Bernard Cazeneuve : "Contre l'antisémitisme, c'est à l'ensemble de la Nation que le Président doit s'adresser"
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 un ancien Premier ministre, ancien ministre de l'Intérieur, dans les deux cas sous la présidence de François Hollande. Il est aujourd'hui avocat. Vos questions 01, 45, 24, 7000, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bernard Cazeneuve, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. Tout à l'heure à Paris, mais aussi en France, à Paris, il y aura un rassemblement contre l'antisémitisme, regroupant tous les partis politiques, sauf le Rassemblement National qui n'a pas été invité et a annoncé qu'il ferait un hommage de son côté.
Le Premier ministre et des membres du gouvernement seront là, François Hollande et vous-même y serez. Première question, Bernard Cazeneuve. Comment expliquez-vous la bouffée d'antisémitisme qui se propage en ce moment en France ? Les mots, les tags et samedi, l'agression contre Alain Finkielkraut. Que se passe-t-il ici pour qu'on en soit là ?
D'abord, je suis comme beaucoup de Français qui sont d'authentique républicain, extrêmement choqués par les événements qui se sont succédés au cours des dernières semaines et qu'on imaginait impossible dans un pays qui a connu la Shoah, la déportation et qui sait que l'histoire est tragique. Des croix gammées posées sur des portraits de Simone Veil, les arbres en hommage d'Ilan Alimi scié, les propos qui ont été tenus d'une extrême violence à l'encontre d'Alain Finkielkraut, mais aussi, comme le rappelle Delphine Envilleur dans sa très belle interview dans Libération, Ingrid Levavasseur, à laquelle on demande d'enlever son gilet jaune en lui disant « Celle juive enlève ton gilet jaune ».
Donc il y a des phénomènes extrêmement graves qui se produisent dans ce pays. Et lorsque l'on veut matérialiser sa haine, y compris à l'égard de personnes qui ne sont pas de confession juive, c'est l'antisémitisme ce que l'on convoque, comme si l'antisémitisme est devenu aujourd'hui le vecteur de toutes les haines. Pourquoi est-ce que nous en sommes arrivés là ?
Nous en sommes arrivés là d'abord parce que, année après année, dans une indifférence, une absence de conscience de ce qu'est la République dans ses fondements, nous l'avons vu s'abîmer, nous l'avons vu se découdre, et nous avons vu toutes les digues qui permettaient de vivre ensemble et qui nous permettaient de faire société tomber peu à peu.
Et la numérisation de la société, dont j'ai pu constater notamment à l'époque où j'étais ministre de l'Intérieur, qu'elle conduisait à la diffusion de toutes les insultes, de toutes les invectives sous pseudonyme, ou dans l'anonymat, a désinhibé et a permis aujourd'hui à l'insulte que l'on proférait dans l'anonymat d'être proféré désormais dans la rue à visage découvert, comme on l'a vu à l'occasion des dernières manifestations.
Et la parole anonyme devient désormais une parole assumée et les paroles antisémites conduisent aux actes antisémites qui ne sont que le prolégomène, d'autres formes d'actes violents qui s'exprimeront demain contre les musulmans, contre les catholiques, contre des français en raison de ce qu'ils sont, de ce qu'ils pensent.
Le monde virtuel et le monde réel est devenu aussi violent que le monde virtuel. C'est sans doute ce qui a changé et ce que vous soulignez ce matin. Certains députés, Emmanuel Macron notamment aussi, font un parallèle avec les années 20, les années 30. Est-ce que vous feriez cette comparaison historique-là ou elle vous semble mauvaise ?
Il y a un phénomène qui me préoccupe beaucoup, c'est que la montée de l'antisémitisme va de pair avec la montée de l'antiparlementarisme et une remise en cause des élites qui ont leur part de responsabilité aussi dans le phénomène qui se produit aujourd'hui. Parce qu'à force de théoriser la transgression, la disruption, la rupture sur tous les sujets, lorsqu'on est en situation de responsabilité politique, ont fini par créer les conditions qu'elles se produisent dans la rue, dans l'abandon de toutes les valeurs que nous avons en commun.
