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interviewBFMTV· 24 avril 2025 8 min

🟡Suivez en direct le discours de François Bayrou pour la commĂ©moration du gĂ©nocide armĂ©nien de 1915

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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François Bayrou

Sentier des pleurs, devienne un chemin de rassemblement, l'envol de la chute devient un Ă©lan. De la chute Ă  l'Ă©lan en passant par les pleurs, c'est toute l'histoire du peuple armĂ©nien depuis la tentative de gĂ©nocide dont il a Ă©tĂ© victime en 1915 que le poĂšte rĂ©sume. Tout avait Ă©tĂ© fait pour anĂ©antir votre peuple avec tous ses espoirs. Dans la nuit du 23 au 24 avril 1915, Ă  Constantinople comme dans d'autres grandes villes, la fleur de l'ArmĂ©nie, ses reprĂ©sentants les plus cultivĂ©s, les figures de la sociĂ©tĂ©, des poĂštes, des mĂ©decins, des religieux comme Comitas, sont arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s et pour la plupart assassinĂ©s. Ce crime s'inscrit dans une longue lignĂ©e.

Pour ne remonter que de quelques annĂ©es, il y a eu, vous l'avez rappelĂ©, M. le coprĂ©sident, 1894-1909, chaque fois des ArmĂ©niens massacrĂ©s par un pouvoir de plus en plus hostile Ă  leur identitĂ©. Il y a eu encore plus prĂšs dans le temps des conscrits armĂ©niens sortis des rangs de l'armĂ©e dans laquelle ils combattaient pour ĂȘtre farouchement exĂ©cutĂ©s. Mais c'est bien sĂ»r, chacun d'entre vous le sait, avec le dimanche rouge, celui du 24 avril 1915, que la machide gĂ©nocidaire commence sa marche mĂ©thodique. De toutes les villes, de tous les villages armĂ©niens, sortent des fils d'hommes, de femmes et d'enfants chassĂ©s de leur terroir millĂ©naire.

Parce que le parti au pouvoir, qui se cachait derriĂšre le masque du progrĂšs, impose sa conception ethnique et religieuse de l'unitĂ© imposĂ©e. La plupart des hommes sont rapidement menĂ©s Ă  l'Ă©cart et ne reviendront plus. Leurs femmes et leurs enfants entament cette marche de l'aube au crĂ©puscule vers les dĂ©serts de Syrie et de MĂ©sopotamie. Ceux qui Ă©chappent au ravin de la mort et au coup de l'organisation spĂ©ciale continuent titubants jusqu'au camp de concentration oĂč les attendent la faim, la soif et la maladie.

Au total, entre avril 1915 et juillet 1916, un million et demi de personnes rejoignent la destination que leur avait assignĂ© un tĂ©lĂ©gramme venu de la capitale et ainsi rĂ©digĂ©, ils doivent aller vers le nĂ©ant. Mais le peuple armĂ©nien n'est pas anĂ©anti. Si j'ose dire, le peuple armĂ©nien ne peut pas ĂȘtre anĂ©anti, il n'est pas anĂ©antissable. Certains ont Ă©tĂ© prĂ©venus quelquefois Ă  temps par un fonctionnaire plus humain et dĂ©sobĂ©issant. D'autres ont Ă©tĂ© recueillis par un kurde ou un yĂ©zidi qui n'ont pas tolĂ©rĂ© le massacre. D'autres encore ont trouvĂ© en eux-mĂȘmes, dans la vitalitĂ© millĂ©naire de leur peuple, les ressources pour ne pas s'effondrer.

Au nom des morts, au nom de l'ArmĂ©nie, au nom de la vie, les survivants vont de l'avant. Des dizaines de milliers d'entre eux qui arrivent en France se rassemblent bientĂŽt autour d'un journal dont le titre dit tout Harachi en avant. Ils s'installent, travaillent, s'intĂšgrent. Ils apportent un concours dĂ©cisif Ă  la rĂ©sistance comme Missak et MĂ©linĂ© Manouchian dont les dĂ©pouilles reposent dĂ©sormais au PanthĂ©on. Leurs enfants n'oublient rien des mĂ©lodies de leur patrie, mais les apportent Ă  leur pays d'accueil comme Michel Legrand et Charles Aznavour. Les ArmĂ©niens, en demeurant eux-mĂȘmes, permettent Ă  la France d'ĂȘtre davantage elles-mĂȘmes.

Mais pour aller de l'avant, chacun d'entre vous qui m'ont prĂ©cĂ©dĂ© l'ont rĂ©pĂ©tĂ© Ă  cette tribune, pour aller de l'avant, il faut connaĂźtre et honorer le passĂ©. Il faut, selon les mots de l'historienne Claire Mouradian, offrir une sĂ©pulture aux morts. Obtenir la reconnaissance du gĂ©nocide, l'enseigner Ă  chaque gĂ©nĂ©ration, lutter contre le rĂ©visionnisme et les discours de haine. Dans ce combat, l'ArmĂ©nie aura toujours la France Ă  ses cĂŽtĂ©s. Pour aller de l'avant, il faut aussi que l'ArmĂ©nie soit en paix et en sĂ©curitĂ©. La France continuera Ă  agir en faveur d'une paix juste et durable dans le Sud-Caucase, dans le plein respect de l'intĂ©gritĂ© territoriale et de la souverainetĂ© des États.

Elle salue l'annonce de l'aboutissement des nĂ©gociations sur le traitĂ© de paix annoncĂ© entre l'ArmĂ©nie et l'AzerbaĂŻdjan. Plus rien ne devrait s'opposer Ă  sa signature et Ă  sa ratification. Nous voudrions former le vƓu qu'elle puisse intervenir dans les meilleurs dĂ©lais et que la situation des prisonniers et des dĂ©tenus trouve une issue favorable, bien que nous ayons entendu parfaitement les rĂ©serves et les regrets que vous avez exprimĂ©s Ă  cette tribune. Anatole France disait que l'ArmĂ©nie Ă©tait pour la France sa sƓur d'Orient, dans sa lutte pour la souverainetĂ©, son intĂ©gritĂ© territoriale et sa sĂ©curitĂ©, car elle sait que c'est un combat pour la paix.

C'est pourquoi nous nous fĂ©licitons et nous nous engageons Ă  servir de toutes les maniĂšres le renforcement de la coopĂ©ration entre nos deux pays dans des secteurs stratĂ©giques pour l'ArmĂ©nie comme en matiĂšre de dĂ©fense. À l'heure oĂč dans le monde les ambitions impĂ©rialistes se sont rĂ©veillĂ©es, Ă  l'heure oĂč les tensions identitaires se ravivent et se renforcent, Ă  l'heure oĂč la sĂ©curitĂ© et la diversitĂ© du monde, paisibles, n'ont plus rien d'une Ă©vidence, la France et l'ArmĂ©nie unissent leurs efforts et leurs voies pour appeler au respect du droit international et du droit de l'homme.

J'ai cité tout à l'heure ce recueil qui s'appelle « Le clocher qui sans cesse résonne de parouir ses vagues » « Ce clocher tous les 24 avril » sonne pour nous le glas en mémoire du premier génocide de l'Histoire, mais il sonne aussi le toxin du combat pour la liberté et la justice auxquels nos deux pays, ensemble, répondront toujours présents. Je vous remercie. Sous-titrage Société Radio-Canada