Procès des viols de Mazan, enquête sur le sénateur Joël Guerriau, notion de consentement... Le "8h30 franceinfo" de Sandrine Josso
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Bonjour Sandrine Jossot, le sénateur Joël Guerriot soupçonné de vous avoir drogué pour vous agresser sexuellement il y a presque un an annonce qu'il se met en retrait des travaux parlementaires, il quitte ses fonctions exécutives on va dire au Sénat mais pas son siège, est-ce que c'est suffisant ?
Alors moi ce que j'ai lu dans la presse depuis presque un an c'est que depuis qu'il y a eu cette fameuse soirée du 14 novembre le médecin du Sénat l'a mis en arrêt maladie et là donc ce que j'ai lu également donc dernièrement c'est que il souhaitait donc reprendre ses activités parlementaires et il sollicitait un rendez-vous avec Gérard Larcher Voilà donc voilà Gérard et Joël se parlent donc au bout d'un an et décident se mettre d'accord en fait sur le fait qu'il ne peut plus finalement revenir au Sénat à cause certainement de beaucoup de pressions d'autres collègues parlementaires Beaucoup de sénateurs se sont d'ailleurs manifestés contre son retour et ensuite ils ont organisé les choses alors moi ce qui me préoccupe aujourd'hui c'est ce que me disent les français c'est-à-dire ils me disent mais il est toujours sénateur et il est toujours rémunéré Moi c'est plus ça qui me préoccupe
Gérard Larcher avait laissé entendre qu'il souhaitait qu'il ne soit plus sénateur or il n'a pas démissionné donc effectivement
Voilà donc est-ce que Joël Guerriot conteste d'ailleurs il y a un doute sur ce qui a été dit entre les deux hommes manifestement Mais ce qui est sûr c'est que techniquement est-ce que Gérard Larcher peut aller plus loin c'est le conseil constitutionnel qui peut démettre un sénateur à condition qu'il y ait une condamnation judiciaire ce qui n'est pas le cas C'est important de rappeler ce cadre là
Voilà exactement donc ce qui se passe aujourd'hui c'est que Joël Guerriot est toujours sénateur il touche toujours son indemnité parlementaire il a un poste de secrétaire donc dans le bureau du Sénat Qu'il n'aura plus, qu'il n'a plus maintenant désormais puisqu'il quitte ses fonctions Le secrétaire ? Il faut vérifier C'est le cas, c'est le cas Parce qu'il a aussi un poste honorifique où il a dit qu'il quittait ses fonctions c'est le poste de vice-président d'une commission des affaires étrangères
C'est ça également Voilà Ça c'est terminé mais le salaire principal il est toujours là
Le salaire est toujours là et moi j'ai lu dans un article il faudra vérifier qu'il voulait bien quitter le titre honorifique de vice-président de cette commission des affaires étrangères mais pas son poste de secrétaire du Sénat qui est rémunéré
On comprend que vous trouvez que tout cela est anormal Qu'est-ce que vous demandez ? Vous demandez qu'il démissionne spontanément ? Vous demandez qu'il soit démis ? Qu'est-ce qui doit être fait ?
Non, moi c'est ce que je vais vous dire franchement C'est ce que me disent les Français C'est ça qui m'importe C'est-à-dire que moi les Français me disent Mais comment c'est possible qu'ils puissent rester sénateurs et comment c'est possible qu'ils puissent rester aussi avec ces indemnités parlementaires ? Moi j'ai pas de réponse à ça J'ai juste une réponse par rapport à ce qu'on peut ou pas dans la Constitution Mais la préoccupation des Français elle est là
Mais vous en tant que victime on imagine que vous avez aussi quand même un sentiment
On va rappeler quand même ce qui s'est passé Parce que en quelques mots Vous le connaissez bien, ça c'est important Vous êtes élu de l'Oure-Atlantique Tous les deux, vous êtes chez lui Pour fêter sa réélection On est le 14 novembre l'année dernière Il y a une coupe de champagne Puis deux, vous vous sentez mal Et vous parlez d'un petit sachet de poudre blanche Que vous avez aperçu D'où la forte suspicion d'intention de vous droguer On est d'accord ?
