Budget: la prise de parole de Sébastien Lecornu en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames et Messieurs, bonjour à toutes et à tous. Merci à la presse de s'être mobilisée pour me permettre de m'adresser aux Françaises et aux Français. Cette mi-temps, ce mi-parcours des procédures budgétaires à l'Assemblée nationale et au Sénat me permettent de rendre compte à la nation de là où nous en sommes. Alors, les recettes pour la sécurité sociale pour 2026 ont été adoptées, vous le savez, il y a de cela quelques jours à l'Assemblée nationale. Les recettes, c'est-à-dire la fiscalité essentiellement pour le budget pour 2026, pour l'État, ont été rejetées il y a de cela quelques jours.
Et ça m'amène évidemment à devoir faire un point devant vous de compréhension, d'analyse également de ce que le gouvernement en retient et surtout de proposition en méthode pour avancer et tenter d'éviter un blocage, étant entendu qu'au moment où nous nous parlons, nous sommes dans quelque chose qui est encore, somme toute, relativement normal.
Et au fond, ce sera mon premier commentaire, on le voit bien qu'il y avait quelque chose d'assez attendu à cette première lecture à l'Assemblée nationale, puisque classiquement, sur un débat aussi long, aussi politique que la question de la fiscalité, avec autant d'amendements, chacun cherche évidemment à pousser ses propres convictions, à poser en quelque sorte son drapeau idéologique et avec derrière une difficulté de compréhension et de cohérence globale de ce texte.
Évidemment, chacun cherche à se compter dans cet exercice et on le voit bien à un moment donné que cette cohérence nous manque et nous empêche d'avancer, mais on la retrouvera dans un instant, évidemment, dans les deuxièmes lectures à l'Assemblée nationale et au Sénat. Je pense que cette situation nous amène à des points de vigilance.
La première des choses, c'est que certains partis politiques, certains candidats à l'élection présidentielle, estiment au fond que le compromis n'est pas compatible avec leur propre stratégie électorale et qu'au fond, derrière, il y a une forme de cynisme qui est en train de se dégager et qui peut mener à ce que certains errements idéologiques de certains partis politiques bloquent la situation. Et ça, pour moi, c'est un point de vigilance important. On l'a vu notamment dans les comportements de la France insoumise et même parfois du Rassemblement national. Cela nous amène, à mon avis, à plusieurs choses dans les temps qui viendront et à deux convictions.
La première, c'est qu'il y a toujours une majorité à l'Assemblée nationale pour permettre de voter un budget pour l'année prochaine. Pour la première fois, des députés se sont parlé, ont travaillé ensemble, ont trouvé des chemins de compromis sur certaines thématiques, sur certains objets qui étaient pourtant très difficiles de travailler. Il y a de cela maintenant encore quelques semaines. La deuxième des choses, c'est que les parlementaires doivent défendre le Parlement.
Et il y a quelque chose d'assez stupéfiant, au fond, de voir certains parlementaires, certaines forces politiques parler déjà de lois spéciales, d'échecs, d'ordonnances, au moment où le Parlement peut se saisir justement de cette responsabilité historique pour donner un budget à la nation. Et donc, au fond, on le voit bien, il faut que celles et ceux qui veulent avancer arrivent à rompre les ponts et à ne pas se laisser contaminer par les forces politiques qui, elles, promeuvent ce blocage. Alors, si au fond, il n'y a rien de définitif dans tout cela, c'est tout de même une alerte pour la suite.
Et on voit bien certains sujets, si on va y arriver, d'autres nécessitent évidemment d'y travailler. Alors, en méthode, je vais recevoir l'ensemble des formations politiques représentées à l'Assemblée nationale et au Sénat dans les prochains jours, avec, dans un instant, une réunion exceptionnelle des membres du gouvernement. Ce soir, une réunion des chefs des groupes qui soutiennent l'action du gouvernement. Et puis aussi, pour la première fois depuis le mois de septembre, de nouveau, un certain nombre de réunions avec les partenaires sociaux représentant les syndicats salariés, mais également les représentants du patronat.
Et dans ces rendez-vous, dans ces réunions, nous allons poser cinq thèmes de discussion. Car si ce n'est plus le budget du gouvernement, vous l'avez bien compris, c'est le budget désormais du Parlement dans cette navette entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Il appartient néanmoins au gouvernement d'assurer de la clarté pour nos concitoyens et nos concitoyens, pour le monde économique, mais aussi de la cohérence, notamment sur un certain nombre de thèmes qui ne peuvent pas attendre l'échéance présidentielle de 2027. Ça m'amène donc à détailler ces cinq thèmes, thématiques prioritaires pour la France.
