Isabelle Rauch, la cible des antivax
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:27OuverteRéponse directe
Bonjour Isabelle Roche.
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On ne s'y attend pas forcément, mais quand on s'engage en politique, on est exposé à différentes formes de violence.
- 1:57OuverteRéponse directe
Ils réagissaient à quoi exactement ?
- 2:30OuverteRéponse directe
Vous vous étiez préparée à vivre cela en devenant députée ?
- 2:50OuverteRéponse directe
Et vous l'avez vécu comment ?
- 3:13OuverteRéponse directe
J'ai lu dans un article de presse que vous aviez eu 10 jours d'arrêt de travail.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Pendant le Covid, c'était en mars 2021, vous avez été victime d'une vague de cyber-harcèlement particulièrement intense. »
- 1:01PrésentateurChiffre
« Les vivis, comme ils se surnomment, seraient une centaine en France. »
- 1:14PrésentateurChiffre
« Cette députée a ainsi reçu 600 insultes pour avoir promu les tests salivaires à l'école. »
- 1:20PrésentateurFait
« Des arrestations ont eu lieu hier dans cinq départements. »
- 1:30PrésentateurChiffre
« Ils risquent jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. »
- 1:59Invité politiqueFait
« Au fait que j'avais fait un compte-rendu d'une visite dans une école où il y avait des tests salivaires pour les enfants. »
- 3:13PrésentateurFait
« J'ai lu dans un article de presse que vous aviez eu 10 jours d'arrêt de travail. »
- 3:22Invité politiqueFait
« Que le juge a évoqué un stress post-traumatique des troubles du sommeil, c'est allé jusque-là ? »
- 4:33PrésentateurFait
« la violence, elle a aussi d'autres formes, contre votre permanence, qui a été ciblée par des agriculteurs, par des avocats, par des opposants à la réforme de retraite, par un inconnu qui a jeté une pierre contre la vitrine de votre permanence. »
- 4:40Invité politiqueFait
« On sait que c'est quelqu'un qui vient en train avec sa pierre, donc on a remonté les caméras de vidéosurveillance, qui jette la pierre et qui repart. »
- 5:57PrésentateurFait
« Le déclic, si l'on peut dire pour vous, il date de 1997. »
- 6:02Invité politiqueFait
« Ma fille. »
- 6:31Invité politiqueFait
« Je suis une profondément centriste. »
- 6:54PrésentateurFait
« En 2001, vous êtes devenue conseillère municipale d'opposition à Tionville, puis adjointe au maire en 2008. Ensuite, vous avez été élue conseillère générale. »
- 7:03PrésentateurFait
« En 2014, surprise, vous quittez le PS et là, vous rejoignez l'UDI, parti centriste. »
Temps de parole
- Isabelle Rauch64 %
- Présentateur31 %
- Présentateur 24 %
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La violence en politique peut prendre différentes formes, que ce soit sur le terrain ou sur Internet. Mon invité peut en témoigner, ancienne présidente de la Commission des affaires culturelles. Elle siège aujourd'hui au sein du groupe Horizon, à l'Assemblée. Bonjour Isabelle Roche.
Bonjour Clément.
Alors, on ne s'y attend pas forcément, mais quand on s'engage en politique, on est exposé à différentes formes de violence. On pense souvent à la violence physique, mais il n'y a pas que cela. En ce qui vous concerne, les faits se sont déroulés sur Internet. Pendant le Covid, c'était en mars 2021, vous avez été victime d'une vague de cyber-harcèlement particulièrement intense. Et la police a fini par identifier et interpeller les responsables. Ils faisaient partie d'un petit groupe anti-vax. On va revoir cela en image. Leur logo, devait dans un cercle. Les vivis, comme ils se surnomment, seraient une centaine en France. Leur mode d'action favori est le cyber-harcèlement.
