Anne Hidalgo : "C'est bien qu'en démocratie chacun veuille jouer sa partition"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la maire de Paris qui s'est déclarée hier candidate à l'élection présidentielle. Elle publie une femme française aux éditions de l'Observatoire qui sera en librairie dans deux jours. Amis auditeurs, intervenez au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile d'Inter. Bonjour Annie Hidalgo. Bonjour à vous. Bonjour. Merci d'être à notre micro ce matin. Vous avez répété à plusieurs reprises pendant la campagne des municipales que vous ne seriez pas candidate à l'élection présidentielle. Que pour vous c'était Paris et seulement Paris.
Alors dites-nous, question simple et rapide pour commencer, pourquoi avoir changé d'avis ? Pourquoi êtes-vous finalement depuis hier candidate ? Oui, j'ai dit pendant la campagne des municipales que je ne souhaitais pas m'engager dans un destin national. Et puis la situation du pays, et puis des rencontres, et puis les sollicitations, et puis je sais prendre mes responsabilités. J'ai vu que j'avais rassemblé, réuni une équipe, une équipe de femmes et d'hommes très très divers, mais avec une base qui est celle des mères. J'ai dit cette équipe de France des mères, partout en France, une nouvelle génération de nouveaux visages, de femmes et d'hommes engagés.
Et au-delà de ces mères, beaucoup, beaucoup de personnes qui sont généreuses, qui tous les jours interviennent dans des associations. Et j'ai décidé de prendre mes responsabilités, parce que la situation du pays est une situation préoccupante. Et parce que, vous savez, au fond, au fond, je le dis dans mon livre, je l'ai dit hier, j'ai eu une chance inouïe dans ma vie de pouvoir profiter de ce qu'on a appelé cet ascenseur social républicain, de cette promesse républicaine. Aujourd'hui, c'est totalement en panne. Et je veux, je le dis, que tous les enfants de notre pays puissent avoir la même chance que j'ai eue il y a longtemps, maintenant, lorsque j'étais une petite fille arrivant en France.
On va en parler, on va parler de votre parcours, mais juste une question, parce que, à quel moment vous avez changé d'avis, Anne Hidalgo ? Puisque, vraiment, pendant, il y a un an, c'était pas il y a très longtemps, il y a un an, vous dites, et on a l'image, à Paul Larouturou, vous pouvez archiver, je ne serai pas candidate à l'élection présidentielle. À quel moment ? C'était quand ? C'était il y a deux mois, il y a trois mois, il y a six mois, vous vous changez d'avis ?
D'abord, il n'y a pas un moment particulier. Vous savez, il y a un cheminement, il y a une construction. C'est vrai, j'aurais pu rester, je le dis ici, dans le confort d'une réélection. J'ai ramené avec d'autres, avec Tony Estanguet, les Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris. J'aurais pu, bien sûr, rester, et c'était déjà, en soi, extraordinaire pour moi. Mais la situation du pays, la situation du pays, on ne peut pas laisser le débat politique s'enferrer dans ce qu'il est. On ne peut pas laisser ces milliers de femmes et d'hommes qui, dans le pays, ne croient plus en la politique. On ne peut pas laisser cela sans apporter une réponse.
Et je pense que cette réponse, personne ne peut l'apporter tout seul ou toute seule. Donc, ce n'est pas un matin, vous vous levez en vous disant, je vais être candidate à l'élection présidentielle. Pas du tout, c'est un cheminement. Il faut que ça ait du sens. Il faut que ça ait du sens et il faut que ce soit aussi l'objet d'un rassemblement. Et ça s'est construit, c'est vrai, depuis à peu près un an, même un peu moins d'un an. Avec des rencontres, je me suis dit, allons voir, allons voir dans les autres villes, dans les villages, partout en France.
C'est ce que j'ai fait et je suis revenue avec cette conviction que je peux apporter quelque chose avec humilité, parce que c'est dur de gouverner, je le sais, mais je peux apporter quelque chose parce que je ne suis pas toute seule.
Alors, allons voir. Vous êtes allée voir hier, vous avez choisi Rouen pour votre déclaration de candidature. Est-ce que vous cassez l'image qu'on vous colle de Parisienne, Bobo, déconnectée, qui met des vélos partout et des voitures nulle part, celle dont on dit qu'elle ne connaît pas les vrais problèmes de la vraie France ?
