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interviewBFMTV· 11 juillet 2025 21 min

Immigration illégale, RN...L'interview de Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.

0:09
Xavier Bertrand

Il est 8h32. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Xavier Bertrand. Bonjour. Merci de répondre à mes questions dans ce studio ce matin. Vous êtes le président de la région Hauts-de-France. Nombreuses questions à avoir avec vous. On va revenir tout de suite sur l'accord qui semble avoir été trouvé entre les Anglais et les Français sur la question des migrants. Vous êtes aux premières loges avec la région Hauts-de-France. On va parler aussi du budget, du RN qui a été perquisitionné, puis du Tour de France que vous avez accueilli les trois premiers jours et demi du Tour de France. C'était dans votre région.

Cet accord trouvé hier entre Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique sur l'immigration. L'idée c'est une forme d'échange en quelque sorte. C'est-à-dire que la France récupère les migrants qui seraient arrivés illégalement en Angleterre. Et en échange le Royaume-Uni accueillerait un demandeur d'asile, lui de manière tout à fait légale. Est-ce que cet accord est de nature à résoudre les problèmes auxquels vous-même vous êtes confrontés au quotidien, ces migrants qui parfois meurent en mer en tentant de rejoindre l'Angleterre ?

1:09
Présentateur

Non, et je pense que cet accord va aggraver la situation.

1:12
Xavier Bertrand

Aggraver la situation ?

1:14
Présentateur

Tel qu'il est aujourd'hui, tel qu'il est présenté, cet accord est un mauvais accord pour la France. Comme d'habitude, c'est un bon accord pour les Anglais. Parce que regardez bien, eux ils vont choisir qui va aller au Royaume-Uni, qui va rester au Royaume-Uni et ils vont choisir qui va retourner en France et en Europe. C'est-à-dire que eux auront l'immigration choisie et nous on va avoir l'immigration subie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Donc cet accord, très clairement, tel qu'il existe aujourd'hui, est un mauvais accord.

D'ailleurs, avec Natacha Bouchard, avec les maires du littoral, nous allons écrire à Bruno Retailleau de façon à pouvoir lui dire très clairement que ça n'est pas possible. En l'état tel que l'on sait, ça n'est pas possible. Puis il manque quelqu'un dans cet accord, l'Union Européenne. Parce qu'on ne peut pas faire un accord seulement entre la France et la Grande-Bretagne. Déjà à l'époque, les accords du Touquet ne concernaient pas seulement le Royaume-Uni et la France, il y avait aussi la Belgique. Là, s'il n'y a pas l'Europe, ça ne peut pas marcher.

2:09
Xavier Bertrand

Emmanuel Macron a dit qu'il attendait la réponse justement de la Commission Européenne. Mais il aurait dû le consulter avant ?

2:14
Présentateur

Écoutez, déjà nous, ça aurait été bien qu'on soit consultés. On est en première ligne. On représente des populations qui depuis maintenant quasiment 20 ans sont confrontées à ce problème. On a eu une amélioration quand nous avons obtenu avec Natacha Bouchard le démantèlement de la jungle de Calais, où il y avait 9000 migrants exploités par ces criminels que sont les passeurs. Et avec Bernard Cazeneuve, on a obtenu le démantèlement de la jungle. Aujourd'hui, ce qui se passe, et vous avez raison de le souligner, la Manche est un cimetière marin. Il y a eu près de 40 personnes qui sont mortes l'an dernier en faisant cette traversée. Vous savez pourquoi on a ce problème ?

C'est parce que tout est de la faute des Anglais. Pourquoi tous ces migrants, tous ces malheureux exploités par les passeurs veulent aller en Angleterre ? Parce que là-bas, ils savent qu'ils finiront par avoir du travail. Ils seront payés qu'un lance-pierre. Mais ça donne aussi au patronat britannique, à une partie de ce patronat britannique, de la main-d'oeuvre bon marché.

3:08
Xavier Bertrand

Et ça, les Anglais n'ont pas voulu y renoncer. Il y a d'ailleurs quelques phrases qu'ils ont refusé de mettre dans l'accord pour l'instant.

