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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 3 mars 2025 18 minComplaisantPortrait personnelSantéCulture, médias & sport

Jérémy Ferrari : "Ça m'a toujours étonné d'entendre : 'Ce que tu fais ne peut pas plaire aux gens'"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Si vous étiez une femme puissante, un animal et une émotion, vous seriez qui, vous seriez quoi ?

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Vous êtes l'un des humoristes les plus populaires aujourd'hui. Comment l'expliquez-vous ?

  • 2:23OuverteRéponse directe

    On vous disait que votre humour ne plairait pas aux gens. Comment avez-vous réagi ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Vous animez ce soir une libre antenne sur Inter. Quel est le concept ?

  • 4:53OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le 'courrier du cœur' dans votre émission ?

  • 6:03OuverteRéponse directe

    Comment arrivez-vous à remplir des salles avec un spectacle aussi engagé ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:16PrésentateurChiffre
    « 300 000 places se sont envolées en quelques minutes. »
  • 2:35InvitéFait
    « ça va marcher, mais ça ne fera pas de grandes salles. »
  • 3:15InvitéFait
    « ce que tu fais, ça ne peut pas plaire aux gens. »
  • 8:28PrésentateurFait
    « vous ont conduit à une tentative de suicide »
  • 9:34PrésentateurFait
    « personne ne voyait rien, ni vos parents, ni vos proches, ni votre producteur, Laurent Ruquier, personne ne voyait que vous alliez si mal »
  • 10:00InvitéFait
    « bah t'as qu'à arrêter de boire, bah t'as qu'à te calmer quand tu t'énerves »
  • 11:52InvitéFait
    « je suis obsessionnel compulsif et idéatif »
  • 13:23InvitéChiffre
    « j'ai bu beaucoup, beaucoup, beaucoup, jusqu'à 6 litres de rosée par jour »
  • 13:30PrésentateurFait
    « dans un hôtel où vous avez failli sauter »
  • 14:12InvitéFait
    « le jour où les gens arriveront à dire avec la même facilité je suis en dépression, que j'ai la grippe, on aura gagné »
  • 15:00PrésentateurFait
    « vous êtes un producteur fou, compulsif, taré »
  • 16:26InvitéFait
    « Tout est vrai, oui »
  • 16:40InvitéPromesse
    « Je suis déjà en train de terminer le montage d'un film avec Laura Felpin et Eric Judor qui va sortir l'année prochaine »

Temps de parole

  • Présentateur58 %
  • Présentateur 239 %
  • Invité2 %

11,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et Léa, ce matin vous recevez un humoriste. Et bonjour Jérémy Ferrari. Bonjour Léa. Bienvenue d'être avec nous, c'est la fille qui ne sait plus parler. Bienvenue dans le studio d'Inter, merci d'être avec nous ce matin. Vous serez ce soir avec vos copains Baptiste Lecaplin et Arnaud de sa mère, les maîtres de cérémonie d'une émission événement en direct sur Inter, une libre antenne à partir de 20h. On va en parler, mais d'abord mes questions rituelles. Si vous étiez une femme puissante, un animal et une émotion, vous seriez qui, vous seriez quoi ? Pas les trois en même temps, on peut dissocier les... Ou alors une femme qui serait un animal puissant.

Une émotion, non dans la mythologie ça doit se trouver. Non je dirais, les femmes, je ne sais pas, je dirais Michelle Obama ou Simone Veil, ça peut être un peu cliché, mais ça reste quand même des symboles forts dans l'histoire moderne. Je trouve que ce sont des femmes, l'une pour ses combats, l'autre pour son parcours. Je trouve que c'est quand même des femmes d'exemple qui marquent encore de nos jours les gens. Pour l'émotion, je dirais l'empathie, je pense, parce que je trouve que c'est la plus belle émotion humaine. Enfin, j'ai l'impression. Et alors l'animal, l'animal, l'animal, je dirais peut-être le loup, parce que c'est un animal qui m'a fasciné très très jeune.