C'est très clair Moi c'est quand j'ai vu le sachet blanc Quand je l'ai vu le ranger C'est là que je me suis échappée J'ai compris en fait pourquoi j'avais tous ces symptômes
Il a été interrogé mardi au tribunal de Paris D'ailleurs sur une vingtaine de recherches internet Qu'il a fait sur son téléphone Drogue et viol, point de vente GHB GHB effet lendemain C'était un mois à peu près avant les faits C'est ça ? Et il dit qu'il a voulu Il avait entendu parler d'une relation proche De quelqu'un de son entourage qui avait perdu connaissance Et qui voulait s'informer Vous parvenez à fuir Mais arrêtons-nous sur le fait que vous le connaissez Ça c'est important parce que c'est un élément récurrent Dans les affaires de viol C'est pas quelqu'un que vous avez rencontré comme ça Dans la rue en inconnu ou dans une fête
Oui, dans les affaires d'agression sexuelle et de viol En général, la victime connaît son agresseur Il est soit dans la sphère amicale Soit dans la sphère familiale
Et là, vous le connaissez Qu'est-ce qu'il vous dit ? Qu'est-ce qu'il... Enfin, il vous éclaire sur son intention ? Parce qu'il dit, je n'ai pas... Il redit à West France, là, il y a quelques jours Je n'avais pas de mauvaise intention à son égard
Moi, j'écoute ce qu'il dit Maintenant, il faudra qu'il s'explique de ça Parce qu'il faut quand même être pragmatique Lors de la perquisition, on a retrouvé chez lui un sachet de drogue On a retrouvé dans mon sang cette drogue Alors après, le procès aura certainement lieu Il aura l'occasion de s'expliquer Moi, je suis juste en train de comprendre Qu'il y a des faits Et il y a aussi ce qu'il a fait, notamment en recherchant Avec son ordinateur des mots-clés En lien avec ce qui s'est passé cette soirée-là
Justement, un an après, est-ce que vous avez des nouvelles de l'enquête ?
C'est toujours en instruction Donc, j'attends Comme toutes les victimes attendent dans ce genre de situation
Et rétrospectivement, est-ce que vous estimez que le soutien de la classe politique À ce moment-là, et dans les semaines, les mois qui ont suivi, il a été suffisant ?
J'ai été soutenue Il y a aussi eu cette prise de conscience du fait que la soumission chimique Est une problématique de santé publique J'ai eu cette mission Donc tout ça, ça pose aussi des actes forts Maintenant, c'est un sujet plus vaste C'est-à-dire que comment on regarde en fait ces personnes qui font des actes Qui font des agressions sexuelles Qui font des attouchements Qui font tout ça dans notre société Ce sont des délinquants Et voilà, c'est de la délinquance Et c'est ça qu'il faut bien qu'on puisse aussi dire aujourd'hui C'est qu'on ne peut plus laisser faire ça
Et on laisse trop faire C'est ça que vous sous-entendez ?
En fait, c'est toujours ce qu'on entend dans les tribunaux Parfois aussi de la bouche de certaines personnes C'est qu'on minimise, on banalise Mais c'est de la criminalité C'est de la délinquance
On va continuer effectivement cette interview Dans une minute, juste après le fil info 9h20, Claire Chacaglini Pas de répit pour les Libanais Les bombardements israéliens se sont poursuivis ce matin Sur les positions du Hezbollah à Beyrouth Autre terrain des attaques de l'armée israélienne La plaine de la BK Quelques heures plus tôt, c'est le quartier général de la milice chiite Qui a été pulvérisé par les raids de l'état hébreu Dans la capitale libanaise Selon des médias israéliens Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah Était la cible recherchée Sa mort n'a pas été officiellement annoncée par son organisation En Ukraine, une double frappe russe Sur un établissement médical Cette nuit, bilan 6 morts Pas de hausse d'impôts Pour ceux qui travaillent et ceux qui produisent Message martelé une nouvelle fois par Michel Barnier Dans un entretien au journal de Saône-et-Loire Le Premier ministre évoque une contribution exceptionnelle et temporaire Ciblée sur ceux qui peuvent mettre la main à la poche Pauline Ferrand-Prévost en lice pour la course féminine du championnat du monde de cyclisme sur route Elle avait été médaillée d'or en VTT aux Jeux Olympiques il y a quelques semaines Premier coup d'envoi à 12h45 à Zurich en Suisse
France Info
Le 8.30 France Info Bérangère Bonte Adrien Bec
C'est Sandrine Josteau, députée modem de Loire-Atlantique Il ne s'agit pas de comparer sans doute avec l'enfer qu'a vécu Gisèle Pellicot Mais la soumission chimique dont vous parliez Elle est de fait l'un des sujets du procès de Mazan Et l'immense émotion que suscite ce procès D'ailleurs a peut-être joué un rôle dans la mobilisation des sénateurs Ces derniers jours, ces dernières semaines pour vous ?
