Covid, sécurité, présidentielle... L'interview de Gérald Darmanin sur BFMTV en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Gérald Darmanin. Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation de BFM TV. Monsieur le ministre de l'Intérieur, dans une heure, vous serez aux côtés de votre confrère de la justice, Éric Dupond-Moretti, face à Richard Ferrand. Le président de l'Assemblée nationale vous réunit pour évoquer les violences contre les élus, souvent des députés visés ou agressés par des antivax. L'Assemblée leur a rendu hommage cet après-midi. On écoute ce premier son.
Je tiens à dire solennellement que l'Assemblée nationale sera toujours aux côtés de ses membres menacés ou attaqués, sous quelle forme que ce soit, y compris sur les réseaux sociaux. Au-delà de nos personnes et au-delà même de notre institution, ce sont les principes de la démocratie et de la République qui sont en cause. Les députés jouent un rôle éminent dans la vie démocratique de notre nation.
L'objectif de cette réunion, ce soir avec Richard Ferrand, que l'on vient d'entendre, monsieur le ministre, c'est seulement d'évaluer la situation ou d'apporter des réponses ?
D'abord, c'est effectivement de pouvoir partager un certain nombre d'informations avec le président de l'Assemblée nationale, qui nous avait saisi, le garde des soins et moi-même, aux environs de Noël et du Nouvel An, devant l'augmentation des menaces contre les élus, des parlementaires en particulier, et notamment ceux qui ont voté les textes d'urgence sanitaire ou le pass vaccinal ou le pass sanitaire.
Vous évoquiez ce matin un chiffre de 300 plaintes d'élus. Mais combien de plaintes spécifiques pour des agressions de la part des antivax ?
On n'a pas la nature de la menace qui est posée. Mais on peut penser que désormais, c'est les trois quarts des plaintes qui sont déposées. Nous avons déjà fait une quinzaine d'interpellations sur ces 300 plaintes qui, pour ces personnes, sont responsables de plusieurs types de menaces. Donc ces quinzaines d'interpellations regroupent parfois plusieurs affaires. Et donc on voit bien que la police et la gendarmerie prennent ça très au sérieux, avec la difficulté que ces menaces sont souvent des menaces anonymes, par mail, par réseau social. Et donc il faut parfois mettre un petit peu de temps parce que les gens essayent de se cacher. Mais nous avons réussi à interpeller des personnes.
Je vais y revenir. Sécurité renforcée auprès de ces élus, très bien. Mais le président Macron a-t-il eu une responsabilité dans le déclenchement de ces agressions, en déclarant vouloir les emmerder ?
Bien sûr que non. D'ailleurs, l'augmentation des menaces, elles sont bien en amont des déclarations du président de la République aux Parisiens.
Qu'on le veuille ou non, il a mis de l'huile sur le feu et vous le savez très bien.
Non, je crois que vraiment la violence qui s'exprime, on le voit dans les manifestations, c'était le cas déjà dès cet été, d'ailleurs contre le président de la République lui-même, son effigie qui est brûlée, sa femme qui est insultée, la façon dont on voit la caricature, les propos absolument inacceptables qui sont portés contre, de manière générale, tous les élus et les responsables politiques, c'est une démocratie qui ne va pas très bien. Et la protection que nous devons aux politiques, évidemment, c'est la protection de la démocratie. Le président de l'Assemblée nationale a eu raison de le rappeler.
Et s'il y a bien une violence, c'est celle de ceux qui, indépendamment de leur opinion, que je respecte totalement, bien sûr, et moi je garantis les manifestations. Sametier, 100 000 personnes manifestées sans aucun problème, grâce aux policiers, aux gendarmes et je les remercie,
c'est la violence de ceux qui s'attaquent aux représentants du peuple. J'insiste parce que je pense que vous me comprenez très bien, tout en soulageant des millions de Français en tenant les propos qu'il a tenus, et d'ailleurs, je pense qu'une majorité sont d'accord avec lui, est-ce qu'on n'attend pas autre chose d'un chef de l'État dans la forme ?
