CANICULE : le contrat social à L'ÉPREUVE du climat
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
les leurs des chantiers de la recherche. Bonjour Marion Bête. Bonjour.
Merci d'être avec nous. La canicule que nous venons de traverser le montre une nouvelle fois. Nos modes de vie collectifs ne sont pas adaptés au défi du dérèglement climatique.
Comment expliquer ce qui est parfois perçu comme une réticence au changement de la part des populations notamment modestes ? De même comment observer la difficulté des gouvernements à transformer durablement nos économies et nos sociétés ? La philosophie peut nous y aider et la réponse se niche peut-être du côté du contrat social.
C'est en tout cas l'objet de vos recherches. Vous êtes docteur en philosophie chercheuse à Lidri, un S tank international sur le développement durable et vous êtes au sein du programme Mode de vie en transition. Je cite l'un des rapports que vous avez coordonné qu'on peut lire sur le site de Lidri vers un contrat social pour le 21e siècle.
Comment en sommes-nous arrivés là ? C'était en juin 2024. Ça remonte.
Comment avez-vous vu observer cette gestion de la période caniculaire par rapport à vos travaux ? Oui. Alors, comme souvent, on remarque qu'il a il a manqué une approche un peu plus systémique euh de ce qui était en train de se passer.
C'est-à-dire que on a beaucoup miser sur des cadrages un peu individuels. On a appelé les gens soit dans les écosystèmes un peu écolos, à résister à avoir une climatisation chez soi parce que ce serait très énergivore et pas forcément une bonne solution de long terme, ce qui est vrai évidemment, même s'il faut l'installer dans les hôpitaux, les écoles et cetera. Et puis c'était une approche assez inégalitaire parce que comme aucun plan global n'a été fait depuis quelques mois pour nous préparer à ces grandes canicules, les populations ne sont pas adaptées, ne sont pas protégées et donc ce qui se passe c'est que tout repose sur une sorte de logique de débrouille où en fait les familles font ce qu'elles peuvent et là les inégalités font retour de façon massive.
C'est-à-dire qu'on va avoir des grands ensembles par exemple en scène Saint-Denis où on va complètement manquer de choses aussi élémentaires que des volets ou des protections solaires alors que les familles les plus aisées vont avoir les moyens d'accéder à un climatiseur. Donc là, il y a vraiment quelque chose de très inégalitaire qui montre le manque d'approche systémique. Ce qui est très intéressant dans vos travaux Marion Bête, c'est que vous remontez en fait au 18e siècle et au contrat social.
Il va falloir nous en dire un mot. Et vous dites que finalement les valeurs les tous les piliers sur lesquels reposait ce contrat social là sont presque battu en brèche par la transition climatique. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ça ?
Oui, c'est exactement ça. En fait, on s'est emparé de l'image de contrat social qui est une image assez familière pour nous en France parce que c'est un concept philosophique qu'on connaît depuis Rousseau et puis aussi ailleurs depuis HS. C'est une image qui nous a plu parce que elle montre que la vie commune, la vie sociale en fait est fondée sur des pactes communs et que ces pactes peuvent être éventuellement traversé de crises.
Et donc, on a repéré en particulier quatre pactes. le pacte travail, le pacte consommation, le pacte sécurité et puis le pacte démocratie qui organise toute notre vie commune soit de façon très implicite, c'est-à-dire qu'on va avoir un peu des grandes promesses auxquelles nous tenons, par exemple l'émancipation ou l'accès au droit ou des choses comme ça. Soit ça va prendre des formes beaucoup plus explicites, c'est dans notre droit du travail, dans notre constitution et cetera.
Toutes ces règles organisent notre vie commune et elles ont une histoire. Elles ont été forgées à la fin du 18e siècle. Elles ont évolué au fur et à mesure du 19e.
Et c'est ça un peu l'horizon d'attente des citoyens en France. Et quand la transition écologique arrive, en fait, elle vient éventuellement percuter ces pactesl. C'est-à-dire que par exemple le pacte consommation, ça a été un pacte qui a été beaucoup organisé autour du productivisme de masse.