Quand j'étais en primaire, on nous a amené un loup à l'école. Je ne sais pas si c'était une très bonne idée de nous amener un loup à l'école avec l'en recul, mais je me souviens qu'on est allé. On nous a amené un loup. Je ne crois pas qu'on nous l'ait amené, je crois qu'on nous a amené, mais je me souviens que c'était dans un endroit où vraiment un loup n'avait rien à faire et je me souviens que ça m'avait totalement fasciné. Donc c'est un animal qui m'est resté. Vous n'avez pas choisi l'abeille ? Non, je n'ai pas choisi l'abeille. Ah oui, vous avez raison. Eh bien oui, moi je vous ai fait ça pour que vous choisissiez l'abeille. Vous m'avez tendu une perche que je n'ai pas du tout saisie.

Que vous n'avez pas du tout saisie. Parce que le documentaire dont on va parler dans un instant s'appelle Comme une abeille et que votre ami qui réalise ce documentaire dit, Jérémy Ferrari pour le comprendre, c'est une abeille, mais je vais y venir, je vais y venir. Mais d'abord, juste quelques mots sur vous. Vous êtes l'un des humoristes les plus populaires aujourd'hui, celui qui a rempli le plus de salles, l'un des rares humoristes, peut-être avec à part Florence Forestier et quelques-uns, à avoir rempli deux Bercy. Avec votre humour noir, corrosif, engagé et vos spectacles sur les religions, sur l'hôpital public.

Et depuis le début de cette année, de 2025, vous jouez avec Baptiste Lecaplin et Arnaud de Samer, avec vos potes, un spectacle à guichet fermé dans toute la France. 300 000 places se sont envolées en quelques minutes. Vous allez remplir des zeniths partout. Bref, ça marche très bien. Et pourtant, au début de votre carrière, on vous disait, votre humour est trop segmentant, trop noir, trop trash, trop engagé. Jérémy Ferrari, vous ne remplirez jamais de grandes salles. Vous ne serez jamais populaire. Oui, les gens me disaient, il y a quand même des gens qui me disaient, ça va marcher, mais je crois que c'est encore pire.

Ce n'est pas des gens qui vous disent, ça ne marche pas, parce que ça, vous y êtes un peu préparé. Mais ils me disaient, ça va marcher, mais ça ne fera pas de grandes salles. C'est surtout ça qu'on disait. C'est le pire. C'est vraiment des gens qui vous disent hyper gentiment, ça serait super que ça marche un jour pour toi, mais vraiment, on n'y croit pas. C'est encore plus déstabilisant. Et c'est raté. Oui, je pense que...

Mais moi, vous savez, ça m'a toujours étonné, parce que même quand je suis arrivé à Paris, j'ai commencé justement à parler avec ces gens qui étaient un peu des décideurs, des directeurs de salles, des directeurs de festivals, des gens qui travaillaient dans les médias, etc. Ils me disaient, oui, mais ce que tu fais, ça ne peut pas plaire aux gens. Et moi, ça m'a toujours étonné, parce que je disais, mais les gens, c'est moi. Enfin, je veux dire, de là où j'ai grandi, je ne comprenais pas bien cette analyse. Alors, vous avez ce lundi une rare journée de relâche du théâtre, puisque vous enchaînez partout en France. Et finalement, vous bossez.

Vous avez décidé de bosser avec Arnaud Samer et Baptiste Lecaplin, puisque vous prenez les commandes ce soir d'une soirée, de 20h à 22h, libre antenne sur Inter. On ne sait pas ce que vous allez nous faire. On ne sait pas non plus. On ose imaginer. Le pitch, je sais, Nicolas, écoutez bien, tu as quelque chose à me dire. Eh bien, ça tombe bien, on veut tout entendre. C'est-à-dire quoi ? Donc, vous ne saviez pas quoi faire comme pitch. Écoutez, on n'avait pas le temps de préparer l'émission, vous savez bien à quel point c'est compliqué. Donc, on s'est dit que ce qui pourrait être rigolo, c'est d'inviter des copains. Et puis, on ne va pas dire qui, c'est des surprises. Mais bon, il y a...