3:15
Présentateur

Depuis maintenant plus de 10 ans que je suis à la tête de la région, j'ai toujours entendu les Anglais nous dire « On va faire, on va faire ». Ils ne font rien.

3:21
Xavier Bertrand

Pierre Tamer hier a dit « Ces gens qui voudraient rentrer illégalement n'auront plus de travail ».

3:28
Présentateur

David Cameron disait la même chose. Ses successeurs ont dit la même chose. Et derrière, il ne se passe rien.

3:34
Locuteur

Il faut en finir avec cette hypocrisie britannique.

3:37
Présentateur

Il y a deux choses que je demande aux Britanniques. Qu'ils décident une fois pour toutes de mettre un terme à cette immigration clandestine du travail. Et deuxièmement, qu'ils fassent les efforts qui s'imposent pour démanteler les trafics de passeurs. Ce sont des criminels.

3:50
Xavier Bertrand

On s'est fait avoir.

3:51
Présentateur

Mais comme bien souvent. Mais comme bien souvent. Pourquoi ? Parce que les Britanniques, il faut savoir leur logique. Tout ce qui est à eux, est à eux. On n'en parle pas, on n'y touche pas. Tout ce qui est à nous, ça se met sur la table. Tant qu'on n'aura pas un bras de fer que l'on imposera aux Britanniques, nous n'obtiendrons rien. Mais il n'y a pas que ce sujet-là. Je pourrais parler des sujets notamment comme la pêche, où ils cherchent en permanence à étrangler la pêche française, la pêche européenne. Sur tous ces sujets-là, les Britanniques ne sont pas des négociateurs comme les autres. Moi, ce que je veux, c'est que l'on puisse, une fois pour toutes, régler cette question migratoire.

Ce n'est pas le problème des Hauts-de-France. C'est le problème de l'ensemble de l'Union européenne. Parce que, regardez...

4:30
Xavier Bertrand

Vous auriez fait quoi ? Xavier Bertrand, vous dites que cet accord n'est pas un bon accord. On s'est fait avoir. Vous auriez fait quoi ? Qu'est-ce que vous voudriez imposer aux Anglais pour pouvoir trouver une solution ensemble ?

4:41
Présentateur

Qu'ils arrêtent de nous considérer comme des sous-traitants. Nous sommes des sous-traitants pour les Anglais.

4:46
Xavier Bertrand

Est-ce qu'on est en train de devenir les Albanais de l'Angleterre comme les Albanais par rapport à l'Italie ?

4:50
Présentateur

Nous gardons la frontière des Anglais pour eux en France. C'était la logique des accords du Touquet. Clairement, aujourd'hui, 20 ans après, ces accords sont dépassés. Ce qu'il faut, c'est que les Anglais soient davantage impliqués. Et aujourd'hui, il nous faut un chèque, de temps en temps, qui ne couvre même pas la totalité de la facture. Parce que nous avons, nous, nos policiers, nos gendarmes... Je me suis rendu, notamment, avec Bruno Retailleau, à différentes entreprises sur le terrain, avec les différents ministres de l'intérieur.

5:15
Xavier Bertrand

Le chèque, c'est 400 millions d'euros.

5:17
Présentateur

Oui, mais ce n'est même pas la totalité de ce qu'ils nous doivent. Là, ils nous disent, on va vous verser un peu plus. C'est la moindre des choses, quand même. Et puis, derrière, hier encore, il y a eu une rixe dans le Gunkerquois. Trois de nos policiers ont été blessés. Trois de nos policiers sont blessés, malmenés. Et en plus, ils sont critiqués par la presse britannique en disant, vous ne faites pas assez bien notre boulot. Ça va, quoi.

5:35
Xavier Bertrand

Xavier Bertrand, vous en avez parlé avec Bruno Retailleau ?

5:37
Présentateur

J'en ai parlé hier soir avec Bruno Retailleau, et juste avant de venir, j'ai eu à nouveau le ministre de l'Intérieur au téléphone.

5:43
Xavier Bertrand

Là, sur le chemin, pour venir dans ce studio ?

