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interviewBFMTV· 15 octobre 2024 21 min

Immigration, légalisation du cannabis, ISF renforcé... L'interview en intégralité d'Olivier Faure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Olivier Faure

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.

0:08
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.

0:13
Olivier Faure

Bonjour Apolline de Malherbe.

0:14
Présentateur

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes à la tête du parti socialiste. Il y a une bataille politique qui s'engage autour du budget. Vous faites partie de ceux qui ont déposé le plus d'amendements. On y reviendra dans un instant. On va parler aussi du Doliprane. On va parler aussi y compris des enjeux au sein de votre propre parti puisqu'il y a un bras de fer qui s'engage, notamment avec François Hollande. Beaucoup de questions à vous poser. Mais je voudrais d'abord, parce que j'ai été extrêmement frappée ce matin par un témoignage que j'ai reçu sur RMC autour de la question du narcotrafic partout en France.

On a reçu des appels de Rennes, on a reçu des appels de Meurthe et Moselle et on a reçu des appels de Marseille. Vincent, il est chef d'entreprise à Marseille et je voudrais que vous puissiez réagir à ce qu'il vit au quotidien. Il est chef d'entreprise. Il a donc appelé le 3216 pour témoigner. Il est propriétaire d'un local commercial dans le centre de Marseille. Un point de deal s'est installé à cet endroit-là. Il a voulu déloger ce point de deal pour pouvoir à nouveau libérer l'accès à son local commercial. Et voilà ce qui s'est passé.

1:11
Auditeur

J'ai appelé les flics. Ils m'ont dit « Monsieur, je suis désolé, on ne peut rien faire ». Pour arriver à faire partir le point de deal, il a fallu que j'appelle un ami à moi qui contacte quelqu'un qui était en prison à Paris, qui lui-même a contacté quelqu'un qui était en prison à Lune et qui lui-même a réussi à contacter le mec qui tenait le point de deal pour faire bouger les mecs qui dealaient devant le local. Moi, je me suis élevé socialement. Moi, j'ai commencé dans des quartiers. Je suis parti et mes parents ont vécu dans des quartiers. On s'est élevé. Je suis devenu chef d'entreprise. Aujourd'hui, je suis copropriétaire d'une marque de sport internationale.

J'ai des revenus et je n'ai pas de soucis à ce niveau-là. Quelqu'un qui a des revenus modestes, qui a un petit appartement, une petite maison, comment ils font ces gens-là ?

1:53
Présentateur

Qu'est-ce que vous répondez à un témoignage comme celui-là de Français ? Et d'ailleurs, Vincent, un peu plus tard, disait que le problème, c'est que les politiques ne savent pas ce que l'on vit, nous, au quotidien.

2:04
Olivier Faure

D'abord, je veux dire que je sais ce que vivent les gens au quotidien. Et malheureusement, le narcotrafic n'attaque pas simplement Marseille. Il attaque désormais les villes moyennes, les petites villes. Et il n'y a plus aucun endroit en France qui soit épargné par la question du narcotrafic. Et c'est parfois totalement endémique. Je pense que j'étais il y a quelques semaines, quelques mois maintenant, en Martinique. Et à Fort-de-France, on me disait que c'était même un trafic qui était monstrueux et qui gangrénait complètement la vie locale. Et donc, évidemment, le narcotrafic, ça doit être une priorité absolue de n'importe quel gouvernement aujourd'hui.

2:41
Présentateur

Mais avec quels outils ?

2:42
Olivier Faure

Avec des outils. D'abord, en donnant plus de moyens à la police judiciaire, faire en sorte de pouvoir remonter les filières, faire en sorte que nous puissions ne pas simplement s'attaquer à ceux qui tiennent le point de deal. Parce que la réalité, c'est que vous les enlevez, il y en a d'autres qui les remplacent aussitôt. La main-d'œuvre est assez facile à trouver, mais à s'attaquer aux réseaux eux-mêmes et faire en sorte, dans une coopération internationale, de toucher les têtes de réseaux et donc de mettre véritablement les moyens qui permettent d'avancer et rétablir. Là aussi, c'est une question, on va parler du budget.

