Discours de Valérie Pécresse, élue présidente de la Région-Île-de-France
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mes chers collègues, je vous retrouve avec plaisir dans cet hémicycle Simone Veil. Vous le savez, en 2010, c'est Simone Veil qui présidait notre comité de soutien. Et aujourd'hui, c'est sous son regard bienveillant que sont placés tous nos débats. La confiance des franciliens m'honore et elle m'oblige. Je suis fière d'avoir à mes côtés des femmes et des hommes qui ont joint leurs différences et qui en ont fait une richesse. Leur diversité incarne le visage de l'île de France. Une île de France que je veux rassembler autour d'un grand dessin. Celui de faire de notre région l'une des plus entreprenantes et des plus belles à vivre de France, voire même d'Europe.
Alors je salue les élus d'opposition et à travers eux, les franciliens qui n'ont pas voté pour moi, mais qui savent qu'ils seront traités avec la même bienveillance attentive. J'adresse à chacune et à chacun de vous, notamment les nouveaux élus, un message de bienvenue. Alors un journaliste qui l'interrogeait sur son parcours, Simone Veil, eut cette réponse, je cite « J'ai souvent l'impression d'être une femme alibi ». Alors je tiens à le dire ici, dans cet hémicycle, il n'y a pas d'alibi. Nous sommes tous personnellement comptables d'un bien précieux mais fragile qui a pour nom la démocratie. L'abstention historique qui a marqué ce scrutin, comme celui des municipales, nous dit beaucoup.
Elle nous dit beaucoup sur l'hypercentralisation des pouvoirs et sur le procès en impuissance qui entoure les responsables publics. Elle nous parle de la France qui gronde en silence. Elle nous parle des Français qui n'y croient plus, de leur peur du déclassement. Mais je sais aussi qu'il existe dans notre belle région une soif d'avenir, un désir de fierté qui sont plus puissants que le désenchantement. Alors notre devoir, ce n'est pas de faire moins de politique, c'est d'en faire davantage et autrement. C'est d'assumer des valeurs et des convictions dans la clarté. Notre devoir, c'est d'agir inlassablement pour obtenir des résultats.
Et puis, notre devoir, c'est d'imaginer le monde qui vient. Après la crise du Covid, on ne repart pas comme avant, comme si rien n'avait changé. Qualité de vie, télétravail, télémédecine, envie de nature, d'authenticité, circuits courts produits en Ile-de-France, tout cela converge vers de nouvelles formes de production, de consommation. Et disons-le, une façon de prendre la vie dans ce qu'elle a de plus essentiel. Et puis, il faut tirer une leçon de la gestion de cette épidémie. Et cette leçon, c'est que le centralisme est à bout de souffle. Dans cette crise, vous le savez, notre région s'est montrée plus agile que l'État et ses administrations.
Tandis qu'il hésitait, nous allions chercher ensemble et distribuer ensemble les masques en lien avec les mers. Nous organisions les tests, nous soutenions les entreprises au bord du chaos, puis la vaccination. Bref, grâce à notre proximité avec le terrain, nous avions un train d'avance sur les autres. Alors oui, il faut revoir le centralisme, cette pyramide bureaucratique. Il faut que l'État accepte de lâcher prise. Les régions pourraient être plus percutantes sur l'emploi, si Pôle emploi a été décentralisé et regroupé avec toutes les missions locales et les missions pour l'emploi. Sur la santé, stoppons les lourdeurs administratives en plaçant les ARS sous la responsabilité des régions.
Sur la construction, question vitale en Ile-de-France, laissons à notre collectivité la responsabilité d'opérations d'intérêt régionales qui permettraient d'accélérer les règles, d'écraser les normes calendaires habituelles. D'une manière générale, il faut arrêter avec la confusion engendrée par les compétences partagées et une fiscalité qui n'a plus ni queue ni tête. Alors oui, j'appelle à une France nouvelle. Irriguée par ses territoires, oxygénée par ses provinces, une France vraiment décentralisée et libérée.