5:45
Présentateur

Oui, tout à fait. Après en avoir parlé également, échangé avec Natacha Bouchard, la maire de Calais. Ils s'engagent à ce que ce dossier soit un dossier prioritaire au niveau de l'Union européenne. Parce qu'autrement, comme je vous disais, les Anglais vont choisir leurs migrants, ils vont nous les renvoyer. Mais attendez, si c'est pour les avoir dans les Hauts-de-France ou en France, je vous ai dit que la situation serait plus compliquée qu'avant. Ce sont aux pays par lesquels ils sont rentrés, l'Italie notamment, de faire leur part du boulot.

6:12
Xavier Bertrand

Donc, ça veut dire que le problème n'est pas qu'un problème des Anglais, le problème est aussi un problème au sein de l'Union européenne. C'est surtout un problème au niveau de l'Union européenne. C'est surtout un problème. Où personne ne prend sa part.

6:20
Présentateur

Parce que le vrai sujet, quand vous intervenez...

6:23
Xavier Bertrand

Non, mais je veux dire, quand vous voyez que la Pologne ferme ses frontières, que l'Allemagne ferme ses frontières, finalement, chacun regarde à sa porte.

6:28
Présentateur

Oui, mais le vrai sujet, c'est que la porte, notamment de la France, c'est la Méditerranée. La porte, effectivement, des Polonais, pour une partie, c'est aussi la Méditerranée. C'est là qu'on doit concentrer les efforts. Et vous prenez notamment ce que nous faisons avec les Italiens parfois, avec les Espagnols, où il y a des brigades d'intervention communes, franco-espagnols, il y a des résultats. Sauf qu'avec les Anglais, ce n'est pas possible. Ils nous laissent tout faire. Et quand vous voyez notamment qu'on a eu des critiques, parce que nos policiers, aujourd'hui, empêchent les bateaux de partir. On a eu toutes les critiques, ce n'est pas normal, c'est inhumain.

Et c'est mieux que d'avoir des embarcations qui chavirent au large. Et je vous le répète, on a eu près de 40 morts l'an dernier des enfants. Il est temps que l'on comprenne que ce drame n'est pas un drame qui concerne seulement les Hauts-France. C'est un drame européen. Et je le dis encore une fois, tant qu'on n'aura pas un vrai bras de fer avec les Britanniques, nous n'obtiendrons rien d'eux. Remettre les accords du Touquet sur la table, c'est un préalable. Et s'ils ne veulent pas du tout, on leur rend leurs frontières. Et vous allez voir que dans la semaine qui va suivre, ils vont changer la tête. C'est-à-dire qu'on leur rend leurs frontières ? C'est-à-dire qu'on laisse passer.

7:32
Xavier Bertrand

C'est-à-dire que c'est eux, et on laisse tout passer, et c'est eux qui gèrent à l'arrivée.

7:35
Présentateur

Tout laisser passer n'est pas la meilleure solution. Je le dis clairement, qu'on ne se met prête pas.

7:39
Xavier Bertrand

Mais vous dites, ça doit faire partie de la négo en quelque sorte.

7:42
Présentateur

C'est la seule façon de les amener à se mettre autour de la table, autrement qu'en position de supériorité, autrement qu'en nous considérant comme des sous-traitants. La population des Hauts-de-France, il n'y a pas que le Calaisie. Il y a maintenant la Baie-de-Somme, il y a jusqu'au Dunkerquois. Les gens ne supportent plus aujourd'hui de voir ces malheureux qui sont là, et parfois aussi avec des violences. Moi j'ai eu des chasseurs agressés dans une hutte de chasse par justement des gens qui étaient commandités poussés par des passeurs. Et on a failli avoir un drame. On ne va pas attendre d'avoir un nouveau drame supplémentaire pour pouvoir justement réagir.

Encore une fois, pas de bras de fer avec les Anglais, nous n'obtiendrons rien.

8:21
Xavier Bertrand

Xavier Bertrand, le siège du Rassemblement National a été perquisitionné avant-hier. Les juges qui soupçonnent des prêts de particuliers qui pourraient être suspects. Le RN crié au scandale démocratique. Hier matin, à ce même micro, Jean-Philippe Tanguy était mon invité. Il parlait même d'une forme d'espionnage dont aurait été victime le RN. Je vois que ça vous fait un peu lever les yeux au ciel.

