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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 5 avril 2021 8 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleSantéTravail & emploiÉconomie & entreprises

Dominique Joseph : "Premières de cordées pendant la crise, les femmes ont pourtant été très peu visibles"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Pourquoi le confinement nuit-il particulièrement aux femmes ?

  • 1:10OuverteRéponse directe

    Prenons l'articulation des temps de travail et de vie, avec le retour des enfants à la maison ?

  • 2:19OuverteRéponse partielle

    C'est culturel ou pragmatique ? Le salaire influence-t-il les choix ?

  • 4:23OuverteRéponse directe

    L'épidémie est-elle un miroir grossissant des inégalités hommes-femmes ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Au-delà du constat, quelles réponses proposez-vous ?

  • 6:09OuverteRéponse directe

    Vous dites qu'il est urgent d'inclure les femmes dans la réponse à la crise. Pourquoi sont-elles absentes des plateaux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:36InvitéChiffre
    « aujourd'hui elles assurent encore 72% des tâches ménagères »
  • 4:40InvitéChiffre
    « on a pris, alors mondialement, c'est en un an, donc cette période d'épidémie et de confinement, on a pris 167 ans de retard »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur23 %

3,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h19, la crise a exacerbé les inégalités, inégalités de revenus bien sûr, on parle souvent de l'explosion de la pauvreté, mais c'est pareil pour les inégalités de genre, hommes et femmes ne sont pas affectés de la même manière, surtout pendant les périodes de confinement comme celles que nous vivons en ce moment. Bonjour Dominique Joseph. Bonjour. Vous êtes secrétaire générale de la Mutualité française et vous faites partie du CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Vous siégez à la délégation aux droits des femmes et à l'égalité. Cette délégation a récemment travaillé et rendu un avis sur ce sujet.

Alors expliquez-moi pourquoi le confinement nuit-t-il particulièrement aux femmes ?

0:38
Invité

Alors le confinement a nuit aux femmes dans quatre domaines, mais je n'en aborderai peut-être qu'un ou deux, par exemple sur la santé et le bien-être, sur l'articulation des temps de vie, sur l'aspect économique et social, mais aussi avec un paradoxe, parce que les femmes ont été très en amont, très sur le terrain, comme on dit, sur le front, les premières de cordée, mais aussi les premières de corvée, et on les a très peu vues, très peu, elles ont été très peu visibles dans la gestion de crise et dans les médias.

1:10
Présentateur

Alors prenons par exemple le deuxième point, vous parliez de l'articulation des temps de travail et des temps de vie, c'est ce qui va se passer là avec le retour des enfants à la maison notamment ?

1:19
Invité

J'allais dire malheureusement oui, puisque dans cette période de confinement, les femmes ont eu à gérer et à organiser, je veux dire, tout ce qui concerne déjà les tâches ménagères, puisque là il y a aussi une inégalité flagrante, puisqu'aujourd'hui elles assurent encore 72% des tâches ménagères, même s'il y avait eu des progrès, et le confinement a révélé que c'était encore ce niveau-là et un niveau trop élevé. Il a fallu organiser la garde des enfants, et surtout c'est l'école à la maison qui est venue complètement, je veux dire, ramener une charge complémentaire dans la charge mentale des femmes qui est déjà réelle.

Et cette école à la maison, comme le devoir garder les enfants, a eu un impact, d'autant plus que pour celles qui sont en télétravail, la porosité entre la vie professionnelle et la vie personnelle a été particulièrement importante.

2:19
Présentateur

Mais ça, comment vous l'expliquez ? C'est quoi ? C'est culturel ou il y a parfois un aspect pragmatique ? Je ne sais pas, monsieur gagne plus, donc on privilégie son travail à lui ?

2:28
Invité

Écoutez, je ne sais pas si c'est culturel, mais en tous les cas, c'est vrai que l'impact du patriarcat sur le modèle de la femme et de ce que doit être, alors je vais prendre cette notion-là, qui génère un syndrome, c'est le syndrome de la jeune fille modèle ou de la femme modèle, est quand même réel encore. Alors il y a une tendance peut-être, je ne sais pas, naturelle, à ce que les femmes s'occupent plus de leurs enfants ou de ces tâches-là, mais il y a aussi une tendance que l'on peut noter, c'est que dans les métiers, ce que l'on appelle du care, vous savez ces métiers de soin à la personne, là aussi ces emplois sont très féminisés.

Donc il y a un stéréotype qu'il convient, et non en oeuvre, mais à déconstruire, qui est celui que certaines activités sont, les femmes sont plus à même de les assumer.

3:27
Présentateur

Et pourtant ce sont des métiers qui ont été très sollicités pendant la crise, et qui le sont toujours.

