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interviewC à vous· 8 septembre 2025 52 min

Chute du gouvernement : retour sur une journée historique - C à Vous l’intégrale - 08/09/2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Très heureuse de vous retrouver. Emilie, Pierre, Patrick, Lorrain et Louis. Une journée particulière. - Un mot pour décrire cette journée? - Triste. - A la fois historique et tragique. - On aurait pu s'en passer. - Une journée de tension et qui doit déboucher sur un véritable respect de la démocratie. - C'était le 1er jour de l'après-Macron. - A.-E.Lemoine: Il était 15h quand F.Bayrou a pris la parole devant l'Assemblée nationale, devant les députés, pour lui accorder ou non la confiance.

Le résultat est tombé. Contre: 354. Pour: 174.

Voilà le résultat officiel qui vient de tomber. Même si l'issue était inéluctable, ça n'a pas empêché F.Bayrou d'aller au bout du combat. - P.Cohen: On va l'entendre dans un instant dans ses derniers mots.

Il a remercié l'ensemble de ses équipes ministérielles. Il a parlé d'un "bonheur" à l'occasion de ses 9 mois passés au gouvernement. - A.-E.Lemoine: Le dernier discours de F.Bayrou, les conséquences de ce vote, de la chute du gouvernement Bayrou, le choix d'un nouveau locataire à Matignon avant ou après la journée du 10 septembre où certains veulent tout bloquer, des sujets que nous évoquons avec nos invités.

Bonsoir, P.Perrineau, politologue. Bonsoir, L.Vigogne, journaliste politique. - F.Bayrou: J'ai fait ça parce que personne ne voulait rien entendre de la situation du pays. - A.-E.Lemoine: Extrait du documentaire diffusé ce soir sur France 2.

P.Duhamel a rencontré F.Bayrou à 10 reprises tout au long de ses 9 mois à Matignon.

Il nous présente ces entretiens en avant-première. Supertramp dans L'OEil de Pierre. ... - P.Lescure: Goodbye, stranger.

P.Perrineau était avec moi pour les écouter en live il y a longtemps. R.Davies est parti vendredi à 81 ans.

On lui rend hommage. - A.-E.Lemoine: F.Morel et les actualités de Bertrand notamment, voilà le programme jusqu'à 21h.

Tout de suite, l'Edito de P.Cohen. F.Bayrou a tenu cet après-midi devant l'Assemblée son dernier discours de Premier ministre. - P.Cohen: Un dernier discours sur un ton grave avant un renversement inéluctable, un vote dont nous connaissions l'issue depuis 15 jours.

Il a manqué 170 voix à F.Bayrou. L'homme s'est posé en homme de devoir, allant jusqu'au bout d'un combat qu'il continue de juger indispensable. "J'ai choisi de m'adresser à vous comme si le destin n'était pas écrit", a lancé le Premier ministre avant de se hisser à hauteur de l'histoire. - F.Bayrou: Ce dont nous traitons aujourd'hui, ce n'est pas une question politique, mais une question historique.

Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les questions de pouvoir. Les questions historiques concernent les peuples et les nations. Les questions politiques sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps.

Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous construisons. - P.Cohen: "Le pronostic vital de la France est engagé", a répété le Premier ministre.

Aujourd'hui, le destin de la France, notre nation inscrite dans l'histoire, se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. Si vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement, vous n'avez pas le pouvoir d'effacer le réel. Le réel, c'est le poids d'une dette de plus en plus lourde. - A.-E.Lemoine: Il a conclu en lançant plusieurs avertissements. - P.Cohen: Contre ce qui menace de faire sombrer notre pays. - F.Bayrou: Les forces politiques qui annoncent faire tomber le gouvernement, ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles par les idées autant que par les arrière-pensées et qui échangent d'un bout à l'autre de l'Hémicycle les injures et les mises en cause.

Ce qu'elles préparent, si leur logique de division l'emporte, j'ai déjà utilisé le terme, c'est le tohu-bohu, le désordre, quand chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir. - P.Cohen: "Tohu-bohu", "désordre"...

Une salve d'applaudissements, une des rares salves qu'il a obtenues. Désordre qui ne peut mener qu'à un régime autoritaire. Il a évoqué un mouvement d'ordre mondial qui ne cesse de s'étendre sur la planète. - F.Bayrou: Il y a un chemin sur lequel la planète bascule, le chemin qui considère que la destinée des peuples, c'est d'obéir, et que, pour que s'instaure cette logique autoritaire contre le droit des peuples, le droit des citoyens, tous les coups sont permis, que la fin justifie les moyens, notamment l'utilisation de tous les conflits et de toutes les calomnies qu'il convient de faire flamber. - P.Cohen: F.Bayrou oppose un autre chemin, celui de la vérité partagée et du courage.

C'est peu dire qu'il n'a pas été entendu. - A.-E.Lemoine: A gauche comme à droite. - P.Cohen: B.Vallaud a été l'un des plus cinglants.

L'attitude du PS est au centre de toutes les spéculations pour la suite. Vallaud a étrillé le bilan d'E.Macron en y associant F.Bayrou.

Il a aussi dénoncé l'injustice du plan de redressement présenté par le Premier ministre à la mi-juillet. - B.Vallaud: De quoi votre plan est-il le nom?

Celui de la souffrance humaine, de l'injustice sociale, de l'inefficacité économique. C'est l'augmentation promise du chômage, l'abandon de l'impératif écologique, l'étranglement des services publics, c'est ajouter de la crise à la crise. Il ne suffit pas d'être centriste pour être central. - P.Cohen: "Nous sommes prêts à gouverner", dit B.Vallaud.