Ah ben, donnez-nous un ordre de petits trucs pour nous faire envie. Alors, il y a normalement, il y a Camille Lava, puis il y a passé, il y a Jonathan Lambert qui devrait passer, il y a Guillaume, il y a Ben Mazuet qui devrait arriver en fin d'émission. Voilà, on a invité quelques copains pour venir faire un peu les deux avec nous. Et puis, on s'est dit, bon, comment on pourrait remplir ces deux heures d'émission ? Ce n'est pas facile. Et on s'est dit, ça serait marrant de faire une radio libre, une antenne libre, comme on dit libre-antenne, libre-antenne. Parce que souvent, les gens nous écrivent sur Insta, on n'a pas forcément le temps de répondre.

Il y a toujours des gens au dédicace qui veulent nous poser des questions, reçoivent des courriers, machin, on se dit, tiens, ça pourrait être l'occasion de parler avec eux. On a un peu rubriqué ça parce qu'on trouvait ça un peu rigolo. Donc, il y aura une partie vraiment libre-antenne où les gens peuvent nous poser les questions qu'ils veulent. On a décidé de faire une partie aussi courrier du cœur. On a quand même Arnaud qui est un spécialiste de la rupture amoureuse. Ah, vous avez vu finalement ? Oui, il y a un concept. Oui, vous travaillez pour rien. En travaillant pas, on trouve des idées. Attendez, courrier du cœur, c'est-à-dire ?

Parce qu'Arnaud de sa mère, comme c'est un spécialiste du divorce, souvent on s'est marré. On était dans le train, on s'est dit, je pourrais faire un courrier du cœur, ça fait longtemps qu'on n'a pas entendu ça à la radio. Donc là, si j'ai des questions de cœur ou d'amour à vous poser, si je m'interroge, par exemple, c'est maintenant ? C'est ce soir. Comment je fais ? Je vais sur l'application d'Inter ? Alors, vous allez sur l'application d'Inter, vous allez sur le site d'Inter, et alors vous pouvez vous inscrire. Vous nous expliquez rapidement pourquoi vous nous appelez, parce qu'on a quand même peur un peu de tomber toujours sur des oufs.

C'est ce que c'est, quand on fait des directs, je suis rends peur qu'il y a un mec qui nous appelle. Oui ! Donc, voilà. Et on a décidé aussi de faire une partie aussi pour les gens qui ne nous aiment pas, parce qu'on sait qu'il y a des gens aussi qu'on agace, donc c'est l'occasion de nous le dire. Comme ça, on pourra discuter avec les gens qui ne nous aiment pas. Donc, voilà, on a fait plusieurs petites rubriques comme ça. Puis après, je pense qu'on appellera des amis, on va appeler un peu des copains humoristes, tout ça. Enfin, je pense qu'on va... Donc, ça va être marrant, mais il y aura du fond. Il y a toujours du fond avec vous, quand même. Ah, il y a toujours du fond.

Parce que sinon, c'est pas vous, Jérémy. Rien que la rubrique courrier du... Oui, mais vous savez, avec le trio, ça m'a quand même fait aussi une soupape. C'est que là, ça me fait aussi une parenthèse pour moi, un peu plus légère. Un peu plus légère, parce que c'est vrai que votre humour est très différent. Vous, c'est très engagé, ce que vous dites. Moi, ça m'a toujours étonné. C'est-à-dire, comment vous arrivez à remplir des salles votre spectacle Anesthésie Générale sur l'hôpital public, qui parle de l'hôpital public qui est en train de crever, qui parle des médecins, qui parle des laboratoires, etc. Qui sont des spectacles ultra radicaux et très, très écrits.