Donc il y a, bien entendu, une responsabilité des élites en tant qu'elles n'ont pas été en situation, parce qu'elles n'avaient pas nécessairement pris la mesure de la gravité du contexte où nous nous trouvions, de trouver le mot juste qui apaisait dans un contexte où la société était traversée par des contradictions, des confrontations, des antagonismes qui pouvaient la fracturer. Donc nous sommes dans ce contexte aujourd'hui où anti-parlementarisme, anti-élite, antisémitisme se conjuguent dans un même mouvement. Ça rappelle une période. Mais nous sommes aussi confrontés à d'autres formes d'antisémitisme qui n'existaient pas à ce moment-là.
Il y a une petite minorité de musulmans qui, dans la radicalisation, vont vers l'antisémitisme et commettent des actes antisémites. Donc il y a une juxtaposition de phénomènes qu'il faut avoir à l'esprit et face auxquels il faut convoquer les principes et les valeurs républicaines avec la plus grande fermeté et la plus grande détermination comme les républicains ont su le faire, par exemple, au moment de l'avènement de la Troisième République à travers des personnalités comme Clémenceau.
Et ce soir, est-ce qu'il y aura un consensus politique fort ? Bernard Cazeneuve à cette manifestation contre l'antisémitisme. Est-ce que la classe politique parle toujours d'une même voie ? Certains ont dénoncé l'instrumentalisation des violences antisémites par le gouvernement, d'autres ont souligné leurs différences idéologiques avec Alain Finkielkraut, mais dénoncé cette agression. Le « mais » est revenu très souvent ces derniers jours. Donc, fissure dans le consensus ?
Je crois que lorsqu'il y a un tel risque de confrontation et de fracturation, il faut revenir à des choses essentielles et les exprimer avec force et simplicité. D'abord, lorsque tout risque de basculer, l'amour du pays, l'amour de la République doit l'emporter sur toutes d'autres considérations. Et notamment sur ce qui relève du champ de la confrontation et du débat politique. Pour une raison simple, c'est qu'il n'y a pas de possibilité d'avoir une confrontation et un débat politique serein en démocratie s'il n'y a pas un profond respect chez tous ceux qui s'apprêtent à s'affronter des valeurs qu'ils ont en commun. Donc, c'est le pays d'abord, c'est la République d'abord.
Parce que, si ce n'est pas le pays et la République d'abord, alors, tout ce qui relève du champ de la confrontation démocratique, dans un pays où le débat a toujours joué un rôle fondamental, n'est plus possible. Nous n'aurons plus que le chaos des institutions, la confrontation et la haine. Or, moi, je suis d'abord républicain et je souhaite que, dans un contexte particulier, chaque mot soit choisi et que chacun fasse œuvre de responsabilité pour que le consensus républicain soit renforcé.
Donc, ce soir, nous allons faire république, tous ensemble, par-delà ce qui peut nous différencier en termes d'opinion politique, en termes de positionnement par rapport à l'actuelle politique gouvernementale, parce qu'il y a des moments où il faut être capable de s'élever au-dessus d'un certain nombre de contingences pour dire que nous sommes ensemble.
Le fait qu'Emmanuel Macron ait choisi de réserver sa parole demain soir au dîner du CRIF et de ne pas être ce soir à vos côtés au rassemblement Place de la République, est-ce que vous le regrettez ou est-ce que vous comprenez son choix ?
Je ne vais pas commenter les choix du président de la République. Dans un moment grave comme celui auquel nous sommes confrontés, il lui appartient de choisir les modalités de sa parole. Mais, ce que je veux lui dire, parce que je pense que beaucoup de Français le ressentent ainsi, c'est que nous avons besoin dans des circonstances comme celles auxquelles nous sommes confrontés, de la parole du président de la République. Il est le garant de l'unité et de l'indivisibilité de la nation. Et c'est à la nation dans son ensemble qu'il doit s'adresser pour dire ce qui la rassemble, ce qui la cimente et ce qui la fonde.
Et il faut aussi retrouver, c'est un des éléments qui expliquent la montée de l'antisémitisme. Il faut retrouver les faits de l'histoire dans toute leur rigueur et toute leur justesse. Il faut être capable de revisiter ce qu'ont été les événements de l'histoire qui ont pu conduire au pire. Et parce qu'une société dans laquelle il n'y a plus de pensée historique, dans laquelle les faits de l'histoire s'effacent, c'est une société dans laquelle la transmission est plus possible.
On en est là, Bernard Cazinard.
Vous parlez de l'amour de la République. Mais c'est parce qu'on en est là que je le dis avec cette gravité.