D'abord, vous savez, quand je me déplace partout, que ce soit en Ardèche, que ce soit dans le massif central, en Occitanie, en Bretagne, dans le Nord, les gens sont venus me parler. Non pas du fait que j'étais maire de Paris, ils étaient plutôt d'ailleurs contents. Beaucoup d'entre eux m'ont dit, c'est bien qu'on vienne nous voir et qu'on vienne nous écouter. Je pense qu'il y a un besoin vraiment de parole, d'expression, à hauteur d'hommes et de femmes, de ce qui se passe dans la vraie vie des gens. Et il se trouve que par mon histoire personnelle, je viens d'un milieu très populaire, de l'immigration espagnole, j'ai eu la chance de bénéficier de cet ascenseur républicain.
Je connais la vraie vie, vous savez, les fins de mois difficiles de mes parents, les galères pour quand on est une femme qui travaille et qu'il faut joindre les deux bouts et qu'il faut emmener ses enfants à la crèche, trouver un système de garde. Et qu'on doit prendre la voiture.
Et qu'on doit prendre la voiture à l'hiver au métro. Oui, il n'y a pas le métro dans les zones rurales.
Évidemment, et d'ailleurs c'est en tant que maire de Paris et pour une ville où il y a une station de métro à moins de 10 minutes à pied de chaque habitation, que ces solutions-là sont valables. Et évidemment, et je l'ai dit souvent et je le redis, moi je crois beaucoup dans la force des territoires de poser aussi des solutions. Quand je vois Carole Delga en Occitanie, quand je vois ce qui est fait aussi par exemple en Nouvelle-Aquitaine, ce sont des élus, des présidents de région, des maires qui ensemble, à partir de la vie réelle de leurs concitoyens, apportent des solutions.
Quand Michael Delafosse met en place la gratuité, par exemple, dans les transports en commun, et bien il apporte une solution. Une solution d'ailleurs aussi que j'ai apportée à Paris, ou que le maire de Dunkerque a apportée aussi dans sa commune. Donc il faut partir des réalités pour trouver les solutions qui soient adaptées. Mais il faut aussi un État qui ait une vision stratégique. Alors on va y venir... This is not a meeting. On va y venir... Dommage. Quelques mots, Anne Hidalgo, du paysage politique à l'instant T. Il y a déjà beaucoup de candidats à gauche, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, surtout bientôt un ou une candidate écologiste.
Dans ce paysage-là, allez-vous chercher à construire une union, ou irez-vous jusqu'au bout ? D'abord, il faut parler aux Françaises et aux Français. Donc si je suis candidate, ce n'est pas pour témoigner, c'est pour gagner. Et donc pour porter cette offre politique, cette proposition politique, avec une équipe qui est prête aussi à gouverner, c'est pour porter cela auprès des Français. Bien sûr, il y a beaucoup de partis politiques, de gauche comme de droite, qui présentent des candidats. C'est normal. N'y voyons aucune anomalie. C'est bien qu'en démocratie, chacun veuille jouer sa partition et poser ses propositions.
C'est bien qu'en démocratie, des partis politiques décident de la façon dont ils vont sélectionner leurs candidats. Mais si Yannick Jadot sort vainqueur de la primaire écologiste, allez-vous faire campagne l'un contre l'autre, alors que vous avez quand même beaucoup d'idées en commun ? D'abord, moi je ne vais pas parler de celles et ceux qui auront une voix à porter. Ils sont légitimes, comme je suis légitime à le faire. Et donc, je pense, et je l'ai dit hier, que ce débat de la présidentielle doit être un débat respectueux. Les Français s'en porteront beaucoup mieux.
Si on présente nos solutions, avec leurs différences, avec leurs points d'accord, et heureusement qu'il y a beaucoup de points d'accord.
C'est quoi vos différences avec Yannick Jadot ?
Mais je ne suis pas là pour évoquer mes différences avec Yannick Jadot.
Beaucoup de Français ne comprennent pas pourquoi ils vont avoir beaucoup de Français de gauche, pourquoi ils vont avoir le choix entre 3 ou 4 ou 5 candidats.