3:32
Invité

Des métiers très très sollicités, oui. Et c'est pour ça que les décisions qui sont celles de fermer les écoles, ou de faire l'école à la maison, ou de fermer, et on a vu ce qui s'est passé ce week-end, les modalités de garde des enfants, ont un impact, mais immédiat, ce n'est pas dans six mois, c'est immédiatement qu'il faut repenser son mode d'organisation. Et se repenser son mode d'organisation peut aller jusqu'à abandonner son entreprise, pour les femmes qui avaient créé leur entreprise, ou de refuser, ou de ne pas être à même de suivre le travail, et de demander du temps partiel, ou des arrêts maladie.

Ce qui, dans le domaine professionnel, peut générer à terme des inégalités d'évolution de carrière.

4:23
Présentateur

Donc ce que vous nous dites, en fait, c'est que l'épidémie, c'est un miroir grossissant des inégalités hommes-femmes.

4:29
Invité

Tout à fait. C'est grossissant, c'est révélateur, c'est amplificateur. Et il y a même une étude internationale, d'ailleurs publiée dans, si je peux le citer, Courrier international, qui dit qu'on a pris, alors mondialement, c'est en un an, donc cette période d'épidémie et de confinement, on a pris 167 ans de retard. Et la France ? Sur l'égalité femmes-hommes.

4:52
Présentateur

Et la France n'échappe pas. Et alors, au-delà de ce constat que vous avez fait dans cette étude, vous essayez aussi d'apporter des réponses. Alors, il y a pas mal de points, on n'aura pas le temps de tous les citer. Il y a par exemple une meilleure prise en charge financière de la garde d'enfants.

5:09
Invité

Oui. Alors, cette prise en charge pour les jeunes enfants, c'est surtout pour les familles monoparentales. Et ce que nous proposons, c'est que le complément, ce que l'on appelle le complément de libre choix, c'est une prestation, eh bien, soit pour les enfants jusqu'à 10 ans, alors qu'aujourd'hui, elle est limitée à 6 ans. Et ce montant-là, il dépend de la situation, bien sûr, de la maman, mais c'est quand même, ça serait, je veux dire, un apport important pour venir compléter ou pouvoir financer des choix de garde ou des gardes d'enfants différentes. Ça peut aller de la micro-crèche, à l'aide à domicile ou autre.

Et aujourd'hui, limitée à 6 ans, c'est quand même, quand l'enfant atteint cet âge-là, des limites à la liberté, entre guillemets, de travailler de ces femmes qui sont concernées.

6:09
Présentateur

Et dans les solutions que vous proposez, vous dites aussi qu'il est urgent, important, d'inclure les femmes dans la réponse à la crise. Aujourd'hui, il n'y a que des hommes qui se mettent autour de la table ?

6:18
Invité

Alors, disons qu'il y a eu des progrès. On peut le noter quand on met les lunettes du genre pour regarder, suivre l'actualité. Alors, chaîne en continu, tout ce qui est... La presse écrite aussi. C'est vrai que les femmes ont été particulièrement absentes des plateaux télé. Alors, au début, on a interrogé les femmes au CESE pour savoir pourquoi. Et leur réponse, elle a été assez, comment dire, on pourrait dire normale par rapport à ce que je viens de vous dire ou assez cohérente avec ce que je viens de vous dire.

C'est que, à partir du moment où il faut s'occuper, bon, déjà tenir son travail, bien entendu, s'occuper des enfants, de la maison et tout organiser, le temps pour être sur un plateau télé n'était pas forcément la priorité.

7:07
Présentateur

C'est ce qu'elles vous ont dit, vraiment ?

7:09
Invité

Oui, oui, oui, oui.

7:11
Présentateur

Donc, il est temps que ça change.

7:13
Invité

Par exemple, ce sont des chercheuses de l'INSERM qui nous ont dit ça, ce qui est quand même assez révélateur. Et puis, ce n'est pas forcément leur priorité. Alors, on voit bien qu'il y a eu des efforts. Il faut prendre la temporalité de ce que nous vivons depuis un an. Mais oui, et puis, on le voit dans tous les milieux. Bien sûr. Si vous voulez, les femmes, les tribunes sont plus souvent faites d'hommes et même dans des milieux très sociaux.

7:42
Présentateur

Voilà, l'égalité de genre n'est pas un luxe en temps de crise. C'est ce que vous écrivez dans cet avis rendu par le Conseil économique, social et environnemental. Donc, vous faites partie. Dominique Joseph, vous êtes secrétaire générale de la Mutualité française et vous étiez l'invité du 5-7.

Dominique Joseph : "Premières de cordées pendant la crise, les femmes ont pourtant été très peu visibles" · Pourquijevote