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interviewFrance Culture· 26 mars 2023 35 min

Francesca Woodman, étoile filante de la photographie

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] et merci merci à vous d'avoir poussé une nouvelle fois la porte du club de lecture de France Culture le book club qui se plonge ce midi dans la vie et dans l'oeuvre c'est indissociable d'une photographe américaine dont vous connaissez certainement les clichés la carrière de Francesca Woodman fut brève à l'âge de 22 ans elle se suicide et laisse derrière elle des centaines de photographies on la voit presque toujours dessus son corps toujours à portée de main disait-elle lui servait de modèle adepte de l'autoportrait du nu du flou Francesca Woodman perform on la connaît mal car disparu très tôt mais aussi car l'artiste demeure une énigme que nos invités ont tenté de révéler dans leur livre on en discute avec eux jusqu'à 13h30 et avec les lecteurs électriques du book club c'est infection elle nous ouvre tant de questions on perçoit dans l'écriture l'élan la force l'intensité l'extravagance de Francesca wanman de l'expérience féminine et de l'histoire des femmes France Culture le Book Club Nicolas Herbault bonjour Marion Grébert historienne delar bonjour merci d'être avec nous et actuellement pensionnaire de la Villa Médicis à Rome et vous êtes évidemment en direct on leur a compris de la capitale italienne vous publiez l'ouvrage intitulé traversé l'invisible sous-titré énigme figurative de Francesca Woodman et Viviane Mayer on en parlera évidemment de ces deux photographes qui apparaît aux éditions l'atelier contemporain un livre qui vous a valu le prestigieux pris André Malraux qu'est-ce qui en tant qu'historienne de là vous a intéressé dans la vie de Francesca Woodman Marion Greber alors j'ai commencé à m'y intéresser en regard d'une autre figure qui était la figure d'Émilie Dickinson qui est d'ailleurs présente dans le livre qui est cette poète américaine du XIXe siècle et je m'y suis intéressée je crois non pas d'abord en tant qu'historienne de l'art mais en tant que lectrice en fait de poésie c'est par là que je suis entrée dans son oeuvre et dans ses photographies et donc c'est quelque chose qui qui reste dans dans l'essai paru traverser l'invisible c'est que je crois que il y a d'abord un regard très intime porté sur son œuvre avant que d'être un regard historienne de l'art et puis plus plus largement je crois que c'est un regard aussi d'anthropologie visuelle et ce qui m'intéresse c'est la façon dont c'est une oeuvre charnière à la fois dans l'histoire de la photographie mais beaucoup plus largement dans l'histoire la très longue histoire de la figuration des femmes alors vous avez dialoguer pour nous parler de ce regard personnel avec Bertrand chefchard bonjour bonjour vous aussi vous avez un regard personnel sur Francesca Woodman vous êtes écrivain traducteur réalisateur aussi et auteur de ce livre intitulé sobrement Francesca wodman publié aux éditions PEL vous y dressez en quelque sorte le portrait de la photographie américaine à travers votre regard à travers une forme d'obsession aussi pour sa vie pour celle qu'elle était comment vous la rencontrer comment vous la découvrirez et qu'est-ce qui vous fasse une chez elle bien d'abord je la rencontre par physiquement pas chronologiquement non plus puisque évidemment je la rencontre à la fin des années 90 et elle meurt en 1981 mais il y a quelque chose chez elle extrêmement puissant qui rend la découverte de son œuvre indissociable d'une rencontre avec la personne et je pense que c'est la première fois que ça me faisait ça avec un ou une artiste une oeuvre même de de ne pas réussir à dissocier la personne et le travail là en l'occurrence le travail photographique c'est elle qui se donne et donc qui se donne aussi dans la rencontre on a vraiment le sentiment de rencontrer quelqu'un une personne et comme les grandes rencontres ça bouleverse un peu le la vie quoi enfin ça boule faire ça bouleverse l'économie du regard mais aussi quelque chose de sentimental et de très très fort on est obligé en quelque sorte elle nous convoque un endroit très très