Ils inondent les pages Facebook de grands médias ou de personnalités publiques de messages de haine. Cette députée a ainsi reçu 600 insultes pour avoir promu les tests salivaires à l'école. Des arrestations ont eu lieu hier dans cinq départements. Six femmes et deux hommes interpellés, animateurs présumés du réseau. Ils sont artisans, enseignants ou fonctionnaires. Ils risquent jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Alors, ces personnes, elles ont été jugées et condamnées à des peines d'amende, à de la prison avec sursis, eux aussi. Et c'est un simple post de votre part sur Facebook qui a tout déclenché, c'est ça ?
Oui, oui, oui. Un jour, je suis dans ma cuisine et une notification, deux notifications, trois notifications. Et là, en fait, on se rend compte que, parce que je dis « on », avec mon équipe, je les alerte, que c'est un déferlement.
Ils réagissaient à quoi exactement ?
Au fait que j'avais fait un compte-rendu d'une visite dans une école où il y avait des tests salivaires pour les enfants. Donc, je faisais le compte-rendu. En fait, j'étais dans ce qu'on fait en politique, de rendre compte de son action. Et là, ça s'est vraiment déchaîné.
Alors, plus de 600 messages, avec des phrases type qui revenaient à chaque fois. On les voit s'afficher sur l'écran, complices d'un crime contre l'humanité, collabos d'un système nazi, psychopathe pro-nazi. Vous vous étiez préparée à vivre cela en devenant députée ?
Non, on ne se prépare jamais à la haine. Je pense qu'on ne s'engage pas pour ça. On s'engage pour le bien des citoyens, on s'engage parce qu'on a envie de faire bouger les choses. On ne s'engage pas pour servir de punching ball et pour être le réceptacle de toute la haine possible et inimaginable.
Et vous l'avez vécu comment ? Pas bien. Mais à quel point ?
Au point de, pendant très longtemps, de ne pas vouloir fréquenter les réseaux. Donc, mon équipe me disant, si, il faut publier, il faut y aller. Et moi, en étant extrêmement réticente par rapport à cela, sachant bien que c'est une minorité qui va réagir. Mais voilà, c'est vraiment pas agréable.
J'ai lu dans un article de presse que vous aviez eu 10 jours d'arrêt de travail. Oui, tout à fait. Que le juge a évoqué un stress post-traumatique des troubles du sommeil, c'est allé jusque-là ?
Oui, tout à fait. Parce qu'on se demande pourquoi, en fait. Pourquoi ? Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Il n'y a pas de prise. En fait, on ne peut pas dire stop. Ça déferle. Et en fait, moi, j'ai voulu témoigner et j'ai voulu porter vraiment cette affaire sur le devant de la scène et aller jusqu'à la plainte, le procès, pour aussi mettre en évidence et aider ceux qui en sont victimes. Parce que malheureusement, je suis une parmi des centaines et des milliers de personnes qui sont victimes de cela, que ce soit des forces de l'ordre, que ce soit des enseignants, que ce soit des adolescents.
En fait, il y a vraiment plusieurs centaines de milliers de personnes en France qui peuvent être victimes à un moment ou un autre de cela et ce n'est pas acceptable, ce n'est pas supportable. Et donc, c'est pour ça que j'ai voulu vraiment faire en sorte que le procès aille à son terme pour montrer aux victimes que ce n'est pas une fatalité et qu'on doit réagir. Et puis surtout, aux agresseurs, on n'a pas le droit de le faire.
Alors, pendant votre premier mandat, la violence, elle a aussi d'autres formes, contre votre permanence, qui a été ciblée par des agriculteurs, par des avocats, par des opposants à la réforme de retraite, par un inconnu qui a jeté une pierre contre la vitrine de votre permanence.
C'est cette pierre-là qui a déclenché quand même beaucoup de choses parce qu'en fait, c'est un acte a priori gratuit. On sait que c'est quelqu'un qui vient en train avec sa pierre, donc on a remonté les caméras de vidéosurveillance, qui jette la pierre et qui repart. Et c'est très désagréable et surtout angoissant par rapport aux équipes parce que là, ce n'est pas que moi qui suis visée, c'est ma permanence, c'est les gens qui travaillaient avec moi.