Et moi, je ne pense pas qu'une majorité des Français sont d'accord avec lui. Je pense qu'il est certain qu'une très grande majorité des Français sont avec lui. Vous savez, à Tourcoing...
Ma question n'est pas là. Ma question est de savoir si les termes qu'il a employés sont dignes d'un Président de la République.
Mais moi, je le pense, parce que le Président de la République, il parle directement comme Nicolas Sarkozy le faisait en son temps aux Français. On lui recevait encore aujourd'hui ? La violence, oui, mais c'est l'opinion des gens d'aimer ou pas d'aimer le Président de la République ou d'aimer ou pas d'aimer le Président Sarkozy. Mais vous savez, les gens qui subissent la violence, c'est la personne dont je connais le père qui est à l'hôpital dans le Nord et qui voit sa déprogrammation de maladie cardiaque parce qu'il y a des personnes qui n'ont pas été vaccinées et qui sont, et c'est bien naturel, en réanimation.
Bon, c'est pas qu'il y a une violence énorme de la part de cette famille et de ce monsieur qui attend tous les jours le passage sur son lit d'hôpital alors qu'il aurait pu, si tout le monde avait été citoyen de la République, il aurait eu sans doute son pontage et il aurait eu sans doute sa vie sauvée absolument.
Vous avez absolument raison. Vous savez aussi qu'il y a des soignants qui nous disent aujourd'hui qu'on n'avait pas besoin de ça. Dans la forme, ça continue de compliquer les rapports.
Mais chacun peut avoir une opinion dans les propos du Président de la République. Moi, je ne cherche pas à imposer ma vérité. Je pense personnellement, vous me posez la question à moi, que ça correspond profondément à ce que pense une très grande majorité de Français.
Vos services travaillent-ils sur les profils des antivax ? Et si oui, combien sont-ils ? Qui sont-ils ? Et jusqu'où sont-ils prêts à aller ?
Non, mais lorsque les gens sont dans la radicalisation violente, qu'ils manifestent contre la vaccination, pour la protection animale, contre l'avortement ou je ne sais quelle autre cause qui parfois fait naître des radicalités, évidemment, les services de renseignement renseignent. Mais on ne donne pas des moyens aux services de renseignement pour dire, vous me regardez les manifestations contre le pass sanitaire. Évidemment, ce n'est pas notre rôle. Ce n'est pas ce que je vous demande. Oui, mais la radicalisation de certaines personnes, qui d'ailleurs épousent plusieurs causes.
Et là, ils sont antivax, mais auparavant, ils étaient dans d'autres formes de radicalisation, notamment des gilets jaunes. Il y a eu des gens qu'on appelle ultra jaunes, extrêmement violents, qui s'en sont déjà pris à des élus, qui s'en sont déjà pris à des institutions, qui s'en sont déjà pris à des policiers. Effectivement, ces personnes sont particulièrement regardées par le ministère de l'Intérieur.
Les plus radicaux sont-ils devenus, ce que l'on appelle dans votre ministère, une menace ?
C'est difficile à dire, parce que le passage à l'acte, aujourd'hui, n'a pas été avéré, sauf à l'exception peut-être de ce qui s'est passé à Saint-Pierre-et-Miquelon, qui est quand même particulièrement violent. Mais aujourd'hui, nous avons eu un fait particulièrement grave qui a touché le député Bois. Vous le savez, dans l'Oise, on a brûlé ses véhicules. Le fait qui a touché le député Saint-Pierre-et-Miquelon... Le député en question était avec nous hier soir sur ce plateau. Voilà, que je le connais bien et qu'on a soutenu dès le début, si j'ose dire. Mais pour l'instant, il n'y a pas eu de passage à l'acte.
Et c'est ce que nous craignons, et c'est sans doute ce que va nous dire ce soir Richard Ferrand. Il aura raison. Donc nous protégeons les policiers et les gendarmes, nous protégeons les élus. Par exemple, j'ai donné comme consigne, mais c'était déjà avant Noël, que tous les commissariats de France et toutes les brigades de gendarmerie de France appellent les députés, les sénateurs, sécurisent leur permanence quand c'est nécessaire, les protègent quand il y a des menaces extrêmement avérées. C'est le cas à Saint-Pierre-et-Miquelon en ce moment même. Et puis, il faut bien l'avouer aussi, des grands élus locaux qui prient la parole médiatiquement pour soutenir notamment le pass vaccin.