La question, c'est aussi comment est-ce qu'on donne plus de moyens à la police, vis-à-vis la police judiciaire ? Comment est-ce qu'on fait pour que la douane ait davantage de moyens ? Comment est-ce qu'on fait pour que toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, sont en première ligne sur ces sujets-là, puissent avoir la possibilité de travailler ?

3:27
Présentateur

Au-delà de Vincent, on avait eu aussi le témoignage ce matin de Cécilia. Elle est maman solo, elle est prof de français, elle est en arrêt maladie parce qu'elle n'arrive plus à faire face. Mais elle dit également qu'elle a dû quitter son propre logement. Elle vivait à la Belle de Mai à Marseille parce que trop dangereux, parce que trop menaçant, y compris pour sa petite-fille de 5 ans. Mais elle dit que le problème, il est beaucoup plus global, c'est que moi, je n'ai pas les moyens avec mon salaire de prof de pouvoir me loger dans un quartier où il y aurait plus de sécurité. Et donc, c'est un cercle vicieux. Est-ce que là aussi, vous le voyez comme un problème global ?

3:56
Olivier Faure

Bien sûr, mais ce qui est terrible, c'est que les premières victimes du narcotrafic ne sont pas des gens qui sont dans les beaux quartiers. Ceux qui sont les premières, celles et ceux qui sont les premières victimes, ce sont les gens qui vivent dans des quartiers modestes, dans des quartiers HLM où s'installent les points de deal et qui d'ailleurs viennent souvent fournir les beaux quartiers qui, eux, viennent chercher simplement à s'approvisionner. Donc, on a là un problème qui est un problème extrêmement douloureux pour des populations qui ne peuvent pas entrer dans leurs immeubles. Je suis dans une commune où on cherche à éradiquer aussi la drogue sous toutes ses formes.

Et c'est vrai que c'est un mal endémique, qu'on a besoin de travailler, qu'on a besoin aussi de faire coopérer les services parce qu'il faut s'attaquer au portefeuille, comme s'attaquer aussi à ceux qui sont...

4:39
Présentateur

Donc, vous ne faites pas partie de ceux qui seraient pour une légalisation du cannabis ?

4:44
Olivier Faure

Mais aujourd'hui, on n'en est plus au cannabis, en réalité.

4:47
Présentateur

Non, mais sur cette question-là, je sais que ça a été longtemps un débat au Parti Socialiste. C'est quoi votre position aujourd'hui sur la question de la légalisation du cannabis ?

4:53
Olivier Faure

La position du Parti Socialiste, c'est qu'on doit expérimenter la question de la légalisation du cannabis pour pouvoir soulager les services de police sur cette question-là, sur une drogue qui n'entraîne pas forcément une forme de passage à d'autres drogues plus dures.

5:10
Présentateur

C'est-à-dire quoi une expérimentation ? C'est-à-dire que vous expérimentez sur la durée, sur un certain espace ?

5:16
Olivier Faure

Sur des territoires et voir ce qu'il se passe et arriver à démanteler.

5:20
Présentateur

Ça voudrait dire que potentiellement, certains départements de France auraient une drogue légalisée et d'autres départements non ?

5:27
Olivier Faure

On pourrait regarder, effectivement, si on ne peut pas, dans certains départements, dans certaines villes, faire ce que d'autres pays en Europe font. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, le narcotrafic gangrène complètement la vie des caractéristiques.

5:38
Présentateur

Et vous feriez ça à Marseille, par exemple ? Vous tenteriez à Marseille de légaliser le cannabis ?

5:42
Olivier Faure

Mais je ne sais pas, ce n'est pas moi qui décide.

5:44
Présentateur

Non, mais vous dites qu'on pourrait l'expérimenter dans certaines villes. Moi, j'essaie de comprendre ce que ça veut dire concrètement.

5:49
Olivier Faure

Ça veut dire que vous avez aujourd'hui des pays en Europe où le cannabis est en réalité légalisé et où on consomme moins qu'en France. En France, on est dans un paradoxe incroyable. C'est que nous avons à la fois le pays le plus prohibitif et en même temps le pays où il y a le plus grand nombre de consommateurs. Et donc, il y a un moment où il faut se poser des questions. Aujourd'hui, on mobilise la police sur des sujets qui sont parfois des sujets moins importants. Donc, moi, je préférais qu'on s'intéresse au trafic de drogue, notamment cocaïne, cocaïne, héroïne, extradie...

