Guerre en Ukraine, interdiction des PFAS, SUV... L'interview de Marine Tondelier en intégralité
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BFMTV face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFMTV. Bonjour Marine Tondelier. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Très nombreuses questions. Avec même une question assez large qui est de savoir si l'écologie n'est pas en train de perdre en France, aux Etats-Unis, dans le monde, perdre la bataille y compris des idées. Mais je voudrais qu'on commence par ce qu'il se passe bien sûr en Ukraine, ce qui se passe aux Etats-Unis et en Russie. Vous serez tout à l'heure à 11h avec les autres chefs de parti convoqués par Emmanuel Macron qui vous proposent cette rencontre. Avec une première question.
Est-ce qu'il faut parler avec Vladimir Poutine ? Donald Trump le fait et Emmanuel Macron dit qu'il n'est pas contre si cela pouvait faire avancer les choses.
Le problème c'est que Donald Trump ne négocie pas avec Vladimir Poutine. Il est en train de s'aligner sur ses positions. C'est ça qui est en train de se passer. Il faut que vos auditeurs en aient conscience. On avait un agresseur, Poutine, la Russie, qui était allé envahir l'Ukraine. C'est un conflit qui est le plus gros conflit depuis la Deuxième Guerre mondiale sur notre continent, qui a déjà fait un million de morts. Et un million de morts, c'était le chiffre en septembre. Il y a eu un quart du territoire envahi. Maintenant, on est à peu près à 22% du pays occupé. Imaginez-vous si on vous disait, la France, on va devoir céder 22% de notre territoire à Poutine. C'est extrêmement violent.
Il y a eu 19 000 enfants déportés qui sont dans des camps de rééducation. C'est ça qui se passe en Ukraine. Et donc face à ça, oui, il faut être ferme. Parce que l'Ukraine, on l'a toujours dit, n'est qu'une étape pour Poutine. Derrière l'Ukraine, c'est les pays baltes. C'est les autres pays de l'ex-URSS. Et c'est en fait la stabilité et la sécurité et la paix en Europe qui est menacée.
Mais est-ce que dans la négociation, comme vous dites, ou est-ce que dans la tentative pour trouver une fin à cette guerre, il faut, oui ou non, accepter le principe même de parler avec Vladimir Poutine ? Qu'est-ce que vous en direz tout à l'heure au chef de l'État ?
Je pense qu'Emmanuel Macron a tenté de le faire au début du conflit. Ça avait beaucoup fait parler en France. On se disait que peut-être il avait un plan derrière ça. Ce qui est sûr, c'est que ce plan n'a pas marché. Mais est-ce qu'il faut le retenter aujourd'hui ? Mais lui parler, avoir des contacts, pourquoi pas ? La question, c'est pour lui dire quoi ? Et on ne peut pas abandonner l'Ukraine. Moi, c'est ça que je veux dire tout à l'heure. Après, je ne vais pas vous dire exactement quelle sera ma position à la sortie de cette réunion. Parce qu'on va avoir des informations que ni vous, ni moi n'avons à ce stade. C'est pour ça que cette réunion a lieu.
On a maintenant une petite expérience de ce genre de réunion, malheureusement. Tout ce que je peux vous dire, c'est que quand Emmanuel Macron prend le temps en urgence, puisqu'on l'a appris hier, de convoquer tous les chefs de parti de ce pays, ce n'est pas de très bonne augure. Ce que je vais vous dire aussi, c'est que j'ai une... Ce n'est pas de très bonne augure, ça veut dire quoi ? C'est que c'est un mauvais signe en général. S'il a besoin de nous réunir, c'est qu'il n'a pas de bonne nouvelle à nous annoncer, et que la situation est très grave. Ce que je dois vous dire aussi, c'est que moi, je suis très perplexe de la présence du Rassemblement National à la table tout à l'heure.