Une France où l'État assurerait puissamment ses responsabilités régaliennes, car la sécurité, pardon de le dire, c'est une tautologie, c'est d'abord l'État, et où il délèguerait aux communes, départements et régions le soin de faire vivre la France près de chez soi. Je respecte l'État, mais il ne peut pas tout. Et notre région ne sera ni son adversaire ni son auxiliaire. Elle travaillera main dans la main avec lui pour mettre en œuvre le plus grand plan de relance de France. Mais elle saura, quand ce sera nécessaire, lui dire non. Et elle prendra toujours ses responsabilités. Je les ai prises sur les questions de sécurité, de laïcité et de santé face au Covid. Certains me l'ont reproché.
Mais lorsque les franciliens vous interpellent avec angoisse, devons-nous répondre « ça n'est pas notre compétence ? » Non, le fatalisme ne sera jamais notre ligne de conduite. L'immobilisme non plus, parce que les urgences sont devant nous. L'urgence économique et sociale d'abord, car notre région a été la plus frappée de France par la crise Covid. Nous devons aller chercher la croissance avec les dents, parce que le quoi qu'il en coûte ne durera pas. L'urgence écologique aussi, car notre région capitale est l'une des plus concernées par les dérèglements climatiques. Le dernier rapport du GIEC est un ultime signal d'alarme qu'aucune nation, qu'aucune région ne doit ignorer.
L'urgence républicaine, enfin, car c'est chez nous, plus qu'ailleurs, que la délinquance et les séparatismes doivent être combattus. Alors, devant ces urgences, je serai dans l'action et je le serai pour tous. Déterminer à servir l'intérêt régional avant les intérêts particuliers. Déterminer à additionner l'énergie de tous les Franciliens et à ne laisser personne au bord du chemin. Pour moi, il n'y a pas des maires de droite et des maires de gauche, il n'y a que des élus de la République. Il n'y a pas un bon ou un mauvais côté du périphérique. Et à ce titre, je demanderai, vous le savez, un référendum sur l'avenir de cet axe stratégique.
Je m'engage avec vous pour une Ile-de-France fraternelle, en bleu, blanc, rouge. Une Ile-de-France où la République est partout chez elle, respectée. Et lorsque ce respect est bafoué, alors l'autorité doit s'imposer sans trembler, car le laxisme, c'est l'antichambre du chaos. Et ce chaos, je le vois, quand nos forces de l'ordre, nos pompiers, nos enseignants, sont obligés de reculer devant la violence. Il faut une nouvelle politique urbaine. Il y a des ghettos à casser et des quartiers à reconstruire. Il y a une mixité sociale en voie de disparition qu'il faut rétablir, avec une stratégie de peuplement maîtrisée et un plafond anti-ghetto de 30% de logements très sociaux.
Je le dis, ajouter la misère sur la pauvreté, l'immigration illégale sur l'intégration ratée, tout ça mènera à la catastrophe. Alors à toutes les familles, nous apporterons, nous rapporterons de la sécurité, de l'éducation et une agence de la promesse républicaine pour réparer l'ascenseur social. Notre région sera aux côtés des quartiers populaires comme elle sera aux côtés des territoires ruraux, qui ne sont pas les vestiges de la France d'hier. Bien au contraire, l'avenir leur appartient. Nous leur proposerons des classes d'enseignement supérieures dans chaque lycée rural. Nous appliquerons le principe de tout à 20 minutes, soins, écoles, commerces, équipements sportifs et culturels.
Nous créerons l'agence Cap Rural, qui accompagnera les petites communes dans le montage de leurs projets. Notre rééquilibrage des investissements vers la Grande Couronne et la révolution des transports que nous allons accélérer réveilleront ces villes moyennes et ces villages que l'on disait endormis. Notre objectif, c'est de doubler l'offre de transports en commun. Et bientôt, nous célébrerons l'ouverture du Grand Paris Express et du RER Vélo. En 12 ans, nous aurons alors bâti la plus belle infrastructure de transport d'Europe. Votre feuille de route, mes chers collègues, est bien remplie. Alors nous ne laisserons pas le temps au temps.