Comment vous arrivez à remplir 500 000 places que vous avez fait sur Anesthésie Générale ? Bon, à côté, Arnaud de Samer avec son humour absurde et Baptiste Le Capelin, le roi de la vanne. On n'est pas sur le même truc. C'est pour ça que ça marche aussi. Je pense qu'on a trouvé aussi, il y a vraiment une magie entre nous trois. C'est ce qu'on se dit souvent, on n'a pas le droit de se disputer. Il y a plein de gens qui nous ont dit, vous allez vous disputer avec la tournée, etc. On n'a pas le droit de se disputer parce qu'on sait très bien qu'artistiquement, c'est tellement incroyable de rencontrer des gens avec qui c'est tellement évident qu'on n'a pas le droit de se disputer.

Et ça nous arrive de nous fritter un peu sur la tournée, mais une heure avant de jouer, on est obligé de s'asseoir et de dire, il faut qu'on se réconcilie, puis il faut qu'on se réconcilie sincèrement. Parce que quand vous arrivez sur scène avec quelqu'un que vous n'aimez pas, je ne sais pas s'il y a des artistes qui nous écoutent qui ont déjà vécu ça, c'est abominable. Donc on est obligé de se réconcilier sincèrement. Et puis ça marche entre Nicolas et moi, nous aussi. Non, mais on est d'accord. Il y a une vraie sincérité, c'est pour ça que ça marche. On est d'accord, donc on ne peut pas se disputer. Et quand on se frite, on se réconcilie sincèrement.

Et puis de toute manière, vous êtes le chef. Donc ils sont obligés de... Je ne suis pas chef parce que je suis le producteur. C'est ce qu'ils disent. Ils disent, vous êtes le producteur, vous les avez séquestrés dans une petite pièce pour écrire le spectacle, vous êtes énervés tout le temps, vous les engueulez. C'est vrai. Ça c'est vrai. Non, mais parce que eux, c'est vraiment des enfants. Et je le dis avec beaucoup d'affection. Alors, c'est-à-dire qu'ils veulent tout le temps. Enfin, il n'y a pas de problème à les motiver pour le boulot. Ils sont toujours prêts à travailler.

Mais c'est des enfants, donc ils peuvent rentrer dans une pièce puis digresser pendant 40 minutes sur autre chose en faisant des cons et en se faisant rire mutuellement. Si on veut comprendre Jérémy Ferrari, il faut imaginer une abeille bloquée dans une bouteille, dit de vous, votre meilleur ami et votre associé, Mickaël Dion, dans le documentaire qui vous est consacré. Parce que si je vous ai invité ce matin, c'est évidemment pour la soirée de ce soir sur Inter, mais pas seulement. Parce que Canal fait une soirée spéciale Jérémy Ferrari le 19 mars prochain, où justement il diffuse ce dernier spectacle d'Anesthésie Générale qui a été un gros carton, suivi d'un documentaire qui m'a scotché.

Un documentaire qui s'appelle donc « Comme une abeille » où vous vous mettez à nu dans tous les sens du terme et vous racontez votre chemin de croix, votre mal-être, vos dépressions, votre dépendance à l'alcool, à la drogue qui vous ont conduit à une tentative de suicide et comment vous vous en êtes sorti grâce à la psychiatrie, grâce à vos cures de désintox, grâce au sport également. Ce n'est pas la première fois que vous racontez vos problèmes de santé mentale, Jérémy Ferrari, mais c'est la première fois dans ce doc que vous allez aussi loin. Est-ce que c'était important pour vous de vous livrer sans phare, comme ça, face caméra ? Oui, parce que c'est la même démarche que le spectacle.

C'est-à-dire qu'il y avait eu un premier documentaire qui avait été fait sur moi, qui avait été réalisé par Thierry Colby, que je salue, qui était vraiment un super documentaire, qui s'était plutôt fixé sur les parties positives de ma vie, parce que je n'étais pas encore prêt à parler des aspects un peu plus sombres. Et par souci d'honnêteté, je me suis dit quand même, j'aimerais bien en refaire un un peu différent, un peu plus sombre peut-être, un peu plus réaliste et un peu plus focus sur les parties plus compliquées de ma vie.

