Guillaume Sire : L'Heure des Livres (Émission du 14/10/2026)
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Questions et réponses
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- 0:02OuverteRéponse directe
On vous connaît, vous avez reçu pour votre précédent roman « Les grandes patries étranges », et là vous venez de publier « Chante méchante ».
- 0:46OuverteRéponse directe
Alors, effectivement, ce très caractère, la méchanceté pure et dure, elle est incarnée dans votre livre par Léonie Dantin. Alors, évidemment, on se demande comment vous est venue l'idée de consacrer tout un livre autour de ce thème ?
- 4:50OuverteRéponse directe
Vous disiez, oui, des modèles. Enfin, peut-être pas des modèles dans la vraie vie, mais peut-être que vous avez comme ça des figures référentes de méchants dans des films, dans des livres qui sont réapparus.
- 7:53RelanceRéponse directe
Vous n'avez pas répondu à la question, vous avez dit oui, les films, les méchants dans les films, dans les livres, mais dans la vraie vie, vous en avez connu des vrais méchants ?
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– Bienvenue
à l'heure des livres, Guillaume Sire.
–
Merci.
– On vous connaît, vous avez reçu pour votre précédent roman, « Les grandes patries étranges », et là,
vous
venez de publier « Chante méchante », un livre qui est paru chez Calman Levy. Alors, il est question de méchanceté, d'amour, d'amour perdu, aussi d'attitude face à la mort, un livre qui est original et cocasse, qui n'hésite pas à bousculer le lecteur avec un thème qui est rarement abordé comme ça frontalement. Alors, effectivement, ce très caractère, la méchanceté pure et dure, elle est incarnée dans votre livre par Léonie Dantin, alors actrice de son métier, et qui, depuis son enfance, est méchante. Alors, évidemment, on se demande comment vous est venue l'idée de consacrer tout un livre autour de ce thème, et est-ce que vous avez eu un modèle ?
J
'en ai eu. Alors, oui, en fait, Léonie, c'est elle qui parle, et au tout début du roman, il
y
a un petit texte de sa fille qui dit « Nous avons retrouvé ces quelques pages de manuscrits dans un meuble. Je vous dirai, moi, à la fin, ce qui s
'est
vraiment passé. » Et là, on donne la voix à Léonie. Et Léonie, actrice, apprend qu'elle va mourir,
et
elle a plusieurs réactions face à ça. D'abord, elle pense, elle se dit « Je l'ai méritée. » Pourquoi ? Parce que j'étais méchante toute ma vie, même quand j'étais gentille, au fond de moi, j'étais méchante. Rien ne l'explique, je n
'ai
pas d'excuses. Je suis méchante. Dans la cour de récréation, j'étais méchante. J'étais méchante avec tout le monde, avec mes parents, avec mon mari, avec mes enfants, avec mon ex. La deuxième réaction qu'elle a, et qui est assez humaine aussi, c'est qu'elle se dit « Cet ex, que je n
'ai
pas revu depuis 20 ans, j'ai envie de le revoir avant de mourir. » Je m'étais projeté avec lui dans une vie, j'avais pensé avoir des enfants avec lui. Finalement, on s'est quitté il y a 20 ans,
on
ne s'est plus revu, il est parti à Guernesé.
Et
en fait, quelque part, au fond de moi, cet ex, il fait encore partie de ma vie. Je l'ai aimé, et on aime encore ceux qu'on a aimés, quelque part. Et on se dit, devant cette nouvelle,
une
dernière fois, le voir aller à Guernesé. Et la troisième réaction qu'elle a, au lieu de pleurer, ou d'essayer de guérir aussi,
elle
rit. C'est un roman que je voulais drôle, face à la mort, qui est une réaction très humaine, les animaux ne
vont
pas rire, surtout pas devant la mort. Et elle chante. Elle rit et elle chante, en allant retrouver cet ex à Guernesé, qu'il a quitté. Quand il l'a quitté, elle lui a dit, «
Tu
ne seras plus rien sans moi, parce qu
'elle
est méchante. » Et il lui a répondu, « Mais si je reste, je serai un monstre. » Alors, qu'est-il devenu cet ex à Guernesé
?