Je ne sais pas aujourd'hui ce que je peux dire devant eux ou pas sur le sujet. Alors comme j'ai l'habitude de dire la même chose sur les plateaux télé que dans les réunions, je suis à l'abri, je ne dis rien de secret dans ces réunions, mais vous voyez, on va avoir tout à l'heure Louis Alliot à la table de discussion.
Il faut préciser des choses, c'est parce qu'effectivement, Jordan Bardella sera aux Etats-Unis.
Mais donc, Louis Alliot, qui va représenter le Rassemblement National à cette réunion, était présent à la cérémonie d'investiture de Trump, où il représentait Marine Le Pen, dont il est le bras droit. En fait, je n'ai pas envie de discuter de ce sujet avec lui, parce que ces patriotes de pacotille, ces patriotes de pacotille qui nous donnent des leçons de patriotisme toute la semaine, sont en fait en France les représentants de Poutine et les représentants de Trump. Et c'est avec eux qu'on va discuter de la sécurité nationale. J'ai un petit doute sur le fait d'en parler avec eux à la table.
En fait, ce que vous nous dites ce matin, c'est que vous n'avez pas confiance dans le fait de pouvoir parler avec eux. Vous demandez si au fond, ils ne sont pas en quelque sorte presque des taupes des Etats-Unis et de la Russie ?
Ce sont en tout cas leurs alliés objectifs sur le territoire national. On le sait, ils ont bénéficié des prêts de Poutine, ils ont fait des déplacements. Certains d'éminents membres de leur parti sont allés le rencontrer, ont été rencontrés d'ailleurs aussi Bachar el-Assad en Syrie. C'est-à-dire que dès qu'il y a une petite faiblesse, on voit bien comment ils font en Russie. Dès qu'ils voient une petite faille, une faiblesse en France, ils vont encourager ce parti pour le faire monter, parce qu'ils veulent déstabiliser notre démocratie. On le sait maintenant qu'ils visent aussi et qu'ils y arrivent parfois à déstabiliser des scrutins. Des scrutins.
Ils s'attaquent à la démocratie même en Europe et en France en disant qu'ils peuvent s'occuper des résultats électoraux de n'importe quel parti. Et donc tout ça est très grave pour notre sécurité nationale, pour notre souveraineté, pour notre indépendance. Et donc oui, je le dis, j'ai un problème à discuter de ça devant le Rassemblement national. Et je ne sais pas si tout le monde pourra dire tout ce qu'il a à dire, en particulier le président de la République.
Vous auriez souhaité qu'ils n'invitent pas les représentants du Rassemblement national ?
Moi, je fais avec ce que j'ai sur la table. Ils seront là tout à l'heure. Qu'est-ce que je ferai ? J'en profiterai pour leur demander des clarifications. Je pense qu'ils doivent sortir de l'ambiguïté sur le sujet. Soit ils le font et ce sera fait, mais il faudra que ce soit sincère et honnête, et avec eux j'ai des doutes. Soit ils ne le font pas. Et dans ces cas-là, il faudra considérer que sur ce dossier, ils sont des ennemis.
Marine Tondelier, le RN, qui justement hier a sauvé la peau de Richard Ferrand, qui a donc été élu à une voix près, président du Conseil constitutionnel. Qu'est-ce que vous y voyez, vous ?
Pour être très exact, c'était pour être révoqué. Pour qu'il puisse être, exactement. Pour être révoqué, il fallait 3 cinquièmes des voix. Il en a manqué une. Moi, j'ai plein de pensées ce matin. Ma première pensée, c'est pour les juristes de ce pays, où normalement on a une séparation des pouvoirs. Il y a le pouvoir politique et puis il y a le pouvoir juridique, qui a une forme de contre-pouvoir, surtout le Conseil constitutionnel, qui doit garantir notre constitution. C'est le rôle de juriste. Alors que d'anciens présidents de la République, etc., puissent siéger, pourquoi pas ? Mais la nomination de Ferrand, elle fait un truc dramatique.