N'est-ce pas trop faible de vouloir réhabiliter la République et la raison en ces temps si tourmentés ?
C'est une nécessité absolue, c'est un combat urgent et tous ceux qui ont la passion de la République, qui ont la passion de la liberté, qui ont au cœur la tolérance et l'altérité, c'est-à-dire cette capacité à se mettre à la place d'autrui et c'est précisément parce que l'altérité conduit à se mettre à la place d'autrui et qu'à un moment donné on n'arrive plus à trouver en soi les mauvais instincts de la haine pour adresser à l'autre ce qu'on n'aimerait pas adresser à son prochain s'il était de sa famille ou qu'on n'aimerait pas adresser à soi-même. C'est cela qu'il faut retrouver. C'est cet esprit d'altérité, c'est cet esprit éminemment républicain et retrouver aussi le sens de l'histoire.
J'ai été frappé pendant la dernière campagne présidentielle, l'histoire était aussi absente. On avait l'impression d'un moment ahistorique plus personne n'indiquait dans quelle filiation il s'inscrivait dans quel courant de pensée il tentait de mettre ses pas et si j'ai été critique parfois à l'égard de cette idée qu'un monde nouveau allait se substituer à l'ancien c'est parce que précisément je ne croyais pas qu'il était bon de couper les fils de l'histoire.
On s'inscrit toujours dans les pas de ceux qui nous ont précédés et lorsque l'on ne s'inscrit pas dans les pas de ceux qui nous sont précédés ce qui n'exclut pas d'ailleurs des dépassements alors on oublie les faits de l'histoire et la transmission devient plus difficile.
Bernard Cazeneuve encore une question sur ce sujet certains députés veulent désormais interdire l'antisionisme au nom du fait qu'il est parfois le visage l'un des visages de l'antisémitisme qu'en pensez-vous ?
Je pense que lorsque nous sommes sur des combats aussi essentiels il n'est pas interdit de les mener en convoquant la sagesse et il n'est pas nécessaire pour condamner des délits qui doivent l'être avec la plus grande fermeté l'antisémitisme est un délit de donner le sentiment qu'on est prêt à instaurer le délit d'opinion et lorsque l'on a en face de nous des antisionistes il faut leur demander ce qu'est l'antisionisme là aussi Delphine Norvelleur en parle très bien dans l'interview à laquelle je faisais référence tout à l'heure est-ce qu'il s'agit de la condamnation des frontières actuelles d'Israël est-ce qu'il s'agit de la condamnation de la politique du gouvernement israélien je la condamne de quoi s'agit-il exactement et dès que l'on sent parce que c'est parfois le cas que derrière l'antisionisme se cache un antisémitisme assumé et je vous rappelle qu'en juillet 2014 lorsque j'étais ministre de l'Intérieur il y a eu une polémique au moment où j'ai interdit des manifestations contre la politique d'Israël pendant lesquelles on voyait brandir des écriteaux sur lesquels il était écrit mort aux juifs c'est précisément parce que je savais bien que derrière un certain nombre de postures se cachaient des instincts qui devaient être combattus
l'agression d'Alain Finkielkraut a eu lieu en marge de la manifestation des gilets jaunes samedi quelle relation faites-vous entre le mouvement des gilets jaunes et ce regain d'antisémitisme voyez-vous comme quelqu'un comme Bernard-Henri Lévy qui dit que l'antisémitisme est au coeur du mouvement des gilets jaunes
je pense que les gilets jaunes doivent eux-mêmes prendre des positions très claires sur ce sujet on ne peut pas appeler à la lutte contre l'antisémitisme demander à chacun de faire son examen de conscience car la lutte contre l'antisémitisme passe d'abord par l'examen par chacun de ce que sont les sentiments qui le traversent et par l'interrogation par chacun de sa conscience et ne pas demander à ceux qui manifestent tous les samedis dans Paris de ne pas se livrer à cet exercice deuxièmement je ne peux pas m'empêcher de constater que nous sommes dans une période où il y a de l'antisémitisme où il y a de l'antiparlementarisme où il y a un discours sur les élites qui dans un même mouvement remet en cause bien des choses fondamentales dans la république je veux rappeler que si des parlementaires ont des indemnités c'est parce qu'à un moment de notre histoire pour mettre fin au suffrage censitaire on a considéré qu'il était nécessaire que des élus aient des indemnités pour faire en sorte que ne puissent pas être élus seulement ceux qui pouvaient vivre de leur rente c'est donc une grande conquête de la république que le fait d'avoir un parlement avec des élus indemnisés qui font la loi et qui expriment ce qu'est la souveraineté nationale et là aussi il faut revisiter ce qu'est l'histoire et ne pas chercher une issue à cette crise dans des réformes institutionnelles qui abaisseraient le parlement qui abaisseraient les institutions parce que ce n'est pas par le populisme qu'on sortira du populisme