Et puis, ça vous a posé des problèmes très concrets parce que vous n'aviez plus de compagnie d'assurance qui acceptait d'assurer votre local. Vous avez dû changer de permanence et alors j'ai lu que dans votre nouvelle permanence, vous n'en donniez pas l'adresse publiquement.
Non. C'est tout le cas aujourd'hui ? Oui, tout à fait. Elle n'est pas, ce n'est pas mentionné sur... Vous êtes obligée de vous cacher d'une certaine façon ? Oui, ce n'est pas mentionné sur Internet. Donc, il y a le numéro de téléphone, il y a l'adresse, les gens téléphonent, les gens prennent, nous envoient des e-mails. Bien entendu, on rappelle, à ce moment-là, on communique l'adresse, on donne le rendez-vous, il n'y a aucun problème par rapport à cela. Mais je souhaite protéger mes équipes de toute agression.
Mais quand on se revendique députée de terrain comme vous, c'est quand même problématique.
Donc, moi, je suis sur le terrain, moi, mais je ne souhaite pas exposer mes équipes. C'est une protection vis-à-vis des gens qui travaillent avec moi, ils n'ont pas à subir, ils ne travaillent pas pour moi pour être exposés à de la violence.
Alors, on va remonter aux sources de votre engagement. Le déclic, si l'on peut dire pour vous, il date de 1997. Vous décidez alors de rejoindre le Parti Socialiste. Pourquoi ? Qu'est-ce qui a déclenché ça ?
Ma fille. J'ai ma fille dans les bras, elle a neuf mois, et j'écoute la radio, et j'ai envie de dire comme d'hab, enfin comme d'habitude, je râle. Et là, je me dis, j'ai ce bébé dans les bras, ce n'est pas possible, il faut que j'arrête de râler, il faut que je m'engage. Et c'est vraiment ça qui déclenche ma volonté d'engagement en politique. Et à ce moment-là, je me dirige vers le Parti Socialiste qui, à cette époque-là, correspond le mieux au moment de ma vie où j'en suis. Je suis une profondément centriste. Mais en 1997, il me semble que Lionel Jospin répond en grande partie à mes aspirations. Donc voilà comment je...
C'est ça qui vous fait aller vers la gauche plutôt que vers un parti du centre ?
Les partis centristes, enfin, il n'y a pas vraiment de parti centriste qui me semble correspondre au moment où j'en suis de ma vie à cela.
En 2001, vous êtes devenue conseillère municipale d'opposition à Tionville, puis adjointe au maire en 2008. Ensuite, vous avez été élue conseillère générale. Et puis en 2014, surprise, vous quittez le PS et là, vous rejoignez l'UDI, parti centriste. Oui, tout à fait.
Parce qu'en fait, je suis au conseil général depuis 2008. Je suis aussi adjointe au maire. Je peux faire des choses en tant qu'adjointe au maire, mais les relations sont un peu compliquées. La politique qui est menée au conseil départemental de la Moselle, ça me va bien. C'est vraiment, je m'y retrouve. Et c'est vrai qu'en 2014, je décide de franchir le pas. Et je dis à Patrick Weyten, je souhaite rejoindre ta majorité parce que je travaille avec lui. Je trouve que ce qui est fait est bien. C'est le président du parti en Moselle, le président de l'UDI. Donc voilà comment j'entre à l'UDI en 2014.
Et alors en 2017, vous quittez l'UDI pour rejoindre En Marche. Par la suite, vous avez donc suivi Édouard Philippe quand il a créé Horizon. Alors certains vous reprochent de changer de parti un peu en fonction de vos intérêts, d'avoir une forme d'opportunisme politique. Vous leur répondez quoi ?
Je ne sais pas qui sont ces certains.
Vos adversaires localement ?
Oui, mais pas les électeurs. Donc pas les personnes que je rencontre sur le terrain, pas ceux qui me connaissent, pas ceux qui connaissent mes convictions.
Et alors justement, vos convictions, quelles sont-elles ? Quel est le moteur de votre engagement, ce qui vous motive depuis le début, qui n'a pas bougé malgré vos changements de parti ?