6:17
Présentateur

Mais Olivier, ça veut dire qu'à titre personnel, vous êtes favorable à la légalisation du cannabis et vous aimeriez commencer par l'expérimenter sur certains territoires de France. Si vous étiez vous au pouvoir aujourd'hui, vous prenez quoi ?

6:28
Olivier Faure

Ce que je cherche à faire, c'est à dire... Ce que je cherche, c'est que je souhaite que nous puissions démanteler aujourd'hui une économie qui est une économie de la drogue et que cette économie, elle tient des quartiers entiers. Vous avez ceux qui sont les goffas, qui transportent, vous avez les guetteurs, vous avez les nourrices qui conservent la drogue dans leurs appartements, vous avez les vendeurs. Donc, vous avez tout un système qui s'est installé. Et j'essaie de comprendre ce que ça veut dire

6:50
Présentateur

expérimenter sur certains territoires. J'essaie d'imaginer comment on se retrouve en France avec une ville où ce serait légal et une ville où ce ne serait pas légal.

6:57
Olivier Faure

C'est compliqué quand même. C'est compliqué et je n'ai pas aujourd'hui les moyens de vous raconter comment ça se passerait réellement. Ce n'est pas à moi de l'indiquer. Je ne suis pas expert en la matière. Simplement, ce que je vous dis, c'est que philosophiquement...

7:10
Présentateur

Mais personne n'est expert en la matière. Simplement, vous êtes responsable politique. Donc, vous avez réfléchi à cette question.

7:14
Olivier Faure

J'ai réfléchi à cette question. Je vois ce qui se passe ailleurs. Je vois que nous avons aujourd'hui trop de moyens consacrés au cannabis alors qu'il faut s'attaquer à des grands réseaux et faire en sorte que nous puissions nous mobiliser pleinement et faire en sorte que nous puissions avancer sur ce sujet qui est un sujet qui mine la vie de nos concitoyens et qui est un sujet qui est aujourd'hui un sujet central sur lequel nous devons apporter des réponses.

7:35
Présentateur

Et vous parliez, Olivier Faure, à l'instant, de la question aussi des ressources, du budget. La bataille, elle commence à partir de ce soir et de demain. Il y a 1900 amendements qui ont été déposés. Et plus de la moitié par le nouveau Fonds populaire, dont la majeure partie par le Parti socialiste. Les mesures phares par lesquelles vous aimeriez, vous, augmenter les recettes de l'État, ce seraient, si j'en crois, les amendements. Le retour d'un impôt sur la fortune renforcé, le durciment de l'exit taxe contre l'exil fiscal, la taxation des héritages dorés, des super dividendes. D'abord, c'est quoi un impôt sur la fortune renforcé ?

8:13
Olivier Faure

C'est-à-dire qu'il ne rapporte plus 3 ou 4 milliards, il en rapporte 15.

8:16
Présentateur

C'est-à-dire que vous baissez la limite d'arrivée ?

8:19
Olivier Faure

Non, ça veut dire qu'il est progressif. Ça veut dire que plus vous êtes riche et plus vous payez. Ce qui paraît assez logique. Et quand on dit plus vous payez, on ne parle pas de... On n'est pas en train de se polier les gens. Pour quelqu'un qui aurait, par exemple, un patrimoine de 10 millions d'euros, on lui prendrait 1%. Donc, vous voyez qu'on n'est pas non plus en train d'arriver avec le couteau entre les dents et de chercher à étouffer des gens qui auraient eu la chance de gagner de l'argent.

Ce que je dis simplement, c'est que nous avons aujourd'hui, et c'est simple à vérifier, vous savez, 500 familles, les plus riches de France, qui en 7 ans, pendant la durée du mandat d'Emmanuel Macron, ont vu leur fortune doubler. Pas simplement augmenter, je dis bien doubler. Et on parle de quoi ? On parle d'un passage de 600 milliards à 1 200 milliards. Donc, quand on reprend 15 milliards là-dessus, je pense que ces gens-là vont pouvoir continuer à partir en vacances, à pouvoir s'acheter le 8e yacht, le 9e hôtel particulier. Ça va bien se passer pour eux.