Comme je le fais sur scène pendant 20, 25 minutes, je parle effectivement de tout ça sur scène avec beaucoup d'humour, même si de temps en temps, je m'arrête de rire. Je trouvais que c'était intéressant quand on m'a proposé de faire un documentaire, de me suivre pendant… parce que ce truc, ils m'ont suivi pendant 6 ans, donc c'est-à-dire 2 ans après ma cure de désintox, pendant pratiquement 6 ans, on m'a suivi. Vos amis, vos proches racontent vos maladies, ces maladies invisibles, ces maladies mentales, et on va écouter votre associé, donc, et votre psy, qui parle de vos problèmes.

9:44
Invité

Les gens, en plus, dans les maladies invisibles, ils te regardent et ils disent « bah t'as qu'à faire ça, bah t'as qu'à arrêter de boire, bah t'as qu'à te calmer quand tu t'énerves ». Oui, c'est facile ça à dire, mais quand c'est un trouble, c'est comme un allergique à qui tu dirais « bah t'as qu'à plus être allergique au pollen ». Pourquoi tu nous fais chier à éternuer et à avoir les yeux rouges à arrête ? Tu vois, c'est aussi absurde que ça.

10:05
Présentateur

C'est ça qui est paradoxal, c'est que les gens disent qu'ils n'ont pas de jugement, et en fait ils ont un jugement, c'est-à-dire ils jugent le malade mental comme quelqu'un de faible, comme quelqu'un d'incompétent, d'impuissant. Tous les gens qui auraient des problèmes, ce seraient des gens qui se laissent aller, alors qu'eux se contiennent. Vous dites dans le documentaire que personne ne voyait rien, ni vos parents, ni vos proches, ni votre producteur, Laurent Ruquier, personne ne voyait que vous alliez si mal, alors que vous commenciez à avoir du succès, que ça allait bien, et vous, vous étiez triste, et vous étiez si mal, si mal.

En fait, ce n'est pas que les gens ne voyaient pas, parce que c'est qu'en fait ils ne peuvent pas voir. C'est pour ça que je remercie aussi Mickaël Dion, qui est mon meilleur ami, mon associé, dont je parle dans le spectacle, c'est lui qui a réalisé ce documentaire. C'est ce que je disais avant l'émission, on en parlait furtivement, mais c'est certainement la plus belle preuve d'amitié qu'on m'ait fait, ce documentaire, parce qu'il est fait avec beaucoup de tendresse et de douceur et de réalisme, sans reproche, comme il a fait tout au long de l'amitié qu'il m'a accordé. Mais c'est-à-dire que les proches ne peuvent pas le voir.

Mes parents, c'est ce que j'explique, ils ne pouvaient pas le voir, parce qu'ils n'avaient pas la culture de ça. Je veux dire, moi, quand j'avais 8 ans, 9 ans, 10 ans, 11 ans, 12 ans, on ne sait pas ce que c'est, un TDAH, on n'en a jamais entendu parler. Laurent Ruquier, qui n'était pas mon producteur, mais qui est mon ami et quelqu'un avec qui j'ai travaillé, dit effectivement qu'il est étonné aussi parce que je ne montrais rien. C'est-à-dire qu'à partir du moment où je rentrais dans un studio, je rentrais dans un TDAH, je ne montrais rien du tout. Et mes proches, mes proches, vraiment les plus proches, le voyaient, mais ils ne savent pas quoi faire. On ne sait pas quoi faire.

Il y a quelqu'un qui vous dit « Oui, je bois trop, je sais, je vais arrêter, mais plus tard ». Qu'est-ce que vous voulez faire ? Pire que vos addictions, pire que votre hyperactivité ou que vos dépressions, c'est vos obsessions qui vous ont bouffé. C'est quoi ce caractère obsessionnel ? L'obsession, c'est très vague parce qu'il y a plein de types d'obsessions différentes. Moi, a priori, je suis obsessionnel compulsif et idéatif. C'est la partie idéative qui est la plus difficile. Les obsessionnels idéatifs sont des gens qui obsèdent sur des idées, sur des symboliques.