D'ici la fin de l'été, nous voterons et commencerons à appliquer 80% de mes engagements. Ensemble, nous allons rallumer tous les moteurs de la croissance. Car comment créer de la justice sociale sans produire ? Je serai toujours aux côtés des entrepreneurs, des commerçants, des agriculteurs, des artisans. Je ferai confiance aux chercheurs, aux innovateurs et aux créateurs. De toutes nos forces, nous accompagnerons notre plan de relance. 13 milliards d'euros seront investis d'ici 2022.
Ils le seront en faveur de nos transports, de la santé, de la transition écologique, de l'emploi des jeunes, avec notamment la création du revenu jeune actif de 4 000 euros pour ceux qui s'engagent à se former au métier qui recrute et la banque des jeunes. En faveur naturellement de nos entreprises, priorité sera donnée à celles qui travaillent, investissent et recrutent chez nous. Nous effacerons la dette Covid pour 7 000 d'entre elles qui ont été aidées par notre fonds Résilience. Et nous créerons un fonds d'investissement pour épauler celles qui ont besoin de fonds propres. Tout notre défi, c'est d'allier croissance et écologie. La croissance sans écologie serait une folie.
L'écologie sans croissance serait un suicide. Alors nous nous battrons pour une écologie concrète, celle des solutions et des résultats. Depuis 2015, face à l'urgence climatique et à la montée de toutes les pollutions, nous avons engagé le tournant écologique de la région. Notre effort financier est spectaculaire. 1 euro sur 2 a été et continuera d'être consacré à l'environnement. 10 milliards d'euros sur 5 ans. Je l'ai dit, nous irons au bout de la révolution des transports en commun en donnant une priorité absolue au RER. Je l'ai dit, je demande solennellement le report de 2 ans du CDG Express. Et nous doublerons les kilomètres de métro et de tram.
L'entrée en vigueur en juin dernier de la zone à faible émission, la ZFE à l'intérieur de la A86, risque de se traduire par une nouvelle fracture sociale pour beaucoup de ménages qui n'ont pas les moyens de changer de véhicule. Nous leur proposerons une prime, jusqu'à 6 000 euros, pour les aider à acheter une voiture propre. Nous ferons aussi de l'Île-de-France la première région du vélo. Pour nos PME, nous mettrons en place un chèque écologique de 1 500 euros pour encourager les pratiques vertueuses. Nous remettrons la nature en ville pour créer des poumons verts, une trame verte et bleue le long des fleuves et des rivières et des îlots de fraîcheur ouverts à tous.
Nous généraliserons les produits bio et locaux dans les cantines des lycées. Nous poursuivrons le budget participatif environnemental régional de 100 millions d'euros par an. Mes chers collègues, la sécurité des Franciniens est l'une de mes priorités absolues, car il n'y a pas de République sans ordre, il n'y a pas non plus de laïcité sans fermeté sur nos principes. Avec notre bouclier de sécurité, nous continuerons de soutenir la police nationale, la gendarmerie, nos polices municipales que nous souhaitons voir armés. Nous continuerons d'étendre la vidéoprotection avec l'ouverture de deux centres de supervision, l'un pour les transports, l'autre pour les lycées.
Nous augmenterons les effectifs de la police régionale des transports, nous doublerons les brigades régionales de sécurité qui agissent dans les lycées qui les appellent à la rescousse. Mais il manque à cette sécurité renforcée le pouvoir de dissuasion de la sanction. La justice est la grande abandonnée de nos politiques publiques. Trop de peines ne sont pas appliquées. Cette impunité nourrit la délinquance. Alors, puisque l'État semble déborder, je vous propose de créer l'Agence régionale des travaux d'intérêt général, qui réunira les collectivités locales et toutes les organisations susceptibles de proposer des tiges aux jeunes primo-délinquants.