8:47
Présentateur

Mais quand est-ce qu'ils vont arrêter de jouer les pleureuses ? Les dirigeants du Rassemblement National ? J'ai vu M. Tanguy, il était en train de chouiner sur votre plateau là. Je n'aurais pas utilisé le mot, mais enfin... C'est la vérité, c'est la vérité. Il était là à se plaindre. Et puis encore une fois, la théorie du complot. Ça, il ne faut pas croire aux coïncidences. Ça fait quand même beaucoup d'affaires pour lesquelles les dirigeants du Rassemblement National ont été condamnés. Il y a eu l'affaire des quittes de campagne. Il y a eu la première condamnation en première instance de Mme Le Pen. Et là, on a le sentiment que c'est le système Bardella qui est en cause.

C'est quand même un trait commun. Le Rassemblement National, ses dirigeants ont un problème avec le financement public, avec l'argent public. Et tant qu'ils s'en expliquent, je sais que les Français qui votent pour eux en ont tellement marre, sont tellement inquiets de l'avenir du pays, de l'avenir de leurs enfants, qu'ils cherchent bien souvent le mouvement qui va protester le plus. Mais il faut voir qui sont les dirigeants du Rassemblement National.

9:40
Xavier Bertrand

Qui sont les dirigeants du Rassemblement National ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?

9:42
Présentateur

Les gens qui ont un problème avec le financement public. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la justice qui l'a dit. Et puis, je n'aime pas aussi les dirigeants du RN qui disent « impunité zéro ». Pas pour eux. Pas pour eux, ce serait une exception. Et puis quoi encore ? Et puis même la critique des policiers. Ils sont toujours à défendre les policiers. Mais quand les policiers interviennent, ils sont armés jusqu'aux dents, ils viendraient pour les espionner. Il faut qu'ils arrêtent la parano au Rassemblement National. Pardon. Ce n'est pas de la parano. Tout ça, c'est un rideau de fumée.

C'est se présenter comme des victimes qu'ils ne sont pas, parce que la justice, là aussi, dit très clairement. Et je comprends qu'il y ait beaucoup de fébrilité chez eux, parce qu'on voit bien la crise, non pas qui vient, qui est déjà là entre dirigeants du RN, les pro-Madame Le Pen, les pro-Bardella. Mais ça montre une chose, tout ça. C'est qu'ils ne sont pas aptes à gouverner notre pays. Et ils ne sont pas dignes de confiance, les dirigeants du RN.

10:36
Xavier Bertrand

Ils disent qu'il y a un problème de financement, d'accès au financement, que les banques françaises refusent toujours de leur prêter. Est-ce qu'il n'y a pas quand même en amont aussi cette question-là qui doit être posée ?

10:44
Présentateur

Mais il n'y a pas qu'à eux. Vous savez, pour financer différentes campagnes pour les régionales, c'était un parcours du combattant, même pour moi. La banque dans laquelle j'étais historiquement depuis 40 ans m'avait refusé également de me faire un prêt. Sous quel prétexte ? Ce ne sont pas les celles. Tout simplement parce que les partis politiques ne sont pas sûrs des conditions de remboursement. Même quand vous êtes à peu près assurés de faire plus de 5%, ça ne les intéresse pas. Donc il y ait une banque...

11:05
Xavier Bertrand

Donc en fait, même cet argument-là, qui serait « on veut nous empêcher de faire ou de mener nos campagnes », vous dites que c'est un comportement qui est face à tous les partis politiques et qui n'est pas réservé au RN.

11:19
Présentateur

Évidemment. Et puis ça les autorisait à détourner des financements publics pour financer des kits de campagne hors de prix. Ils ont été condamnés. C'était les amis de Mme Le Pen à l'époque. Ils sont toujours restés avec M. Barder. Ils ont un problème, les dirigeants du Rassemblement National, avec le financement public. Et puis je crois quand même qu'ils ont des milliardaires qui les aident généreusement, alors qu'ils arrêtent de faire les pleureuses.

11:39
Xavier Bertrand

Qu'est-ce que vous voulez dire ?

11:40
Présentateur

Il y en a des milliardaires qui leur ont prêté de l'argent. Il y a eu des prêts qui ont été faits, des financements.