Ce qu'il y a de mieux, et je suis sûr que vous n'en doutez pas, c'est comme avec le terrorisme, c'est-à-dire d'empêcher la menace. Est-ce qu'un certain nombre d'entre eux, les plus radicalisés, sont effectivement identifiés, je ne sais pas, sur écoute, et font l'objet en tout cas d'une surveillance aujourd'hui bien réelle ?
Le principe des services de renseignement, c'est de ne pas dire ex voto tout ce que nous faisons, mais nous respectons évidemment intégralement le cadre de la République. Le cadre de la République, aujourd'hui, c'est de donner des moyens aux ministères de l'Intérieur pour lutter contre les subversions violentes, mais nous n'avons pas des moyens que nous pouvons appliquer, évidemment, au terrorisme, à des manifestations d'opinion politique. C'est ça, les antivax, c'est une manifestation d'opinion politique. Les ministères de l'Intérieur, ils ne fichent pas, ils ne mettent pas sur les coups toute personne qui va dans une manifestation. Fort heureusement pour la démocratie.
Mais ce qui est tout à fait certain, c'est que quand les personnes deviennent extrêmement violentes, nous mettons des moyens pour les interpeller. Je prends l'exemple, récemment au Havre, nous avons interpellé un monsieur qui était passé par le dark web, qui était passé par des VPN, ceux qui connaissent l'informatique savent de quoi je parle, ils changent d'identité pour menacer les personnes. On a su mettre les moyens cyber pour malgré tout identifier ces personnes. Et c'est un message que je veux passer ici. Beaucoup de gens pensent qu'en se cachant derrière des outils informatiques, on ne les retrouvera pas. Mais les moyens désormais mis pour regarder ces enquêtes sont très importants.
et nous trouverons toute personne qui essaie de se cacher derrière des VPN, derrière le dark web, et pour les interpeller. On a eu une soixantaine de plaintes depuis le début de l'année, c'est-à-dire que c'était exponentiel. Et les moyens que nous mettons pour résoudre ces enquêtes sont très importants.
Le message est passé. La politique maintenant dans la perspective de la présidentielle. L'opposition s'émeut du déplacement d'Emmanuel Macron à Nice, un déplacement de candidats avec sa casquette de président, aux frais de la République. Les Républicains vont saisir la commission des comptes de campagne. Vous étiez à ses côtés. Que leur répondez-vous ce soir ?
Que c'est toujours mieux de débattre du fond que de débattre de la forme. Par ailleurs, moi je me rappelle avoir fait la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Je me rappelle d'un projet de loi antiterroriste déposé en 11 avril 2012, c'est-à-dire quelques jours avant l'élection présidentielle. Je me rappelle d'un projet de loi de M. Barouin, le 3 avril 2012, déposé au Conseil des ministres, qui n'a non plus jamais vu jour au Parlement, 15 jours avant la présidentielle pour les indemnités pour les personnes qui étaient en catastrophe naturelle. Je me rappelle de la TVA sociale qui n'a jamais vu le jour et pourtant on a entendu beaucoup parler. Et je soutenais tous ces projets.
Donc c'est normal. Ce qui est important c'est le fond. Est-ce qu'on est d'accord ou pas pour ces 15 milliards d'euros pour le ministère de l'Intérieur ? Est-ce qu'on est d'accord ou pas pour dire que le cyber c'est notre... C'est pas le sujet.
La question qu'il vous pose c'est est-ce qu'on a un président qui est en campagne sans le dire et qui le fait en gros au frais de la princesse ? On se souvient qu'en 2012 Nicolas Sarkozy avait dû réintégrer dans ses comptes de campagne les frais d'un déplacement à très long.