Donc, il y a un moment où, plutôt que d'aller chercher à taxer les retraités, les malades, les handicapés, etc., le mieux, ce serait de faire en sorte qu'on taxe les...

9:23
Présentateur

Les retraités, certains rapports, y compris au sein de la Cour des comptes, disent de réduire une forme de niche fiscale pour les retraités, qui sont donc... Et qui ont 10% d'abattement sur leurs impôts, de la réduire pour les retraités les plus aisés. Est-ce que vous y êtes favorable ?

9:41
Olivier Faure

A contrario, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, la mesure gouvernementale, elle touche tous les retraités. C'est-à-dire que tous les retraités vont y passer et vont perdre, en moyenne, 150 euros dans cette opération. C'est un scandale absolu. Les retraités, ce sont des gens qui ont travaillé toute leur vie, à qui nous devons une reconnaissance, et qui n'ont pas d'autres moyens, ils ne peuvent pas se refaire, ils n'ont pas changé de travail, ils ne vont pas avoir d'autres revenus. Ils ne vont pas se remettre à bosser.

10:07
Présentateur

Ça veut dire que cet abattement de 10%, vous voudriez ne le supprimer que pour les plus aisés. On est d'accord ?

10:14
Olivier Faure

Je ne sais pas à combien on chiffre, puisque ce que j'ai lu ce matin ne fixe pas le niveau auquel seraient astreints les retraités qui perdraient l'abattement de 10%. Je veux voir quel est ce niveau-là. Mais il y a une évidence au fait qu'il faut protéger les petites retraites, évidemment, les retraites moyennes, parce que quand on est retraité, on n'est pas forcément riche. Maintenant, ce que je veux dire, c'est que ça ne s'arrête pas là, cette histoire, parce qu'on nous parle de mesures. On nous a dit que c'est 20 milliards sur les plus riches et puis c'est 40 milliards d'économies.

Simplement, ce qu'on découvre au fur et à mesure, c'est que ces économies visent d'abord les Français dans leur immense majorité. On l'a vu que ça va être le ticket modérateur, donc on paiera plus cher la visite chez le médecin. Et quand on n'a pas de mutuelle, ce sera 12 euros de plus. 12 euros ! Imaginez le nombre de gens qui vont renoncer aux soins parce qu'ils n'ont pas de mutuelle. Et ceux qui ont une mutuelle, ils vont voir les cotisations augmenter. Mais on peut continuer avec les chômeurs qui vont se prendre une nouvelle réforme de l'assurance chômage. Moins d'indemnité, moins longtemps.

Vous pouvez continuer avec aussi désormais ce qu'on voit apparaître, c'est-à-dire la perte pour les collectivités locales. Alors évidemment, ça ne fait pleurer personne.

11:26
Présentateur

On parle de 5 milliards pour les collectivités locales.

11:27
Olivier Faure

Ce sera plutôt 10 en réalité. 10 milliards. Et c'est entre 8 et 10 milliards. Eh bien, ces 10 milliards, ce n'est pas simplement des collectivités qui vont perdre de l'argent. C'est l'argent pour les cantines scolaires. C'est l'argent pour le transport scolaire. C'est l'argent pour les EHPAD à but non lucratif. C'est l'argent pour l'aide à domicile. C'est l'argent pour l'aide à l'enfance en danger. Voilà ce que cela menace aujourd'hui. Et donc, ces économies, elles se font bien sur l'eau des Françaises et des Français. C'est leurs services publics qui vont être évidemment à nouveau abaissés. C'est ce qui se passe avec les 4 000 suppressions d'emplois dans l'éducation nationale.

On voit bien que cette histoire-là, elle a un impact direct. Et même si ce n'est pas un impôt au sens où on l'entend, ce n'est pas quelque chose qu'on verra sur sa feuille d'imposition, la réalité, c'est que c'est un prélèvement sous d'autres formes. Pour les Français, c'est un impôt sur leur vie, sur la maladie, sur la retraite. C'est un impôt qui est un impôt généralisé sur les Français, malheureusement, les plus modèles, c'est les classes moyennes.