En fait, ils ne posent pas du tout la question en ces termes-là, cher Léa Salamé. Vous savez, moi, quand je rencontre les Français de gauche qui sont écologistes, ou même qui sont plutôt proches du Parti communiste, ce qu'ils veulent aujourd'hui, c'est avoir un chemin vers la victoire pour des idées qui soient plus généreuses, qui tiennent compte de la vie des gens, qui mettent fin à ce mépris, ce mépris permanent qu'on subit quand même depuis 5 ans. Ils ont envie qu'on les écoute, ils ont envie de pouvoir vivre, vivre dignement avec des salaires qui leur permettent de vivre. Ils ont envie de pouvoir élever leurs enfants, ils ont envie de pouvoir bénéficier de services publics.
C'est de ça dont me parlent les Français. Vous savez, ils ne me parlent jamais, jamais... De Yannick Jadot. Non, mais des questions d'appareil, des questions d'appareil. Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'ai choisi de présenter ma candidature devant les Françaises et les Français. Votre programme Anne Nidalgo est encore en chantier, mais vous avez déjà décrit un certain nombre d'axes, de pistes. On va les détailler dans les minutes qui viennent avec Léa. Vous voulez, commençons par là, revaloriser le salaire des enseignants et de toutes les personnes en contact avec les enfants, le multiplier au moins par deux d'ici 2027.
Ce point-là a suscité la critique et la polémique chez Jean-Luc Mélenchon, mais aussi ce matin chez le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Ça ne nous surprend pas. Donc ça critique large. Le ministre de l'Éducation nationale qui vous accuse de démagogie, la présidentielle n'est pas la foire du trône de la démagogie, dit-il. Ça va coûter 150 milliards sur 5 ans. Que lui répondez-vous ? D'abord, ce que je réponds, c'est qu'aujourd'hui, c'est inadmissible que nos enseignants, mais on pourrait dire la même chose de nos soignants, on pourrait dire la même chose de nos policiers, qu'ils soient aussi peu payés.
Vous savez qu'aujourd'hui, en France, le salaire d'un prof, en début de carrière comme en fin de carrière, est deux fois moins élevé que celui qu'il pourrait avoir en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ça n'est pas normal. Il y a des fonctions essentielles dans la société, celles de l'éducation et celles de la santé. Ce sont deux piliers, deux piliers. Et on maltraite les gens qui sont chargés de ces missions essentielles. Et on se pose la question, on dit que c'est de la démagogie, mais moi, ce que je trouve démagogique, c'est de vouloir faire croire qu'on s'intéresse à eux, qu'ils sont très importants, en les rémunérant d'une façon aussi faible.
Bien sûr qu'il y a eu des augmentations de salaire cette année.
C'est très faible, enfin, vous voyez bien qu'on est encore à deux fois moins qu'en Allemagne et dans les Pays-Bas. Je pense que sur l'éducation comme sur la santé, qui sont deux grands services publics essentiels, il faut mettre le paquet.
Oui, mais dire « je vais doubler le salaire des enseignants », c'est tous les enseignants ou c'est uniquement les enseignants qui commencent ?
Ce qui est écrit dans mon livre, c'est qu'il faudrait arriver et se fixer cet horizon, bien sûr, qui est celui des pays qui réussissent d'ailleurs, y compris dans leur système d'éducation, parce que ceci a aussi à voir avec cela. Aujourd'hui, vous savez qu'il y a dans beaucoup de concours de professeurs, très très peu de gens qui se présentent, beaucoup moins qu'il n'y avait quelques années, parce que ce sont des métiers qui ne sont plus valorisés, qui sont des métiers très difficiles, sur lesquels on fait poser beaucoup de responsabilités.
Avec l'ampleur de la dette et des déficits aujourd'hui en France, cette promesse de doubler le salaire des professeurs n'est-elle pas électoraliste quand même, et surtout intenable concrètement ?
Vous savez, en politique, il faut faire des choix. Les choix qui sont faits par le gouvernement d'aujourd'hui, c'est vrai, ne sont pas ceux-là. Ils ont dit « on va continuer à laisser les plus riches t'enrichir, on va continuer à laisser ces écarts de salaire faramineux dans notre pays, et on va laisser faire ça parce qu'un jour, il y aura du ruissellement, et que finalement, le marché fera son œuvre. » Je ne crois pas à cela. Et d'ailleurs, on voit bien où on arrive avec ça. On arrive à un niveau de décrochement des classes moyennes et des catégories populaires qui ne peuvent plus vivre de leur salaire.