Il a conclu par "qu'ils viennent nous chercher", l'injonction de l'affaire Benalla. Le PS qui, avec ce réquisitoire, met la barre assez haut pour celui ou celle qui succédera à F.Bayrou et devra s'atteler à un accord de non-censure avec les socialistes. - A.-E.Lemoine: Perspective évoquée par L.Wauquiez. - P.Cohen: L.Wauquiez a déploré le gâchis du gouvernement Bayrou.

Le chef des députés LR a demandé à ce qu'on inverse pour la suite la manière de faire, de définir un programme de gouvernement, et désigner ensuite un Premier ministre. - L.Wauquiez: Si on veut donner un minimum de stabilité à un gouvernement, il faut changer la méthode.

On ne peut pas se contenter de désigner, chers collègues, une personnalité quelle qu'elle soit, Premier ministre à Matignon, à qui l'on signe un chèque en blanc sans avoir défini de trame. Aucune démocratie mature au monde ne fait cela. Quand il y a la nécessité de définir une coalition, quand il y a la nécessité de définir en discutant avec des gens avec lesquels on ne partage pas nécessairement les mêmes opinions, mais parce qu'on veut donner un minimum de stabilité, il faut assumer et se mettre autour de la table pour définir un programme de travail. - P.Cohen: Il a parfaitement raison.

Ca prend des mois. Compte tenu des contingences budgétaires, on n'a pas forcément des mois. L.Wauquiez n'a pas fermé la porte à un gouvernement de gauche.

Il a exclu des ministres LFI, mais il n'a pas dit qu'il y aurait une censure automatique. - A.-E.Lemoine: Il l'avait déjà dit.

M.Le Pen s'est posée en alternative. - P.Cohen: En se félicitant de la fin d'un gouvernement fantôme.

Elle renvoie droite et gauche à leurs responsabilités passées. - M.Le Pen: Dirigeants de droite comme de gauche, vous êtes coupables.

Vous ne pouvez pas pleurer devant les caméras les conséquences des méfaits que vous avez vous-même commis. Curieux procédé, de brandir les dettes dont on est comptable, les déficits dont on est responsable, l'effondrement général dont on est coupable, pour chercher à obtenir la confiance du Parlement. - P.Cohen: M.Le Pen a à nouveau réclamé le pouvoir, la dissolution, qui n'est, selon elle, pas une option mais une obligation.

Elle a donné raison au président de l'avoir fait en juin 2024, mais en lui reprochant les affaires d'appareil qui ont fait échec au RN. Le procès en appel dans l'affaire des eurodéputés se tiendra en janvier. Elle s'était dit prête, malgré son inéligibilité, à sacrifier son mandat de députée pour porter son parti à Matignon. - A.-E.Lemoine: On revient en détail sur les conséquences de ce vote historique à l'Assemblée nationale.

La première conséquence, c'est la démission de F.Bayrou. Il la remettra dès demain matin au président de la République.

Il a manqué 170 voix. Il y a eu 364 contre le vote de confiance. Il n'y avait pas de suspense.

On ne connaissait pas exactement la répartition des voix. Un mot sur ce résultat? - P.Perrineau: Il n'y avait pas de suspense étant donné les prises de position des partis des oppositions.

Les hésitations, jusqu'au coeur de la majorité...

L'ampleur de la défiance est tout de même très importante. Comparons. Lorsque M.Barnier part, c'était 30 voix qui le font partir.

Là, c'est 364. Il y a plus de 30 députés en plus qui ont nourri le mouvement de défiance. - A.-E.Lemoine: La crise s'aggrave. - P.Perrineau: Ca s'accélère.

La défiance, ce n'est pas simplement dans la population française. C'est aussi au coeur même de l'institution parlementaire. - A.-E.Lemoine: "Si vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement, vous avez le pouvoir de renverser le reste." Extrait du discours de F.Bayrou.

Ce discours signe ses adieux à Matignon. Vous en retenez la gravité? - L.Vigogne: Il n'a rien dit de très nouveau par rapport à ce qu'il a dit ces derniers jours.

Il n'y a pas de grandes phrases qui resteront de ce discours. F.Bayrou a voulu travailler cette séquence pour laisser une trace durable dans l'histoire et être celui qui aurait dit quelques vérités sur l'état financier du pays.

Est-ce que ça a marché? Les Français auront retenu ça? Ce n'est pas évident. - A.-E.Lemoine: Il a répété que le diagnostic vital de la France était engagé.

Ca n'avait pas trouvé d'écho jusque-là. - L.Vigogne: Il a parlé pendant 15 jours.

Tous les jours, il a fait un média important. Pourtant, dans l'opinion, les choses ont peu changé. Sa cote de confiance reste faible.

Dans les priorités des Français, la préoccupation sur la dette reste faible. - A.-E.Lemoine: C'est un constat d'échec. - P.Perrineau: Dans la posture physique du Premier ministre, qui semblait par moments déçu, triste, abattu...

Il est en train de faire le deuil de ce à quoi il a cru, la capacité pour une force centrale et centriste comme la sienne, de pouvoir gouverner, j'allais dire, en dehors de la gauche et de la droite. D'une certaine manière, il y a eu le rêve macronien et ensuite, le rêve de Bayrou, d'un espace centriste. Derrière les échecs, c'est l'échec de ce projet.

On revient à des oppositions plus classiques et à des options qui réveillent le clivage gauche-droite. - A.-E.Lemoine: F.Bayrou se faisait peu d'illusions sur l'issue de ce vote de confiance, à tel point qu'il avait invité ses ministres à un moment convivial à Matignon.

Le pot de départ est préparé? - L.Vigogne: Une heure après avoir annoncé ce vote de confiance lors de la conférence de presse qu'il avait tenue, il avait compris que le résultat serait négatif.