On peut le résumer en disant "J'accepte en quelque sorte de recevoir une pression à consommer en permanence. Je reçois un salaire par mon travail qui me permet de consommer et en échange voilà, je fais tourner la vie économique du pays et j'accède à des biens de première nécessité ou des biens plus luxueux pour les plus chanceux. C'est pas forcément un pacte qui est souhaitable en soi, mais en tout cas c'est comme ça qu'il a été formulé dans notre histoire.
Et clairement la transition écologique vient percuter ça parce que nous ne pouvons plus rester dans cet idéal productiviste, extractiviste, consumériste qui a fait notre modernité depuis quelques temps. Pareil pour la sécurité, vous dites à l'ône de cette canicule, on a vu, il y a des gens qui ont qui sont morts au travail. Vous allez me dire ça existe aussi quand il y a pas de période de canicule, mais tout de même, est-ce que c'est aussi ça fait aussi partie du contrat social normalement d'assurer la sécurité pour travailler ?
Tout à fait. C'est normalement euh une sécurité de base qu'on assure pour les travailleurs. C'est l'histoire de notre pacte travail et de notre pacte sécurité.
À la fin du 19e siècle, il y a eu une loi très importante, celle de 1898 qui a reconnu les accidents du travail et c'était une avancée majeure. Là aujourd'hui, en plus la France est plutôt mauvais élève en terme d'accident du travail en Europe et au niveau de la la canicule, on voit bien que la sécurité la plus élémentaire n'a pas été assurée et que là-dessus un pacte a été rompu parce que en théorie si je fournis une contribution à l'effort productif national, si je m'investis au travail, si j'accepte cette contrainte quand même qui est évidemment aussi une source d'épanouissement pour les plus privilégiés mais qui est tout de même une contrainte, je dois pouvoir au moins bénéficier de la sécurité la plus élémentaire. Et là, il y a une transaction qui a été rompue.
Vos travaux Marion Bette en philosophie, il nous montre que ça peut expliquer aussi les crises qu'on voit se multiplier et que parfois sont incompréhensibles quand on les prend toute seule. Les gilets jaunes, la crise sanitaire, peut-être là aussi cette crise caniculaire, je sais pas s'il faut l'appeler comme ça. Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Il faut renouveler ce contrat social. Il faut en changer les règles. Ça paraît difficile quand même parce que ce sont quand même nos philosophes.
Rousseau, vous en parliez, la démocratie. Comment vous appréhendez-vous les choses ? Ce sera ma dernière question.
Oui, c'est ça. En fait, les gilets jaunes révèlent bien ça, c'est que il y a eu quelque chose de perçu comme profondément injuste et nous, on était insatisfait de ce cadrage qui disait globalement les classes populaires sont réve à faire la transition. C'était quelque chose de très insatisfaisant pour nous d'avoir cette lecture.
Nous, on a préféré montrer qu'en fait la transition écologique, elle arrive dans elle n'arrive pas dans un vide social. En fait, elle percute des promesses importantes et une manière de faire différente, ce serait d'avoir une approche plus systémique et de changer les environnements dans lesquels vivent les gens plutôt que de les inciter à avoir des petits gestes vertueux. Il faut absolument faire en sorte que la transition écologique soit possible au niveau de notre mobilité, de notre alimentation, en changeant les infrastructures disponibles pour les gens sans leur demander eux-mêmes de faire des efforts insurmontables.
Merci infiniment d'être venu nous parler de vos travaux dans les chantiers de la recherche. Marionbette, vous êtes docteur en philosophie, chercheuse àidri, un signe tank international sur le développement durable. Au sein du programme mode de vie en transition, je cite le rapport que vous avez coordonné qu'on peut lire sur le site de l'ID vers un contrat social pour le 21e siècle.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Merci à vous.
Emmanuel Macron