Voix de droite : "Éloge des pères du passé" - 22/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est lundi, c'est la voix de droite, c'est Louis Sarkozy. Bonjour Louis, hier, Fête des Pères, un sujet de société qui s'est invité dans le mondial. Il y a le joueur belge, Jérémy Doku, qui veut quitter la sélection pour assister à la naissance de son premier enfant. Et à l'inverse, il y a un joueur norvégien qui a assisté à la naissance de son fils, mais en visio, il n'a pas voulu y aller. Deux choix opposés, que disent ces choix de nos pères modernes ?
Je dois l'avouer, j'ai moi-même eu un père happé par une carrière absolument dévorante. François Hollande, d'ailleurs, je me bats pour qu'il me reconnaisse. Et lors de la naissance de mon propre fils, j'étais noyé dans les derniers mois d'une campagne absolument acharnée. Je peux comprendre qu'un joueur de foot rate une naissance pour participer au mondial. Je m'excuse d'ailleurs auprès de sa femme qui ne doit pas être d'accord du tout et hurler auprès de son poste de télévision.
Sur ce sujet, les Sarkozy n'ont donc peut-être pas de leçon à donner ?
Alors, ce n'est pas faux, mais ce n'est pas forcément la présence physique constante qui fait un père. En tout cas, pas seulement. Qu'est-ce qu'un père en vérité ? Oui, c'est l'amour. Oui, c'est la présence. Mais c'est aussi la règle, le respect, la limite. Bref, c'est une grande partie de ce qui manque aujourd'hui à tant de nos jeunes. Alors, c'était d'ailleurs votre toute première fête des pères. Vous êtes récemment devenu papa. Merci de le souligner, Apolline. Et c'est d'ailleurs peut-être pour ça que ce sujet hante mes jours et mes nuits. Mon propre père était souvent absent physiquement, c'est un fait.
Et pourtant, j'avais un père, vous comprenez, très net, très clair, très présent là où cela compte, dans les règles, les interdits, les regards, quand je débordais. Il était peut-être même plus présent pour moi lorsqu'il était absent, paradoxalement. La structure qu'il avait créée demeurait malgré ses déplacements. Le père, ce n'est pas seulement l'ami du week-end qui joue au foot. C'est aussi l'architecte de nos contraints.
Une sorte de surmoi. Le père moderne est justement plus présent qu'il ne l'a jamais été. Télétravail, congé, paternité, garde alternée.
Alors, c'est complètement vrai. Comparé au père des années 50 ou 60, c'est incomparable. Physiquement, le père moderne est omniprésent. Mais dans son rôle de père, il ne l'est presque jamais. Nous avons aujourd'hui des pères qui sont des grands frères, des copains, des coachs de motivation. Tout sauf des pères. L'amour paternel, c'est celui qui cadre, qui borne, qui frustre. Et c'est précisément par cette frustration qu'il fabrique des adultes. Pierre Valentin, dans Malaise dans la génération Z, paru chez Gallimard cette année, décrit une génération plus déprimée, plus anxieuse, plus fragile que toutes celles qui l'ont précédée.
Parmi les causes profondes, rarement nommées, il y a l'effondrement de ces figures structurantes. Et la première d'entre elles, c'est le père.
Et ce n'est pas seulement le cas en France.
Pas du tout. Il existe un exemple, peut-être le pire exemple d'ailleurs, absolument dévastateur. Aux Etats-Unis, dans les communautés afro-américaines, près de 70% des enfants noirs américains naissent de mères non mariées. Et une très large proportion grandit sans aucun père au foyer. Les conséquences sont parfaitement documentées par les études. Décrochage scolaire massif, incarcération, pauvreté, violence intracommunautaire. Quand un père disparaît, ce n'est pas seulement un homme qui s'absente, c'est tout un dispositif de transmission qui s'effondre. C'est l'échafaudage moral qui est délaissé. Et quand cet effondrement devient massif, c'est toute une communauté.
Vous faites un lien entre l'absence de père et ensuite la dérive éventuelle des enfants. En France, comment vous voyez les choses ?
La France entre, à sa façon, un peu dans le même couloir. Souvenez-vous des images qui font le tour du monde après la finale de la Ligue des champions du PSG, remportée fin mai à Budapest. Les Champs-Elysées dévastés, des magasins pillés, des voitures brûlées, des mortiers d'artifices tirés sur la police. 22 000 policiers et gendarmes déployés. Je regardais ces images et je me posais, en réalité, la même question qui revient à chaque fois. Mais où sont leurs pères ? Moi, à leur âge, si j'avais fait un dixième de cela, j'en aurais immédiatement payé les conséquences. Et les conséquences, pardon de le dire, ce sont l'introduction à la civilisation. Les actes ont des conséquences.
Tu dérapes, tu payes. Et ce sont les pères, plus que les profs ou que les policiers, qui sont chargés de l'enseigner en premier et de l'enseigner en priorité. Car l'enfant poussera toujours les limites. Il voudra défier l'ordre des choses. Le père se doit donc d'être l'avant-garde de la société auprès des enfants barbares qui tentent de l'envahir. Le père, c'est l'apôtre des conséquences.
Donc pour vous, au fond, le père, c'est la politique régalienne ?
Les deux sont complémentaires. Alors bien sûr, il faut une plus grande politique régalienne. Mais, et c'est tout aussi essentiel, l'État ne peut pas, l'État ne doit pas devenir le père. C'est exactement ainsi que l'on sombre dans l'infantilisation de l'électorat. Et au bout du chemin, l'autoritarisme d'une société d'enfants finit toujours par devenir une société de tyrans. L'État protège. Il n'éduque pas. Pour éduquer, il faut un père, un vrai. Et plus les pères assument leur rôle, pardon, moins l'État a besoin d'assumer le sien. Une société de bons pères, c'est une société qui a besoin de moins de policiers.
Ainsi, la fête des pères ne célèbrera pas seulement les hommes qui font des enfants, mais les hommes qui deviennent des pères.
Merci beaucoup Louis Sarkozy. La voie de droite sur RMC, demain ce sera la voie de gauche. Cécile Duflo.