Festival d'Avignon : Thierry Lhermitte est l'invité de Anne-Sophie Lapix
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
A demain.
L'invité d'RTL Soir.
Bonsoir Thierry Lhermitte.
Bonsoir, bonsoir. Je me réveille.
C'est bien, c'était pile le bon moment. Vous venez nous parler d'un seul en scène que vous interprétez au Festival d'Avignon du 16 au 25 juillet au Théâtre du Chêne-Noir. Vous êtes seul en scène, mais vous nous parlez des autres, puisque c'est un spectacle sur la rencontre. Il est inspiré d'un livre du philosophe Charles Pépin, adapté à vous, à vos rencontres. Et ceux que vous avez rencontrés ne nous sont pas totalement étrangers. C'est ça qui vient.
Il y a des petits morceaux des rencontres. Je n'ai pas parlé de toutes mes rencontres dans la vie, parce qu'il aurait fallu plusieurs spectacles. Mais c'est surtout, effectivement, je parle de la rencontre avec mes amis du Splendide, évidemment. Mais c'est un tout petit exemple de rencontre. Charles Pépin, il dissèque, il explique le genre de rencontres qu'on peut faire. Les gens qu'on rencontre, puis les gens qu'on croise. Les rencontres qui sont décevantes, les rencontres qui changent la vie, les rencontres qui sauvent la vie. Voilà, toutes sortes de rencontres.
Et c'est vrai que celle du Splendide, forcément, elle nous parle. Et ce sont de bonnes rencontres qui ont changé votre vie. Et qui vous ont éloigné de ce que vous auriez peut-être pu devenir sans eux. De quoi, Junio, Clavier, Michel Blanc vous ont-ils éloigné ?
Avant de les rencontrer, honnêtement, rien ne m'intéressait. Je faisais du rugby, alors bon, avec eux, autant vous dire que ça m'a éloigné des terrains de rugby. Et puis, tout d'un coup, j'ai découvert le théâtre. Parce que Junio, qui voulait être metteur en scène depuis ses 14 ans, nous entraîne au ciné-club et groupe théâtrale. Michel Blanc a écrit une pièce. Nous, on joue une pièce, Christian et moi, on joue tous ensemble. La concierge est tombée dans l'escalier de Michel Blanc. Et puis, ça y est, c'est parti. Voilà. Donc, de quoi ça m'a éloigné ? De pas grand-chose, à vrai dire. Parce que, honnêtement, rien ne m'intéressait. C'est pratique.
L'adolescent se prête aux rencontres, vous le dites, dans cette pièce. Pourquoi ? Parce qu'on a du temps et il faut du temps pour rencontrer les gens.
On a du temps à perdre. On attend, on ne sait pas quoi, mais on est prêt. Voilà. Donc, on était des adolescents comme ça. Moi, Christian, on sortait du lycée, on discutait. On continue à discuter. Je le raccompagnais chez lui, il m'accompagnais chez moi. On continuait. Et puis, quand on se retrouvait chacun chez soi, on continuait au téléphone. Avec le téléphone, comment dire ?
Oui, de l'époque.
De l'époque, pas portable.
Oui, c'est ça.
Et qui monopolisait le téléphone de la maison.
Vous dites que pour rencontrer, il faut sortir des préjugés et des algorithmes. On a l'impression que l'algorithme, c'est quand même l'incarnation de l'horreur qui nous enferme.
Les algorithmes, oui. Ils nous montrent les avis de ceux qui pensent déjà comme nous. ou des gens qu'on déteste et qui nous détestent. Donc, on a tout pour ne pas faire de rencontres. Parce qu'en gros, quand même, la rencontre, c'est la rencontre de l'inattendu quand même. Parce que si on rencontre toujours les mêmes gens au même endroit, au même moment de l'année, ce n'est pas des rencontres. C'est agréable, par ailleurs. Mais ce n'est pas des rencontres. Les rencontres, c'est quand on est surpris, quand on ne s'y attend pas. Du coup, il faut sortir des algorithmes. Ça, c'est sûr.
Vous dites aussi que, vous citez Alain Badiou, le philosophe, que ça nous décentre. Vous expliquez que Josiane Balasco, elle décentre.
Oui, oui. Dans les décentrements. Je parle de choses très, très chiques. Je parle d'Émilie Duchâtelet et Voltaire. Et puis de Josiane Balasco, qui est un exemple de décentrement, un exemple des titres qu'elle nous a trouvés, dont le Père Noël est une ordure, qu'elle avait suggéré, le Père Noël, c'est tirer une balle dans le cul. Ça décentre. Ça a marché aussi. Ça a décentre.
Ça a marché aussi. C'est du travail de garder ses amis ?
Moi, ce n'est pas un effort, en tout cas. Les garder en vie, malheureusement, on ne peut pas faire grand-chose.
De ne pas se fâcher, de ne pas s'éloigner. Parce que vous êtes très fidèles en amitié.
On est tellement amis, honnêtement, qu'on peut avoir des fâcheries, mais pas se fâcher. Non, ce n'est pas possible. Pas des rêves fâcheries. C'est impossible.
Ce qui est intéressant, c'est que ça ne concerne pas que vos copains de lycée. Vous le disiez, vous avez heureusement rencontré pas mal de vente, mais vous avez aussi fait une rencontre bouleversante, celle de Wallace.