Mais aujourd'hui vous savez la démocratie est très simple. Il y a une commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Elle est indépendante et dirigée par des magistrats. Ce qu'ils ont fait pour Nicolas Sarkozy, ils le feront sans doute pour tout candidat dont ils pensent que les dépenses sont des dépenses de campagne. Aujourd'hui il est évident que le président de la République il est en responsabilité parce qu'il gère le Covid et notamment la sécurité des Français. Il est allé poser la première pierre du commissariat de Nice dont les crédits ont été votés il y a plus d'un an. 170 millions d'euros. Ce commissariat attendait depuis un siècle une rénovation.
Un siècle monsieur Calvi. Il y a eu quelques gouvernements qui auraient pu faire quelque chose. Après que l'opposition fasse son travail d'opposition.
On préférait qu'elle fasse son travail de proposition. Si vous étiez dans l'opposition, je ne doute pas que vous soulèveriez la question avec la pugnacité qu'on vous connaît.
Mais j'espère aussi que j'aurai la grande ordre d'âme surtout après les années d'expérience que j'ai pu avoir au gouvernement de parler du fond. Est-ce qu'on est d'accord ou pas pour que le ministère de l'Intérieur soit le ministère du Cyber ? Est-ce qu'on est d'accord pour recréer 200 brigades de gendarmerie dans le milieu rural ? C'est ce que fait le président de la République. Parlons du fond.
N'empêche que vous êtes garant de la bonne organisation du scrutin et qu'à ce titre-là, savoir qui est candidat, qui ne l'est pas et qui profite de quels moyens doit vous préoccuper d'une façon ou d'une autre.
Il y a eu une commission nationale... Ou alors le président de la République est vraiment un être à part. Il y a eu une commission nationale... Dans la vie de notre pays. Moi, j'ai été maire d'une commune. Je me suis présenté au suffrage des électeurs. Je mariais les gens jusqu'au dernier jour de mon mandat de maire. Tous les maires font ça. Madame Pécresse a été candidate à l'élection régionale. Elle était présidente de région. Elle s'occupait des RER, y compris la veille de l'élection régionale. Le président de la République, il est en fonction. Il s'occupe du pays jusqu'au moment des élections.
Après que la commission nationale des comptes de campagne, qui est indépendante de tout pouvoir politique, dise ça, ça relève de la politique électorale, ça, ça relève de la politique tout court, ce sera son travail. Mais indépendamment de ce fait, on peut parler de la forme toute la journée, ce qui est intéressant, c'est le fond. Vous savez, en général, les bons avocats, lorsqu'ils ont perdu un dossier, ils s'interrogent sur le vice de procédure et sur la forme. On a l'impression que là, les opposants, ils n'ont pas grand-chose à dire sur le fond. Donc ils s'intéressent à la forme. Mais les Français, ce qu'ils veulent, c'est peut-être pas simplement qu'on s'intéresse qu'à la forme.
Le respect des règles, c'est important dans une campagne présidentielle ?
Bien sûr, mais nous respectons tout à fait les règles. Très bien.
Je voudrais vous faire écouter maintenant la réaction de cet homme qui a été traîné par la voiture d'un voyou qui se trouvait drôle. Il avait des complices. Il s'appelle Ali.
J'ai vu quatre individus dans une voiture. Un qui était le chauffeur m'a demandé une cigarette. Je suis allé pour lui donner. Il m'a saisi la main droite. Il m'a bien serré dans sa main. Et il m'a dit maintenant tu vas courir. Il a démarré, il a accéléré sur 100 mètres. Au bout de 100 mètres, il m'a lâché la main. Je suis tombé sur le macadam, sur la route. Je me suis ouvert la tête, le nez, le genou. J'ai une fracture de l'épaule et du pied droit.
Deux hommes sont en garde à vue. On a trois victimes. Quelle est votre réaction ? Qu'est-ce qu'on peut faire contre ces violences qu'on ne peut même pas qualifier du quotidien ? C'est désespérant.