Alors ça, on ne le dira pas, parce qu'il faut terminer le livre, on ne
va
pas tout dévoiler comme ça. Alors, il y a quelque chose quand même qui est amusant avec ce titre et puis ce qualificatif de méchant, de méchanceté. Ça a quelque chose d'enfantin,
en
fait, presque, ce qualificatif de méchant, méchant, méchante.
En
fait, vous avez pris le parti de dire que finalement,
il
y a des gens fondamentalement méchants.
Je
pense même qu'on l'est un peu tous, chère Anne-Fulda. Et justement, c'est beaucoup plus facile de dire, « Je suis méchante. » Vous vous souvenez d'Orangina Rouge qui disait « Mais pourquoi est-il aussi méchant ?
»
Et il répondait « Parce que… » Et il se jetait sur tout le monde avec « C'était une publicité où il était méchant sans fondement. »
Elle
est un peu pareille. Et en fait, elle se rend compte qu'il
y a
cette part d'elle de méchanceté, vous voyez, qu'elle va nous raconter les coups qu'elle faisait en se disant « J'ai mérité. » Donc, elle va relire sa vie. Mais c'est plus facile de dire, comme vous dites, c'est enfantin. C'est plus facile de dire « Je suis méchant » plutôt que de dire « J'ai fait du mal. » Et elle va nous raconter comment elle a été la méchante de dessins animés. Mais c'est d'une part pour ne pas penser à la mort, d'autre part pour penser que ce qui lui arrive est mérité. Et aussi, dit-elle à ses enfants pour ne pas qu'on l'empaille. Elle dit « Quand je vais mourir, vous ne
vous
souvenez que des bons côtés. »
Et
par exemple, si un jour tu te maries, tu diras « Oh, maman aurait été tellement fière. » Mais oui, j'aurais été fier. Mais j'aurais peut-être fait un discours interminable. Je me serais engueulé avec la belle famille. On a tous une part de nous mauvaise qui risque d'être perdue ou oubliée quand on s'en ira. Cette part d'elle qu'elle va faire chanter en allant retrouver cette ex à Guernesé. Donc elle va à la fois nous raconter ses retrouvailles en allant sur cette île qui est particulière, qui est dans un bras de mer qui s'appelle « Le passage de la déroute ». Rien que ça, ça ne s'invente pas.
Elle va aller dans cette déroute et en même temps relire sa vie au prisme de ce qui est presque enfantin. Et d'ailleurs, on a des réactions d'enfants devant la mort. On retrouve nos cris d'enfants, de blessures injustes et en disant « Je suis méchante, j'ai été méchante, je l'ai méritée, je pars à Guernesé
».
Alors, ce qui est drôle, c'est que Léonie, elle est méchante, mais elle n'a même pas de circonstances atténuantes. Non.
En
fait, elle est méchante depuis qu'elle est enfant.
Oui.
C'est consubstantiel à sa personnalité. Elle était méchante avec sa mère, elle est méchante avec ses camarades. Alors, je reviens à cette question. Vous disiez, oui, des modèles. Enfin, peut-être pas des modèles dans la vraie vie, mais peut-être que vous avez comme ça des figures référentes, de méchants dans des films, dans des livres qui sont réapparus.
Oui, alors j'en ai beaucoup et d'abord dans les dessins animés, vous avez raison, il y
a
quelque chose d'enfantin et puis Tati Daniel où on pense à pas mal de personnages et en même temps, c'est même dans la littérature la voie du souterrain.
C
'est-à-dire que dans la littérature, la littérature, à mon avis, en tout cas la mienne, n'est pas là pour expliquer. Elle est là pour raconter et décrire des choses qui souvent sont inexplicables.
