L'intégrale de l'interview de Sandra Regol, députée EELV du Bas-Rhin
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Sandra Rugol, bienvenue. Vous êtes députée écologiste du Barin. Vous êtes aussi la vice-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée Nationale.
On va parler de cette bataille autour de l'eau, de ce nouveau convoi qui part de Sainte-Soline aujourd'hui. La question de l'eau qui est d'autant plus sensible aujourd'hui, quand on parle d'un nouveau pic de chaleur qui pourrait être le plus intense de l'été, particulièrement tardif aussi, avec des températures qui vont dépasser les 40 degrés dans un certain nombre de régions. Déjà, comment vous voyez les choses ?
Est-ce que pour vous, ce nouveau pic de chaleur après le 15 août, c'est un nouveau signal du dérèglement climatique ou finalement, est-ce que c'est classique pour un été ? Mais vous savez, il n'y a rien de pire que de se retrouver à jouer les cassandres alors que les scientifiques expliquent depuis 10 ans, 15 ans, 20 ans ce qui va se passer, que les écologistes proposent des solutions pour qu'on ne se retrouve pas dans la situation actuelle où on a des gens qui souffrent dans leur santé, même des nombres de morts qui s'accélèrent à chaque élévation des températures et de constater, été après été, qu'on nous décerne à chaque fois des médailles d'or, des températures les plus chaudes qui n'aient jamais été sur Terre. Vous voyez, c'est un petit peu difficile, surtout qu'en général, à ce moment-là, dès qu'il y a des pics de température, tout le monde se retourne vers les écologistes en disant « Allez, sortez votre baguette magique et expliquez-nous comment est-ce qu'on défait 40 ans, 60 ans de politiques qui nous ont menées là. » Qu'est-ce qu'il faudrait faire aujourd'hui ?
Qu'est-ce qu'on peut encore faire aujourd'hui et qu'on ne fait pas pour s'adapter, pour limiter ces effets de la chaleur ? Alors, énormément de choses, et ça tombe bien parce que tout le monde est à peu près d'accord sur les solutions, que ce soit les scientifiques du côté du GIEC, que ce soit même les services ministériels, puisque vous voyez, l'an dernier, à l'issue de la canicule de 2022, il y a eu un travail effectué par les services des différents ministères concernés, vous voyez, ce n'est même pas nous, les écologistes, qui disaient en substance « Il faut tout changer, il faut repenser nos modes de production, il faut repenser nos modes de consommation, pas pour priver les Français, pas pour faire ce qu'on appelle, pour balayer tout ça d'envers de la main, de l'écologie punitive, mais bien, justement, pour faire de l'écologie qui permette de vivre mieux. Eh bien, nous disons ça depuis des années.
Quelques exemples de mesures, quelles seraient les priorités ? Alors, je peux vous en donner 20, puisque le groupe écologiste à l'Assemblée nationale en a sorti 20 avant l'été, justement, pour qu'il n'y ait pas à les chercher à chaque fois, mais il y a notamment la gestion des forêts, vous savez que nos forêts s'appauvrissent, il y a notamment la gestion de l'eau, vous savez que pendant que toute une partie des Français ne peut plus ouvrir son robinet, on a des golfs qui arrosent à tout va, en pleine canicule. Je sais, c'est tarte à la crème, je sais, le problème, ce n'est pas les golfs, mais c'est pour vous donner un exemple qui titille un peu sur l'incohérence des politiques actuelles.
En gros, on peut tout faire, rénover les bâtiments, protéger la ressource en eau, essayer de développer des nouveaux secteurs d'emploi et d'activité autour de ça. Il manque juste un truc, un tout petit truc, c'est le courage politique de mettre en place les choses. Et vous savez bien que pour nous, c'est là où le bas blesse.
On entend beaucoup de discours alarmistes, on entend aussi chez des auditeurs qui nous appellent très régulièrement une forme de découragement de se dire, est-ce qu'on peut encore y faire quelque chose, nous, à notre niveau, quand d'autres pays continuent de polluer. Vous entendez aussi cet état d'esprit chez les Français ? On ne peut pas dire que la France est un grand pays d'un côté et dire, si on agit nous pour le climat, ça n'a aucun effet.
