Médéric Chapitaux - Benzema : une polémique et des questions #cdanslair l'invité 25.10.2023
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Questions et réponses
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- 0:42OuverteRéponse directe
On va rentrer dans le détail de cette enquête qui est assez édifiante, mais je voudrais avoir votre réaction aux accusations portées par le ministre de l'Intérieur à l'encontre de Karim Benzema.
- 1:24RelanceRéponse partielle
Ça vous a surpris ?
- 2:33OuverteRéponse directe
C'est une discipline en particulier qui est concernée par l'enquête que vous menez sur l'islamisme qui pénètre le sport, en particulier le foot. D'autres disciplines aussi ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Alors, il y a des chiffres. 65 000 pratiquants s'entraîneraient au sein d'associations sportives communarisées, communautarisées. Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors, déjà, comment vous arrivez à ce chiffre de 65 000 pratiquants ?
- 4:58RelanceRéponse directe
Pardonnez-moi, ça veut dire que ce sont des équipes qu'on voit sur les illustrations où on recrute les gens s'ils respectent, par exemple, certaines pratiques religieuses. S'ils ne le font pas, on ne les prend pas.
- 5:42OuverteRéponse directe
C'est quoi un environnement séparatiste dans un club de foot ou dans le sport de combat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:09InvitéChiffre
« 65 000 pratiquants s'entraîneraient au sein d'associations sportives communarisées, communautarisées. »
- 3:57InvitéFait
« le ministre de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, le ministre Blanquer, avait sollicité le Conseil des sages de la laïcité pour faire une enquête sur le sport. »
- 4:15InvitéChiffre
« il y avait 700 clubs en France, selon ces associations, qui étaient concernés par le communautarisme. »
- 5:35InvitéChiffre
« la ministre des Sports, ex-ministre des Sports Roxana Maracinanu, a mis qu'il y avait 127 clubs qui s'entraînaient dans un environnement séparatiste. »
- 6:16InvitéChiffre
« Ça représente 0,07%. Pour autant, ça représente 11 000 pratiquants sur le territoire national. »
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Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans C'est dans l'air. Mon invité ce soir est Médéric Chapiteau. Bonsoir. Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes fonctionnaire du ministère des Sports en disponibilité, sociologue, membre du Conseil des sages de la laïcité, ancien gendarme. Vous publiez cette enquête « Quand l'islamisme pénètre le sport » aux éditions des presses universitaires de France qui révèle comment le communautarisme religieux s'est invité dans le milieu sportif français. C'est un livre qui sort précisément aujourd'hui. Merci encore de venir sur notre plateau pour nous parler de votre travail.
On va rentrer dans le détail de cette enquête qui est assez édifiante, mais je voudrais avoir votre réaction aux accusations portées par le ministre de l'Intérieur à l'encontre de Karim Benzema. Gérald Darmanin affirme qu'il a des éléments qui confirment la proximité du footballeur avec les frères musulmans. Est-ce qu'on est dans le phénomène que vous décrivez dans ce livre ?
Alors, bien évidemment, je n'ai pas d'éléments d'actualité concernant l'affaire qui est citée par le ministre de l'Intérieur, ni à charge ni à décharge. La question qu'il faut se poser, c'est qu'effectivement, le football est susceptible et peut être un milieu de l'entrisme islamiste à un moment ou à un autre. D'ailleurs, ce phénomène est décrié depuis 2011 par le Conseil de l'Europe dans un document qui avait été publié à cet effet. Donc, sur le cas de Karim Benzema, je n'ai pas d'éléments…
Ça vous a surpris ?
Qu'il en parle comme ça, oui, bien évidemment. Tout simplement parce que c'est brutal comme prise de position dans le cadre du sport. Et après, il faut le contextualiser. Moi, je ne sais pas ce qu'il en est.
Il a évoqué, Gérald Darmanin, je le cite pour les gens qui nous regardent, un like de Karim Benzema sur une publication Instagram du combattant russe, Khabib Nurmagomedov, en considérant lui que c'était inquiétant, en considérant lui comme ministre de l'Intérieur, que c'était inquiétant et que ça suffisait visiblement pour l'incriminer.
Alors, il y a deux choses. Le like en question, je le connais, effectivement. Le like n'est pas du tout républicain au sens des valeurs de la République qu'on revendique en France. D'accord. Et il a été condamné. Il n'y avait pas que Karim Benzema là-dedans. De nombreux sportifs ont été mis en cause, entre guillemets, dans cet aspect-là. De là, on tirait une conclusion qu'on est face à un cadre potentiel communautarisme, séparatisme ou radicalisation. Là, ça va dépendre plutôt des services spécialisés du ministère de l'Intérieur pour le contextualiser. Parlons du foot.
C'est une discipline en particulier qui est concernée par l'enquête que vous menez sur l'islamisme qui pénètre le sport, en particulier le foot. D'autres disciplines aussi ?