Elle aura un principe, un principe directeur, tu casses, tu répares, évites. Aujourd'hui, il se passe en moyenne 400 jours entre le prononcé d'une peine et la réalisation d'un travail d'intérêt général, c'est inacceptable. Je vous propose aussi de participer au financement de nouvelles places de prison et au doublement des centres éducatifs fermés pour les mineurs qui ne doivent plus se retrouver incarcérés dans des maisons d'arrêt qui sont les écoles du crime et de la radicalisation. Je parle d'insécurité sans naïveté et nous agirons contre elle sans faiblir. Mais je ne veux pas qu'elle occulte l'espoir et l'énergie portés par notre jeunesse.
Je vois dans toute la région tant de Franciliens qui se battent pour réaliser leurs rêves. Alors nous serons à leur côté plus que jamais avec les aides aux lycéens, les bourses au mérite, le soutien à la reprise d'études, avec la Banque des jeunes, je l'ai dit, pour les valoriser et les aider à réussir. Nous lutterons contre toutes les fractures territoriales et sociales. Nous continuerons d'être partenaires des grands réseaux associatifs qui tendent la main aux personnes fragiles, mais aussi les associations qui innovent au plus près du terrain. Nous serons auprès des familles. Nous diviserons par trois le prix du repas pour les lycéens défavorisés.
Nous agirons pour l'accessibilité universelle et l'inclusion des Franciliens en situation de handicap. Nous nous battrons pour une santé de qualité pour tous et partout. Dans chacune des 280 villes de plus de 10 000 habitants, nous veillerons à l'installation de maisons de santé. Nous créerons la première mutuelle régionale de santé afin de réduire les tarifs des mutuelles jusqu'à 30%. J'installerai l'agence de la promesse républicaine qui viendra en appui des décrocheurs scolaires, des jeunes en recherche d'orientation et des exclus des circuits de l'emploi. Une agence qui sera la défenseur des discriminés et le tremplin de l'égalité des chances.
Nous serons auprès des adolescents que la crise Covid a souvent plongé dans une vraie détresse. Il y a six ans, vous le savez, nous avions 200 lycées vétus, 20 000 élèves dans des prêts fabriqués. Alors nous avons fait le maximum pour attraper le temps perdu. En 2027, tous les lycées seront neufs ou rénovés. Nous continuerons à les équiper d'ordinateurs, de Wi-Fi, nous créerons une réserve régionale d'enseignants retraités pour prévenir l'échec scolaire. Nous amplifierons nos actions en faveur du sport et de la culture avec un pass Navigo-Culture qui ouvrira aux Franciliens les portes de 200 institutions culturelles.
Nous serons les défenseurs du patrimoine, le patrimoine qui symbolise la France éternelle, mais tout autant, et tout autant, les promoteurs des artistes et des créateurs contemporains, parce que je n'opposerai jamais le patrimoine et la création. L'île-de-France doit être dans le monde le foyer de tous les rayonnements artistiques et intellectuels. Alors nous pouvons être fiers de notre histoire et savoir admirer ses grandeurs. Nous devons nous plonger dans notre culture et nos savoirs. Elles sont nos armes contre la barbarie et contre le populisme. Voilà, mes chers collègues, les grandes lignes de notre projet. Il est ambitieux, mais ma détermination est sans faille.
Nos finances sont en ordre. La solidité de notre gestion nous permet de rêver plus grand. Notre région est la seule à avoir baissé ses dépenses de fonctionnement et ses impôts sans augmenter sa dette. J'ai déménagé notre siège de Paris à Saint-Ouen parce que la région doit prendre sa part dans la renaissance de tous ses territoires. Dans sept ans, en mars 2028, quand s'achèvera notre mandat, j'en ai la certitude. Notre région sera encore plus forte, plus belle et plus solidaire.
Notre responsabilité est grande car notre Île-de-France, c'est un concentré de la France avec ses plus grands atouts, mais aussi ses plus grandes fragilités, avec son unité républicaine qu'il faut restaurer, avec les progrès économiques et sociaux qu'il faut relancer, avec cette fierté française qu'il faut partager. Si nous réussissons ici, je vous le dis, nous serons source d'inspiration bien au-delà des frontières de notre région. Alors, chers collègues, au nom de tous les Franciliens, je vous dis merci de votre engagement et maintenant, au travail.
Valérie Pécresse