Pour mettre en retrait Joël Guerriot ? Tout le monde en parle, on en parle sur les marchés, on en parle dans les familles C'est bien sûr que ça imprègne Vous vivez comment ce procès vous ?
Alors moi je me suis préparée parce que je suis porte-parole de l'association On ne m'endort pas, donc je me suis préparée, j'y suis allée Je regarde de près tout ce qui se passe J'y vais aussi en soutien mais également en tant qu'observatrice A plein d'endroits on a des progrès à faire dans comprendre la soumission chimique Comprendre aussi toute la souffrance que vivent les victimes Parce que Gisèle Pellicot elle dit il faut que la honte change de camp Et je suis complètement d'accord avec elle, on est complètement d'accord avec elle Et je crois qu'il y a quelque chose d'important C'est le fait qu'il faut qu'on comprenne la souffrance de toutes ces victimes Et c'est ça en fait Tant qu'on n'aura pas compris la souffrance de toutes ces victimes Et bien les choses ont du mal à changer
Mais quand vous voyez le nombre de personnes qui viennent au procès Gisèle Pellicot qui est applaudie Les auteurs présumés des viols qui se font huer Est-ce que la honte n'est pas pour le coup en train de changer de camp ?
Il y a une prise de conscience Et puis il y a aussi derrière ce sujet du viol Il y a plein d'autres sujets qui émergent dans cette salle d'audience C'est le sujet de la pornographie, des addictions à la pornographie En fait on lève énormément de tabous Alors ce sont des sujets aussi qui nous regardent tous Et des sujets aussi de politique sociétale Sur lesquels certains ne sont pas très à l'aise Il faut l'avouer Et je pense que les femmes et les hommes politiques Doivent à tout prix mieux prendre en compte tous ces sujets-là Et tant qu'on ne le fait pas Eh bien on laissera de côté tout cela
Il y a le sujet du consentement par exemple Les six co-accusés du mari cette semaine Qui ont témoigné ont tous dit Ignoré que Gisèle Pellicot n'était pas consentante Alors qu'elle ronfle, il lui raconte quand elle arrive Cette notion de consentement Qui n'est toujours pas dans la définition du viol D'ailleurs dans le droit français, ni européen Emmanuel Macron s'y était opposé Vous pourriez porter ça dans le débat public ?
Et dans la loi ? Il y a énormément de choses à porter dans le débat public Mais moi je suis très attentive à écouter aussi Toutes les parties prenantes sur ce sujet-là C'est-à-dire que nous députés On est tenus aussi de se rapprocher De ceux qui au quotidien Ont apporté ces sujets dans les tribunaux Mais pas que Il y a un sujet de fond qui est majeur Qu'il va falloir regarder de près Pour l'instant on a détourné le regard là-dessus Il va falloir se pencher sérieusement là-dessus Et on évoluera Sur le consentement ?
Oui, sur la perception Sur la perception, sur le consentement En fait, sur tous ces sujets Qui, encore une fois Mettent mal à l'aise Vous savez Moi, tous les jours J'ai des gens qui Parfois Ont des mots gentils avec moi Pour me soutenir Et puis d'autres personnes Qui sont capables de me dire Mais depuis que vous avez parlé Vous n'avez pas peur pour votre réputation ? Vous voyez, c'est ça au quotidien Donc vous comprenez que C'est aussi des lois Mais il y a aussi toute une culture Une prise de conscience A faire Mais de manière beaucoup plus large Et à lever aussi des tabous Mais avec beaucoup de courage
En tout cas, Sandrine Jossot Sur l'inscription du consentement dans la loi Didier Migaud s'est exprimé hier Pour dire qu'il y était favorable Didier Migaud Qui donc est le ministre de la justice De ce nouveau gouvernement Avec des profils Qui ne sont pas tous Ceux de celui de Didier Migaud Le modem auquel vous appartenez Quand vous regardez une semaine après Enfin quelques jours après La nomination du gouvernement Est-ce que vous avez l'impression Que le modem a bien fait d'y aller Ou est-ce qu'il aurait peut-être Fallu envisager autre chose ?