Pour une fois, pour la première fois, il y aura plus de politique au Conseil constitutionnel, dont son président, que de juristes. Et donc, on est en train de dénaturer cette instance dont on va avoir cruellement besoin dans les années qui viennent. Ça, c'est la responsabilité d'Emmanuel Macron. Je pense aux juristes. Je pense aussi à tous les défenseurs de l'État de droit dans ce pays. Parce qu'on va mettre à la tête du Conseil constitutionnel quelqu'un qui est passé à une voix, vous l'avez dit, qui n'est pas légitime pour ce poste, qui a perdu son élection législative et qui, d'ailleurs, est un des plus proches de Macron. Un président ne devrait pas faire ça.
De nommer son plus proche, un de ses plus proches et de ses derniers proches politiques à la tête du Conseil constitutionnel, ça ne se fait pas. Imaginez si Marine Le Pen était au pouvoir et faisait ça. Ce qu'elle fera, d'ailleurs, on dira quoi quand on aura laissé faire les macronistes là-dessus ? Et puis, évidemment, moi, je pense aux électeurs du RN. Parce que vous le dites, Richard Ferrand, il est élu parce que le RN décide de s'abstenir. Il est élu grâce à eux. Et donc, Emmanuel Macron, oui, je le dis très formellement sur votre plateau ce matin, ne devrait pas le nommer. Parce que s'il le nomme, regardez ce qui va se passer.
Il va, le Conseil constitutionnel va avoir à se prononcer bientôt sur l'inéligibilité potentielle de Marine Le Pen du fait de ses emplois fictifs au Parlement européen. Bon, qu'est-ce que va faire le Conseil constitutionnel ? Soit il dit, je confirme qu'elle est inéligible et donc le RN dira, de toute façon, c'est normal. Ce n'est pas le Conseil constitutionnel, c'est la bande des amis de Macron. Ce n'est plus une instance juridique, c'est une instance politique. Donc ça confirmera leur théorie du complot. Et donc ça abîme cette institution et sa crédibilité.
Soit le Conseil constitutionnel dit, finalement on décide qu'elle n'est pas inéligible, et alors ça passera pour un renvoi d'ascenseur. Une forme de soupçon ? Ce sera terminé, cette institution, sa crédibilité. Et donc Macron, s'il veut protéger l'État de droit en France, ne doit pas la nommer. Je précise par ailleurs que, pour les électeurs du RN, qu'il faut qu'ils arrêtent de croire qu'ils votent, quand ils votent pour Marine Le Pen, pour un parti anti-système. La réalité, c'est que le Rassemblement national est aussi anti-système que Richard Ferrand étant juriste. Voilà.
C'est ça la double supercherie de cette affaire. Vous y voyez une forme de magouille, et donc de système politique, d'alliance, de renvoi d'ascenseur.
Mais le pire, c'est que je ne suis même pas sûre que le RN ait vraiment comploté officiellement avec Macron. Ils mettent juste les macronistes dans une situation intenable. C'est une abstention, quand ils la décident, qui en fait est un coup de génie stratégique. Ils mettent le gouvernement, puis ils y perdent, et face, ils perdent aussi. Donc vous voyez, Macron, s'il veut sortir de cet impasse-là, ne doit pas nommer Richard Ferrand. Peut-il encore le faire ? J'espère bien. Il est président. J'ai compris que dans ce pays, il y avait une chose, c'est que le président avait beaucoup de pouvoir.
Donc il a aussi le pouvoir, oui, de ne pas nommer Richard Ferrand, et d'expliquer pourquoi il se rend tiré.
Donc même validé par le Parlement, pour vous, Emmanuel Macron peut encore faire ma chine arrière.