Tout était écrit. A partir de là, F.Bayrou savait qu'il se battait contre du vent.

Il a eu un mot ce soir, à la fin des discours des uns et des autres. Il a remercié son gouvernement. C'étaient ses adieux.

Pour lui, c'est quelque chose d'assez cruel qui s'est manifesté. Il n'a même pas fait l'unanimité dans ce qui lui servait de majorité, dans sa coalition. A peu près 210 députés du socle commun...

Il a eu 194 voix en sa faveur. Il en manque une quinzaine. - A.-E.Lemoine: E.Macron avait regretté le choix de son Premier ministre, de ce vote de confiance. - L.Vigogne: Il a expliqué qu'il n'aurait pas utilisé cette méthode.

Il a demandé s'il était encore possible d'utiliser une autre procédure. On lui avait fait comprendre que c'était trop tard. - A.-E.Lemoine: E.Macron va devoir se mettre en quête d'un nouveau Premier ministre. - L.Amar: L'expérience nous a prouvé que cela pourrait prendre beaucoup de temps. - Le président de la République n'a pas donné d'indications sur la temporalité de son choix à venir.

Il cherche la base de stabilité la plus large possible. - L.Amar: C'était en décembre dernier, l'ex porte-parole du gouvernement.

Elle était bien Embêtée à expliquer pourquoi E.Macron attendait si longtemps pour choisir un Premier ministre. - E.Macron: Il y a un rapport au temps et un rapport entre le temps politique et la parole politique. - L.Delahousse: Il vous obsède, ce temps? - E.Macron: Le rapport au temps est une question plus large.

On ne s'engage pas en politique si on n'a pas un certain rapport au temps. - L.Amar: Garder la maîtrise du temps pour réfléchir ou pour ne pas céder à la pression des médias et des oppositions.

E.Macron s'est proclamé maître des horloges. Il est parfois maître du suspense et des atermoiements.

Depuis sa réélection en 2022, presque toutes les nominations ont traîné en longueur. Une dizaine de jours pour F.Bayrou, 3 semaines pour E.Borne, quasiment 2 mois pour M.Barnier, avec souvent des changements in extremis.

C.Vautrin ou S.Lecornu peuvent nous en dire quelque chose.

Il nous a promis la fumée blanche. Nous n'en savons rien. - On était presque certains que c'était pour hier soir, finalement, non. - On n'a pas l'info.

Personne ne sait ce qui se passe en réunion avec le président de la République. - L.Amar: On a demandé les avis des députés. - Il va nommer assez vite un Premier ministre. - S.Rousseau: La France a besoin d'un budget débattu à l'Assemblée. - L.Jacobelli: C'est une réponse dont il est le seul, l'unique et l'absolu détenteur. - L.Amar: Vous avez bien entendu.

C'est une de ses proches qui nous le dit. Il va peut-être falloir attendre un peu. - A.-E.Lemoine: Le temps est plus compté que les fois précédentes? - P.Perrineau: Etre maître du temps, ça veut dire qu'on choisit son temps.

La politique est un combat et le temps, le rythme du temps vous est imposé parfois. J'ai l'impression et même la certitude que le président de la République a un temps politique compté. L'opinion est tout de même très remonté contre le président de la République.

Les députés le sont. J'ai été frappé dans les discours de l'opposition, derrière Bayrou...

Il y avait sans arrêt agiter le bouc émissaire présidentiel. Il y a tout de même un coût économique d'attendre la nomination d'un prochain Premier ministre. Espérons que le choix présidentiel sera relativement rapide. - A.-E.Lemoine: Depuis 15 jours, il y travaille. - L.Vigogne: Il sait très bien que plus il prendra son temps, plus s'accentuera la crise et plus ça le mettra en première ligne.

Des mouvements sociaux s'annoncent. Pour lui, ça pourrait être préjudiciable. On nous dit plutôt que ça ira assez vite. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce qu'il a dans la tête? - P.Cohen: De trouver l'oiseau rare, qui puisse aboutir à un accord de non-censure avec le Parti socialiste.

Il parle d'un changement de méthode, pour corroborer un peu ce qu'a dit L.Wauquiez. Et aussi, il parle d'un changement de génération.

Evidemment, c'était par opposition aux 2 septuagénaires qui ont occupé Matignon depuis un an, M.Barnier et F.Bayrou.

Je n'en sais pas plus. On peut supposer que, s'agissant de quelqu'un qui puisse parler au PS, on est plutôt sur un ministre non pas encarté du PS, mais issu de l'aile gauche du camp présidentiel. - L.Sénéchal: Ca exclut J.-Y.Le Drian? - P.Cohen: Oui. - A.-E.Lemoine: Plusieurs noms circulent. - L.Sénéchal: Je vous ai fait une liste non exhaustive.

Il n'y a pas J.-Y.Le Drian.

S.Lecornu, G.Darmanin, C.Vautrin...

Vous allez me dire ce que vous en pensez. Le socialiste est le seul de cette liste à être un candidat déclaré à Matignon. - O.Faure: Ceux qui partageaient ce contre-plan Bayrou peuvent être appelés.

Ca vaut pour moi comme pour les autres. - Si E.Macron vous choisit, vous dites oui ou non? - O.Faure: Je vous ai répondu.

Comme moi comme pour les autres, ce sera oui. - L.Sénéchal: Il a quand même l'avantage d'être le premier secrétaire du PS sans lequel E.Macron ne peut pas faire voter un budget.

La gauche elle-même est désunie. La France insoumise ne veut pas d'un socialiste à Matignon. - M.Panot: Ce que nous voyons, c'est un programme soluble dans le macronisme, nous, insoumis.