On peut dire la même chose sur le secteur privé, puisque j'ai des propositions aussi sur le secteur privé, et les gens n'arrivent plus à s'en sortir avec le travail. Et je pense qu'une société ne peut pas être basée sur ces écarts de salaire faramineux, ces inégalités qui ne cessent de se creuser. Et on ne peut pas dire d'un côté, parce que je les entends tous expliquer que la valeur du travail, c'est quelque chose d'important, et ne pas se poser la question de la rémunération de ce travail, notamment pour les fonctions essentielles.
Et dans le privé, il y a aussi tous ces travailleurs et travailleuses qui ont été en première ligne, tous ces travailleuses et travailleurs très précaires, ubérisés, pour lesquels il faut aussi accomplir et poser des actes forts en matière notamment de rémunération, mais de conditions de travail aussi. Anne Hidalgo, sur l'écologie et notamment le nucléaire, vous écrivez dans votre livre, je vous cite, que la réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité se fera dans la durée, par l'accroissement de la part des énergies renouvelables, dans le mix énergétique. Emmanuel Macron a un calendrier sur ce sujet, sortir du nucléaire d'ici...
Non, réduire à 50% la part du nucléaire d'ici...
Oui, pardon, d'ici 2035. Est-ce également votre calendrier, ou souhaitez-vous aller plus vite ? D'abord, il faut aller beaucoup plus vite, et ça passe notamment par le développement des énergies renouvelables. Ce qui s'est passé dans notre pays, là aussi, ça a été un frein à ce développement. Il y a eu beaucoup de scepticisme, il y a eu beaucoup de mesures, y compris gouvernementales, qui n'ont pas facilité le développement du photovoltaïque, le développement de toutes ces énergies du recyclable et du renouvelable. Quel est votre calendrier sur le nucléaire ?
On va y venir, on démarre cette campagne, il y a beaucoup, beaucoup de gens à impliquer, mais la vision que j'ai sur le sujet, c'est que, évidemment, on ne pourra pas se passer immédiatement et très rapidement du nucléaire, tant sa part est importante, et tant on n'a pas laissé se développer les énergies renouvelables. Donc, il faut aller aussi vite que possible, aller vers ce mixte énergétique aussi vite que possible. On a une chance avec les énergies renouvelables, c'est qu'en fait, elles peuvent être produites localement et distribuées localement. Donc, il faut absolument miser sur cela.
Mais vous n'avez pas encore décidé votre calendrier ?
Non, et ça, ça va venir et on va en discuter. Quand ? Le programme qu'on fait ? Alors, le programme, on va d'abord aller à nouveau à la rencontre des Françaises et des Français. Je veux aller parler à toutes celles et ceux qui ne croient plus en la politique, qui se disent que ce n'est pas pour nous, il n'y a pas de solution pour nous. Je veux aller les voir, je veux aller voir les abstentionnistes avec toute mon équipe.
Et pardon, vous ne pensez pas qu'ils vont vous répondre ceux qui sont dégoûtés de la politique ? Le PS, on a déjà donné ?
Mais je ne suis pas simplement la candidate d'une étiquette. Je suis fidèle à mon parti, et je pense que la fidélité est aussi une belle valeur. Mais je suis très libre, très très libre, et je continuerai à l'être. Mais surtout, ce que me disent les gens, ils parlent d'eux, de leur vie. Vous savez, ils sont très très peu interrogés sur leur vie réelle, sur leurs rêves et leurs aspirations. Donc, je vais aller les rencontrer. Et pour ce qui est du programme, vous m'avez posé la question, bien sûr, d'ici la fin de l'année, avec des groupes de travail, avec des experts, avec un travail très très très déconcentré, décentralisé.
On va mettre en place ce programme, mais en écoutant et en partant de la vie réelle des Français. La parole aux auditeurs de France Inter, avec une question très précise que vous pose Daniel. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute.
Eh bien, bonjour, bonjour. Merci de me faire passer à l'antenne. Bonjour, Anne Hidalgo. Bonjour. Je voudrais savoir si vous envisagez de rétablir l'impôt sur la fortune. Et dans ce cas, est-ce que vous prévoyez de le flécher à des finalités environnementales ? Et selon quelles modalités ?
Merci beaucoup, Daniel. Merci pour votre intervention. Votre question, Anne Hidalgo, vous répond. Bien sûr qu'il va y avoir un travail sur une fiscalité globale. Vous savez, moi, je n'aime pas les termes de fiscalité écologique. On a vu d'ailleurs, quand on veut faire peser juste sur les classes moyennes et les catégories populaires, le prix d'une augmentation de l'essence au titre d'une taxe carbone, ça ne peut pas marcher. Fin du monde, fin du mois. On en a beaucoup parlé. Il faut que ça aille ensemble. Donc, il va nous falloir d'abord penser, bien sûr, la fiscalité globale du pays.
