Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous (sur YouTube)· 27 janvier 2026 9 min

Interdiction des réseaux : écrasante majorité à l’Assemblée - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il aurait eu 80 ans ces jours-ci. - A.-E.Lemoine: Voilà pour le programme.

L'Edito de P.Cohen. La France en passe d'interdire l'accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. - P.Cohen: Ce serait le 2e pays au monde à se doter d'une législation numérique aussi restrictive après l'Australie, qui avait interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.

Le texte soutenu par le gouvernement a été adopté la nuit dernière à l'Assemblée, à une écrasante majorité. Une proposition de loi portée par une députée Renaissance. - Ces réseaux sociaux avaient promis de relier.

Ils ont fragmenté. Ils avaient promis d'informer, ils ont saturé. Ils avaient promis de divertir, ils ont enfermé.

Le constat est sans appel. Nos enfants lisent moins, bougent moins, dorment moins et se comparent davantage. Nous pourrions et nous devrions nous rassembler derrière un combat simple et essentiel: refuser que l'enfance devienne un marché et que notre jeunesse soit le terrain de jeu des algorithmes. - P.Cohen: Le texte a été voté par 130 députés sur les 160 présents.

Il n'y a eu que 21 contre. Les écologistes et les insoumis présents. L.Boyard a expliqué pourquoi son groupe a été seul à s'opposer en bloc. - Cette mesure ne fonctionne pas.

Vous faites cette loi à des fins de communication en sachant que ça ne fonctionnera pas, parce que vous avez supprimé les moyens humains sur le côté. Sur la santé mentale des jeunes, la précarité et la pression scolaire, qui sont des facteurs aggravant de la santé mentale des jeunes, vous avez supprimé tous les moyens humains pour les accompagner. - P.Cohen: Il manque des psychologues scolaires.

Des postes sont non pourvus. L'extrême droite a voté pour ce texte. Il avait jusque-là pas mal de réticences du côté du RN à voter des textes qui encadrent les réseaux sociaux et les plateformes en général. - A.-E.Lemoine: Le texte se limite strictement à l'interdiction aux moins de 15 ans. - P.Cohen: Par souci de cohérence avec le droit européen et pour ne pas reproduire ce qui s'était passé en 2021...

Une loi n'avait pas été appliquée, à cause d'un amendement visant à contraindre les plateformes. La loi telle qu'elle a été votée hier soir par l'Assemblée respecte les prérogatives de chacun. C'est ce qu'a confirmé le porte-parole de la Commission européenne. - Une telle décision d'instaurer une majorité numérique en France, est-ce légal ou non?

Oui. Quand ça s'adresse à ses citoyens, la France a le droit de le faire. La Commission européenne est la seule entité qui peut imposer des obligations supplémentaires aux très grandes plateformes, telles que désignées dans le cadre du DSA. - P.Cohen: C'est la Directive sur le numérique qu'a fait passer T.Breton.

Elle demande à être appliquée complètement. Feu vert de l'Europe pour une 1re sur le continent et pour une loi qui semblait impossible il y a encore quelques mois. - A.-E.Lemoine: Le gouvernement souhaite aller vite. - P.Cohen: Le texte sera examiné au Sénat dans les semaines qui viennent.

Le président a déclaré l'urgence. Comment ce sera appliqué? C'est une difficulté.

Par reconnaissance faciale, comme en Australie. L'interdiction peut être facilement contournée. Par téléchargement de documents d'identité par un tiers de confiance qui ne serait ni l'Etat ni les plateformes.

Tout le monde s'accorde à dire que quel que soit le procédé, des contournements sont inévitables. La députée L.Miller a répondu à cela.

Est-ce une raison pour renoncer à limiter l'accès aux réseaux sociaux? - A.-E.Lemoine: C'est la question de ce soir.

Il y aura forcément des inconvénients à cette loi. Il ne faut pas baisser les bras. - R.-P.Droit: Il y a urgence et danger pour bon nombre de jeunes.

La question qu'on peut se poser n'est pas seulement celle de l'applicabilité de la loi Mais de savoir comment la faire entrer dans les faits. C'est de savoir si l'interdiction n'est pas une mesure de l'ancien monde appliquée au nouveau. Nous étudions ce problème dans le livre que M.Atlan et moi nous publions, "La Grande Pagaille".

Cette pagaille a la caractéristique d'être fait de 2 nouveautés. Les machines, les réseaux sociaux, les smartphones, les écrans, l'IA, tout ça perturbe et change la donne. La chose sur laquelle nous mettons l'accent, c'est ce qui se passe dans les têtes.

C'est la manière dont chacun se situe par rapport à ça. Je crois plus à la nécessité de limiter les temps d'écran, d'éduquer à l'esprit critique, de montrer aux adolescents comment ils peuvent voir la même chose, mais d'un autre oeil. Tous ces travaux ne sont pas en route. - P.Cohen: De façon prosaïque, interdire les écrans, les réseaux sociaux, c'est du temps gagné pour les cerveaux des enfants et adolescents.

C'est du temps gagné pour autre chose. Ils ne vont pas rester immobiles dans un coin de la pièce. - R.-P.Droit: Certes, mais si, une fois qu'ils arrivent à leur majorité, ils n'ont pas été préparés à la manière de regarder les écrans.

Si on limite le temps et quand ils retrouvent les réseaux sociaux, ils regardent du même oeil, ça n'ira pas. C'est pourquoi nous plaidons pour une éducation à l'esprit critique, un regard porté sur les mentalités plutôt que les machines. - A.-E.Lemoine: Il faudrait une matière réseaux sociaux enseignée à l'école? - R.-P.Droit: Oui.

Et tout une manière de se situer par rapport à ça. "La Grande pagaille", c'est qu'il y a une tache aveugle de la situation. On regarde les machines, mais on ne regarde pas les gens.

Si on enlève les machines et qu'on les range dans un sac, si les gens n'ont pas bougé dans leur tête, s'ils n'ont pas eu une forme quelconque de regards différents...

Ca veut dire quoi? Se dire que c'est aussi notre responsabilité à nous, à chacun, adultes, ados, vieillards, de voir les réseaux sociaux avec un oeil critique, de pas croire tout ce qu'on nous dit. Le piège des machines, c'est qu'elles rendent indistincte la frontière entre le vrai et le faux.

Un sondage récent a montré que 47 % des Français ne savent plus, quand ils sont sur le Web, ce qui est vrai ou pas. - A.-E.Lemoine: Surtout, on est submergés d'une quantité ahurissante de contenus. - R.-P.Droit: Avec l'idée qu'on ne peut rien face à ça.

Non seulement, on est submergés, mais la plupart du temps, on est passifs. On finit par penser qu'après tout, vrai et faux, ça n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est ce que ça nous fait.

Ca m'indigne? Ca me révolte? Ca m'amuse?

Mais pas est-ce que c'est vrai ou faux.