Nous ne voulons pas d'une énième personne qui continuerait la même politique. - M.Bompard: Tout gouvernement qui aurait l'intention de mener la même politique, tout gouvernement qui ne porterait pas à Matignon un programme de rupture avec le macronisme, nous le censurerons. - L.Sénéchal: Autre hypothèse: X.Bertrand, président de la région Hauts-de-France.

Il avait été présenté au moment de la nomination de M.Barnier. Son nom est cité plusieurs fois sur LCI par L.Wauquiez et aussi par le président du parti, B.Retailleau, notamment dans "Le Parisien".

X.Bertrand...

M.Le Pen lui promet déjà la censure. Reste donc les personnalités issues du camp Macron directement, des proches ou des ministres comme G.Darmanin, S.Lecornu, lui qui était tout proche de Matignon avant la nomination de F.Bayrou. - S.Lecornu: J'ai indiqué que je n'étais pas candidat à Matignon. - Vous verriez bien G.Darmanin à cette place? - S.Lecornu: Je le soutiens depuis 20 ans aux cantonales, aux municipales, aux législatives...

C'est 20 ans d'amitié. Il a des qualités personnelles. Je ne suis pas objectif pour des raisons amicales.

Mais il y a aussi le logiciel politique. - L.Sénéchal: Deux derniers noms à vous soumettre: C.Vautrin, elle aussi passée tout près de Matignon, et E.Lombard, celui qui mène la campagne la plus active, selon ce que vous rapportez.

La piste E.Lombard est à écarter? - L.Vigogne: Je n'y crois pas du tout.

Il s'agite beaucoup. - P.Cohen: G.Darmanin aussi. - L.Vigogne: S.Lecornu n'est candidat à rien non plus. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce qui peut faire pencher la balance vers un nom plutôt que vers un autre? - P.Cohen: Ce n'est pas un débat collectif.

Il y a un seul décisionnaire. - A.-E.Lemoine: Pour E.Macron? - L.Vigogne: Je pense qu'il veut aussi quelqu'un en qui il a confiance, avec qui il s'entend bien.

Il n'a pas aimé l'expérience M.Barnier. Il trouvait qu'il le mettait trop à l'écart.

Celui dont le nom revient le plus, c'est S.Lecornu. Peut-être qu'on sera démentis. - P.Cohen: C'était le 1er choix de décembre dernier.

Retour à la case départ. - A.-E.Lemoine: E.Macron évoque la nécessité de résoudre une crise parlementaire.

Les mots ne sont pas choisis par hasard. Il ne veut pas qu'on parle d'une crise politique? - P.Perrineau: Oui.

Quand on parle de crise parlementaire, on s'intéresse au Parlement, et particulièrement à l'Assemblée. Quel que soit le choix du président, l'Assemblée est ingouvernable. Qui que soit celui ou celle qui sera nommé, les difficultés vont revenir très vite.

Il y a eu des difficultés pour M.Barnier, il y a les difficultés qu'on a aujourd'hui pour F.Bayrou.

Demain, il y aura d'autres difficultés pour monsieur X ou madame Y. A ce moment-là, quelle sera la possibilité pour le président de la République? Ce sera de dissoudre, d'utiliser un second pouvoir propre après celui de pouvoir choisir le Premier ministre, à savoir la dissolution. - A.-E.Lemoine: Avant d'en venir à ce second pouvoir propre qu'il pourrait utiliser, il n'y a aucune chance...

La chance du prochain gouvernement, c'est de s'entendre avec le PS? - L.Vigogne: C'est la seule voie réaliste.

De ce qui s'est passé avec F.Bayrou, E.Macron a tiré la conclusion qu'il ne pouvait plus rien attendre du RN.

Le RN était rentré dans une logique offensive, voulant absolument une dissolution. - A.-E.Lemoine: Il y a eu une cassure avec F.Bayrou.

C'est l'affaire Bétharram? - L.Vigogne: Quand F.Bayrou arrive, il réussit plutôt à engager un dialogue avec les socialistes, à faire que le budget de l'année 2025 passe en obtenant un accord de non-censure avec le PS.

L'affaire Bétharram fait tout basculer. Il y a des dirigeants socialistes qui ont eu des mots très durs à l'encontre de F.Bayrou.

Il les prend très mal. A la suite de ça, il n'y aura plus beaucoup d'échanges entre eux. Tout va se dégrader.

Ca a fait que B.Vallaud, Le patron des députés socialistes, a un discours très dur à l'endroit de F.Bayrou.

Ca a été révélateur. - A.-E.Lemoine: Un accord de non-censure peut-être, mais à condition de donner des gages au PS. - P.Perrineau: S'il gagne un peu sur le PS, que va-t-il se passer à droite avec l'allié LR?

Si vous écoutez monsieur B.Retailleau, sa volonté de soutenir Un gouvernement qui serait dirigé par quelqu'un de complaisant avec les socialistes, ce n'est pas sa tasse de thé. Il faut faire attention, dans cette majorité stéréo, à ce que les 2 baffles fonctionnent.

S'il n'y en a qu'une qui fonctionne, on retombera très vite dans les problèmes qu'on connaît. - L.Vigogne: B.Retailleau verrait d'un bon oeil l'arrivée de S.Lecornu à Matignon.

B.Retailleau veut encore rester ministre de l'Intérieur. Ce que veulent Les Républicains, c'est un contrat de gouvernement assez lâche. - A.-E.Lemoine: Le PS en pense quoi, de S.Lecornu? - L.Vigogne: Ils ont une vision assez négative de lui.

Il a eu des dîners avec M.Le Pen qui ont été rendus publics par la presse ces derniers mois. Ils estiment qu'il a eu des relations un peu trop sulfureuses avec le RN.