Et je vous dis, on a fait, les écologistes au niveau européen ont demandé de faire une étude, un stress test, qu'ils ont fait courir à toutes les institutions de tous les pays d'Europe, pour dire lesquels étaient les plus résistants en cas d'arrivée de partis illibéraux au pouvoir. La France fait partie, très clairement, des pays les moins armés. Si le Rassemblement national arrive au pouvoir dans ce pays, ils ont très peu de garde-fous pour les empêcher de faire ce qu'ils font.
Quand on a fait, pas nous les écologistes, mais quand des gouvernements précédents, qui n'étaient pas RN, mais qui essayaient de les imiter, ont fait des lois antiterrorisme qui permettaient de poursuivre des militants politiques et des syndicalistes, quand ils ont fait la déchéance de nationalité, quand ils placent leurs copains à des postes qui sont des postes haut placés dans la République, qui doivent être des postes au-dessus de la mêlée. Alors, ils préparent lentement la normalisation de ce que pourrait faire Marine Le Pen si elle arrive au pouvoir.
Parce que tous les journalistes qui disent que ce n'est pas très grave, les éditorialistes que j'entends dire « ah oui, mais bon », quand Marine Le Pen le fera, ils ne pourront plus rien dire. C'est ça la vérité. Moi, j'aurais le luxe de pouvoir le dire et de continuer à être constante et cohérente sur le sujet.
Marine Tondelier, est-ce que vous n'êtes pas en train de perdre la bataille ? Je veux dire, est-ce que les écolos, globalement, est-ce que l'écologie n'est pas en train de perdre la bataille ?
Alors, le problème, si c'était que l'écologie qui perdait, bon, je le prendrais pour moi. C'est l'humanité qui est en train de perdre la bataille. Parce que les enfants qui naissent cette année, personne ne peut leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Je vous donne quelques chiffres. Mais attendez, vous dites que potentiellement,
les enfants qui naissent aujourd'hui n'iront pas au-delà de 30 ans ?
La planète sera plus habitable. C'est-à-dire, on ne pourra plus avoir des conditions normales d'habiter l'habilité des planètes. Je suis en train d'organiser un déplacement pour aller la semaine prochaine à Valence où, après les inondations qui ont fait beaucoup de morts, qui ont pris tout le monde par surprise, tout le monde leur tourne le dos, plus personne ne les écoute, donc je vais aller à leur côté. Ça va être ça, la réalité. La banquise arctique aura disparu dans 35 ans. 0,5% du poids de notre cerveau à tous les humains est aujourd'hui formé de microplastiques qui se logent dans notre cerveau. Il y a 60% des oiseaux d'échant qui ont disparu en France en 40 ans.
70% des insectes en Europe en 30 ans. En Ile-de-France, depuis 20 ans, 80% des hirondelles ont disparu. Je peux vous donner des chiffres comme ça encore très longtemps. Dans le monde, il y a 9 millions de morts par an de cancer. 9 millions de morts par an. Alors, vous voyez, par exemple, quand je regarde l'actualité, je vois des faits divers très graves et très choquants. Et donc, on a l'impression que le vrai risque pour nous, c'est de mourir assassiné au coin d'une rue. Ça arrive. C'est 1 000 homicides à peu près par an. Mais c'est beaucoup moins risqué, en fait, en France, de mourir d'un homicide et d'un fait divers atroce, même s'il faut combattre ça.
Les écologistes sont très mobilisés là-dessus, y compris nos mères dans les villes écologistes. Mais le plus probable pour vous, malheureusement, c'est de mourir de ce que vous avez respiré, bu ou mangé. Et donc, nous, nous voulons protéger les Français globalement. C'est pour ça que nous présentons des textes sur le sujet aujourd'hui à l'Assemblée.