11:45
Xavier Bertrand

Là, en l'occurrence, les prêts, effectivement, sont des prêts de 250 personnes particuliers pour un montant de plus de 4 millions d'euros. Ça vous paraît... Le Front National... Vous avez l'air de dire... Non mais je veux dire, vous ne pouvez pas dire ça sans avoir une idée derrière la tête.

11:58
Présentateur

Ils arrêtent de jouer les pleureuses. Il y a aussi, derrière eux, des gens qui ne sont pas exclus du système. Mais ils ne sont pas exclus du système. Mais par contre, eux, ils ont détourné le système de financement public. Ce n'est pas moi qui le dis seulement. C'est la justice qui l'a dit.

12:12
Xavier Bertrand

Xavier Bertrand, le budget doit être présenté mardi par François Bayrou. Il dit qu'il va essayer de trouver... Enfin, qu'il va trouver 40 milliards, peut-être même 45 milliards. Parmi les pistes, il y a cette idée d'une année blanche, c'est-à-dire de geler tous les barèmes de l'État. Est-ce que vous vous dites que ça peut faire partie, effectivement, des solutions ?

12:31
Présentateur

La première solution, c'est de baisser les dépenses publiques. Aujourd'hui, on est à un moment très grave. Vous savez, notre démocratie, notre système républicain repose sur deux idées principales. Le respect de la loi et le consentement à l'impôt. Le respect de la loi, vous le voyez aujourd'hui, trop se permet de contourner la loi, d'agir avec des actes violents, parce qu'ils savent qu'ils ne craignent rien. Ça, ce n'est pas normal.

12:56
Xavier Bertrand

Mais si on baisse les dépenses, on les baisse lesquelles ?

12:59
Présentateur

Et il y a la question du consentement.

13:01
Xavier Bertrand

Mais ça veut dire qu'il y a des choses auxquelles il faut renoncer. Il faut dire aux Français, vous n'aurez plus telle et telle aide.

13:05
Présentateur

Apolline de Balaire. Le deuxième sujet, c'est le consentement à l'impôt. La France, c'est le pays dans lequel on paye le plus d'impôts, de taxes et de cotisations. Et on a le sentiment, alors que c'est vital, que nos services publics sont en train de se déliter. Ça ne peut pas durer. Ni le non-respect de la loi, ni le respect de l'impôt.

13:19
Xavier Bertrand

Donc il y a les services publics qui se délite et en même temps, il faudrait baisser les dépenses.

13:22
Présentateur

Ça marche comment ? Laissez-moi une minute. Allez-y. Dans ma région, je ne suis pas magicien. Dans ma région, j'ai dû baisser parce que l'État nous a baissé les dotations. J'ai baissé mes dépenses de 127 millions d'euros. Je l'assume. Je ne remplace pas tous les départs en retraite. Quand ce sont des départs en retraite qui sont plutôt dans les bureaux, sans contact avec le public. Par contre, dans mes lycées, quand j'ai besoin notamment de la restauration, un chef de cuisine qui part, je le remplace. Voilà. J'ai fait aussi des économies. Le chômage baisse. J'ai donc moins besoin de former de demandeurs d'emploi. Je l'assume.

Dans les discussions, parfois dans les bras de fer avec la SNCF, oui, je suis radin, je discute tout. 127 millions d'euros. Qu'est-ce que ça m'a permis de faire ? Je n'ai pas appliqué le nouvel impôt qui a été donné aux régions par l'État. Parce que des régions ont dit à l'État, écoutez, vous nous faites les poches, laissez-nous faire les poches des entreprises. Cet impôt qui s'appelle le versement mobilité, je ne l'ai pas mis en place. Je suis passé à côté de 81 millions d'euros dans ma région. Parce que j'ai préféré faire 127 millions d'euros de baisse des dépenses. J'ai fait comme vous.

Si dans votre ménage, vous avez un problème, vous n'allez pas voir votre patron dire, il faut m'augmenter de 20%, j'y arrive pas. Vous baissez vos dépenses de 20%. Mais Xavier Bertrand... Voilà. Ça s'appelle du bon sens et de la responsabilité.