Il y a une incohérence, ça ne veut rien dire. Oui, la France est un pays qui a une symbolique, qui a une portée, qui est à l'intérieur de l'Europe et qui donc peut enclencher les choses. Pardon ?
Non, non, allez-y, Sandra, je rigole. Et donc, oui, on peut tout à fait enclencher les choses, c'est-à-dire, par exemple, je sais qu'on l'a dit cent mille fois, mais je vais le dire une cent millionnaire fois, rénover les bâtiments pour faire en sorte qu'en hiver, les fractures des ménages diminuent et qu'en été, la sensation d'étouffer, elle aussi diminue. Ça crée des centaines de milliers d'emplois ici, ça crée une nouvelle façon de construire et ça crée aussi des envies de faire autrement ailleurs.
Bref, effectivement, vos auditeurs ont raison de dire, on se sent démuni, puisqu'ils sont démunis, on ne leur donne pas les outils. Couper l'eau du robinet quand on se brosse les dents ou fermer ses volets, c'est très bien, mais ce n'est pas ça en travail collectif, ce n'est pas ça faire front commun face au réchauffement climatique. Alors, vous avez cité plusieurs fois la question de l'eau qui devient extrêmement sensible.
Il y a cette nouvelle mobilisation dans les Deux-Sèvres, ce convoi de l'eau qui va partir de Sainte-Soligne et qui va rallier Paris dans les jours qui viennent, avec des centaines de manifestants attendus à vélo ou en tracteur, et la participation des soulèvements de la terre, ce mouvement que le gouvernement voulait dissoudre, dissolution qui a été suspendue par la justice. On se souvient quand même des affrontements et des violences de l'hiver dernier. Vous craignez des débordements sur cette mobilisation ?
Alors, je ne sais pas quel âge vous avez ni quel âge dans vos auditeurs, mais on se souvient tous de Mad Max, qui est le film qui a marqué des générations sur la guerre de l'eau. Aujourd'hui, on a des pays comme l'Uruguay, où l'accès à l'eau est impossible pour la population, et donc les gouvernements envoient de l'eau salée dans les canalisations pour qu'il y ait un minimum de l'eau pour se laver ou pour un minimum vital. On en est là aujourd'hui.
Effectivement, quand il y a des mobilisations, quand on dit que les bassines sont en danger parce qu'elles puissent dans nos nappes phréatiques, à l'heure où plus de 70% des nappes phréatiques en France sont sous les normales saisonnières, il y a des gens qui ont peur que demain, leurs enfants n'aient plus d'eau, qui ont peur que demain, le pays soit asséché. Et parfois, ça peut déborder. Comme le Conseil d'État l'a rappelé, ni les écologistes, ni les soulèvements de la terre ne font appel à la violence comme un outil de lutte.
Mais parfois, quand on a peur, la violence est le dernier recours. Je le déplore, je le condamne. On peut en avoir peur.
Moi, je crois que ce dont on doit avoir peur, c'est de l'inaction de notre gouvernement face au réchauffement climatique, face au risque de 40 ans en eau qui sont très réels pour bien des départements et des villes en France aujourd'hui. et que c'est autour de ça qu'on doit se concentrer. Comme ça, je montre la lune, la lune qui est celle de l'eau qui manque.
On ne regarde pas le doigt des violences de quelques personnes autour. On se concentre pour trouver des solutions en commun. C'est ce qu'on propose.
Votre collègue socialiste Valérie Rabot, collègue au sein de la NUPES, disait hier ne pas soutenir cette mobilisation parce que, dit-elle, ça n'est pas une mobilisation qui propose des solutions. Je ne soutiens pas les projets qui disent non à tout. Comment vous réagissez pour une socialiste dire ça ?
Ça vous choque ? Non, parce que si elle avait, Valérie Rabot, les mêmes opinions et les mêmes solutions que moi, on serait dans un même parti. Vous aurez noté que ce n'est pas le cas et que ça fait fort longtemps que nous sommes dans des familles politiques différentes.
Oui, puis en plus, j'ai beaucoup d'affection pour Valérie Rabot par ailleurs et je trouve qu'on travaille très bien ensemble. Mais ça, ça fait partie de nos différences. Pourquoi ?