Des actes de délinquance et des actes de délinquance qui plus est gratuits sont absolument révoltants, quels qu'ils soient. Malheureusement, il y en a toujours eu. Et il force à constater que la nature humaine fait qu'il y en aura sans doute toujours. Malheureusement, il se multiplie, notamment grâce ou à cause des réseaux sociaux. Ce qui est extrêmement intéressant dans cette affaire, indépendamment de l'empathie qu'on peut avoir pour ce monsieur, c'est que cette vidéo, elle nous a été signée sur les réseaux sociaux.
En moins de 24 heures, le service qu'on a créé avec le président de la République, qui s'appelle Pharos, qui permet justement, parce qu'on y a mis beaucoup de moyens, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, dès la nuit où on a été saisi, a permis de faire une enquête cyber. Et a permis notamment de récupérer des éléments qui nous ont permis d'identifier la voiture, et l'immatriculation de la voiture. Alors qu'il n'apparaît pas très évident quand vous la regardez comme ça, rapidement. C'est comme ça qu'on les a retrouvées ? Et donc on a retrouvé les personnes responsables. On a pu faire soit des présentations au commissariat, soit des interpellations.
Et donc en moins de 48 heures, sur une vidéo qui n'est pas extrêmement claire, avouez-le, on n'a aucune identité, on arrive à retrouver les personnes, à les interpeller et à les présenter à la justice. Ça ne répare pas l'ignominie de cet acte de délinquance, mais ça montre que les policiers, les gendarmes aujourd'hui sont équipés pour intervenir très vite et résoudre très vite des enquêtes.
Alors malheureusement, ça n'est pas toujours aussi simple. En tout cas, on ne peut pas être toujours aussi efficace. Valérie Pécresse propose de dégainer le Karcher pour en finir avec les ghettos. Mais elle parle aussi de mixité sociale. Vous l'auriez utilisé ce terme de Karcher ?
Moi, je l'aurais utilisé il y a 15 ans, oui. Un petit côté hibernatus, il faut regarder peut-être les choses un peu de façon moderne. Nous, on parle du cyber, parce qu'aujourd'hui, 50% de la délinquance, c'est les cyber. J'ai juste aimé connaître les réponses. Aujourd'hui, les points de deal, c'est de la crypto-monnaie. Les points de deal, c'est malheureusement des gens qui, dans d'autres pays, commandent l'arrivée de la drogue dans des ports français. Voilà, c'est une autre époque. Donc à l'époque, il a été utilisé. Je pense qu'il faut vivre avec son temps aujourd'hui.
Donc Valérie Pécresse, c'est hibernatus ?
Non, ce serait évidemment...
Le film était charmant, mais votre marque...
Ce serait malpoli de dire pour Valérie Pécresse, pour qui j'ai du respect en tant qu'évidemment femme politique. Mais on voit bien qu'elle est sur des schémas qui sont très anciens. Et voilà, ils ont eu l'horreur de gloire. Mais peut-être que l'originalité d'une candidate eût été de trouver un mot à elle et un concept à elle. On n'a pas tout à fait compris ce qu'elle proposait sur la sécurité, sur la mixité sociale. Elle a raison. Simplement, c'est quand même notre gouvernement. J'ai été maire à Tourcoing et dans un quartier difficile et pour autant très courageux qu'on appelle la Bourgogne. C'est bien ce gouvernement-ci qui a permis de faire ce qu'on appelle l'enrue, la rénovation urbaine.
Il a doublé les crédits qu'avait déjà imaginé Jean-Louis Borloo. Ça, c'est très concrètement la mixité sociale. L'Ile-de-France en profite. C'est une très bonne chose. Et c'est une très bonne politique publique que le président de la République a menée.
Jean Castex a réuni les candidats à la présidentielle ce matin par visioconférence pour parler de l'organisation de cette campagne sous Covid. Vous avez rencontré à ce sujet le président du Conseil constitutionnel. Deux ans de crise sanitaire et on n'a pas encore avancé d'un pouce sur le vote par correspondance, le vote électronique. Vous trouvez ça normal ?