Si les socialistes ne veulent pas de dissolution, ils seront bien obligés de s'accommoder avec le futur Premier ministre. - P.Cohen: Ils n'en veulent pas. - A.-E.Lemoine: De dissolution. - L.Vigogne: Certains ministres ont alerté l'Elysée ces derniers jours pour dire que des députés socialistes étaient dans des circonscriptions où ils étaient très soumis aux insoumis et très enclins à voter une motion de censure contre n'importe quel Premier ministre. - P.Cohen: C'est le cas d'O.Faure qui, dans sa circonscription, est dépendant de cet électorat et, dans une moindre mesure, de B.Vallaud. - P.Perrineau: N'oublions pas les municipales.

Si le PS veut revenir dans la case locale, dans de multiples villes, il est entièrement dépendant de LFI. Cela fait que leur marge de manoeuvre est tout de même relativement écourtée. Si on imagine qu'à peu près 1/3 du groupe socialiste est très LFI-dépendant, je crois que c'est raisonnable. - A.-E.Lemoine: C'est un exercice d'équilibriste.

Il y a les municipales et les présidentielles, au plus tard en 2027. - L.Vigogne: Tous ceux qui peuvent prétendre à cette échéance font bien attention à ce qu'ils font.

Ils n'ont pas forcément envie de se compromettre avec untel ou untel. Ca complique encore plus la donne. Il faut s'entendre avec le PS sans pousser par la sortie Les Républicains.

La diplomatie est indispensable. - L.Amar: B.Retailleau, L.Wauquiez, épisode 2.

Ils étaient déjà rivaux au printemps dernier pour prendre la tête des Républicains. Il a suffi d'une déclaration de L.Wauquiez pour raviver les tensions. - L.Wauquiez: On ne censurera pas un gouvernement socialiste ou du RN.

J'essaie d'être cohérent avec ce que je vous dis. Je suis pour la stabilité politique. Nous ne faisons pas partie de ceux qui font tomber des gouvernements, dans ce pays.

Quels qu'ils soient, je pense que l'instabilité est catastrophique pour le pays. - L.Amar: L.Wauquiez voudrait laisser sa chance au RN ou au PS.

Il y a une phrase que B.Retailleau n'a pas beaucoup aimée. Il se fendait d'un tweet moins de 24 heures plus tard. ... - B.Retailleau: Ecoutez...

Parfois, la cacophonie...

Notre mouvement, s'il n'est pas un casernement, ne doit pas être une auberge espagnole. Il est hors de question qu'on accepte demain qu'un Premier ministre socialiste soit nommé à Matignon! - L.Amar: Regardez bien l'attitude de L.Wauquiez pendant le discours.

Elle est très parlante. Il est assis au premier rang, mais ses yeux sont rivés sur son téléphone. Pas de poignée de main, pas d'image d'unité entre les 2 leaders.

Ecoutez la colère de cette militante qui soutient L.Wauquiez. - Je n'ai pas trouvé ça très malin de recaler L.Wauquiez au premier rang.

On ne fait pas ça en voulant montrer un message d'unité. Il veut verrouiller le parti pour B.Retailleau 2027.

Je ne suis pas la seule à le dire. La famille, ça ne va pas du tout, en ce moment. - L.Amar: Une famille divisée jusqu'au vote de cet après-midi.

D'un côté, B.Retailleau appelait à voter la confiance. De l'autre, L.Wauquiez a insisté sur la liberté des députés LR.

Résultat: 13 députés des Républicains ont voté contre tout à l'heure. B.Retailleau-L.Wauquiez, un duo qui risque bien de continuer à fracturer la droite.

Entre l'un qui croit de plus en plus à son destin présidentiel et un autre qui n'a jamais complètement renoncé. - A.-E.Lemoine: Ca peut accentuer la fracture au sein de cette famille? - L.Vigogne: C'est compliqué pour eux.

F.Bayrou, c'était déjà compliqué pour eux. C'était l'ennemi des Républicains.

Il n'avait pas soutenu N.Sarkozy en 2012. Faire partie d'un même gouvernement que lui, ce n'était pas simple pour Les Républicains.

Ca s'annonce encore plus compliqué. Ils sont associés désormais de plain-pied au bilan d'E.Macron.

Dans la perspective de 2027, pour s'en distinguer, ça va rendre les choses encore plus compliquées. Ils ont beaucoup de contraintes à gérer. B.Retailleau veut rester au gouvernement.

Rester trop longtemps, c'est peut-être trop compromettre ses chances pour 2027. - A.-E.Lemoine: Tout comme le PS, aucun intérêt à une dissolution. - P.Perrineau: On voit dans ce mouvement des Républicains le retour des refoulés de la droite française, qui se tire toujours une balle dans le pied par une guerre des chefs.

Souvenons-nous Sarkozy-Chirac, Fillon-Copé, maintenant, Retailleau-Wauquiez...

Alors que dans l'électorat, le parti républicain connaît une vraie dynamique. Ils évitent la marginalisation électorale, mais toutes les enquêtes montrent que ça y est, ils ont redécouvert un score à 2 chiffres. Ils commencent à être dans les 10-11 % des suffrages exprimés, alors qu'ils étaient dans une voie de marginalisation.

B.Retailleau est une des figures politiques les plus populaires. Il y a un paradoxe.

Le succès, avec de multiples guillemets, revient vers eux. Le vieux refoulé de la guerre des chefs met les choses un peu en l'air. - A.-E.Lemoine: Le pari d'E.Macron, c'est de compter sur une non-censure du PS en demandant à son bloc de travailler avec eux et de trouver des compromis.

Il parie aussi sur le fait que Les Républicains ne fermeront pas la porte. - L.Vigogne: B.Retailleau veut rester au gouvernement.

