'on continue avec la logique de compétitivité, d'attractivité qui guide Valérie Pécresse ? Ou est-ce qu'on fait un choc de solidarité et une bifurcation sociale et écologique pour les 6 ans qui viennent ? Voilà. Pour moi, c'est ça la question majeure.

15:17
Invité

Il y a une autre question quand même, Clémentine Autain, qui s'est invitée, en quelque sorte, dans cette campagne qui n'a pas vraiment encore commencé. C'est la question des réunions racisées, des réunions non mixtes.

15:29
Clémentine Autain

Non, mais vous me demandez, qu'est-ce qui doit être la question majeure ? Alors voilà, typiquement, pas celle-là, vous voyez ?

15:34
Invité

Pas celle-là, mais est-ce que, par exemple, pas celle-là, d'accord, mais vous le savez, depuis une semaine, c'est une polémique. Audrey Pulvar, candidate socialiste pour les régionales, a été attaquée par la droite, l'extrême droite. Est-ce qu'elle a été soutenue par le Parti Socialiste ? C'est une question. Et est-ce que vous l'avez eue au téléphone, vous ? Est-ce que vous vous êtes entretenue avec elle ?

15:52
Clémentine Autain

Nous avons échangé, nous avons échangé. D'abord, je lui ai apporté mon soutien, parce que j'ai trouvé qu'elle avait été victime d'une avalanche absolument incroyable de violences, y compris, et d'attaques. Donc, je lui ai apporté amicalement mon soutien dans ce moment où l'extrême droite et la droite s'est senties pousser des ailes.

16:11
Invité

Et sur le fond ?

16:12
Clémentine Autain

Et sur le fond, il me semble complètement délirant qu'aujourd'hui, on s'interroge même sur le fait que des personnes victimes de discrimination puissent se retrouver entre elles pour échanger. Voilà, je ne comprends pas comment un tel sujet peut prendre une place aussi démente dans le débat public, jusqu'à ce qu'y compris au Sénat cette semaine, la droite et l'extrême droite aient finalement proposé un amendement qui vise l'UNEF, en l'occurrence. Mais à travers l'UNEF, tout le monde associatif. Tout le monde associatif.

16:44
Invité

Pour pouvoir dissoudre n'importe quelle association ou organisation préconisant effectivement des réunions.

16:47
Clémentine Autain

Vous vous rendez compte de la gravité ? Vous vous rendez compte où est-ce qu'on est rendu, là ? C'est-à-dire que ce dont on parle, c'est de dissoudre un syndicat ou de dissoudre des associations avec cet amendement. Je le lis, que les gens comprennent. Dissolution des associations qui interdisent à une personne ou à un groupe de personnes, à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, de participer à une réunion. Alors, moi je vous demande, je pose la question ici, est-ce que demain, avec un tel amendement qui a été adopté, on va interdire l'association des travailleurs tunisiens ?

Est-ce qu'on va interdire demain l'association des Chinois résidant en France ? Est-ce qu'on va interdire demain l'union des étudiants juifs ? Voilà, c'est ça qu'on veut ? On va où, là ? On va où ? Donc, moi je dis que c'est dément, et je me permets juste de vous dire que pendant qu'on amuse la galerie avec ces débats-là, qu'ils n'en finissent pas, parce que ces débats ont continué, il faut aussi interdire, nous dit le Sénat, et vote le Sénat, les drapeaux étrangers dans les mariages, dans n'importe quoi. Et pendant ce temps-là, la France rend un service à Erdogan en ayant arrêté le 23 mars des militants politiques kurdes en France. Et ça, ça n'intéresse personne.

Or, si on veut lutter contre Daech et le terrorisme islamique, je vous assure qu'il va falloir affronter M. Erdogan.

18:02
Présentateur

Clémentine Autain, invité du 8h30 France Info, voici le fil info, 9h10, Diane Ferchit.

18:08
Invité

L'afflux de clients dans les magasins non essentiels hier avant la fermeture pour au moins 4 semaines partout en France. A noter que fleurisses, coiffeurs, libraires ou encore magasins de jeux vidéo restent ouverts, entrés en vigueur. Des nouvelles restrictions, celles déjà appliquées dans 19 départements. Les déplacements sont limités à 10 km, sauf en ce week-end de Pâques pour ceux qui le peuvent et le souhaitent pour qu'ils puissent aller se mettre au vert. Il sera toujours possible ensuite de se déplacer pour faire garder ses enfants. Et sachez qu'il y a une nouvelle attestation de déplacement dérogatoire disponible notamment pour les plages horaires concernant les sorties.