14:34
Xavier Bertrand

Mais Xavier Bertrand, ça veut dire concrètement qu'il y a des dépenses qu'il faudrait ne plus faire. Exactement. Est-ce que, par exemple, vous vous dites, on désindex une partie des pensions de retraite ?

14:43
Présentateur

Oui, les retraités sont des privilégiés, c'est ça. C'est le truc qu'on entend matin, midi et soir. Mais quand vous êtes retraité, vous touchez moins que votre...

14:50
Xavier Bertrand

Mais en fait, Xavier Bertrand, ma question c'est qu'est-ce que vous baissez ?

14:52
Présentateur

Quelle est la dépense que vous baissez ? Ce que j'étais dans ma région, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous avons des fonctionnaires dont nous avons besoin. Il y en a certains qui, à l'occasion des départs en retraite, ne doivent pas être remplacés. Les agences, les agences, les fameuses agences...

15:07
Xavier Bertrand

Mais les agences, c'est des coquilles vides. C'est-à-dire que le problème, c'est que si vous enlevez l'enveloppe, il y a quand même dedans... Du personnel, c'est vrai. Il y a du personnel, il y a des politiques publiques, il y a des aides aux collectivités. Par exemple, la fameuse ADEME, dont on parle toujours, qui est l'agence d'accompagnement sur l'écologie. En fait, ce n'est pas juste une agence qui donnerait des conseils. Elle verse des prestations, elle verse des allocations, elle verse des aides aux collectivités locales.

15:30
Présentateur

Vous avez raison, Apolline de Valère.

15:32
Xavier Bertrand

Ça voudrait dire, vous enlevez l'agence ou vous enlevez les aides de l'agence ?

15:40
Présentateur

Si l'agence coûte 100, vous n'économiserez pas 100. C'est ça la vérité. Et vous avez raison de le dire. Sauf que derrière, vous avez des frais qui sont des frais de gestion dont vous devez faire l'économie. Moi-même, j'ai des agences régionales pour lesquelles je baisse les budgets. C'est comme ça que je fais ces économies. Et puis, il y a aussi des nouvelles techniques qu'il faut utiliser. L'intelligence artificielle est là. Vous ne croyez pas qu'on pourrait utiliser l'intelligence artificielle pour lutter contre les fraudes, que ce soit dans le domaine de la... Tiens, plutôt qu'être en ce moment en train d'assassiner la profession des pharmaciens.

Plutôt que justement de mettre en péril, notamment les kinésithérapeutes. Plutôt que de ne jamais tenir les...

16:18
Xavier Bertrand

Pourquoi on assassine les pharmaciens ?

16:18
Présentateur

Parce que là, ce qui est en train de se passer, on est en train, avec les nouvelles mesures que prépare l'État, je vous garantis, hélas, que si on continue comme ça, si on met en place les mesures, il y aura 20% de pharmaciens moins dans les années qui viennent. Ça veut dire, c'est ça le fond du problème. La santé est un secteur prioritaire. Vous voulez agir ? L'intelligence artificielle va vous permettre de savoir, tiens, chez France Travail, également à l'assurance maladie, comment vous pouvez traquer les fraudeurs ? C'est facile à mettre en œuvre, mais c'est tout de suite qu'il faut le faire. Voilà quelques-uns des exemples.

16:48
Xavier Bertrand

Xavier Bertrand, vous avez accueilli le début du Tour de France, trois journées et demie. Vous êtes très attaché, d'ailleurs, j'ai vu, à cette idée de trois journées et demie, donc, dans les Hauts-de-France. Je voudrais vous demander de réagir à un tweet. C'est celui de Sophia Chikirou. Elle est députée La France Insoumise. On va le regarder sur BFM TV, mais je le décris pour ceux qui nous écoutent sur RMC. C'est une photo de Fabien Roussel, le patron du Parti communiste, qui est au bord de la caravane du Tour de France et qui salue la fameuse deux-chevaux de cochonou du Tour de France. Et le commentaire que Sophia Chikirou en fait, c'est « J'ai ri ».

Sous-entendu, elle s'en moque avec ironie. Comment vous réagissez ?