Les Républicains ont le sentiment d'être revenus au premier plan, aux affaires. Ca leur a redonné de l'oxygène, notamment de l'oxygène électoral. Tout leur intérêt est de contribuer, de continuer à rester aux manettes.

Il ne faut pas rester trop longtemps. C'est une vraie question qui sera posée à B.Retailleau, à un moment donné.

Pour l'instant, il considère que la balance des "plus" est encore supérieure à celle des "moins". - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'E.Macron pense que le Premier ministre qu'il va nommer tiendra jusqu'en 2027?

C'est l'objectif, a priori. - P.Perrineau: Le président nous a réservé régulièrement des surprises.

Et croyez bien que la dissolution post-européennes allait changer les choses. Ca a aggravé profondément les choses. Il y aura peut-être une seconde erreur de diagnostic.

Je ne crois pas que quel que soit le profil, la nature du Premier ministre, on pourra éviter à terme de revenir devant ce qui reste l'arbitre des élégances, les électeurs. - L.Vigogne: Ce qui était le plus marquant cet après-midi, c'était le discours de M.Le Pen.

Elle a fait un quart d'heure à la tribune. Elle a parlé 5 minutes de la dette et 10 minutes de la dissolution qu'elle souhaitait. Elle a développé le raisonnement qui ferait qu'E.Macron serait obligé d'y recourir.

On sentait une certaine puissance dans son discours. Il y avait un bloc très fort derrière elle. Ca va être toute la question des dernières semaines et des prochains mois.

Est-ce que le Premier ministre que va choisir E.Macron va le sauver et va sauver son quinquennat en faisant en sorte de tenir jusqu'en 2027? - A.-E.Lemoine: G.Attal a accordé une interview au "Parisien" aujourd'hui, avant même que soit officialisée... - L.Sénéchal: La chute de F.Bayrou.

Il propose la nomination d'un négociateur dont on acterait d'entrée de jeu qu'il n'irait pas à Matignon. Est-ce que c'est une proposition qui pourrait aider à sortir de l'impasse? - P.Perrineau: Ce n'est pas absurde.

Il faut changer de méthode. Les 2 méthodes précédentes n'ont pas marché. Il y a la solution qui prendrait des mois... - L.Sénéchal: Sauf qu'il faut voter un budget. - P.Perrineau: Il faut aller vite.

Pourquoi pas un négociateur neutre? Ce ne serait pas un politique. Il mettrait en discussion les différentes forces du bloc qui irait des LR aux socialistes. - P.Cohen: Un nouveau conclave, en quelque sorte.

Avec le succès qu'il a connu la dernière fois... - P.Perrineau: En espérant que la fumée soit blanche et non pas noire. - L.Vigogne: C'est une solution qui peut avoir un mérite aux yeux du chef de l'Etat.

Il peut s'exprimer. Il y a un an, tous les chefs de partis avaient défilé pendant des jours à l'Elysée. - E.Tran Nguyen: Il avait dit qu'il allait nommer le Premier ministre dans les tout prochains jours. - L.Vigogne: Il ne veut pas qu'il y ait le même cérémonial pour s'exposer le moins possible. - P.Cohen: Encore une phrase de G.Attal dans cette interview.

Il dit: "E.Macron doit montrer qu'il est prêt à accepter de partager le pouvoir." C'est un ancien Premier ministre qui dit ça, un macroniste. "Il l'a fait en nommant un de ses opposants l'année dernière." - P.Perrineau: C'est une parole d'expert. - L.Vigogne: On ne voit pas bien E.Macron partager le pouvoir.

Il faut s'entendre encore davantage avec les socialistes. C'est vers cet horizon qu'il faut aller. - A.-E.Lemoine: Un négociateur, ça pourrait être qui?

On a l'impression qu'on va régler un conflit social. - L.Vigogne: Un député vend beaucoup cette hypothèse, R.Lescure, député des Français de l'étranger, très proche d'E.Macron.

Il a beaucoup plaidé pour cela. Il voit beaucoup de dirigeants, de droite, de gauche, en essayant de vendre cette idée. Est-ce que ça peut être cet homme?

Je ne crois pas. Je pense qu'E.Macron va nommer un nouveau Premier ministre en lui demandant de procéder à quelques consultations, à des entretiens dans les jours qui suivent. - A.-E.Lemoine: Pendant ce temps-là, les oppositions fournissent leurs armes. ...fourbissent leurs armes. - L.Sénéchal: A commencer par le RN.

M.Le Pen a été véhémente à la tribune. Elle abandonne la stratégie de la cravate pour exiger à l'Assemblée une dissolution. - M.Le Pen: Tout laisse penser, juridiquement, politiquement, voire moralement, que la dissolution n'est donc pas pour lui une option, mais une obligation. - L.Sénéchal: Le RN faisait sa rentrée hier, à Hénin-Beaumont.

Nous y étions. Un mot d'ordre, chez les militants: dégagisme. - On aimerait bien ne plus être avec Bayrou. - J'aimerais une démission de Macron et une dissolution. - Il doit démissionner. - Qu'il démissionne, qu'il s'en aille. - Vive le RN! - L.Sénéchal: Il y a pourtant un hic.

En cas de dissolution, M.Le Pen perdrait son siège de députée et la direction du groupe RN. Elle est sous le coup d'une peine d'inéligibilité. - M.Le Pen: Il a cru que nous ne prendrions pas le risque d'une dissolution sachant qu'en raison de la scandaleuse décision me frappant d'inéligibilité avec exécution provisoire, je ne pourrais peut-être pas me représenter.

Je suis prête à sacrifier tous les mandats de la terre pour vous empêcher de massacrer les Français avec vos politiques absurdes et vos pseudo-économies injustes et toxiques! - L.Sénéchal: M.Le Pen connaît depuis aujourd'hui la date de son procès en appel, du 13 janvier au 12 février 2026.