Bernard Cazeneuve tous les samedis depuis trois mois il y a des manifestations en France pendant tout un temps elles n'étaient pas déclarées en préfecture certaines s'accompagnent semaine après semaine de violence vous avez été ministre de l'intérieur pourquoi est-il si difficile de rétablir l'ordre républicain l'ordre public
mais d'abord je veux rendre hommage à ceux qui sont en charge de l'ordre républicain les policiers les préfets qui samedi après samedi alors que les tensions sont extrêmes font un travail absolument remarquable en étant exposés à bien des violences face auxquelles ils demeurent ardemment républicains maîtrisant leurs gestes étant capables d'incarner par l'uniforme qu'ils portent la république même si il peut y avoir parfois des manquements des difficultés qui généralement conduisent l'inspection générale de la police nationale à être saisie je veux saluer la manière dont les policiers accomplissent leur mission mais nous sommes face à des manifestations d'un type nouveau elles sont pas toujours déclarées elles n'empruntent pas les itinéraires prévus et il y a parmi les manifestants des gens qui quittent les cortèges pour aller dans les rues au hasard cassés casser des bâtiments publics sans prendre à du mobilier urbain sans prendre à des commerces suscitant d'ailleurs énormément de peur et parfois d'effroi est-ce qu'il faut interdire
ces manifestations Bernard Cazeneuve ?
je pense que ce serait une faute que d'interdire ces manifestations dans un pays où précisément nous nous battons pour que la république continue à incarner la liberté et je pense que le gouvernement a raison de ne pas les interdire mais il a raison en même temps d'être extrêmement ferme à l'égard de ceux qui dans ces manifestations sont à l'origine de violences inacceptables d'ailleurs on le voit la violence est verbale la violence fait renaître les mauvais instincts la violence est également physique cette violence doit cesser parce qu'elle est le contraire de ce qu'est la république elle est le contraire des valeurs qui nous unissent les uns aux autres et elle l'est par ailleurs un ferment de mise en cause des institutions qui est bien entendu de nature à fragiliser gravement ce qui fait le vivre ensemble dans notre pays
très rapidement parce que nous avons de nombreuses questions à vous poser d'un mot la loi anti-casseur qui est en cours d'adoption vous y êtes favorable ?
je ne suis pas favorable à cette loi je n'y suis pas favorable il y avait dans l'arsenal législatif actuel tout ce qui permettait de régler ces problèmes par ailleurs j'en ai d'ailleurs été étonné compte tenu des propos qui avaient été tenus pendant la campagne électorale on n'a pas sorti de l'état d'urgence on a inscrit l'état d'urgence dans le droit commun on m'avait reproché de venir régulièrement devant le parlement lorsque l'état d'urgence avait été déclaré pour des raisons qui tenaient aux circonstances particulières du terrorisme qui nous frappait et je venais devant le parlement parce que précisément j'estimais que le parlement devait pouvoir contrôler tout ça désormais on a fait rentrer les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun en dépit de tout ce qu'on nous avait expliqué et on va plus loin encore avec cette loi alors qu'il y a dans les dispositifs législatifs existants de quoi maintenir l'ordre
une question au standard de France Inter question pour vous Bernard Cazeneuve je salue Clara bienvenue oui bonjour bonjour on vous écoute Clara
bonjour du coup moi j'ai 26 ans je suis profondément de gauche du coup j'ai bien noté que M. Cazeneuve il faut que vous laisse rendre utile et du coup dans mon souvenir il a quand même participé au gouvernement de François Hollande où il a cautionné la loi travail il a participé à la loi Asile et Immigration de 2015 donc en fait il a participé au creusement des inégalités entre les populations qui forcément ont besoin d'un bouquet hémisère donc maintenant les bouquets hémisères c'est qui ? C'est les migrants c'est la communauté LGBT c'est les juifs et donc maintenant il veut se rendre utile M. Cazeneuve mais auprès de qui ?