12:22
Présentateur

Olivier Faure, le Doliprane, qui va donc passer sous pavillon américain, puisque la moitié de la filière qui produit le Doliprane va être vendue à un fonds de pension américain. Hier, Emmanuel Macron et Bercy ont dit exiger des gages pour accepter la vente au fonds d'investissement américain CDER. Est-ce que ça vous rassure ?

12:43
Olivier Faure

Ça vous rassure, vous ?

12:45
Présentateur

Je demande des gages, en effet. Et quand on regarde effectivement ce qui s'est passé, et j'imagine que c'est là que vous voulez en venir, il y a un certain nombre de pavillons américains qui étaient passés pendant les premières années, en général, ça se passe bien. La question, c'est de savoir effectivement à long terme. J'imagine que c'est ce que vous demanderez.

12:58
Olivier Faure

Même à Croutan, ça ne s'est pas très bien passé. Général Electric, quand ils reprennent Alstom, ils promettent 1 000 emplois, ils en créent 28.

13:04
Présentateur

30, ouais.

13:06
Olivier Faure

30, allez, passons à 30.

13:07
Présentateur

Non, non, mais en effet, c'est ridicule par rapport aux promesses de 1 000 emplois.

13:11
Olivier Faure

Quand Alcatel est cédé à Nokia, qu'est-ce qui s'est passé ? Rien, aucun engagement n'a été tenu. Et je vois qu'en fait, le fonds américain dont on parle, ce n'est pas un fonds inconnu. C'est un fonds qui détient en France Butte et Conforama.

13:24
Présentateur

Butte et Conforama ?

13:25
Olivier Faure

Oui. Qu'est-ce qui s'est passé depuis qu'ils ont repris ?

13:26
Présentateur

Mais il n'y a pas eu de revente et il n'y a pas eu de perte d'emploi.

13:30
Olivier Faure

Si, 3 000 emplois perdus.

13:31
Présentateur

3 000 emplois perdus ? Oui, absolument.

13:32
Olivier Faure

Alors Butte ? 3 000 emplois perdus. Butte et Conforama, moins 3 000 emplois. En Grande-Bretagne, pardon, ils ont repris un distributeur, ça a été moins 9 000 emplois. Donc on voit bien que...

13:46
Présentateur

Oui, donc vous ne leur faites pas confiance.

13:47
Olivier Faure

Ce fonds de pension n'est pas un fonds altruiste qui est là pour sauver l'emploi.

13:51
Présentateur

Quand Emmanuel Macron et Bercy disent qu'ils vont exiger des gages, ça ne vous rassure pas du tout ?

13:57
Olivier Faure

Mais je ne crois pas un seul instant au fait que...

13:59
Présentateur

Mais vous feriez quoi ? Vous diriez quoi à Sanofi ? T'as interdiction de vendre ?

14:03
Olivier Faure

Mais d'abord, cette histoire, vous la connaissez, il y avait deux fonds qui étaient en fait face à face. Il y avait un fonds français qui présentait une offre exactement comparable et un fonds américain. Pourquoi a-t-on choisi ? Pourquoi Sanofi a choisi le fonds américain ?

14:19
Présentateur

Donc vous, à la tête de l'État, vous auriez exigé que ce soit le fonds français ?

14:23
Olivier Faure

Alors je ne peux pas en tant qu'État exiger que ce soit tel ou tel qui soit pris. En revanche, ce que je peux dire, c'est que je m'oppose à la vente au fonds américain. Parce qu'il y a là un problème de souveraineté.

14:33
Présentateur

Alors pardon, mais imaginons en effet que ce soit ce scénario qui ait été choisi, c'est-à-dire le fonds PAI qui est un fonds français. Je vous aurais eu face à moi ce matin et je vous aurais dit est-ce que franchement vous pensez qu'il est français ? Parce que quand on regarde la composition de ce fonds PAI français, entre guillemets, il est domicilié au Luxembourg et il est soutenu par deux fonds, l'un d'Abu Dhabi et l'autre de Singapour.

14:55
Olivier Faure

Oui, mais je ne suis pas en train de vous dire, c'est pour ça que vous avez dit à l'instant que je n'étais pas là pour faire la promotion de tel ou tel, simplement...