C'est les partis qui ont souvent changé, qui n'ont pas répondu aux engagements que j'avais. Et c'est vrai que quand j'écoute Édouard Philippe, moi je suis totalement en phase avec sa ligne et ce qu'il dit. C'est vraiment un engagement au service des citoyens, au service de tous les concitoyens, et que le projet d'émancipation qui est normalement le moteur de l'engagement de chacun et chacune, puisse réellement être mis en œuvre par un projet politique. Et c'est quand on ne répond pas à ses aspirations, quand on fait croire aux citoyens que tout va s'améliorer d'un coup de baguette magique, que ça pour moi ce n'est pas supportable. Je pense qu'on se doit d'un devoir de vérité et de réalisme.
À l'Assemblée, de 2022 à 2024, vous avez présidé la Commission des affaires culturelles. C'est une commission assez vaste, ça couvait à la fois la culture, les médias, la jeunesse, l'éducation, le sport. L'enseignement supérieur. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté dans votre vie de députée ?
De très belles rencontres et surtout, moi, ça m'a amenée, enfin pas qu'à moi, mais en tout cas démontrée, c'est cette capacité aussi d'aller chercher les points de consensus chez les uns et les autres. Parce que si vous regardez, si vous avez regardé comment ça s'est passé entre 2022 et 2024, énormément de projets ou de propositions de loi sont passées, certains à l'unanimité, d'autres avec une très large majorité. Donc, en fait, on va dire que j'ai encore plus développé cette culture du consensus que j'ai depuis toujours et qui m'anime en politique. Ce qui fait peut-être aussi qu'à certains moments, je suis toujours fidèle à des convictions, mais que je peux changer de partie.
On va conclure l'émission avec notre petit quiz. Alors, pour commencer, on va changer un petit peu ce qu'on fait d'habitude. J'ai vu que vous souhaitiez réécrire la Constitution en écriture inclusive. J'ai lu ça. On vous propose d'essayer de le faire à voix haute avec le début de l'article 8 qui va apparaître à l'écran. Et je vous propose de le lire en écriture inclusive.
Le président ou la présidente de la République nomme le premier ou la première ministre. Il ou elle met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci ou celle-ci de la démission du gouvernement.
D'accord. Donc, vous ne vous mettez pas de IEL ? Non.
Non. Mais je pense que l'écriture inclusive souffre d'une mauvaise presse parce que, généralement, on voit immédiatement le point médian. L'écriture inclusive, ça veut dire mettre les femmes dans l'espace public. Nommer les femmes.
Ça peut prendre différentes formes comme celles que vous avez adoptées.
C'est pour ça que quand je dis l'écriture inclusive n'est pas le point médian.
Avoir été coach, visiteuse médicale ou prospectrice téléphonique ?
Alors, oui, j'ai surtout fait de la formation pour les personnes qui faisaient de la prospection, en tout cas, qui travaillent sur les centres d'appel et notamment sur les services après-vente. C'est beaucoup de rencontres humaines et de comprendre, de vivre, parce que, pour différentes raisons, le quotidien d'un grand nombre de citoyens.
Enfin, quand je vois un viaduc. Je rêve, c'est pour moi. C'est étonnant, ça, pour qui ne vous connaît pas. En fait, vous rêviez de construire des viaducs quand vous étiez plus jeune ?
Oui, et moi, le viaduc de Garabie est tout simplement extraordinaire, construit par Eiffel. Oui, je sais, ce n'est pas forcément quelque chose spontanément, mais moi, je rêvais d'être architecte, mais poncer chaussée, et de chausser des bottes et un casque pour être sur des chantiers et construire des grands ouvrages et notamment des ponts. Et peut-être que, finalement, la politique répond en grande partie à cette aspiration qui est de construire des ponts entre les femmes et les hommes.
Ce sera le mot de la fin. Merci à vous, Isabelle Roche, d'être venue dans La Politique et moi.
Merci, Clément. Merci, Clément.
Isabelle Rauch