La première, évidemment, c'est que nous devons, dans le cadre budgétaire global, garder une cible de déficit à moins de 5% du PIB. C'est une priorité absolue. Ça pose la question, évidemment, des économies, notamment des économies de court terme, dont malheureusement nous n'avons pas réussi encore suffisamment à parler dans le débat public, mais également à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et en se méfiant là aussi d'une opposition entre parfois des impôts qui n'existent pas et qui ont rendu la copie insincère et invotable en quelque sorte à l'Assemblée nationale, mais aussi des mesures d'économie qui pourraient être tout aussi insincères et ne pas exister.
Donc ça va poser cette question aussi d'équilibre entre fiscalité et mesures d'économie réelles, réalistes. Et puis on le voit bien aussi un débat qui, dans le secret des alcoves, commence à apparaître entre, au fond, un déficit très réduit mais avec beaucoup de fiscalité ou, au contraire, un déficit un peu plus dégradé avec moins de fiscalité. Ce que propose le gouvernement, c'est de revenir tout simplement aussi à une logique de bon sens, c'est d'être capable de faire des économies et de permettre justement de réduire cette cible de déficit public. Ça posera aussi la question du train de vie de l'État, sur lequel je serai amené à reprendre la parole prochainement.
Ça pose la question évidemment du succès de ce projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, qui est un texte qui a été examiné sur la proposition du gouvernement au Sénat et qui arrivera prochainement à l'Assemblée nationale. La deuxième des thématiques sur lesquelles je souhaite que nous puissions avancer avec les formations politiques, mais aussi avec les partenaires sociaux, c'est évidemment la question de la réforme de l'État, de la décentralisation, de la clarification des compétences, de l'exercice des missions de services publics dans le pays. Ça pose davantage la question, au fond, des économies à moyen et long terme. Mais il faut traiter certains mots à la racine.
Et on le voit bien que l'enchevêtrement des responsabilités est un énorme enjeu. Les congrès des maires des régions et des départements de France se sont tenus récemment. Des pistes sont importantes, en tout cas des pistes importantes ont été posées, pardonnez-moi, et ont été mises sur la table. Et donc je tiens à avancer rapidement pour un projet de loi qui pourrait être proposé au Conseil des ministres dans les temps à venir. La troisième des thématiques que je souhaite poser dans le débat public rapidement, c'est la question de l'énergie.
C'est un enjeu économique, c'est un enjeu de souveraineté, c'est un enjeu industriel, c'est un enjeu écologique, c'est un enjeu d'aménagement du territoire. Et puis on le sait, c'est aussi un énorme enjeu de pouvoir d'achat pour les Françaises et les Français. On va être amené à devoir clarifier la stratégie de la programmation pluriannuelle pour l'énergie pour le pays. C'est un enjeu majeur, il n'est pas sans impact sur les finances publiques, il n'est pas sans impact sur l'avenir d'EDF, de nos filières souveraines en matière de production et énergie renouvelable.
Et le moment aussi est venu de considérer la stratégie énergétique de nos territoires d'outre-mer avec beaucoup plus de priorités que nous n'avons pu le faire jusqu'à présent, sans oublier évidemment la Corse. Donc ça c'est un thème important qui ne peut pas attendre les élections présidentielles de 2027 et qui viennent s'enchevêtrer au fond en quelque sorte dans les discussions budgétaires et sur lesquelles je souhaite pouvoir entendre les différentes formations politiques pour prendre des décisions d'ici à Noël. L'autre thématique, elle est d'actualité, elle est brûlante, elle est essentielle, elle touche aussi à notre souveraineté et à notre modèle productif.
C'est évidemment l'agriculture dans lequel nous savons l'actualité liée à ce traité de libre-change qu'est le Mercosur. Mais également, et peut-être tout aussi importante, la question de la négociation de la future politique agricole commune avec Bruxelles, sur lequel nous devons poser les premiers jalons dans les semaines qui vont venir et sur lequel je tiens à ce qu'un consensus le plus large possible puisse se dégager de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et là aussi, on ne peut pas détacher la question de la politique agricole commune, l'ensemble des questions agricoles, des questions budgétaires.