15:00
Présentateur

Non mais donc en fait, ce que je veux dire, c'est que honnêtement, même vous, vous auriez dit quoi ? Vous auriez préféré, oui, vous auriez pu dire il est français, mais quand on grattait un peu, il est pas français.

15:08
Olivier Faure

Il a aussi des salariés en France et ce que je sais, c'est que, enfin ce que je me souviens très bien de ce qu'avait dit le PDG de Sanofi déjà à l'époque du vaccin, où il avait dit, en fait, si le vaccin est découvert par Sanofi, on fixera un privilège d'attribution aux Américains avant même les Français. Et donc ce que je dis, c'est qu'à un moment...

15:30
Présentateur

Vous redoutez au fond qu'un jour, les Français eux-mêmes ne soient pas prioritaires sur le Doliprane ?

15:33
Olivier Faure

Absolument, et je sais que nous avons eu des pénuries de Doliprane et de paracétamol, que nous ne pouvons pas nous priver de ce médicament qui est le plus vendu en France, et qu'à un moment, il faut effectivement faire des choix et donc considérer que la souveraineté industrielle et sanitaire...

15:49
Présentateur

Vous auriez arbitré, mais vous voyez bien que les choses sont quand même plus compliquées qu'elles n'en ont l'air, y compris sur le fond français.

15:54
Olivier Faure

Je dis simplement qu'il y a là quand même matière à choix et qu'il y a la possibilité pour le gouvernement de s'opposer à cette vente qui ne se justifie pas rien, si ce n'est par la volonté de Sanofi de se recentrer sur les activités qui font beaucoup de profit et de se laisser dépecer du reste. Et donc il y a là un dépeçage industriel qui a des conséquences sanitaires qui n'est pas supportable par la France.

16:18
Présentateur

Olivier Faure, augmenter la durée de détention en centre de rétention administratif, y êtes-vous favorable ?

16:25
Olivier Faure

Non, je ne suis pas favorable à cela, pour une raison simple, c'est que la question, ce n'est pas d'augmenter la durée de rétention, c'est de faire en sorte que les laissés-passés consulaires arrivent plus vite.

16:36
Présentateur

Oui, mais là-dessus, vous n'aurez pas de marge, parce que c'est les pays qui décident la seule chose sur laquelle vous avez une marge en France, c'est la durée de rétention.

16:42
Olivier Faure

Si on veut bien travailler au niveau de l'Union européenne avec les pays qui sont les pays originaires et qu'on puisse avoir une politique qui soit une politique de fermeté, mais aussi de compensation pour ces pays, je pense qu'il y a une matière-là à avancer. Je vais préciser les chiffres. Aujourd'hui, c'est 90 jours en France.

16:59
Présentateur

En Allemagne, c'est 210. Et l'Europe autorise à ce que ces durées de détention en centre de rétention administratif aillent jusqu'à 500. Donc on fait partie des plus restrictifs, la France.

17:09
Olivier Faure

Oui, absolument, et parce qu'on est un pays qui est aussi celui des droits de l'homme et qu'on ne maintient pas dans le centre de rétention des enfants, des femmes, des individus qui sont... Enfin, je ne sais pas si vous avez déjà visité un centre de rétention administrative, mais franchement, c'est des conditions d'accueil et de maintien qui sont complètement...

17:27
Présentateur

Donc on maintient ce chiffre de 90 jours au maximum ?

17:31
Olivier Faure

Ce que je voulais vous dire, c'est qu'aujourd'hui, ce dont on se rend compte, c'est que soit les laissés-passés consulaires arrivent dans ces délais, soit ils n'arrivent jamais. Et donc ce maintien en rétention, c'est simplement... C'est pas complexe en vrai.

17:44
Présentateur

On a mis évidemment le drame de Philippines avec un laissé-passé qui est arrivé quelques jours après. Mais effectivement, c'était aussi un problème de procédure.