puissant et en soit en ignore soit on l'adore j'ai envie de dire et à partir du moment où on la connaît on entre dans une espèce de relation extrêmement personnelle avec elle ce qui me paraît quelque chose de très unique au fond dans dans l'histoire de l'art et dans l'expérience esthétique d'une manière générale ça veut dire qu'on découvre d'abord ses photos c'est clichés et ensuite on se rend compte qu'en fait la photographie est dans la photo et qu'elle a une histoire particulière et qu'on a envie de savoir qui elle était alors disons que je pense que chacun des spectateurs de Francesca Woodman a fait cette expérience on sait très très vite on est très très vite au courant de sa vie on sait qu'elle est morte extrêmement jeune que ces clichés ont été faits entre l'âge de et 22 ans ce qui est quand même une sorte de précocité hallucinante et de fulgurances dans le travail qui est très impressionnant on ignore pas sa vie quand on découvre son œuvre et je ne sais pas comment ça circule d'ailleurs mais les deux choses se font pratiquement en même temps parce qu'elle est aussi connue à travers sa réputation c'est ça qu'il a fait perdurer dans l'histoire au-delà de sa propre vie elle a été connue aussi comme une sorte de comète donc on prend tout d'un coup d'une certaine façon alors Bertrand chef vous mélangez on vient de le dire dans votre récit votre vie et celle de Francesca Woodman et c'est d'ailleurs ce qui a plu à Nadège notre lectrice voici ce qu'elle en retient j'ai aimé l'alliage de ce livre fait d'une enquête biographique du bouleversement sensoriel palpable de l'auteur face à l'icône des vocations sensibles de certaines photographies et d'une part romanesque qui s'y est parfaitement à Laura de Francesca wanman l'auteur alterne donc le jeu et le l s'incluant dans le récit étant en racontant Francesca de saisir ses intentions son cheminement ses hantise ses obsessions de ces 13 ans la joie elle découvre la photographie et son goût pour le surréalisme il décrit les mises en scène de son corps souvent dénudées en train de se dissoudre de se fondre dans le décor de son appartement délabrée on perçoit dans l'écriture l'élan la force l'intensité l'extravagance l'intuition la subtilité le lyrisme les tranchées l'incandescence la théâtralité l'intelligence l'ardeur de Francesca wanman syntaxe profond et habité sur une femme talentueuse en décalage avec son temps sur l'incompréhension de ses pairs sur le désir la quête de soi l'identité d'ailleurs son œuvre aurait-elle été si puissante si une manne avait été reconnue en tant qu'artiste de son vivant qu'est-ce que vous en dites Bertrand chef extraordinaire d'avoir des lecteurs électriques comme ça c'est très c'est très émouvant merci de cette de cette lecture ça me touche beaucoup Nadège demande si son œuvre aurait été si puissante si Woodman avait été connu reconnu artiste de son vivant ça c'est une c'est une vraie et grande question qu'on peut se poser pour beaucoup des contemporains des contemporaine de Francesca Woodman des artistes ont commencé en même temps qu'elle comme Cindy Sherman par exemple dont on connaît la carrière institutionnelle aussi après là disons qu'on c'est très beau c'est vraiment l'art pur d'une certaine façon c'est à dire l'art qui a aucun moment ne s'est institutionnalisé à aucun moment n'est rentré en dialogue avec une réflexion critique objectivante on va dire ou objectiviste autour de son propre travail et où on ne sent pas non plus le travail de la carrière de l'artiste qui essaye de trouver sa place dans le monde et qui voilà court les vernissages etc enfin toute la partie un peu négative au fond de l'art il n'en reste que une sorte de quintessence de des sens pures au fond du geste artistique sans tout le décorum et les déceptions aussi qui vont Marion greberquel est votre votre vision à vous à quel moment est-ce que francesca Woodman devient vraiment une artiste en tout cas comme maman est-ce qu'elle est reconnue comme telle alors il y a plusieurs plusieurs moments qu'on peut invoquer pour répondre à cette question c'est que d'abord elle vient d'une famille d'artistes ses parents sont artistes et je pense que elle a très vite la