Non, mais il y a deux choses si vous pouvez m'inviter, M. Calvi. Il y a les modalités du vote, comment on améliore la modalité du vote. Et puis il y a le modèle du vote. Mais c'est un modèle de démocratie. Le vote par correspondance, il a été supprimé dans notre pays dans les années 70. Il a existé. Et pourquoi il a été supprimé ? Quasiment par consensus de la classe politique parce qu'il y a beaucoup de fraude. Aujourd'hui, il y a peu de pays qui l'utilisent, sauf l'Allemagne, là où ça va bien. Mais nous n'avons pas la même démocratie.
Vous êtes capable de retrouver des individus dangereux en 24 heures avec des éléments extrêmement faibles et on n'est pas capable aujourd'hui de mettre en place un système qui permette à plus de Français de voter. Enfin, je suis comme vous attaché au bureau de vote, mais c'est incroyable qu'on soit à ce point en retard et sans aucune proposition alternative.
Non, c'est un choix politique, M. Calvi, qui n'est pas une question de retard ou d'avance et auquel je ne tranche pas. J'ai mon opinion personnelle. L'abstention, ce n'est pas important. Mais attendez, M. Calvi, le vote par correspondance, c'est quoi ? Ce n'est pas simplement une modalité de vote. C'est de permettre de voter de chez vous. L'avantage du bureau de vote et de l'isoloir, quand on apprend ça quand on est tout petit et qu'on accompagne ses parents, c'est que la personne seule n'a pas d'influence. La femme n'a pas d'influence de son mari, le curé n'a pas d'influence sur la personne, les enfants n'ont pas d'influence sur les parents.
C'est tellement vrai que quand les enfants accompagnent la maman ou le papa dans l'isoloir, le président du bureau de vote lui dit non, non, il faut être tout seul dans le bureau pour savoir être certain de sa vote secret et c'est très important. S'il est fait par Internet ou s'il est fait par correspondance, comment on garantit le secret individuel du vote ? Aujourd'hui, il y a des femmes qui vivent sous les coups de leur mari, il y a des enfants qui sont même majeurs sous l'autorité des communautés religieuses et des communautés étrangères qui peuvent avoir une influence. La sincérité du scrutin, c'est important. Ce n'est pas une question qu'on peut balayer et qu'une question technique.
Par contre, on a fait des choses...
Beaucoup de grands pays démocratiques l'ont mis en place. J'ai quand même envie de vous... Vous me dites que vous avez raison de ne pas le faire, je l'ai bien compris. J'ai envie de vous dire, il est loin le temps du macronisme réformateur.
Par contre, non, mais je ne vous ai pas dit qu'il ne fallait pas le faire ou le faire. Je veux dire que c'est une question qui est une question extrêmement sociale et que ce n'est pas qu'une question de modalité de vote. On a fait des choses, en revanche, M. Calvi, pour lesquelles vous pourriez faire publicité. J'ai présenté un décret il n'y a qu'un jour pour dire que désormais la procuration peut être portée dans une autre commune. Si vous habitez Tourcoing et que vous habitez Roubaix, auparavant, il fallait trouver quelqu'un de Tourcoing pour voter pour vous. Aujourd'hui, vous pouvez voter d'une autre commune.
La procuration en ligne, vous avez sur Internet, sur maprocuration.fr, sans voir un policier, un gendarme, vous pouvez faire cette procuration en ligne totalement. On le vote par correspondance. Nous ayons une réflexion démocratique. Moi, j'y suis prêt en tant que ministre de l'Intérieur. Bien évidemment, je ferai ce que le Parlement veut. Mais ce ne sont pas simplement des modalités de vote. C'est une façon de vivre la démocratie.
Alors, le pass vaccinal, le texte est examiné au Sénat. Un point fait débat. Les sénateurs demandent à ce que le pass s'éteigne de lui-même si la situation s'améliore. On parle de calucité du pass dans ces cas-là. Est-ce que c'est du bon sens ? Plus de Covid, plus de pass.
Je crois que le ministre de la Santé a clairement dit que le jour où il y a plus de Covid et plus de variants, on arrêtera le pass. Parce que le pass, ce n'est pas du tout notre modèle de société.
Mais on l'inscrit dans la loi ?