Parce que c'est important aussi quand on essaye de mobiliser, de faire prendre conscience du danger des choses et solutions qui peuvent arriver, d'avoir plusieurs outils de mobilisation. Il y en a qui vont être plus portés vers la pédagogie, d'autres qui vont être plus portés sur la provocation, d'autres sur des mobilisations civiques, pacifistes. Et c'est avec ce tout qu'on arrive à faire des choses.
Je comprends que Valérie Rabot ne se reconnaisse pas dans ce mouvement. Ce n'est pas sa culture politique. Moi, en revanche, j'aurai beaucoup de collègues qui y seront et j'en suis très fière.
Vous croyez encore à la NUPES ? On voit Jean-Luc Mélenchon qui s'invective avec Olivier Faure sur les réseaux sociaux. On voit de plus en plus de déclarations sur le fait que la NUPES pourrait ne pas durer.
Il n'y a pas d'accord sur les prochaines élections. Vous y croyez encore ? Ça peut encore marcher, la NUPES ?
Moi, la NUPES, je la vis au quotidien comme tous mes collègues, les 550 de la NUPES à l'Assemblée nationale. C'est précieux, c'est riche, c'est rebondissant, c'est stimulant à tellement de niveaux. Je pense que la démocratie française a vraiment, vraiment, vraiment besoin d'avoir plus de ça, c'est-à-dire plus de parlementarisme, plus de diversité et surtout de la proportionnelle pour donner tout ça.
Mais par exemple, Jean-Luc Mélenchon, pour vous, c'est encore votre chef de file, Jean-Luc Mélenchon ? Moi, je suis écologiste, donc ça n'a jamais été en chef de file. Ça a toujours été mon collègue.
On a fait des choses. Oui, ce n'était pas mon chef de file personnellement, c'était la figure qu'on a choisi de mettre en avant sur la campagne des législatives, parce que vous savez très bien qu'on est dans une cinquième république où il faut toujours un visage pour représenter les choses, et que collectivement, nous nous battons contre ça pour un peu plus de parlementarisme. Après que tous les étés, nos camarades chefs, leaders, je ne sais pas, qu'il est comme vous voulez, nous rejouent le téléphone pleure, on commence à être un peu habitués, c'est quand même quelques temps que tout ça se rejoue à chaque fois.
En général, ça s'oublie dès que les titres ont fini d'être imprimés. En tout cas, c'est la réalité qui est la mienne. Pour l'instant, vous faites chambre séparée pour l'instant pour vos universités d'été, chacune dans son coin pour les trois parties de la NUPES.
Mais il y a un personnage qui vous réunit, c'est le rappeur Médine, qui est invité à la fois aux universités d'été des écologistes et puis au rendez-vous aussi de la France Insoumise la semaine prochaine, rappeur sulfureux, dont on accuse de sorties homophobes et antisémites. Vous êtes à l'aise avec sa présence ? Pourquoi l'inviter en fait ?
Alors, il est un invité parmi beaucoup et soudainement, ça s'enflamme un peu autour de lui. Moi, je n'ai pas une personne, un militant, les gens que je rencontre au quotidien qui m'aient parlé de ça. En revanche, ce dont on me parle beaucoup, c'est le problème de l'accès à l'eau, c'est le problème des températures qui s'enflamment.
Je ne vais pas vous refaire le coup du passage et de la Lune. Non mais d'accord, mais cette invitation, c'était quoi ? C'était pour faire le buzz ?
C'est un côté un peu comme Provoque ? Je crois que c'est un concours de circonstances, une rencontre, une discussion sur des sujets sur lesquels il n'y avait pas de point d'accord a priori. Vous savez bien que Médine n'a pas particulièrement sa carte chez les écologistes.
Et de fait, de fil en aiguille, la conclusion a été, de la part de LV, de lui dire, continuons ce débat publiquement. Est-ce que c'est bien ou pas bien ? On le saura à la fin de la discussion.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a un vrai problème en France que soulève votre question, qui est celui de la montée de l'antisémitisme, que nous, pour ce qui nous concerne, on a essayé de prendre en notre part là-dedans. Ça fait quelques années qu'on a lancé un groupe de travail de lutte contre l'antisémitisme. Et je pense que nos détracteurs n'ont pas fait le quart du travail que nous avons fait pour lutter.
Je suis désolé, je dois vous couper, on n'a plus le temps. Merci d'avoir été en direct avec nous sur RMC et RMC Story, député écologiste du Barin.
Sandra Regol