conscience de ce que ça peut signifier que de vouloir faire carrière comme artiste son père lui offre un appareil photographique quand elle est encore adolescente à 13 ans et je je pense que c'était un être ambitieux mais c'est un suicidé à 22 ans en fait on parle de photographie de d'une adolescente et d'une étudiante en école d'art tout juste diplômé donc c'est très rare en réalité de de pouvoir commencer sa carrière à ces âge là donc il y a une espèce d'évidence à ce que elle n'est pas commencé sa carrière avant avant l'âge de 22 ans et puis et puis ensuite suivre après sa mort des plusieurs plusieurs décennies de découvertes et redécouvertes de son travail et je pense que on fait partie avec ces livres là de d'une nouvelle génération qui qui redécouvre francesca Woodman mais on l'a fait avant nous et notamment en France déjà dans les années 90 mais ce qui était étonnant c'est vrai que ça me paraît indubitable que elle a une place centrale fondamentale dans l'histoire de la photographie du 20e siècle et je pense que on est nombreux aujourd'hui à pratiquer la photographie et ne toujours pas réussi à dépasser ce qu'elle a trouvé et pourtant on rencontre encore des personnes et aussi des photographes qui considèrent que son travail n'est pas si important que cela donc il y a encore du travail à faire pour assurer sa postérité ce qui est intéressant il faut évidemment qu'on parle rapidement et même tout de suite de cette photographie qu'est-ce que c'est la photographie de Francesca Woodman Marion Greber vous vous soulignez bien que son œuvre est majoritairement d'auto-représentation alors qu'est-ce que ça veut dire auto-représentation et quelle est la différence avec l'autoportrait oui alors il y a il y a souvent une question qui est posée bon très concrètement dans la plupart des des photographies de Francesca Woodman la photographe se trouve dans le champ de la photographie la plupart du temps seul même si bien souvent elle a des amis qui enclenchent pour elle l'appareil se pose la question de l'autoportrait de l'auto-représentation etc puisque elle est dans le champ mais il y a souvent un débat pour savoir si c'est bel et bien franchise qu'à Woodman qu'on voit sur la photographie parce que elle est sans arrêt en train de d'inventer des des figures des personnages des masques etc donc elle est dans le champ de la photographie mais en même temps c'est une oeuvre lyrique et donc cette première personne du singulier qui est totalement incarnée chez elle échappe et ce sont de multiples identités qu'elles mettent en scène Bertrand chaper c'est ce choc de l'image qui vous a tant alerter intéressé en découvrant ces photos vous dire que elle est elle est la photographe et elle est aussi le modèle qu'elle photographie je crois que ce qui m'a frappé beaucoup c'est qu'elle nous aspire au fond un autoportrait aurait tendance moi me laisser plutôt extérieur à l'image c'est quelqu'un qui même si évidemment des autoportraits extraordinaires mais c'est quelqu'un qui se représente ce regard se montre se représentant etc chez Francesca Woodman on est aspiré dans l'image parce que quelque chose ce produit ou elle-même en se révélant disparaît c'est à dire que sa propre figure n'est pas un arrêt pour moi face à une sorte d'athérité qui serait celle du pur visage de l'autre qui m'appelle même laisse à distance et où je vois quelqu'un construire les traits de son visage son identité à tel moment déterminer du temps etc là il y a quelque chose qui est toujours suffisamment indéterminé dans les images de Francesca Woodman dans son propre corps dans le flouté de son visage et ce qui est très caractéristique par exemple c'est que sa première photographie son premier autoportrait qui était un chef-d'oeuvre total à l'âge de 13 ans dans cette image elle détourne la tête c'est un autoportrait mais elle ne montre pas les traits de son visage elle littéralement elle tourne le dos à l'objectif et on est invité pratiquement à faire la même chose Gaëlle c'est-à-dire à tourner sa tête devant la photo pour rentrer avec elle de tout son corps d'une certaine façon et non et non pas être remis à sa place systématiquement par le visage d'un autre qui