La date de fin du procès est importante. C'est le point de départ en cas de nouvelle condamnation à une peine d'inéligibilité. Elle ne pourrait pas concourir à la présidentielle. - P.Cohen: Son avocat avait plaidé pour un audiencement après les municipales.

On est juste avant la campagne des municipales, ce qui, dans son esprit, pourrait avoir un impact politique. Son avocat regrette un calendrier qu'il juge inapproprié. - L.Sénéchal: Le RN ne se cache pas de vouloir "tester l'inéligibilité de M.Le Pen".

R.Labaye, secrétaire général du groupe RN à l'Assemblée, le disait dans "Le Point" il y a quelques semaines. ...

Voilà où en est le RN, qui réclame une dissolution. Il a déjà son candidat déclaré pour Matignon. Ce n'est pas M.Le Pen, mais J.Bardella. - L.Jacobelli: Je suis un Français comme les autres.

La personnalité que les Français voient comme Premier ministre, c'est J.Bardella. - Si nous avions laissé J.Bardella être Premier ministre, la situation des Français serait bien différente. - J.Bardella: Si demain, Nous obtenons une majorité à l'Assemblée nationale, même dans le cas d'une cohabitation, je proposerai ma candidature au nom du RN, au poste de Premier ministre.

Bien sûr. Même dans le cas d'une cohabitation, on peut faire des choses. - L.Sénéchal: Qu'est-ce qu'il faut penser de cette idée de tester l'inéligibilité de M.Le Pen? - P.Perrineau: Les hommes politiques et les femmes politiques prennent souvent leurs désirs pour des réalités.

On y est. Le Premier ministre appelait tout à l'heure au devoir de vérité, etc. Je crois que c'est un rêve.

Ca m'étonnerait beaucoup que le Conseil constitutionnel prenne ce type de décision. On reste dans l'hypothèse de J.Bardella qui serait appelé, comme il vient de le dire, éventuellement, après une dissolution et des élections, à avoir une majorité.

Mais attention. Il va un peu vite en besogne. Pour l'instant, toutes les enquêtes montrent une dynamique modérée, mais une dynamique du RN.

Le RN est loin d'avoir la majorité absolue. - P.Cohen: Il est à peu près au même niveau qu'il y a un an et demi. - P.Perrineau: M.Le Pen s'en est beaucoup pris dans son discours aux deux tours et à la logique, paraît-il, mortelle, du second tour.

Les élections législatives, chez nous, c'est à 2 tours. Pour l'instant, le plafond de verre est entamé, mais il continue tout de même à agir. Il y a des gens, même s'ils partagent certaines idées du RN, qui considèrent que le RN n'est pas suffisamment armé pour exercer le pouvoir. - P.Cohen: R.Cayrol disait exactement la même chose à votre presse il y a quelques jours.

Il pensait qu'il y avait encore un plafond. - P.Perrineau: On l'a vu aux dernières législatives.

On le reverra amoindri, mais on le reverra aux prochaines législatives. - L.Vigogne: C'est un changement de stratégie important pour le RN.

Il veut gouverner avant 2027. Il veut montrer aux Français qu'il est apte, que sur certains points, il est prêt à apporter des solutions. Il est prêt à casser des idées reçues, par exemple, ses rapports avec la Russie.

Ils veulent prouver qu'ils peuvent exercer des responsabilités avant la présidentielle de 2027. Ils estiment que c'est ce qui leur permettra de gagner l'Elysée. - P.Cohen: Ce que N.Sarkozy a conseillé à S.Lecornu, qu'il a reçu dans son bureau en janvier. - L.Sénéchal: J.-L.Mélenchon affiche la couleur sur son compte Twitter.

Le 8 septembre, c'est le jour du "pot de départ de F.Bayrou". Le leader insoumis était présent à l'Assemblée nationale cet après-midi.

Il a assisté au vote, lui qui n'est pas député. Il était ce week-end à Lille, où il réclamait la dissolution d'E.Macron. - J.-L.Mélenchon: Le 8, nous pensons que ce sera le jour où nous ferons partir, grâce à la mobilisation populaire qui s'annonce pour le 10, le Premier ministre, monsieur Bayrou.

Mais le 10, nous bloquons tout pour faire partir monsieur Macron lui-même. C'est celui qui est le responsable de la crise. Acclamations. - L.Sénéchal: Et si E.Macron ne démissionnait pas, LFI entend le destituer.

La procédure sera relancée dès demain. Ca été confirmé il y a quelques minutes par la cheffe de file des députés LFI à l'Assemblée. Une pétition a été lancée au printemps.

Elle est toujours ouverte sur le site de l'Assemblée nationale. Elle recueille près de 150 000 signatures. - A.-E.Lemoine: LFI réclame la démission du pouvoir.

Il va essayer de destituer E.Macron. Quand J.-F.Copé, V.Pécresse, des figures de la droite républicaine, réclament la démission d'E.Macron, c'est plus étonnant? - P.Perrineau: En effet.

C'est une tradition auprès de certains élus de droite et de droite de sensibilité gaulliste. Quand il y a un problème grave, le président met sa responsabilité en jeu. Tout le monde est hanté par la démission de 1969 du général de Gaulle.

Rappelons 1969. Le général de Gaulle avait fait un référendum. sur le oui ou le non." Le "non" avait été majoritaire.

Il en avait tiré les conséquences. On n'est pas du tout dans ce type de conjoncture. Le gaullisme du président actuel est certainement un gaullisme tempéré. - A.-E.Lemoine: Est-ce que ça débloquerait la situation, la démission d'E.Macron? - L.Vigogne: Ca changerait complètement la donne.