Quand on est de gauche est-ce qu'on va aller voir Mélenchon personnellement j'en ai pas très envie est-ce qu'on va aller voir Hamon avec son régime universel que personne ne soutient est-ce qu'on va aller voir place publique avec Glucksmann où est-ce que vous vous placez M. Cazeneuve et où est-ce que nous on peut se placer jeunes de gauche qui ont envie de militer contre les inégalités entre les populations
bien compris Clara merci pour cette intervention Bernard Cazeneuve vous répond
cette question est intéressante parce qu'elle montre l'un des mots auxquels nous sommes confrontés c'est-à-dire le décalage qui existe entre les faits la réalité et la perception par exemple cette auditrice qui a l'air habité par des convictions très solides et une certaine frustration et une certaine attente en tous les cas désorientée on pose des questions sur des sujets que j'ai eu à connaître et sur lesquels les choses qui sont dites ne correspondent pas à la réalité par exemple sur l'immigration je veux rappeler à l'auditrice que lorsqu'il y a eu 12 000 personnes à Calais dans la boue de Calais nous avons ouvert 600 centres d'accueil et d'orientation nous avons multiplié par deux le nombre de places en centres d'accueil et d'orientation et la mise à l'abri de ces personnes s'est faite sans l'intervention des forces de l'ordre avec d'ailleurs le concours des ONG qui étaient présentes sur place en tous les cas d'un certain nombre d'entre elles est-ce que cette politique là qui est une politique assez différente de celle qui est menée aujourd'hui n'était pas une politique de gauche puisqu'on m'a interpellé sur la question migratoire je ne crois pas vous dites clairement
dans l'entretien de l'Obs que vous donnez et qui est en ligne depuis hier soir vous dites clairement la politique d'Emmanuel Macron est une politique à droite sans ambiguïté pour vous c'est aussi clair que ça ? c'est une politique de droite ?
je cherche ce qui est dans cette politique la place à gauche est-ce que c'est la loi anti-casseurs dont nous avons parlé ? est-ce que c'est ce qui relève du champ de la politique migratoire qui après qu'on a expliqué d'ailleurs au moment où j'évacué Calais que ce que je faisais était bien timide par rapport à la grande conscience qu'incarnait à ce moment là Angela Merkel est-ce que c'est une politique de gauche qui est menée sur ce sujet aujourd'hui ?
est-ce que le fait de faire 6 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches des français et de prendre 6 milliards sur les retraités est une politique de gauche je pourrais comme ça multiplier les sujets si je qualifie cette politique de politique de droite c'est parce que je cherche dans ce qui est fait ce qui pourrait éventuellement lui donner une teinture de gauche
le dédoublement des classes
oui mais le dédoublement des classes a été rendu possible parce que près de 60 000 postes d'enseignants ont été créés dans le quinquennat précédent sans lesquels il n'aurait pas été concevable aujourd'hui de procéder au dédoublement des classes mais ce que je dis en qualifiant la politique d'Emmanuel Macron n'est pas une agression à l'égard du gouvernement et de la majorité ce n'est pas grave d'être de droite d'ailleurs j'ai le sentiment qu'il l'assume assez bien mais dès lors que le gouvernement est de droite et qu'il y a un pôle assez significatif d'extrême droite qui se constitue et qu'il y a à l'extrême gauche une organisation qui stérilise tout je me dis qu'il ne serait quand même pas mauvais pour la démocratie qu'il y ait une force de gauche qui se constitue et qui permette à notre pays d'avoir un débat démocratique plus équilibré qu'il ne l'est
et pourquoi vous ne l'apportez pas cette voix là ?