nous regarderait [Musique] elle donne un décor aux figures disparues elle a créé un espace qui ne ressemble à aucun autre elle a trouvé inventée le lieu pour se montrer et disparaître personne n'avait pensé à ça de cette façon à ces pièces nues vides mais vivantes elle l'a trouvé tout de suite et n'en est jamais sorti il n'y a pas de ciel jamais pratiquement aucun extérieur rarement une fenêtre mais toujours des pièces vides des murs et des angles et un corps le sien qui l'arpente le mesure détermine ses limites c'est possible c'est sympa [Musique] hashtag Book Club culture [Musique] la lecture de Nadège notre lectrice de votre récit Bertrand Schaeffer francesca Woodman 12 éditions bloel on plante le décor il y a un décor dans ces photographies qui est qui revient très souvent jamais de ciel on est en quelque sorte enfermé avec elle dans un lieu oui on est dans une chambre presque une chambre absolue quoi enfin une chambre la fameuse chambre à soi mais très très vite on se rend compte qu'elle est c'est à la fois l'appareil photo effectivement la chambre c'est elle-même aussi son intériorité elle arrive à en quelque sorte projeter son intériorité sur les sur les murs de de ces chambres où elle se photographie et où elle a gommé et ça c'est très impressionnant par rapport aux autres photos graphes de tous les temps et de son époque en particulier elle a gommé tous les signes d'époque et ce qui fait que sa photographie est proprement intemporelle se donne comme intemporel au moment où on la regarde on ne peut pratiquement pas la situer chronologiquement Marion Greber c'est pour cette raison qu'on découvre redécouvre redécouvre les photographies de Francesca Woodman au fil des décennies oui en effet je constate cette chose très étonnante c'est que par ailleurs je fais de l'histoire de l'art et l'histoire de la photographie et que la plupart du temps quand je pense aux photographies de Francesca Woodman je ne pense pas aux artistes qui lui sont contemporains et contemporaine alors que comme l'a dit Bertrand Schaeffer tout à l'heure elle est par exemple l'exacte contemporaine de Cindy Sherman qui réalise l'une de ces séries les plus connues exactement dans les mêmes années entre 77 et 80 les huntitle film stills quand on pense à cette oeuvre latine dit Sherman on pense toujours à l'histoire de l'art dans laquelle elle s'inscrit tandis que Francesca Woodman oui ça échappe toujours ça fait que on a très souvent des des comparaisons anachroniques en tête ou en tout cas des comparaisons avec d'autres période comme la photographie victorienne du 19e siècle mais elle est sans arrêt en train d'échapper à une une inscription datée dans une époque particulière et donc dans des styles particuliers par exemple toute les artistes femmes qui lui sont contemporaines qui utilisent la photographie comme document de performance on la rattache pas ces périodes là et oui en effet je pense que ça ça joue beaucoup dans la manière dont plusieurs générations se l'approprie sans arrêt vous nous proposez plusieurs photographies dans votre livre traversé l'invisible Marion Greber si on s'arrête sur la première c'est francesca Woodman donc qui est nu dans le visage est caché par un papier peint qui se décolle du mur j'essaie de la décrire à la radio c'est pas évident et je pense que vous le feriez même peut-être mieux que moi mais qu'est-ce qu'elle dit cette photographie est-ce que c'est peut-être sa façon de faire de la photographie en tout cas sa façon de photographier oui alors il y a quelque chose que je trouve toujours intéressant d'avoir à l'esprit quand on regarde ces photographies c'est l'historienne de la photographie américaine Rosalind Kraus qui a parlé de cela qui dit que qui nous explique que les photographies de Francesca Woodman peuvent souvent être regardés comme des exercices d'école c'est-à-dire que on a donné aux étudiants certaines contraintes thématiques formelles et ils doivent explorer ses contraintes là là en l'occurrence je pense que space au carré qui est le le titre de la photographie correspond peut-être à une à une une contrainte étudiante et en effet il y a cette arrière-plan d'un mur dans une maison dans un