Il y a plein de choses dans ce que vous avez dit. Je rappelle effectivement que, notamment depuis l'élection de Donald Trump, des grands groupes prételiers comme BP ont annoncé qu'ils renonçaient à la trajectoire qu'ils avaient faite en faveur des énergies renouvelables, notamment. L'interdiction de l'ensemble des PFAS pour une série d'usages, ça fait partie de ce que vous défendez aujourd'hui à l'Assemblée. Vous demandez à ce que, dès le 1er janvier 2026, tous les cosmétiques, chaussures, vêtements, dans un certain nombre de domaines qui contenaient des PFAS soient interdits de fabrication, d'importation, d'exportation. Est-ce que vous allez l'obtenir ?
Alors, les PFAS, c'est les polyfluoralkylées. Donc, c'est tout ce qui rend anti-adhésif ou qui rend résistant au feu ou qui rend imperméable. Et donc, il y en a à peu près partout, y compris dans les tenues des pompiers. On sait faire sans, mais par facilité, l'industrie, depuis 40 ans, on l'a mis partout. Vous savez qu'on retrouve des PFAS jusque dans la Grèce, des ours polaires, qui n'ont jamais été en contact direct, normalement, avec cette substance, parce que ça a pollué tout. Et nous, on avait fait des tests, il y a quelques mois, dans Robinet des Français. Les écologistes, puisque personne ne s'occupait de ce sujet, ont dit on va le mettre sur la table. On vous a protégés.
On a testé l'eau de votre Robinet dans 50 villes. Les résultats étaient accablants. Les députés, ainsi que certaines stars du showbiz, ont testé leurs cheveux. Tout le monde a des PFAS. Les pompiers, par exemple, sont particulièrement exposés. Ils l'ont découvert parce qu'on a mis le sujet sur la table, mais on a bossé avec eux. Donc oui, il faut arrêter cette substance. C'est-à-dire qu'il faut interdire à la source pour qu'on arrêtait la contamination avant de s'occuper de la décontamination de tous nos écosystèmes. Et donc, ce texte qui a été porté l'année dernière a été adopté à l'Assemblée nationale déjà. Il a été adopté avec quelques variantes au Sénat.
Et donc là, l'idée, c'est qu'ils repassent à l'Assemblée nationale. Et ce qu'on espère, et on est en phase de l'obtenir, c'est qu'ils soient adoptés conformes. C'est-à-dire qu'ils soient définitivement adoptés. Le gouvernement vous soutient.
Le gouvernement vous soutient.
Eh bien, c'est ça la grande nouvelle. Vous dites qu'on est les perdants. Moi, je constate que sur un sujet où on était moqués au début en disant qu'est-ce qu'ils nous ont encore trouvé les écolos, en mots qu'on ne comprend même pas ce que ça veut dire, on a réussi à sensibiliser l'opinion publique, à travailler avec la société civile écologiste. Et la ministre, qui au début était quand même assez frileuse sur le sujet, maintenant dit qu'ils ont raison, c'est ça qu'il faut faire. Eh bien, vous voyez, moi, je suis fière d'être écologiste dans ces cas-là.
Dans le même temps, je crois que c'était lundi soir, les députés ont refusé d'inscrire la date de 2035 pour l'interdiction des voitures à moteur thermique dans la loi. Ça, c'est une vraie bataille perdue ?
C'est dangereux, mais sur l'automobile, vous savez, il y a une chose très simple, par exemple, qu'on pourrait faire, c'est interdire la pub pour les voitures les plus polluantes. Je ne comprends pas. Il y a toujours un argument, c'est l'emploi, c'est ça. Tout le monde a besoin d'une voiture. OK, mais au moins, arrêtons dans tous les spots publicitaires. Dès qu'il y a une page de pub dans ce pays, que ce soit la télé ou le cinéma, on se tape une pub pour un SUV qui est en harmonie avec la nature. Mais tout ça fait des morts, en fait. des morts de la mauvaise qualité de l'air, mais aussi des morts parce que les plus gros véhicules sont les plus accidentogènes.