Il va nous falloir penser comment on réoriente tous nos moyens parce qu'on a très peu de temps pour agir sur les questions d'écologie. On a cinq ans devant nous. Ce que je propose, c'est vraiment une planification sur les cinq ans qui viennent des moyens qu'on met pour sortir des énergies fossiles, pour aller vers les énergies renouvelables et surtout aussi pour accompagner tous les travailleurs de ces secteurs-là pour qu'ils ne soient pas laissés pour compte vers de nouveaux emplois qui sont les nouveaux emplois que vont permettre ces emplois écologiques. Donc, oui, il y aura bien sûr une redéfinition globale de la fiscalité, mais surtout, réhabiliter le politique.
Le politique, ce n'est pas dire qu'il y a des choix qui s'imposent à nous. C'est de dire que si on considère qu'il faut que la santé, l'école, la transition écologique avec cette planification que je souhaite mettre en place sur les cinq ans sont la priorité et elles seront la priorité, eh bien, il faut y mettre tous les moyens. La question suivante vient de Strasbourg. Bonjour André.
Bonjour. Bienvenue. Bonjour Madame la maire de Paris. Bonjour. Je vous appelle tout simplement parce qu'en 2002, Lionel Jospin était quelqu'un dont on était presque certain qu'il serait président de la République. L'ennui, c'est qu'il n'a pas été au deuxième tour parce qu'il y avait notamment sept autres candidats de gauche qui ont mordu dans le gâteau des voix de gauche. Aujourd'hui, personne n'a les scores de Jospin dans les sondages, moi, il s'en faut. Il y a plusieurs pointures, vous, Montebourg, Mélenchon, sans doute Jadot ou un autre écologiste, peu importe, le secrétaire général du Parti communiste également.
Est-ce que cette pluralité de candidatures, c'est une démonstration de muscles de chacun avec la certitude, je dis bien la certitude, de n'avoir aucun représentant de la gauche au second tour, donc pas de président de gauche dans huit mois ?
Merci André pour cette question. Anne Hidalgo, vous répondez. C'est une question très importante, bien sûr, si on regarde la multiplication des candidatures dans ce moment, qui est le début, le démarrage de cette campagne présidentielle, et si on fait l'addition ou plutôt la division, évidemment qu'à l'arrivée, c'est compliqué et on peut se retrouver dans le même scénario qu'en 2002. Je pense qu'il faut, parce qu'on sort quand même d'un moment très difficile, l'élection de 2017 a été une élection dans laquelle on n'a pas pu poser le débat.
Le président de la République est légitime, et évidemment ce n'est pas mon propos de contester cette légitimité, mais on n'a pas posé le débat, on a voté pour éviter le pire en 2017. Là, il faut non pas voter par défaut, mais voter par conviction. Qu'au départ, sur la ligne de départ, il y ait plusieurs propositions, plusieurs candidats, ça n'est pas en soi quelque chose de dramatique ou de difficile. Je pense, bien sûr, à un moment donné, si une dynamique se crée, et je compte créer cette dynamique, porter les aspirations d'un peuple de gauche, mais au-delà aussi, pour gagner cette élection présidentielle.
J'entends souvent dans les rangs des différentes formations politiques, cette fois-ci, ça ne sera pas possible. Je ne suis pas d'accord. Je pense que le jeu est très ouvert. Le jeu politique est très ouvert. Pas dans les sondages, alors nous parlons. Les sondages, la gauche est faible. Oui, elle augmente un peu. Mais je ne vous parle pas des sondages, je vous parle de ce que les gens nous disent sur le terrain. Je suis très proche de ce qu'a pu dire un Pierre Rosanvalon sur partir du ressenti des Français. Il faut partir de cela. Ils n'ont pas des catégories traditionnelles qui faisaient ce que les Français se distinguaient. Donc, je suis d'accord avec vous, mais il faut créer une dynamique.
Il faut se respecter. Il faut avancer. Il ne faut pas délégitimer telle ou telle candidature. Il faut avancer pour construire quelque chose de commun.