lieu qui qui semble abandonner elle est nue devant ce mur et elle se recouvre en partie de pente papier peint et et tout d'un coup elle elle crée effectivement un espace au carré ou l'incarnation devient un deuxième lieu un lieu dans le lieu et et oui je crois que c'est une image c'est l'une de ces images les plus connues et très représentatives de sa manière d'occuper de manière théâtrale les lieux et de et de redoubler l'espace par son propre corps et de et de devenir un décor dans le décor c'est pas la première photo que vous découvrez Bertrand Schaffer de Francesca Woodman s'en est une autre je crois mais peut-être simplement sur l'ambiance l'esprit aussi qu'il y a dans dans ces photographies et la question du nu comment ça vient chez elle est-ce qu'on sait comment ça vient chez elle cette idée de se représenter dénuder a commencé à vient il y a quelque chose je pense autour de ça je pense que Marion gremer pourrait en parler parce qu'elle a des belles pages là-dessus dans son litité avant et puis après on va pas on va parler avec Marion il y a quelque chose qui qui est de l'ordre de comment dire il y a une dimension performative dans la photographie de Francesca Woodman ce sont des mises en scène qui sont décidées à l'avance parfois qui sont dessinés au crayon sur un papier et qui sont ensuite exécutés dans le plan c'est comme une danse si vous voulez c'est il y a quelque chose qui rappelle un peu le cette danseuse de la fin du 19e proche de Mallarmé sans les vêtements ou avec le très très peu de vêtements c'est une espèce de danse dans l'espace qui qui suppose d'avoir abandonné un certain nombre de choses ce que je veux dire c'est que c'est pas un nu ni académique comme on peut le retrouver dans la photographie y compris dans la photographie féminine de la première moitié du 20e siècle comme un Brickman par exemple ou d'autres qui sont des des nues relativement référencé en termes de représentation compris d'histoire des représentations de la peinture etc là c'est pas le cas c'est pas des nuits académiques sont pas dénus très érotiques non plus il y a quelque chose qui ne joue pas à cet endroit c'est plutôt une espèce je dirais presque de retour à l'animalité j'ai quelques images à un moment donné comme ça qui me viennent dans le livre sur sur les animaux d'ailleurs il y a présence de l'animalité assez forte dans les dans les photos de Francesca Woodman que ce soit avec des fourrures des des renards des des insectes des des poissons enfin des anguilles des serpents enfin des choses comme ça je pense qu'il y a quelque chose d'un ordre mythologique mythique très ancien une sorte de métamorphose ovidienne et quelque chose de l'ordre de la de la mise à nu enfin je sais pas comment dire c'est plus une mise à nu si vous voulez que qu'un nu est retisant elle se défait de quelque chose jusqu'à en quelque sorte faire en sorte que son corps presque disparaisse dans le dans le flou lui-même comme si elle voulait se fondre et se dissiper dans l'espace Marion Greber sur sur cette idée là oui alors ce que je peux ajouter comme comme élément c'est que par exemple c'est ses camarades et des amis proches de la resdine School of Design où elle était étudiante ont été étonnés en fait qu'elle utilisait qu'elle utilise à ce point le nu et quand elle a commencé à le faire ils ont trouvé que c'était courageux et ça je pense que c'est aussi important de l'avoir en tête parce que le nu en photographie c'est il y en a depuis les débuts de l'histoire de la photographie ça fait partie des des premières choses qu'on se met à photographier des femmes nues je suis donc on pourrait se dire que il y a une espèce de continuité et d'évidence à ce qu'elle le fasse mais en fait non c'est ça avait quelque chose de d'étonnant de courageux de subversif et qui a été aussi assez mal reçu dans les cours auxquels elle participait quand il s'agissait de d'accrocher ses photographies au mur et de les montrer que chacun les commandes comme ça en groupe d'étudiants quelque chose qui pouvait gêner grébin c'est subversif parce qu'elle m'aime et encore jeune là entre 18 et 22 ans au moment où elle fait tout elle fait toutes ses photos c'est parce qu'elle