Je sais que les psychiatres ont défini des grands thèmes, mais c'est surtout que la manière dont ça se traduit, c'est-à-dire que je peux avoir des tocs, comme on connaît, de vérifier, je le fais encore maintenant, vérifier plusieurs fois les trucs, l'hygiène, j'ai plein de petits tocs comme ça, quotidien. Mais ça, ça va. Ce qui est difficile, c'est que moi, ça s'est surtout mis sous forme de flash. J'obsédais sur une symbolique et j'avais des flashs liés à ça.

Par exemple, si j'obsède tout d'un coup sur ma santé physique, je vais m'inventer une maladie et tout d'un coup, je vais avoir l'impression, je me vois dans un éputage, je vais me dire que j'ai un cancer et toute la journée, j'ai des flashs de moi en train de mourir dans un éd'hôpital. Je vois ma mère, c'est la dernière fois que je vois ma mère, donc je passe un déjeuner au riz parce que j'ai l'impression que c'est la dernière fois que je la vois. Et puis, ça prend toute votre vie. D'où vient ce mal-être ? Vous avez compris après toutes ces années ? Je pense qu'il y a une partie de... Oui, je pense que ce sont des maladies. Ce sont des maladies qui se cumulent. Moi, je cumule des trucs.

Donc, je pense que chaque maladie se répond. Par exemple, on sait que le TDAH avec le haut potentiel, ça se répond. On sait que les obsessions, ce qui est un mélange de choses et puis pas de traitement, une errance médicale, ce qui fait que, voilà, plus l'addiction qui est encore une autre maladie qui a, je pense, empiré mes états au fur et à mesure des années. Donc, voilà, c'est une accumulation. Je pensais que le succès, que l'argent allait apaiser ma tristesse permanente, ça n'a pas marché. Et puis, j'ai bu beaucoup, beaucoup, beaucoup, jusqu'à 6 litres de rosée par jour. Et puis, la drogue, beaucoup. Ça m'a conduit devant une fenêtre dans un hôtel où vous avez failli sauter.

C'est votre ami qui rentre dans la chambre qui va vous empêcher. Et puis, un jour, vous avez décidé que non, que vous alliez vivre et vous avez compris que l'alcool, que la drogue, ça ne marche pas. Vous avez dit un jour, le jour où les gens arriveront à dire avec la même facilité je suis en dépression, que j'ai la grippe, on aura gagné. Oui, oui, parce que je... Vous savez, la question qu'on me pose le plus, c'est « Ah, mais c'est pas difficile de raconter tout ça, etc. » Mais je ne ressens pas de honte.

C'est-à-dire que je regrette certaines choses que j'ai pu dire ou faire quand j'étais sous substance, comme tous les gens qui ont des problèmes d'addiction, parce qu'on fait beaucoup de mal à ses proches et à soi-même. Mais je n'ai pas honte. Je sais que c'est une maladie et je suis fier d'en être sorti. Et je pense que les gens ne doivent pas avoir honte parce que ce n'est pas de ta faute. Tu n'es pas plus fautif d'avoir du diabète que d'être alcoolique. C'est la même chose. C'est quelque chose avec lequel tu travailles un matin et c'est comme ça. Donc, il ne faut pas en avoir honte. En arrêtant la drogue, l'alcool, en vous soignant, ça va mieux.

Du coup, vous faites un spectacle qui cartonne. Vous avez ouvert six boîtes parce que vous êtes un producteur fou, compulsif, taré. Ça, on le voit dans le documentaire. Paul Mirabel, dites-vous, Jérémy Ferrari, dès qu'il a un problème, il crée une société. Donc là, je ne sais pas combien de sociétés vous en avez. Et puis, tous ceux qu'on entend dans le documentaire, Florence Foresti, taré, bulldozer, qui gère tout, qui bosse tout le temps, plus que les autres, qui n'est pas humain, tellement il est dans le contrôle. C'est comme ça ? Oui, c'est une nouvelle manière de gérer tout ça.