On aurait une élection présidentielle qui se passerait dans des conditions complètement chaotiques. Ce serait une campagne de 30 jours. Quand des personnalités comme ça, qui font partie de la formation de gouvernement, réclament la démission du chef d'Etat, c'est inquiétant.

Ca montre que la question de sa démission va peser comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête jusqu'à la fin de son quinquennat. - P.Lescure: Il y a 1969, mais aussi les mots de général de Gaulle en décembre 65.

Ca été repéré par un confrère. Ils sonnent fort, les mots du général, en 65. - C.de Gaulle: Malgré l'enveloppe, malgré les termes, malgré l'esprit de ce qui a été voté en 58, les partis se réemparent des institutions, de la République, de l'Etat.

On a fait des confessionnaux. C'est pour tâcher de repousser le diable. Mais si le diable est dans le confessionnal, ça change tout. - P.Lescure: Il le disait avec un petit sourire et son humour historique.

Mais depuis l'annonce de cette confiance repoussée largement, on ne parle que des partis. On est presque dans une configuration comme celle qu'il évoquait. - P.Perrineau: "Le diable est dans le confessionnal." Lorsqu'on écoutait attentivement F.Bayrou tout à l'heure, en particulier la partie de son discours consacrée au jeu délétère des partis, il partageait le sentiment du général de Gaulle en décembre 65, c'est-à-dire que les partis ne voient pas plus loin que le bout de leur nez politique.

Ils sont incapables de se hausser à la hauteur de l'intérêt commun. On ne parle pas de l'intérêt général. Ils n'arrivent pas à le définir et ne sont capables que de produire des majorités négatives.

Qu'est-ce qui s'est passé, encore, aujourd'hui? C'est une majorité large, mais une majorité entièrement négative. C'est une majorité qui fait montre de son pouvoir de détruire, mais absolument pas de son pouvoir de construire. - L.Vigogne: On en vient au problème institutionnel.

La Ve République, c'est une majorité, une opposition. A partir du moment où on bascule dans un système où il y a une majorité et des oppositions, où il y a le tripartisme, tout devient plus compliqué et ingouvernable. C'est ce à quoi on est confrontés en ce moment et de manière encore plus spectaculaire depuis la dissolution de l'an dernier. - A.-E.Lemoine: Une démission de F.Bayrou demain, à la veille d'une initiative née sur les réseaux sociaux, et 10 jours avant les grèves annoncées par les syndicats. - E.Tran Nguyen: F.Bayrou avait en tête cette autre date, ce 10 septembre, date de mobilisation du mouvement citoyen "Bloquons tout".

Quelle que soit l'issue et le fait qu'il soit renversé, cette mobilisation aura bien lieu. - Je dis qu'il faut que ça pète. On ne s'en sort plus financièrement. - Ca peut être de bloquer un centre commercial, une autoroute, le périph à Lille... - "Ce 10 septembre prochain, je fermerai ce restaurant pour manifester mon mécontentement." - C'est important de garder l'idée de faire masse et de faire classe, de ramener le plus de monde possible. - Il faut aller jusqu'à la grève générale de façon à ce que tout le monde se mette dans la bagarre. - E.Tran Nguyen: Difficile de savoir qui est derrière le mouvement.

Il est protéiforme. Difficile de savoir quelle forme il va prendre. Il fait l'objet d'une note des Renseignements généraux, qui s'attendent à une quarantaine de manifestations dans environ 60 départements.

Ca pourrait ressembler à des blocages de sites, de facs, de routes, d'aéroports, de transports, de plateformes Amazon. Il pourrait aussi y avoir des blocages de ronds-points, comme à l'époque des "gilets jaunes". Il y a aussi une inquiétude à noter dans cette note: de l'inquiétude qui réside dans 2 termes.

C'est un mouvement antigouvernement et antiprésident. Ca laisse voir une mouvance ultragauche. Ca laisse craindre des troubles à l'ordre public, voire des violences.

C'est aussi ce qu'on ressent beaucoup chez nos téléspectateurs. A la question "est-ce que vous comprenez la colère des manifestants", il y a beaucoup plus de "non"que de "oui". C'est l'argument dont pourrait se servir le gouvernement, selon S.Binet: faire peur aux Français.

Est-ce que ça pourrait n'être que le début, comme certains le souhaitent? - L.Vigogne: On a pour l'instant un peu de mal à présenter ce mouvement.

Il faudra attendre mercredi. Un élément intéressant tout à l'heure dans le discours de M.Le Pen.

Elle s'est désolidarisée du 10 septembre en l'associant à LFI. Je pense qu'elle a compris ce que vous disiez. Les Français n'ont pas forcément envie de troubles à l'ordre public en ce moment.

Elle n'a pas envie de s'associer à un mouvement qui pourrait dégénérer. Il faut se souvenir que pendant les "gilets jaunes", E.Macron avait réussi à retourner la situation en sa faveur, en incarnant l'ordre, face à une opinion qui ne voulait pas de trouble. - A.-E.Lemoine: Il vous reste 20 secondes pour conclure. - P.Perrineau: Ce n'est pas l'héritier du mouvement des "gilets jaunes".

C'est autre chose. C'est un mouvement qui est sensiblement plus à gauche et à gauche de la gauche que ne l'étaient les "gilets jaunes". C'est un mouvement qui est porteur de violence.

C'est ça, qui inquiète l'opinion. - A.-E.Lemoine: Merci, P.Perrineau.

Je rappelle votre ouvrage: "Le Goût de la politique:

Chute du gouvernement : retour sur une journée historique - C à Vous l’intégrale - 08/09/2025 — François Bayrou · Pourquijevote