Ah oui, oui, oui. Parce qu'on peut... Non, mais ça, c'est les rencontres dans lesquelles on a l'impression de se connaître déjà. De se retrouver. Effectivement, je parle de mon cheval. Ça arrive aussi aux gens qui vont à la SPA chercher un chien. Mais pourquoi il y a un chien, à un moment, qui les regarde, qui leur fait... Et qui se dit, avec cette personne, c'est du domaine de l'impalpable, pourquoi ce chien pense qu'avec vous, ou ce chat, et moi, en l'occurrence, ce cheval, Wallace ? J'arrive, le cheval avait été vendu et revenu plusieurs fois parce que difficile à gérer, etc. Il faut aller plusieurs pour l'attraper.
Moi, je le monte, et puis le lendemain, il m'attend, je le regarde, et il m'attend. Pourquoi il décide que moi... Moi, je n'étais pas expert en cheval à ce moment-là. Et pourquoi, moi, ça colle ? J'en sais rien, voilà. J'ai l'impression de se connaître déjà. Ça arrive dans la vie, heureusement, avec des gens aussi, ouais.
Vous dites que vous n'étiez pas expert en cheval. Mais aujourd'hui, vous donnez des cours d'éthologie.
Oui, oui, je le suis devenu entre-temps, parce que je suis devenu moniteur d'équitation éthologique. Donc, j'enseigne aux gens à apprendre aux chevaux.
Et les gens savent, quand ils s'inscrivent, que c'est vous, le prof ?
Quelquefois, mais pas toujours. J'essaie que ce soit... Ne pas me retrouver que des gens qui viennent pour faire des photos avec l'acteur. J'en ai fait assez dans ma vie, donc ça ne me manque pas. Donc, quelquefois, ils le découvrent, quelquefois, voilà. Et vous faites ça souvent ? Enfin, ce n'est pas juste... Oui, oui, j'en fais beaucoup dans l'année. J'aime bien ça, ça fait du bien aux gens et aux chevaux. Moi, ça m'apprend, ça me permet de manipuler des centaines de chevaux et de me donner beaucoup d'expérience, du coup.
Alors, c'est votre second seul en scène, mise en scène par Steve Suissa. Le premier était adapté du livre Chasseur de nazis de Simon Wiesenthal. Fleur de soleil. Ah bon, d'accord, je me suis trompée.
Fleur de soleil, c'est le nom du livre et de la pièce. D'accord. Et c'est adapté de... Enfin, c'est le livre de Simon Wiesenthal, surnommé Le chasseur de nazis.
Le chasseur de nazis. Ah oui, donc j'ai fait un petit mèdlet. Vous aviez envie de partager des choses qui vous touchent profondément et qui vous font réfléchir ?
Oui, c'est un partage vraiment simple. Enfin, en tout cas, franchement, je m'étais juré de jamais... Enfin, pas juré, mais je n'aurais jamais pensé que j'allais faire un seul en scène quand j'ai fait Fleur de soleil, mais c'est incroyable. Vous voyez les algorithmes en même temps ? Fleur de soleil, je l'ai découvert, c'est une suggestion de ma liseuse. Voilà. Ah oui ? Oui. Donc, il faut être curieux quand même en même temps. Oui, mais alors du coup, ce n'est pas un algorithme qui vous fait exprès, il vous montre des choses qui pourraient vous intéresser. Donc, en tout cas, c'est assez intelligent. Moi, je le lis par hasard.
Ce bouquin me passionne, je le fais lire à mes amis pour prendre, et ça se termine en scène. Et partager ses réflexions de Wiesenthal sur le pardon, je trouvais ça vraiment passionnant. L'histoire est dingue. Et puis, les réflexions qui découlaient de cette question du pardon, il y avait des lettres de plein d'autorités morales qui vont du Daï Lama au pape, à des, je ne sais pas, Desmond Tutu, Nelson Mandela, Simone Veil. Voilà qui disait ce qu'elle pensait, est-ce qu'elle aurait pardonné ? La question était, qu'est-ce que vous auriez fait ? Qu'est-ce que j'aurais dû faire dans cette situation de dilemme ?
Cette fois, en tout cas, on va réfléchir à la rencontre. Et c'est vrai qu'on réfléchit beaucoup. Il y a beaucoup de citations. Vous lisez pas mal d'extraits d'Anne Cohen, de Victor Hugo.
De Foubert, de Victor Hugo.
Et ça fait un bien fou, je dois dire. Vous serez donc à Avignon, au Théâtre du Chêne-Noir du 16 au 25 juillet, et à Paris en septembre aussi.
Voilà, je reprends en septembre, à la Comédie des Champs-Elysées, pendant une semaine, et ensuite novembre-décembre.
Voilà, merci beaucoup Thierry Dermy d'être venu nous voir. Dans un instant, on va retrouver la petite bande d'RTL Soir. L'info spéciale Coupe du Monde, qu'on a failli manquer, c'est le duel Messi-Ronaldo, très révélateur de nos opinions politiques. Le petit phénomène, c'est le succès de la banane, et notamment de la banane isotherme. Et puis la tentation du soir nous emmènera au camping. A tout de suite. Bonne soirée sur RTL.