Il nous reste quelques petites minutes, quelques questions d'actualité. L'ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a été mise en examen par la Cour de justice de la République pour mise en danger de la vie d'autrui dans le cadre de sa gestion de la crise du Covid-19. Il y a eu beaucoup de réactions tout le week-end, évidemment, à ce sujet. Quel est votre avis ?
D'abord, je pense que les politiques sont déjusticiables comme les autres. Et donc, bien sûr que c'est très dur, ce qui arrive. Bien sûr que quand on entend les chefs de cette mise en examen, ça fait très très mal et que les politiques se disent ça peut donc m'arriver aussi. Mais vous savez, je pense que j'ai, en tant que maire de Paris, aussi été dans cette crise du Covid. Quand vous voyez le nombre de morts qui augmente dans un EHPAD, moi, ce que je me suis dit à ce moment-là, c'est que j'avais en tête que bien sûr j'avais aussi cette responsabilité pénale et que les actes que je prenais à ce moment-là pouvaient entraîner plus de morts ou moins de morts.
Et je pense que c'est important que le politique ait quand même cette responsabilité qui pèse sur lui.
Donc vous trouvez que c'est normal qu'elle soit mis en examen ?
Je ne dis pas que c'est normal, je dis qu'il faut un système de droit. Voilà. Et je suis pour un État de droit. Est-ce que c'est une justice spécifique ? Peut-être pas. Est-ce que c'est la justice de droit commun ? Sans doute. Mais que dans la justice de droit commun, il n'y ait pas non plus, je dirais, pour l'exemple, des situations différentes. Mais qu'il y ait le droit qui soit dit pour les victimes, pour toutes celles et ceux qui attendent une réponse parce qu'ils ont perdu un proche, c'est très dur pour les politiques. Mais vous savez, les maires savent ce que c'est la responsabilité pénale.
20 ans après le 11 septembre, les Américains, vous le savez évidemment, Anne Hidalgo, ont quitté Kaboul. Vous, présidente, est-ce que vous retirez les troupes françaises du Sahel ? Non, je ne retire pas les troupes françaises du Sahel parce que je pense que d'abord, cette présence-là, elle est importante. Elle se fait évidemment pas tout seule. Elle doit se faire sous mandat international. Mais ce qui s'est passé avec ce désastreux départ des troupes américaines et donc des alliés de l'Afghanistan, alors qu'on était alerté quand même sur le fait que ça irait très très vite, que les talibans reprendraient le pouvoir très vite.
J'avais été en contact avec le fils du commandant Massoud, Ahmad Massoud, qui était venu, Bernard-Henri Lévy l'avait fait venir à Paris il y a quelques mois, au printemps dernier. Son père, juste avant les attentats du 11 septembre 2001, avait alerté la communauté internationale. Il était venu, il avait été reçu au niveau européen et au niveau français pour alerter sur le risque de terrorisme. Donc, ce risque de terrorisme est toujours là. Et donc, il faut être présent au Sahel.
Dernière question, Anne Hidalgo, c'est une réaction de Bénédicte qui vous dit « Je suis parisienne, j'ai voté pour vous, Anne Hidalgo. Vous souhaitez abandonner votre poste de maire fraîchement renouvelé. Je suis très déçue. »
Vous lui répondez quoi ? Ne soyez pas déçue, Bénédicte. Je le comprends, mais je n'abandonne pas mon poste de maire. C'est ce que j'allais vous dire.
Vous allez vous mettre en retrait ? Comment ça va se passer ? Vous continuez à être maire de Paris et à faire campagne ?
Bien sûr, je vais être maire de Paris comme d'ailleurs d'autres candidats qui ont aussi des mandats locaux comme le président de la République. S'il est à nouveau candidat, il sera candidat tout en étant président de la République.
Est-ce qu'il y a un moment où vous allez vous retirer ? Non, je serai... Jusqu'au bout, vous serez maire de Paris.
Je suis maire de Paris et je veux vraiment, vraiment répondre à cet engagement. On a des beaux projets qu'on a lancés. J'ai une équipe. Je ne suis pas toute seule. J'ai une équipe de femmes et d'hommes autour de moi. et bien sûr que je vais continuer à veiller aussi aux évolutions de Paris. Annie Hidalgo, merci d'avoir été à notre micro ce matin. Je rappelle le titre du livre que vous publiez aux éditions L'Observatoire, Une femme française en librairie dans deux jours. Il est 8h46. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada
Anne Hidalgo