Quand vous êtes au pilotage de ce genre de bolide, vous vous sentez tellement en sécurité qu'en fait, vous avez des conduites plus à risque. C'est prouvé scientifiquement. Et que quand vous avez un accident, cet accident a beaucoup plus de chances d'être meurtrier parce que le véhicule est plus lourd. Tout ça, on le sait. Pourquoi on continue à autoriser la pub ? On devrait l'interdire comme on l'a fait pour les cigarettes et pour l'alcool parce qu'on donne envie à des gens d'acheter ça. Donc ceux qui l'achètent se ruinent alors qu'à moins s'ils ont l'intention de traverser le Kenya, normalement ils n'ont pas besoin de voitures pareilles quand ils habitent dans des centres-villes.
Et deuxièmement, on frustre ceux qui n'ont pas accès, qui ont l'impression d'avoir raté leur vie parce qu'ils n'ont pas accès pour interdire la pub.
Marine Tondelier, à propos de la cigarette, comme vous disiez tout à l'heure, la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a évoqué l'idée peut-être d'interdire tout simplement, purement et simplement, la cigarette pour les mineurs. C'est-à-dire pas seulement d'interdire la vente, mais également si des mineurs fument dans la rue et fument des cigarettes, ils pourraient en être sanctionnés. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Moi, je suis plutôt favorable à être très dure sur le tabac en termes de santé publique parce que ça touche beaucoup trop de monde, ça rend malade les gens et surtout, ça rend très très riche des personnes peu recommandables qui jouent avec la santé des gens. Donc moi, depuis très petite, c'est dans mes premiers combats quand j'étais toute petite, ce truc m'a toujours frappée, le truc du tabac. Donc, interdire, je vous pose la question, potentiellement, pourquoi pas ? Pourquoi pas, en tout cas ? Il faut regarder comment on fait reculer le tabagisme dans la société. Ça, moi, j'y tiens beaucoup.
J'ai fait partie des gens qui étaient, moi, quand j'étais étudiante, je ne pouvais pas aller dans les boîtes de nids parce que ça me rendait vraiment malade. J'étais asthmatique. Et je me rappelle avoir passé un an pour, vous savez, les stages d'études en Suède où c'était interdit. Et je me suis dit, mais quand je vais rentrer en France, je ne pourrai plus retourner dans les boîtes, dans les cafés. Et ça a été interdit peu de temps après en France. Moi, ça m'a libérée. Ça a rendu ma vie plus simple. Mais la différence entre le tabac, maintenant en France, et la qualité de l'air, par exemple, c'est que le tabac, bon, les gens, ils choisissent quand même de fumer.
C'est addictif, vous connaissez tout ça, mais c'est un geste individuel qui vous expose, vous. La qualité de l'air et les sujets dont on parle, les PFAS, vous ne pouvez pas y échapper.
Mais en tout cas, effectivement, une forme de cohérence en se disant si on doit défendre la santé, protéger la santé des Français en interdisant les PFAS, il faut aussi potentiellement interdire le travail.
Moi, je suis très connue dans mon parti pour être très chiante sur le sujet, y compris quand je vois un écologiste qui fume, je dis, toi, tu veux qu'on mange bio et qu'on n'ait pas de pesticides dans le site ? Soit cohérent, quoi. Mais je le dis à chaque fois. Mais je ne suis pas parce que quand il y en a un qui arrête de fumer, il m'appelle et je le soutiens dans tout son travail.
Mais qu'est-ce que vous dites, Marine Dondelier, à ceux qui, y compris dans votre propre parti, parfois plaident pour une dépénalisation du cannabis, c'est-à-dire, j'allais dire, du niveau... Attendez, ce n'est pas la même chose.