17:32
Présentateur

Quel mépris. Quel mépris de la part des dirigeants de LFI. Vis-à-vis de Fabien Roussel, tiens, elle aurait pu aussi me critiquer. J'étais haussier, autour de la caravane publicitaire, essayant d'avoir un Bob Cochonou. C'est le nouveau truc à la mode d'avoir le Bob Cochonou. C'est le nouveau truc.

17:46
Xavier Bertrand

Enfin, ça fait 40 ans que c'est à la mode d'ailleurs, pour être tout à fait honnête.

17:48
Présentateur

Vous avez raison. Mais de la part des dirigeants de LFI, ils n'aiment pas ce qu'ils rassemblent. Ils n'aiment pas. Fabien Roussel n'est pas dans ma famille politique. C'est vrai. Mais j'ai la même passion que lui pour le Tour de France. Et vous voyez, ce que je reproche aujourd'hui, c'est qu'il y a des partis politiques, les deux extrêmes, qui ont tout intérêt à ce que le pacte républicain se délite. à faire en sorte que les Français n'aient plus du tout envie d'être ensemble et de faire nation. Le Tour de France, c'est cette magie populaire. Sur les bords du Tour de France, sur la route du Tour de France, il y a des millions de Français. C'est un spectacle gratuit.

Vous avez des gens qui vont bien, des gens qui ne vont pas bien, des gens qui sont au cœur des grandes villes et au cœur de la ruralité. C'est un lien. La culture est aussi la même logique. Vous avez notamment Avignon aujourd'hui, pour ceux qui s'y rendront. Mais Avignon, c'est aussi l'occasion que la création puisse se diffuser sur tout le territoire pendant l'année. Il y a aussi les festivals. La culture, le sport, sont ces moments emblématiques où les Français se disent on a du lien ensemble, on veut être ensemble.

18:45
Xavier Bertrand

C'est un problème de mépris social pour vous de la part de Sophie Chiffier-Rouge ?

18:47
Présentateur

Oui, mais il n'y a pas que ça. Il y a du mépris social. Mais il y a aussi un autre facteur, c'est que tout ce qui crée du lien, ils veulent le casser. Et le jeu des extrêmes aujourd'hui, et c'est pour ça que ceux qui ne sont pas dans les extrêmes doivent se réveiller. Comme je dis, ni elle est fille, ni elle est reine. C'est parce que je fais partie de ceux qui ont cet idéal républicain, j'y crois encore. Et je ne suis pas un idéaliste. Et je pense qu'il faut rendre concrète la devise liberté, égalité, fraternité. C'est ça notre véritable enjeu. Alors il faut pour ça des résultats, c'est vrai. Mais il faut aussi avoir conscience que notre bien précieux, c'est ce lien républicain.

La culture, le sport, en font partie. Mais il y a aussi autre chose. Aux enfants. Vous avez parlé des retraités tout à l'heure. Mais les retraités, aujourd'hui, la solidarité intergénérationnelle, elle vient parfois plus de leur part que de la part de l'État. Si vous voulez à nouveau donner de l'espoir dans un pays comme le nôtre, il faut aussi garantir que la clé des efforts, c'est la justice et que nos efforts seront tournés vers les jeunes générations.

19:46
Xavier Bertrand

Ça veut dire quoi, ça ?

19:47
Présentateur

Ça veut dire tout simplement... Traduit par quoi ? Ça veut dire tout simplement qu'on doit concentrer nos efforts sur les plus jeunes. Que ce soit les enfants, que ce soit les adolescents, que ce soit ces jeunes adultes. Nos sociétés doivent leur faire leur place. Ça, c'est un vrai projet. Et en même temps,

20:01
Xavier Bertrand

vous dites qu'on ne touche pas aux pensions des retraités les plus élevés.

20:06
Présentateur

Je viens de vous faire des propositions. Tant qu'on aura ce réflexe, tiens, allez, on va augmenter les impôts, on n'aura rien compris et on aura de plus en plus des Français qui en auront marre de payer des impôts alors que ça fonde aussi le lien entre les gens qui vont bien et les autres. La baisse des dépenses, ce n'est pas une option. C'est la priorité et ce n'est pas impossible.

20:23
Xavier Bertrand

Merci Xavier Bertrand d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes le président de la région Hauts-de-France. Il est 8h52. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Écoutez,