Les chocolatiers restent aussi ouverts, d'ordinaire à cette période de l'année. Les Français consomment 15 000 tonnes de chocolat l'an passé en plein confinement. Les ventes s'étaient effondrées de 27%. La vaccination anti-Covid et 9 millions de personnes ont reçu au moins une dose. 3 millions les deux doses nécessaires pour être protégées. Pour accélérer la campagne, les hôpitaux désarmés vont être davantage mis à contribution. Ils augmentent leur capacité d'accueil pour vacciner jusqu'à 50 000 personnes par semaine dans des centres qui seront permanents. Les données de plus de 500 millions d'utilisateurs de Facebook divulguaient des dates de naissance, des numéros de téléphone.

20 millions de comptes français sont concernés. Un piratage massif qui date de 2019. Des données anciennes réagit le réseau social qui assure avoir réparé le problème à l'époque.

19:24
Locuteur non identifié

France Info

19:27
Présentateur

Clémentine Autain est l'invité du 830 France Info, Jean-Jérôme Bertolus. Question sur l'union de la gauche, si ça existe encore.

19:34
Invité

Oui absolument, en tout cas il y a une volonté, notamment de Yannick Jadot qui dans une interview ce matin au JDD indique qu'il va réunir les leaders de la gauche d'ici 15 jours. Vous y croyez ? Les gauches ne sont pas irréconciliables et on le voit notamment sur les attitudes très opposées sur ces réunions non mixtes qu'on évoquait juste avant le rappel des titres.

19:57
Clémentine Autain

Mon engagement est connu de ce point de vue. Moi je suis pour qu'on essaye de construire des passerelles et non pas des murs en permanence entre les gauches et les écologistes. Donc il faut créer des passerelles, il faut se parler. Pour se parler, il faut se parler franchement, y compris des sujets qui fâchent. Donc c'est pas parce qu'on se parle que ça y est, on a trouvé un candidat commun immédiatement pour 2022. Mais en même temps, si on commence pas à se parler, je pense qu'en effet on est devant un grave problème.

Donc ce que je trouve intéressant dans ce que dit Yannick Jadot ce matin, c'est qu'il préconise de commencer par le contenu, le programme, et non pas par la personnalité qu'il va incarner. Parce qu'alors là, si on commence par là, c'est terminé, on peut mettre la clé sous la porte. Donc commençons par le fond politique. Commençons par le fond politique. Et abordons les questions qui fâchent. Sur l'Union Européenne, sur le libéralisme économique, sur la bifurcation écologique, comment on la veut, jusqu'où, comment, etc. Bon, on a des sujets. La 6ème République, est-ce que tout le monde à gauche...

20:58
Invité

Ça ne manque pas les sujets qui fâchent. C'est plus facile d'ailleurs de les énoncer que les sujets qui rassemblent.

21:02
Clémentine Autain

Parce que l'enjeu n'est pas simplement, excusez-moi, l'enjeu n'est pas simplement de rassembler les partis politiques de gauche. L'enjeu, c'est de rassembler dans le pays une majorité de Français sur un projet émancipateur face au pouvoir en place et face à la menace de l'extrême droite. C'est ça le sujet.

21:23
Invité

Quand vous dites, n'érigeons pas de mur, moi quand je lis Jean-Luc Mélenchon dans Libération, il y a une semaine, seulement il y a une semaine, si les chefs du Parti Socialiste veulent le dialogue, qu'ils changent d'attitude. Mais je crois qu'ils préparent surtout leur ralliement à Macron. Vous vous attendez à ce que les socialistes trahissent la gauche ?

21:42
Clémentine Autain

Non, je pense que Jean-Luc Mélenchon a tenu ses propos parce qu'avec toute l'affaire autour de l'UNEF et des amendements, etc., on a vu des éléments qui en effet étaient clivants. C'est-à-dire que souvent, moi je vois dans les débats, on pointe Jean-Luc Mélenchon qui serait clivant. Mais je trouve qu'on n'entend pas toujours comment le Parti Socialiste peut être extrêmement clivant. Quand Anne Hidalgo explique qu'une partie de la gauche a des ambiguïtés avec la République, c'est extrêmement clivant.

22:11
Invité

Les écolos en l'occurrence, c'était les écolos qu'elle disait.