Alors, on a un triptyque de trois familles d'activités et on le connaît depuis 2010, comme je l'ai évoqué, 2011 tout à l'heure, par un rapport du Conseil de l'Europe. On a effectivement les sports de combat qui sont devant en termes de statistiques. On a le football futsal, sa déclinaison futsal et on a la musculation. Donc, c'est les trois triptyques. Ça ne veut pas dire que ce sont ces sports-là qu'il faut stigmatiser dans l'ensemble par rapport à cette activité. Il faut s'interroger du pourquoi, du comment ces disciplines se retrouvent par favoriser autour de cet entrisme islamiste. Et c'est là tout l'intérêt de la question.
Alors, il y a des chiffres. 65 000 pratiquants s'entraîneraient au sein d'associations sportives communarisées, communautarisées. Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors, déjà, comment vous arrivez à ce chiffre de 65 000 pratiquants ?
Alors, c'est intéressant parce qu'il y a en gros deux chiffres qui sont particuliers à retenir, selon moi, au cours de cette enquête. Il y a deux choses. La première chose, les chiffres, généralement, depuis 4-5 ans, on entend dire dans les pouvoirs publics qu'on n'a pas de chiffres dans le sport. Là, ce n'est pas le cas. Il y a des chiffres. Vous avez remarqué que dans mon enquête, ce ne sont que des chiffres institutionnels que je reprends. Pour répondre à votre question, le communautarisme en général dans le sport, on arrive à 65 000 par un calcul qui est très simple.
L'enquête, le ministre de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, le ministre Blanquer, avait sollicité le Conseil des sages de la laïcité pour faire une enquête sur le sport. Et pour les atteintes à la laïcité et à la neutralité. Dans ce cadre-là, on a fait des auditions. D'accord. Et le directeur des services des sports, le président de l'association des directeurs des sports, nous a expliqué qu'il y avait 700 clubs en France, selon ces associations, qui étaient concernés par le communautarisme. Donc, quand vous êtes à 700 clubs, on sait que la moyenne par l'INGEP, l'Institut national de jeunesse et éducation populaire, dit que c'est 93 licenciés par club.
Donc, vous faites le calcul, vous arrivez à 65 000 personnes qui sont dans un club communautarisé.
Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi un club communautarisé ? Ça correspond à quel type de pratique ?
C'est très simple, c'est un recrutement spécifique entre co-religionnaires, c'est-à-dire qu'on se recrute, on se co-opte, comme pour pratiquer la pratique sportive, avec un respect de la religion. On frôle le séparatisme, qu'on a évoqué plus loin dans le chiffre. Alors, ça se passe comment ? J'ai un exemple...
Pardonnez-moi, ça veut dire que ce sont des équipes qu'on voit sur les illustrations où on recrute les gens s'ils respectent, par exemple, certaines pratiques religieuses. S'ils ne le font pas, on ne les prend pas.
Alors, c'est exactement ça et c'est tout ça qui conduit à l'amalgame qu'on entend au quotidien entre islam et islamisme. L'islam a toute sa place dans notre société, c'est le pilier de notre République, c'est la laïcité, c'est la tolérance. L'islamisme, c'est ceux qui vont utiliser la religion pour faire un prosélytisme politico-religieux et ils utilisent le sport pour ceci. Le cas des hijabeuses est dans cette mouvance-là. Mais on a pire, on a le cas du séparatisme. Alors, le séparatisme, vous avez la loi du 24 août 2021 sur le séparatisme qui a déclaré que c'était illégal. C'est-à-dire, c'est la fameuse loi sur le séparatisme tournée par le ministre de l'Intérieur.
Aujourd'hui, la ministre des Sports, ex-ministre des Sports Roxana Maracinanu, a mis qu'il y avait 127 clubs qui s'entraînaient dans un environnement séparatiste.
C'est quoi un environnement séparatiste dans un club de foot ou dans le sport de combat ?
Je vais vous le dire tout de suite. C'est très simple. Je vais vous prendre un exemple que je cite dans le livre. C'est un club, par exemple, de kickboxing où des femmes très orientées sur une pratique religieuse rigoriste ont demandé à une prof de kickboxing de les accueillir uniquement, elles, dans sa salle, même pas d'autres femmes, de fermer tous les volets, que personne ne puisse rentrer, ni un homme, ni une autre femme. Pourquoi ? On est dans une mouvance séparatiste. Cette logique-là rentre dans le cadre du cadre de la loi. Aujourd'hui, 122 clubs, on s'en réjouit. Ça représente 0,07%. Pour autant, ça représente 11 000 pratiquants sur le territoire national. Qui signale ?
Ah ! Qui signale ? C'est une vraie question. Ce sont les parents ? Ce sont certaines personnes, certains entraîneurs qui doivent affronter, par exemple, d'autres équipes ? Qui signale ? Comment ça se passe ?
En général, c'est assez intéressant parce qu'on a deux prismes. Un, les parents. Parfois, les éducateurs. Souvent, les collectivités qui sont au premier fait de ce genre de choses. Le risque, c'est quand l'éducateur sportif, lui, est contraire aux valeurs de la République.
Et quand l'éducateur sportif est fiché, est-ce parce que c'est possible ?