Et
beaucoup de littérature se joue sur ce ressort-là où vous savez, dans la vie, ça nous arrive à tous de se dire mais pourquoi j'ai fait ça ? Tout se passait bien, le repas se passait bien, de famille, pourquoi j'ai lancé ce sujet sur lequel je sais qu'on se dispute à chaque fois ? Et la question, c'est pas de répondre à ce pourquoi, mais c'est de le mettre en scène. Cette blessure qu'il y
a
en nous qui fait que parfois, on fait du mal à ceux qu'on aime le plus et pour des raisons qu'on est incapables d'expliquer. Et bien sûr, Léonie, en relisant sa vie, elle va la raconter en disant voilà, regardez. Alors après, elle a vraiment fait des méchancetés mais c'est elle qui le dit. La question, c'est ce qu'on le croit. Mais quand quelqu'un klaxonne trop dans la rue, elle balance un pot de fleurs. Oups, il
n'avait qu'à pas klaxonner.
Quand c'était l'anniversaire de ce fameux ex, elle paye des gars pour le tabasser sur un parking. Joyeux anniversaire ! Mais c'est toujours elle qui nous dit ça. Elle est actrice. Elle est actrice.
Il
faut
pas oublier. Voilà, il y a un jeu de masques.
Elle a peur en réalité, comme tout le monde, de mourir et elle nous raconte ses retrouvailles en nous disant vous avez vu, j'ai tout en main. Je suis méchant, je l
'ai
mérité. C'est une manière aussi de se réapproprier les cartes dans le récit et la question évidemment, c'est pour ça aussi que je voulais faire un livre court où le lecteur rentre dans un jeu de masques. Si je viens vous voir et qu'à l'oral, je vous dis je suis méchant,
j
'ai mérité ce qui m'arrive, vous avez peut-être plus envie de me dire on va s'asseoir,
on
va parler, non tu l'es pas tant que ça, de ne
pas
me croire que de me croire. Et la question c'est est-ce que j'ai réussi à faire penser ça au lecteur ? Est-ce que le lecteur va se méfier ?
Est
-ce que le lecteur va la pardonner ? Est-ce que le lecteur va rire plutôt que de la montrer du doigt et être emporté dans cette danse vers Guerneset ?
Oui, ça c'est la question, ça dépendra des lecteurs. En tout cas, il
y
a une chose qui est sûre,
c
'est que finalement elle ne mourra pas à Guerneset.
Elle
y va pour ça en tout cas.
La question,
quand on part à Guerneset, vous savez Victor Hugo
était persuadé d'y rester,
il est parti en se disant je ne reviendrai plus en France, elle part avec ce même idée, cette même idée. C'est l'exil, l'exil on ne sait jamais quand on rentre,
on
ne
sait
jamais à quel point la déroute sera fatale et c'est son ex, c'est une île aussi et elle va retrouver tout ça, peut-être pour une dernière danse, peut-être pas, ça c'est au lecteur de le voir, mais ça m'intéressait de faire à la fois de raconter ce voyage et ses retrouvailles en même temps qu'elle raconte sa rencontre avec son mari, son enfance à elle, le théâtre, ses tournées avec des comédiens, vous voyez tout ce jeu de masques dans lequel aussi on peut se perdre et il faut après éplucher les masques quand on a des nouvelles aussi graves.
Alors
vous n'avez pas répondu à la question, vous avez dit oui, les films, les méchants dans les films, dans les livres, mais dans la vraie vie, vous en avez connu des vrais méchants
?
Oui et aucun d'entre eux ne ressemble à Léonie parce qu'un vrai méchant il ne dit jamais qu'il est méchant
et
donc ça aussi c'est un jeu. Quelqu'un qui vous dit je suis méchant, regarde je suis méchant, déjà vous ne le croyez pas. Donc oui, j'en connais hélas beaucoup, vous savez, je travaille à l'université et il y en a partout mais à l'université beaucoup et ils ne
m
'ont tous pas servi de modèle. Je suis allé chercher les gens les plus gentils du monde en essayant de voir comment ils pouvaient eux culpabiliser
et
de se trouver méchant dans les moments les pires.
En
tout cas, c'est réussi, ça s'appelle Chante méchante, c'est paru chez Calman Lévy. Merci beaucoup Guillaume Sire.
Merci à vous.