est jeune parce qu'elle est étudiante parce qu'elle n'est pas encore artiste confirmée que c'est que c'est sulfureux non je crois que je crois que malgré la tradition du nu en photographie c'est une tradition une tradition qui a aussi beaucoup été peut-être portée par des photographes masculins masculins que les les photographies de nu faites par des femmes ont été faites beaucoup dans le secret à la fin du du 19e au début du du 20e et que je crois que il y a vraiment une affirmation d'une très grande autonomie là dedans qui qui gêne en fait au moment où elle le fait juste pour ajouter que les classes de nu académiques dans les écoles d'art était refusé aux femmes les femmes n'avaient pas le droit d'aller dans les alors elles étaient souvent modèles mais en tant que en tant que jeune artiste étudiante en art toute la fin du 19e siècle tout début du 20e siècle les femmes n'avaient pas accès aux classes de nuit académique extraordinaire et Francesca Woodman a pris ce droit le droit de photographier et de ce photographier aussi nu on va écouter à présent Chloé de la librairie la comète à Paris elle a lu Chloé votre livre Marion Greber traversé l'invisible voici ce qu'elle retient [Musique] et Viviane meilleur sa réflexion elle nous ouvre tant de questions qu'à peine à ton poser le livre en fait déjà envie de le réouvrir pour relire tel ou tel passage et c'est ce qu'il rend riche je pense que c'est aussi ce qu'on retrouve dans le travail de Francesca Woodman il a attendre ramification qu'il ne cesse de poser des questions et Marion elle explore avec brio la pluralité des questions que pose cette photographe franchise kalouman elle explore l'auto-représentation elle se met en scène souvent nue ou à demi vêtue et elle crée avec son corps comme seul outil décomposition j'y vois la volonté de montrer ce que l'on ne voit pas pourtant elle n'oublie jamais vraiment son intime pour moi elle reste toujours un peu inatteignable toujours un peu invisible et je pense que si son oeuvre elle est si complexe et nous touche tant c'est parce qu'elle parle profondément de l'expérience féminine et de l'histoire des femmes donc Marion Greber pourquoi cet ambivalence à vouloir montrer et en même temps caché votre réponse Marion merci beaucoup pour cette lecture c'est cette dernière question est en fait toute la question du livre c'est un livre qui part de des œuvres photographiques de Francesca Woodman et Viviane Mayer et qui pose la question à travers leur œuvre de cette contradiction là c'est à dire que on voit sans arrêt francesca Woodman on la voit nue et en même temps elle nous échappe et mon idée c'était de à travers son œuvre à elle de poser cette question dans toute l'histoire des des images et des figurations féminines dans dans l'histoire de l'art en réinvant certains myths certaines images très anciennes qui font qu'en effet quand on figure des femmes on est sans arrêt devant cette contradiction de de les voir apparaître et de les voir disparaître en même temps et je place au départ de mon parcours ce mythe d'Orphée Eurydice racontait notamment par Ovide ou Eurydice remontant des enfers derrière Orphée va y être renvoyé éternellement lorsque Orphée se retourne sur elle trop tôt qu'il se pétrifie et qui l'empêche son amante de revenir à la lumière du jour et des vivants avec lui et en fait cette manière de sans arrêt se montrer et se dérober en même temps dans l'œuvre de Francesca Woodman c'est une espèce de style et de manière d'être qui sont fondamentaux dans notre manière de faire et de regarder les images des femmes et en effet qui tout ça est porteur de notre manière aussi d'être au monde et d'être dans l'histoire toujours à demi présente et à demi absente et de devoir faire avec cette invisibilité et de voir la traversée pour arriver à une part de visibilité c'est ce que vous appelez aussi apparaître dans des formes de disparition et c'est là où il y a aussi un point commun avec le votre récit Bertrand Schaffer c'est-à-dire que quand vous avez commencé à écrire à vouloir écrire vous étiez une promesse je vais écrire quelques choses sur francesca Woodman vous avez voulu commencer par par écrire un roman et vous avez