mais je suis devant vous aujourd'hui je n'ai pas l'impression d'être devenu totalement à faune mais je pense que beaucoup de ceux qui à gauche sont engagés ou sont électeurs aspirent à ce qu'il y a à la fois des consciences c'est du renouvellement et moi je ne veux pas être de ceux qui tous les jours s'expriment sur tous les sujets expliquant qu'ils sont indispensables je veux mais vous êtes là
vous êtes là
je suis là comme il y a aujourd'hui encore dans ce pays fort heureusement des milliers de militants de gauche qui sont là et des centaines de milliers qui demain pourront de nouveau incarner une espérance donc juste un parti de gauche en tout cas et donc social-démocrate bien entendu social-démocrate un parti de gauche qui puisse représenter une alternative parce que moi je ne souhaite pas que la France soit condamnée au dialogue entre la droite et l'extrême droite
c'est toujours le parti socialiste ce parti là
il faudra bien entendu qu'il y ait des mutations qu'il y ait des transformations qu'il y ait des rassemblements mais mon état d'esprit est très simple puisque je vois des tas d'articles écrits depuis que j'ai eu l'idée de me rendre à une soirée conviviale chez les sénateurs socialistes moi je suis désireux d'aider ma famille à laquelle j'ai toujours appartenu à retrouver des couleurs à représenter une alternative à représenter une espérance je crois à la force de l'espérance et je suis inquiet de voir la situation de mon pays je suis inquiet de voir la situation dans laquelle se trouve la gauche et je pense qu'une espérance est possible et plutôt que d'enfermer les électeurs de la gauche dans une impasse en les mettant chaque jour davantage en colère avec des connivences de plus en plus douteuses je pense au parti de Jean-Luc Mélenchon moi je souhaite les mettre sur un chemin d'espérance pas moi tout seul je suis un parmi tant d'autres et je n'entends pas être davantage que cela mais ce n'est pas parce que vous êtes un militant dans un contexte historique particulier que vous devez vous taire sous prétexte qu'à chaque fois que vous parlez on vous prête des ambitions que vous n'avez pas
une question Bernard Cazeneuve de Guy qui vous demande la chose suivante quelle aurait été votre position en tant que ministre de l'intérieur quant au retour des djihadistes en France 150 selon une estimation qui ne peuvent plus être détenus par les Kurdes en Syrie et qui donc reviendront peut-être
mais nous avons eu l'occasion de nous exprimer à plusieurs reprises sur ce sujet lorsque nous étions au gouvernement et ce que s'apprête à faire le gouvernement actuel c'est ce qu'il faut faire on ne peut pas ne pas accueillir sur le territoire national des nationaux parce que c'est tout simplement le droit international mais il faut mettre en place des dispositifs qui permettent au moment de leur retour de les mettre immédiatement hors d'état de nuire en procédant à leur incarcération à leur jugement c'est cela qu'il faut faire et surtout être très vigilant pour que nul ne puisse revenir en échappant à la justice parce que tous n'ont pas été arrêtés
La piste du référendum à choix multiples pour sortir de la crise à l'issue du grand débat national vous semble-t-elle une bonne idée sur quoi devrait porter ce référendum et doit-il se faire le jour des européennes ?
Je pense que l'on n'échappera pas à la question sociale c'est ça surtout que je veux dire on ne sortira pas de ce grand débat sans une conférence sociale à l'occasion de laquelle la question fiscale la question des inégalités la question du pouvoir d'achat la question de la fracture territoriale sera traitée et donc je réinsiste pour dire que Laurent Berger qui a tendu une main qui a fait des propositions constructives qui sont de nature à créer les conditions à la fois de la relance du dialogue social de la reconnaissance des corps intermédiaires je pense que l'idée d'une république qui puisse fonctionner verticalement sans corps intermédiaire est une très mauvaise idée qui laisse beaucoup de place et trop de place à la violence c'est que si nous voulons sortir du grand débat de façon constructive en consolidant la république française il faut reconnaître les corps intermédiaires dans leur rôle et il faut pour cela relancer le dialogue social et traiter de la question sociale et de celle du pouvoir d'achat vous répondez pas
à ma question sur le référendum
vous avez bien compris que ce n'est pas pour moi la priorité que d'aller vers un référendum sur les questions institutionnelles en diminuant le nombre de parlementaires au moment où il y a un problème de proximité dans la relation entre les citoyens et les élus au moment où on a besoin de faire davantage république et essayons de faire en sorte que la république soit plus forte et plus unie autour d'une ambition de justice sociale et pour cela il faut une grande conférence sociale
merci maître Cazeneuve puisque vous êtes avocat maintenant je ne sais pas le protocole c'est maître ou monsieur le premier ministre comme les anciens premiers ministres ont le droit mais écoutez comme vous préférez d'accord j'ai dit les deux en attendant merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin et je renvoie évidemment à l'entretien que vous avez également donné à l'Obs et qui est en ligne depuis hier soir 8h47 le carrefour du 7-9 et qui est en ligne
Bernard Cazeneuve