22:14
Clémentine Autain

Oui, une partie de la gauche, les écologistes, c'est extrêmement clivant. Elle reprend le fil de Manuel Valls avec les deux gauches irréconciliables. Donc, ce que je veux vous dire, c'est que ce n'est pas simplement Jean-Luc Mélenchon qui à un moment donné prend acte d'offensive socialiste contre nous ou de socialistes qui parfois courent, certains en tout cas, après les choix idéologiques d'Emmanuel Macron. Donc, il faut qu'on mette tout ça à plat.

22:43
Présentateur

Vous pensez vraiment qu'il est possible de dépasser des blocages aussi importants que ceux que vous venez d'énoncer ?

22:50
Clémentine Autain

Je pense qu'on a une responsabilité, oui, à devoir se parler. Je vous le dis, oui, on a une responsabilité à se parler et à chercher, à chercher la voie. Ce qui est évident, c'est que de notre côté, il n'est pas question d'en rabattre pour arriver sur un espèce de compromis à l'eau tiède qui ne permettrait pas une dynamique populaire. Et sans dynamique populaire, il n'y a pas de victoire en 2022. Vous voyez ce que je veux dire ? Il n'y a pas de victoire en 2022. Donc, ce n'est pas simplement l'union entre les partis existants qu'il faut rechercher.

C'est l'union dans le pays et donc quel projet peut fédérer dans le pays, créer le mouvement et créer la surprise pour déjouer le duo Macron-Le Pen ? Voilà, c'est ça le sujet.

23:27
Invité

Ça veut dire pas en rabattre, pas en rabattre sur la 6ème République, pas en rabattre sur l'Europe. L'Europe, c'est très clivant à gauche. Mais les choses bougent.

23:35
Clémentine Autain

Moi, je ne suis pas d'accord avec vous parce que d'abord, les choses bougent peut-être plus vite qu'on ne pense. Ne préjugeons pas des positions des uns et des autres. Comme ça, ne les figeons pas. Pas ne les préjugeons pas, mais ne les figeons pas.

23:47
Invité

Vous ne regrettez pas quand même, par exemple, qu'en Ile-de-France, c'était une suggestion de Jean-Luc Mélenchon, eh bien, Julien Bayou ne se soit pas rallié à votre candidature. Finalement, la France Insoumise, elle disait, oui, en Ile-de-France, c'est nous qui sommes tête de l'île. Vous, en l'occurrence. Et puis, dans cinq autres régions, on laissera la main à Europe Écologie Les Verts. Ça ne s'est pas fait, hein, manifestement.

24:06
Clémentine Autain

Nous n'avons pas eu de réponse sur cette proposition, qui était pourtant très avantageuse pour Europe Écologie Les Verts, mais nous n'avons pas eu de réponse. Mais parce que, pour l'instant, Europe Écologie Les Verts a décidé partout de conforter le pôle écologiste, voilà, et pas de faire le rassemblement avec les gauches. Bon, ils ont décidé de se compter dans cette élection. C'est leur choix. Moi, j'en ai pris acte, comme j'ai pris acte du choix d'Audrey Pulvar avec le Parti Socialiste, de s'adresser à tout le monde, sauf aux Insoumis. Bon, j'en ai pris acte.

Moi, je dis, il faut que nous disions aux franciliennes et aux franciliaires de façon claire qu'au second tour, on se retrouvera, et que donc, il y a la possibilité de gagner dans cette région face à Valérie Pécresse.

24:40
Invité

Une toute dernière question, pour terminer, même si ça mériterait un large débat. Olivier Falorni a déposé une proposition de loi à l'Assemblée sur la fin de vie pour une aide active à mourir. Hier, il y a eu plus de 3 000 amendements déposés. Ça veut dire que cette proposition de loi jeudi ne pourra pas être votée en tout état de cause. Vous le regrettez ?

25:01
Clémentine Autain

Oui, c'est une stratégie d'obstruction volontaire, violente, qui empêche le débat à l'Assemblée nationale. Sachez que la France Insoumise, dans sa première niche parlementaire, avait déposé un projet de même nature. Et c'est d'ailleurs un combat de longue date de Jean-Luc Mélenchon. Un combat aussi, j'ai vu Bertrand Delanoé, qui s'est retiré de la vie politique, venir aussi sur ce sujet en ce moment. C'est un sujet complexe, intime et politique, mais je crois qu'il est temps que nous l'abordions, que nous l'assumions et que nous puissions faire avancer ce droit de mourir dans la dignité.

25:37
Présentateur

Merci Clémentine Autain. Merci à vous. Invité du 830 France Info ce matin.