pas réussi non j'ai pas réussi parce que écrire un roman aurait supposé me substituer moi beaucoup à elle forcément on sait ça reste une adolescente américaine des années 70 sur laquelle la documentation est malgré tout très limitée donc pour écrire un roman biographique un biopique une certaine façon il aurait fallu substituer à elle fouillé dans ses carnets que c'est carnets mais surtout il aurait fallu combler les lacunes or précisément ça me semblait totalement contradictoire avec son oeuvre elle-même de devoir combler les lacunes et puis j'avais pas envie de combler les lacunes j'avais envie moi de la retrouver un peu elle de vivre un peu auprès d'elle de vivre son expérience à elle et avec ce que je possédais ce qu'on possède j'ai lu à peu près tout ce qui était possible de lire sur elle j'ai rencontré des gens qui l'ont personnellement connu enfin j'ai été assez loin j'ai même écrit à ses parents quand ils étaient encore vivants il y a 6 ou 7 ans je réécris parce que je voulais publier le journal de Francesca Woodman en France ils ont pas voulu ils ont publié que certaines parties ils n'ont absolument pas voulu j'ai eu la réponse malgré le décalage horaire instantanément ils ont tout de suite refusé parce que le journal n'est pas publié non plus aux États-Unis quelque chose doit rester sans doute à jamais secret peut-être bon voilà pour des raisons très personnelles familiales mais voilà donc j'ai été avec ce matériau lacunaire et au fond il fallait prendre acte recette de cette lacune et d'essayer de vivre auprès d'elle et de la faire un peu réapparaître un peu revivre parce que je pense qu'effectivement dans l'écriture quelque chose est possible de du mouvement photographique de retrouver un peu du mouvement photographique dans dans le mouvement de l'écriture vous mettez en parallèle en tout cas vous mettez côte à côte d'ailleurs Francesca woman avec Viviane Meyer elle reste encore des énigmes toutes les deux et notamment francesca Woodman malgré tout le travail que que vous avez mis en œuvre il y a encore des choses que vous ne comprenez pas chez Francesca Woodman cet acte que je prévois n'étant rien mélodramatique j'étais je suis non pas unique mais spéciale c'est la raison pour laquelle j'ai été une artiste écrit francesca Woodman dans son journal une déclaration que vous publiez dans votre livre Marion Greber Bertrand chaper vous vous dites dans votre dans votre récit pour être artiste il faut être malheureux c'est une phrase que on vous a beaucoup répété sera ce que j'ai entendu enfants est-ce que comment est-ce qu'on regarde le geste de Francesca Woodman avec cette phrase en tête quand on est plus jeune je sais pas c'est abyssal comme question disons que on est face à la mort de quelqu'un qui qui a eu le sentiment peut-être de je n'en sais rien d'avoir bouclé son œuvre en tout cas en tout cas tel que nous on la reçoit aujourd'hui on a une œuvre qui paraît bouclée c'est ça qui est profondément perturbant déstabilisant oui c'est très déstabilisant parce qu'on a l'impression que la trajectoire avec des menus variations entre ces 13 ans la première photo à 13 ans les photos qu'elle fait dans les cimetières à 14 ans où elle se met en scène nue entre les tombes 14 ans quand même enfin c'est quelque chose de totalement incroyable et prodigieux elle est où de manière à la première seconde où elle commence à prendre des photos jusqu'à la dernière photo qu'elle prend aux dernières vidéos couleurs qu'elle fait à New York au tout début des années 80 il y a une sorte de de continuité parfaite de son œuvre comme si elle avait elle avait refermé et donc voilà la fermer son heure et puis après effectivement comme elle dit dans sa dernière lettre elle est juste passée de l'autre côté elle est passée de l'autre côté et vous la faites en quelque sorte revivre dans ce récit francesca Woodman aux éditions P o l merci beaucoup Bertrand Chaffard d'être venu dans le Book Club merci beaucoup Marion Greber je rappelle le titre de votre livre traversé l'invisible énigme figuratif de Francesca Woodman et de Viviane meilleure à l'atelier contemporain merci d'avoir été ce midi dans le Book Club de France Culture [Musique]