On a eu toute une discussion D'ailleurs On va continuer à discuter à ce sujet Moi je vous le dis On va avoir le fameux discours De politique générale Mardi Mardi je n'ai aucune attente Aucune attente Maintenant je ferai les commentaires Ça veut dire quoi ça ?
Je n'ai aucune attente Parce que Si vous voulez Je vais écouter Ce que Ce que le Premier ministre Va nous dire Voilà je ne crois pas au miracle Non plus C'est à dire que Moi je suis aussi Très Très Très Terre à terre Quand on voit Que pour le handicap Au départ il n'y avait personne Pour le handicap Quand on voit Que pour En plein procès Mazan On est capable De faire un recul C'est à dire de nommer Une secrétaire d'état Qu'on déplace D'ailleurs Elle a tout mon soutien Parce qu'on l'a déplacée A Ségur Laurence Garnier
Non en fait
La secrétaire d'état En charge de l'égalité Salima Sa'a Avant Depuis 2017 Je suis élue Depuis 2017 Tous les ministres Qui avaient en charge Le portefeuille de l'égalité Femmes-hommes Étaient Rue Saint-Dominique Et là On a mis Cette secrétaire d'état Dans un petit endroit Bien caché Rue de Ségur
Donc au ministère de la santé
Voilà Alors Moi ce sont des symboles Mais je pense Je pense qu'aujourd'hui Il faut être Beaucoup plus Ambitieux Sur tous les sujets De politique sociétale Le handicap L'égalité Femmes-hommes Et pour l'instant J'en ai pas encore eu les preuves
Est-ce que Sandrine Jossot Vous auriez appelé Marine Le Pen Pour vous excuser Après On va dire Une petite sortie de route C'est encore C'est beaucoup D'un de vos ministres Est-ce que vous auriez appelé Directement Marine Le Pen
Je vais vous dire Moi j'ai pas le numéro de téléphone De Marine Le Pen Voilà Je pense qu'on vous l'aurait fourni Si vous l'avez cherché
Si ça tenait qu'à ça Oui
Voilà Je pense que Moi je suis plutôt quelqu'un Qui est dans la discussion Donc Je l'aurais attendu De l'avoir en face Vous savez
Vous n'êtes pas choqué Par ce qu'a fait Michel Barnier D'appeler Marine Le Pen Après les propos De son ministre Franchement
Moi je suis parlementaire Les ministres Ils font ce qu'ils ont à faire Moi déjà j'ai mon rôle De parlementaire Je regrette qu'on ne soit pas assez consultés Nous les parlementaires Effectivement Ça je peux vous le dire
Jusque là Vous avez l'impression Que le gouvernement Ne prend pas ce chemin là On voit par exemple Les auditions des ministres De l'économie Des finances Devant la commission des finances Où il y a eu pas mal d'annonces Finalement Et qui n'étaient pas Ni dans la presse Ni ailleurs Malgré tout C'est peut-être un changement
Je pense qu'il faut Attendre de voir Et les commentaires On pourra les faire Au fur et à mesure du temps Comptez sur moi Pour le faire si besoin
On comprend quand même Beaux réserves entre les lignes Même si vous ne dites pas clairement Il ne fallait pas y aller Mais sur ce gouvernement Oui oui
Et effectivement Puis je ne crois pas au miracle Non plus Effectivement
Ça peut tenir sans la gauche Dans la coalition Autrement qu'avec un Didier Migaud Qui est un peu à la marge
Il faut tout le monde Il faut tout le monde Il faut pour une fois Travailler sur une autre méthode Vraiment Mais là tout le monde n'y est pas Beaucoup plus transpartisane
Là tout le monde n'y est pas
C'est un constat On le fait tous
C'est pour ça que Bernard Cazeneuve Vient demain aux universités d'été Du Modem à Guidel
Je pense que nous quand même Au Modem On souhaite aussi Avoir cette méthodologie transpartisane Maintenant Entre le souhait Et ce qu'on va pouvoir faire Et ce qu'on va pouvoir constater Il y a de la marge
Merci beaucoup Merci Sandrine Jossot Députée Modem De Loire-Atlantique D'avoir été l'invité du 8.30 France Info Ce matin Merci à mes Tipeurs et souscripteurs
Merci à mes Tipeurs et souscripteurs
Sandrine Josso