On ne va pas criminaliser la cigarette et mettre en prison les gens qui fument des cigarettes. On va dire qu'il faut l'interdire aux mineurs. Avec une pénalisation. Sur la pénalisation du cannabis, en fait, on ne dit pas qu'il faut faire l'apologie du cannabis et dire que c'est bien. On dit qu'on combattrait mieux sur le sujet, la santé publique, en arrêtant d'être hypocrite. Aujourd'hui, vous savez, la bande passante que prend à la justice et à la police la chasse et la boulette, c'est énorme. Et en attendant, c'est des moyens qui sont en moins pour les vrais gros sujets. Le narcotrafic, le terrorisme, le vrai, pas celui qui sert à inculper des syndicalistes ou des concepts fallacieux.
Assurer la sécurité réelle des Français. Là, aujourd'hui, ça prend du temps à tout le monde et surtout, en attendant, comme c'est interdit, c'est hypocrite, on ne contrôle pas la qualité des produits et on met en danger des gens. Si on veut faire une prévention, il faut regarder le sujet en face.
Vous avez dit, Marine Tondelier, que la question de la sécurité, vous l'avez dit, on a horriblement plus de chances, plus de risques de mourir pour des raisons environnementales que pour un crime au coin de la rue. Mais tout de même, dites-vous, on s'en occupe et on considère que c'est sérieux. Vous êtes plutôt, Marine Tondelier, Pierre-Hurmic, Bordeaux ou Éric Piolle à Grenoble ? Je suis écologiste. Oui, donc je fais confiance. Ils sont tous les deux écologistes
et comme vous le voyez, ils n'ont pas du tout la même approche de ces questions-là. Je suis écologiste et donc je fais confiance à mes mères. Chez les écologistes, on a un principe très fort qui s'appelle la subsidiarité. C'est-à-dire que les décisions qui concernent les territoires se prennent dans les territoires. Tous les territoires ne sont pas les mêmes.
Mais vous, est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez, dans cette approche, l'un a décidé d'évoluer notamment sur la question de l'armement de la police municipale, c'est Pierre-Hurmic. Il dit d'ailleurs que face à la réalité de l'insécurité, il a pris cette décision. Il a également décidé de rallumer davantage les rues la nuit pour les mêmes raisons. Éric Piolle, à l'inverse, estime que ce serait une erreur.
Parce qu'ils ne sont pas dans les mêmes villes. – Vous ne pouvez pas dire qu'à Grenoble,
les questions de sécurité soient très sereines.
– Le rôle d'un maire, c'est d'être à l'écoute de ses équipes et de sa population, de prendre les meilleures décisions pour sa ville. Ce n'est pas moi qui connais la situation en Bordeaux, c'est Pierre-Hurmic. Ce n'est pas moi qui connais la situation à Grenoble, c'est Éric Piolle. Et vous cherchez à opposer les deux comme si l'un pouvait avoir tort que si l'autre avait raison et vivait pas. – Je vous dis qu'ils ont des positions très différentes alors qu'ils sont dans le même parti. – Ils sont écologistes tous les deux. On a les mêmes formations, on a les mêmes opinions et les mêmes objectifs dans la vie.
Mais moi, Pierre-Hurmic, quand il me dit que ces policiers municipaux ne veulent plus intervenir la nuit, quand il me dit comment il le fait, c'est-à-dire il le fait comme un maire écologiste. Il a armé certains, pas avec n'importe quelle arme, avec des formations renforcées. Uniquement la brigade qui intervient la nuit. Vous voyez, c'est être à l'écoute et de ses agents et de sa population et de prendre les bonnes décisions pour sa ville.
Nos maires écologistes font partie des maires les plus appréciées de ce pays parce qu'ils font leur travail bien, qu'ils ne cumulent pas, qu'ils s'occupent des sujets de manière très pragmatique, sans être idéologues en disant « j'ai dit ça un jour, donc je ne changerai jamais d'avis ». Ils s'adaptent tout simplement à la réalité de notre pays, mais en gardant des convictions écologistes et pacifistes très fortes.
– Merci Marine Sondelier d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous le quittez à la tête du parti. Les écologistes, il est…
Marine Tondelier