Et puis enfin, évidemment, la dernière thématique, c'est la question de nos sécurités, intérieures et extérieures. Intérieures, on le voit bien avec ce fléau qu'est le narcotrafic, dont je rappelle que s'il devait ne pas y avoir de budget pour l'année prochaine, ça serait quelques 1400 créations de postes de policiers. D'ailleurs, la moitié sont potentiellement des enquêteurs sur ces questions de narcotrafic. C'est la question des prisons de haute sécurité.
Autant de sujets qui seraient retardés par une défaillance, en tout cas un retard dans l'adoption du budget et sur lequel on ne peut pas dire d'un côté que c'est une priorité majeure et de l'autre côté ne pas donner les moyens à celles et ceux qui luttent efficacement contre le narcotrafic de le faire.
Et puis la question de la défense, la question évidemment de nos sécurités extérieures qui ont occupé beaucoup les débats ces derniers temps, ces derniers jours, sur lesquels, vous le savez, l'augmentation de ces moyens est absolument considérable puisque nous proposons, le gouvernement propose, plus de 6,7 milliards d'euros pour l'année prochaine, c'est-à-dire que s'il y a un budget, ces 6,7 milliards d'euros seront bien au rendez-vous, mais s'il n'y a pas de budget, la défense, les armées, notre sécurité collective, les industries de défense seraient en quelque sorte les premières victimes aussi d'un échec de nos discussions.
Et donc cette question de la sécurité intérieure comme extérieure est celle qui me préoccupe le plus au moment où nous parlons dans le cadre de ces discussions budgétaires. Et donc au fond, de ces thématiques, nous allons essayer d'en tirer un consensus, je ne le pense pas, cela me paraît difficile, en tout cas une majorité des capacités à trouver des compromis. Et au fond, ce que nous allons essayer de faire dans les temps à venir, c'est non pas d'isoler ces débats du reste, on a besoin de parler de tous les autres sujets ou thématiques ou politiques publiques dont je n'ai pas pu les évoquer devant vous ce matin, mais je vais demander aux formations politiques de se positionner.
Parce qu'au fond, l'échec de ce vote sur les recettes du budget de l'État prive l'Assemblée nationale de discuter d'un certain nombre de ces thématiques, notamment des sujets de sécurité, de défense, d'agriculture, d'énergie, je ne les recite pas tous, mais qui correspondent tout de même à des priorités qui sont absolues. Et donc de ces discussions, petit à petit, le gouvernement n'exclut pas de les verser à des débats spécifiques à l'Assemblée nationale et au Sénat qui pourraient donner lieu à des votes ad hoc pour permettre justement de créer ce cadre de compromis pour l'avenir.
Et c'est ainsi d'ailleurs que nous allons démarrer avec les questions de sécurité extérieure, les questions militaires, les questions de défense, où je saisirai l'Assemblée nationale et le Sénat d'un vote dans les tout prochains jours, sûrement la semaine prochaine, qui va permettre de clarifier aussi ce que le gouvernement propose en matière militaire, mais de permettre aussi aux formations politiques de voter et de dire si, oui ou non, elles souhaitent s'engager vers un renforcement de nos armées.
C'est au fond aussi la suite de cette méthode, de cet entonnoir budgétaire dans lequel nous nous trouvons, dans lequel les procédures budgétaires vont être tenues sur la sécurité sociale et l'État entre les deux chambres, mais sur lesquelles le gouvernement souhaite associer les partenaires sociaux et les formations politiques avec une méthode un peu différente en marge qui va nous permettre justement d'avancer et d'y arriver. On va y arriver, ai-je dit, dans cette même cour de Matignon, il y a de cela quelques semaines.
La réponse est toujours oui, nous pouvons y arriver à la condition d'y travailler, de sortir aussi de cette situation de blocage politique que certains veulent installer comme étant au fond une toile de fond à la prochaine élection présidentielle et au fond on doit défendre le Parlement, l'Assemblée nationale n'est pas un théâtre, le budget n'est pas un décor de fond de scène et la France n'est pas à tremplin et donc chacun doit évidemment désormais avec responsabilité, sens de l'intérêt général, regarder le budget pour 2026 avec beaucoup de sérieux, beaucoup d'engagement. En tout cas, c'est ce que le gouvernement va faire.
Ce gouvernement, vous le savez, n'a aucun autre agenda si ce n'est de permettre à la France d'avoir un budget pour l'État et pour la sécurité sociale pour l'année prochaine. Je vous remercie.
Sébastien Lecornu