17:53
Olivier Faure

Mais là, en l'occurrence, il y avait la possibilité d'un recours supplémentaire. On pouvait encore rallonger, et c'est en réalité, parce que les autorités n'ont pas souhaité prolonger ce délai de rétention, qu'il n'a pas été prolongé. Mais c'était possible avec la loi actuelle. Donc on n'a pas besoin d'aller jusqu'à 210 jours, jusqu'à 500 jours, si on va jusqu'aux exemples que vous donnez. Quel est l'intérêt ?

18:12
Présentateur

Donc évidemment, pas besoin d'une nouvelle loi. Est-ce que c'est pour rallonger ce délai que le gouvernement justifie une nouvelle loi immigration ?

18:19
Olivier Faure

Oui, je ne veux pas non plus qu'on laisse penser qu'il y aurait de ma part une forme de laxisme. Ce que je dis, c'est que, par exemple, dans l'affaire Philippine, il fallait de toute façon faire en sorte de ne pas laisser sortir de prison, et non pas du centre de rétention, de prison, l'assassin, avant même d'avoir reçu le laissé-passer consulaire. Là, il y a eu un dysfonctionnement. Mais ne laissons pas penser que le fait de délargir les délais en centre de rétention garantirait quoi que ce soit. Ça n'est malheureusement pas le cas.

18:44
Présentateur

Dans votre programme du Nouveau Front Populaire, il y avait l'abrogation de la loi immigration. Donc non seulement pas une nouvelle loi, mais l'abrogation de la loi qui existait jusqu'à présent. Vous maintenez ?

18:54
Olivier Faure

Je maintiens. Et est-ce que vous savez ? Là, on nous parle désormais d'une nouvelle loi immigration. Au fond, ce qui se passe dans ce pays, c'est que quand Marine Le Pen tousse, tout le gouvernement s'enrume. Et on a une nouvelle loi qui va venir où on nous dit qu'elle reprendrait les articles qui ont été censurés par le Conseil constitutionnel. Vous vous souvenez, il y a eu 35 articles sur 89 qui ont été censurés par le Conseil constitutionnel. 35 sur 89. Et parmi les horreurs...

19:23
Présentateur

C'est une loi Marine Le Pen. Pour vous, c'est une loi Marine Le Pen.

19:25
Olivier Faure

C'est une loi pour Marine Le Pen. C'est une loi qui est faite pour donner des gages à l'extrême droite, permettre à l'extrême droite de voter le budget. parce que, évidemment, le deal explicite maintenant entre Michel Barnier, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, c'est pétrole contre nourriture. Et donc, là, en l'occurrence, c'est loi immigration contre budget. Et qu'est-ce qu'on va retrouver dans cette loi ? Si vraiment ce que dit M. Rotaillot est ce qu'il a l'intention de faire ? Parce que dans les articles censurés, il y avait quoi ? Il y avait la caution demandée pour les étudiants étrangers pour être sûrs qu'ils repartent.

Mais tout le monde avait dit, même dans le gouvernement de l'époque, que c'était une aberration. Ils veulent le remettre. Alors que nous avons besoin des étudiants étrangers parce qu'ils participent au rayonnement et à l'attractivité de la France. Il y avait la fin du droit du sol pour les enfants nés en France. Donc on va fabriquer des étrangers sur notre propre territoire. Il y avait la préférence nationale, ce vieux principe porté par Jean-Marie Le Pen et qui est aujourd'hui officialisé à cette majorité. Alors, on n'a pas le temps d'y revenir, mais ce n'est pas exactement la préférence nationale à proprement parler.

20:26
Présentateur

C'est aussi le fait d'avoir cinq ans justifié de travailler pour pouvoir y avoir accès.

20:31
Olivier Faure

Ça s'appelle la préférence nationale. C'est ce qu'a porté en très longtemps Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, d'ailleurs... C'est le cas du RSA, par exemple, en France. C'est le cas du RSA. C'est le cas aussi pour les accostes familiales. Vous ne pouvez pas les toucher si vous n'avez pas d'enfants résidents en France. Je crois que c'est deux ans et demi si vous travaillez et cinq ans si vous ne travaillez pas.

20:52
Présentateur

Donc, vous vous opposerez à cette nouvelle loi comme vous vous étiez opposé à la précédente. Merci Olivier Faure d'être venu dans ce studio ce matin. Premier secrétaire du Parti Socialiste. Merci à vous.