Mais à partir de quand vous considérez qu'il n'y a plus de problème ? Vous avez vu que les variants, malheureusement, ils ont tendance à venir quand on n'y prend pas garde. Ce n'est pas 10 000 cas par jour, par exemple. Je ne suis pas capable de répondre à cette question. Moi non plus. Donc, je ne répondrai pas à cette question. Je serai mis à la santé le faire. Ce qui est certain, c'est qu'il faut arrêter le pass ce jour où il n'y a plus de problème Je crois qu'on en est au 13e, me semble-t-il, texte où on demande à chaque fois des mesures par le Parlement et qui n'ont en général pas plus de 6 mois de durée de vie.
On peut penser raisonnablement encore que ça durera quelques mois, malheureusement, le Covid, en espérant tous que ce soit le dernier variant qu'on connaisse. Pour le reste, je n'ai pas les capacités médicales pour donner ce genre d'indication.
368 000 cas de Covid. Aujourd'hui, c'est le chiffre officiel ce soir. On est à 3 mois du premier tour de la présidentielle. Beaucoup de go-candidats n'ont pas encore leur parrainage et s'en inquiète. C'est un délit de démocratie ?
Il y a des règles démocratiques. C'était 500 personnes sur 40 000 personnes qui peuvent donner un parrainage, les maires, les conseils départementaux, les conseils régionaux. La règle est connue par tout le monde et depuis tout le temps. Donc moi, je trouve que ce n'est pas du tout un délit de démocratie.
Vous leur dites quoi ce soir ? Soyez convaincants et vous trouverez
ceux qui vont vous soutenir ? Il y a des règles institutionnelles. Ce qui m'étonne toujours, c'est sur quelle autre règle ? Si c'est le sondage, on dit que c'est M. Zemmour, Mme Le Pen, M. Mélenchon, ils doivent absolument avoir leur parrainage. J'ai entendu ça. Pourquoi plutôt eux que M. Dupont-Aignan et que Mme Hidalgo ? Parce qu'ils font moins de 10%. C'est les sondages désormais qui désignent qui est candidat à l'élection présidentielle. Les maires, c'est des gens responsables qui sont élus par les citoyens, qui rendent compte de leurs décisions. On n'arrête pas de dire qu'il faut donner la liberté aux maires et la responsabilité aux maires. Je l'ai été, j'en suis d'accord.
Laissons-leur la liberté. Et en plus, c'est un faux suspense, M. Calvi. À chaque fois, c'est toujours la même chose. À chaque fois, on fait ce genre de marronnier pour dire qu'on n'aura pas de parrainage. Pourquoi ? Parce qu'on veut faire parler de soi. Non pas sur le fond, encore une fois, mais sur la forme. Même M. Asselineau a eu la dernière fois ses 500 parrainages. Ce qui prouve que les maires de France, de manière générale, sont pour la vie démocratique. On n'a pas besoin de leur forcer la main.
Un oui, un non, avant de nous séparer. Vous avez une soirée qui sera chargée. Vous répétez très régulièrement que vous restez un homme de droite. Est-ce qu'Emmanuel Macron est un bon président de droite ?
Non, le président de la République est un président. Moi, je suis très attaché à cette phrase du général. La droite, ce n'est pas la France. La gauche, ce n'est pas la France. C'est tout à la fois. Oui. Et donc, je crois beaucoup à ça. Moi, je suis culturellement de droite populaire. Je n'oublie pas ma famille gaulliste. Je me suis engagé au RPR déjà à 16 ans parce qu'il y avait Philippe Séguin, ce que je croyais à droite sociale, à droite gaulliste. Depuis, je comprends qu'il y a de très bonnes idées partout. L'expérience m'a peut-être permis d'être un peu moins militant, peut-être, un peu moins politisé.
Et je regrette qu'une grande partie de ma famille politique ne voit pas en Emmanuel Macron un grand dirigeant français dans la lignée du général de Gaulle.
Merci, Gérald Darman. Bonne soirée à vous. On vous laisse aller à votre réunion avec le président de l'Assemblée après les récentes violences des antivax.
Merci.
Gérald Darmanin