C'est aussi obsessionnel, c'est aussi fou, c'est aussi prenant, c'est toujours un peu zinzin, mais c'est mieux que Sylvie Dorosée. Et là, ça va mieux. Vous dites, j'ai encore des troubles, mais ce sont des chuchotements. On est passé des hurlements aux chuchotements. Oui, j'aime beaucoup cette métaphore parce que je trouve que ça résume parfaitement la situation. Il y a des choses où je devrais vivre toute ma vie, je mourrais avec ça. Mais ce n'est plus des hurlements, c'est des chuchotements.

Il y a des jours, je les entends, il y a des heures, je les entends fort, il y a des heures, je ne les entends plus, il y a des jours, je ne les entends plus, il y a des heures, je les entends beaucoup. Des fois, ça hurle encore un peu, mais ça va durer quelques heures et ce n'est pas grave. Maintenant, j'ai des outils pour laisser passer. Les impromptus, pour terminer, vous répondez rapidement sans réfléchir. Arnaud de sa mère ou Benjamin Lecaplin ? Ou Baptiste Lecaplin ? Benjamin Lecaplin. Ah non, il ne va pas aimer le pauvre. Vous l'avez déjà dit avant, j'ai fait exprès de ne pas vous corriger. J'ai déjà dit, parce que c'était les trois fois que j'ai dit en plus je l'adore.

J'ai lu que vous avez été vendeur, déménageur, groom, chauffeur, hôte d'accueil, prof de jujitsu et agent de sécurité dans le ton d'avant. Tout est vrai ? Tout est vrai, oui. Claude-François ou Alain Bachung ? Alain Bachung. Muriel Robin ou Florence Foresti ? Florence Foresti. Pierre Desproges ou Coluche ? Pierre Desproges. Et le cinéma, c'est quand votre film avec Arnaud de sa mère et Baptiste Lecaut ? Je suis déjà en train de terminer le montage d'un film avec Laura Felpin et Eric Judor qui va sortir l'année prochaine et après, effectivement, on va rentrer en tournage avec Baptiste et Arnaud. L'argent fait-il le bonheur ?

Non, mais il n'y a vraiment que les gens riches qui vous disent que l'argent ne sert à rien et ne y participe pas, franchement. Elon Musk, il vous fascine ou il vous angoisse ? Il m'angoisse. Vous votez ? Toujours pas. Toujours pas. Toujours pas. C'est vrai qu'on... J'ai voulu vous... Écoutez, au dernier... Je voulais vous dire la vérité. Au dernier législatif, je culpabilisais quand même beaucoup. Je me dis, bon, allez, quand même, là, je vais y aller. Eh bien, je n'avais pas ma carte d'électeur. Voilà. Vous savez, vous n'avez pas besoin de votre carte d'électeur si vous n'avez pas du numéro. Oui, mais on m'a dit... Je ne sais pas, je n'avais pas des trucs d'inscription, je n'ai pas pu.

Le temps qui passe, ça vous angoisse ? Vous allez avoir 40 ans. Ce n'est pas les 40 ans qui passe, oui, mais même quand j'avais 20 ans, ça m'angoissait. Ce n'est pas l'âge, non. L'amour, dans tout ça, vous avez le temps ? J'ai le temps, j'ai une compagne, ça se passe bien. Et faire un enfant, vous y pensez parfois ? Écoutez, pour l'instant, pour l'instant, je ne vois... C'est la question pour ce soir. Non, c'est la question pour ma compagne, ça. Non, pour l'instant... Tiens, je vais vous écrire ça, ce soir, ou je vais appeler.

Pour la libre antenne, les auditeurs peuvent appeler le 01 45 24 7000 ou écrire à l'appli Radio France vos problèmes de cœur, de troubles aussi, vous voulez parler du trouble, tout ça ? Les troubles de l'inverse générale, tous ceux qui vivent à Troyes. Soirée spéciale ce soir sur Inter, soirée spéciale sur Canal le 19 mars avec votre spectacle et ce documentaire qui est formidable, Jérémy Ferrari. Merci. Merci beaucoup. Et belle soirée. Merci. Merci Léa.

Jérémy Ferrari : "Ça m'a toujours étonné d'entendre : 'Ce que tu fais ne peut pas plaire aux gens'" · Pourquijevote