Bien sûr que c'est possible. Le sport n'est qu'un reflet de la société. Pourquoi le sport serait immunisé contre ses dérives ? Et là, on tombe des fois sur le, je dirais, la situation la plus ubuesque possible. Allez-y. Pour être fiché, ce n'est pas un policier qui va décider de ficher quelqu'un, un éducateur. En fait, ça passe en commission, c'est placé sous l'autorité du préfet. C'est ce qu'on appelle les GED, les groupes d'évaluation départementaux. Un préfet, on va prendre un exemple, un éducateur de football va recevoir son diplôme le jeudi. Le vendredi matin, il va passer en GED parce que le renseignement territorial estime qu'il doit être fiché. D'accord, il est signalé.
Il est signalé. Suite à une enquête, on décide de le mettre au FSPRT. C'est le principe de la République. Sauf que le FSPRT, ce n'est pas une condamnation. L'après-midi, le même préfet du même département peut lui délivrer sa carte professionnelle d'éducateur sportif bleu, blanc, rouge pour qu'il aille donner des cours dans les écoles.
C'est ça que vous voulez dénoncer. Vous parlez du FSPRT, c'est le fichier de signalement pour la prévention, la radicalisation à caractère terroriste. Rien que ça. Du coup, c'est ça que vous voulez dénoncer aussi.
Mais dans l'incohérence pédagogique et l'incohérence républicaine, comment on peut demander à des gens d'être à la fois véhiculer les valeurs de la République avec les enfants qu'on leur confie. Parce que je rappelle qu'on leur confie nos enfants. Et en même temps, ces gens sont fichés au renseignement pour radicalisation à caractère terroriste. Mais il y a un non-sens total.
Mais Éric Chapiteau, pourquoi est-ce que vous vous êtes mis en disponibilité de votre travail, de fonctionnaire ministère des Sports, pour faire cette enquête ? Pourquoi ? Parce que vous avez vu la situation se dégrader ? Est-ce que vous avez eu le sentiment, à un moment donné, qu'il y ait une forme de naïveté dans les services du ministère des Sports sur ces sujets-là ? Pourquoi ?
Non, ça ne serait pas dans cette logique de polémique. Mais par contre, ce n'est pas un souci de liberté. Comment peut-on faire une enquête de cet ordre et essayer de poser des choses factuelles, sans polémique, sans amalgames et sans stigmatisation, sans liberté ? Donc effectivement, j'ai pris une disponibilité pour travailler en ce sens.
Oui, mais vous avez vu la situation se dégrader ? Est-ce qu'il y a eu une alerte, à un moment donné, de ce qui se passait sur le terrain, dans le milieu du sport, qui vous a encouragé à faire ce travail-là ?
Il faut être très honnête. Il y a eu un déclencheur très fort, c'est les vagues d'attentats. Mais surtout, d'un point de vue institutionnel, le Premier ministre Edouard Philippe avait fait énormément sur le sujet avec son plan national de prévention de la radicalisation. Il avait pris le sport en premier lieu, mais après, derrière, ça n'a pas suivi.
Et qu'est-ce qui se passe avec ces clubs où vous parliez des sports de combat aussi, ces salles où on pratique le sport de combat, qui sont signalées ou qui font partie de cette comptabilité que vous avez faite tout à l'heure ? Il se passe quoi après ?
Mais en fait, c'est cohérent, si vous voulez. C'est encore une fois, j'aime ce terme de cohérence. Autant on n'est pas cohérent par rapport à la pédagogie et à la République, autant eux, les djihadistes et autres, sont cohérents. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison qu'ils ont publié des documents depuis une vingtaine d'années, comme quoi s'ils veulent faire le djihad à un moment ou un autre, il faut aller s'entraîner dans des clubs de sport de combat. S'ils l'ont dit ? Ah, c'est écrit, c'est public, vous allez sur Internet, vous le trouverez ?
Mais du coup, ces clubs de sport de combat ou ces équipes de foot existent toujours ?
Mais bien sûr, mais c'est logique. Je vais vous expliquer, si vous me le permettez. Très bien. 120 fédérations françaises agréées par le ministère des Sports. Sur les 120, il n'y en a pas une qui a la même règle d'utilisation des valeurs de la République et de la laïcité. Seule la fédération française de foot le fait.
Est-ce que vous l'avez envoyée à la ministre des Sports ?
Ah, j'espère qu'elle l'a reçue, oui, elle l'a reçue.
Vous espérez qu'elle va en faire quelque chose ?
Ah bah, j'espère.
Bon. En tout cas, merci, Médric Chapiteau, d'avoir été mon invité. « Quand l'islamisme pénètre le sport », avec une préface, d'ailleurs, de Bernard Rougier, aux presses universitaires de France. Ça sort aujourd'hui. Merci d'être venu sur le plateau de Cédans l'air pour nous raconter votre enquête. On va retrouver dans un instant les experts de Cédans l'air. Nous allons venir sur la tournée d'Emmanuel Macron après la Jordanie, l'Égypte et de Pi. Nous reviendrons sur le rôle du Qatar au cœur des négociations lorsqu'il s'agit de la libération des otages. A tout de suite. Sous-titrage Société Radio-Canada