L'interview : François Ruffin - 23/06
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci de venir répondre à mes questions ce matin. Vous êtes député réélu, la France insoumise, enfin plus précisément Picardie libre, dans la première circonscription de la Somme. Hier soir, première prise de parole d'Emmanuel Macron depuis les législatives. Il faudra bâtir des compromis, voilà ce qu'il a dit. Pour cela, il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l'Assemblée nationale sont prêtes à prendre. Et là, il lance envers vous, envers les oppositions, une sorte de deal.
Il faudra qu'ils disent en toute transparence jusqu'où ils sont prêts à aller pour avancer utilement. Jusqu'où serez-vous prêts à aller ?
Moi, je n'ai pas vu de compromis de la part du président de la République, en tout cas. Il démarre son intervention en disant « Vous m'avez renouvelé votre confiance sur le fondement d'un projet clair en me donnant une légitimité claire ». Il y a trois phrases, trois mensonges. Parce que jamais on ne lui a renouvelé sa confiance. Il a été réélu ? Oui, mais ce n'est pas de la confiance envers le président de la République. Il n'a pas été majoritaire, loin de là. Le projet clair, il n'y en a pas eu dans sa campagne. Et il n'a aujourd'hui pas de légitimité claire. Qu'est-ce qui se passe dans mon département, dans la Somme ?
Le président de la République n'est pas fichu d'amener la moitié de ses candidats au deuxième tour. Donc, il y a un désaveu là. Et ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il ne nous dit pas hier « Par compromis, j'ai renoncé à la réforme de retraite ». Ou « Par compromis, j'ai renoncé à mon programme caché ». Vous savez, le programme de stabilité qu'il a envoyé à la Commission européenne en disant « Voilà, il va falloir faire 80 milliards d'économies ». Quand on dit 80 milliards d'économies, ça veut dire qu'il va falloir tailler sur à peu près tout. Tailler sur les retraites ou sur l'hôpital.
Vous leur faites la campagne, François Ruffin. Vous ne pouvez pas carrément là faire un procès en illégitimité. Il y a eu des élections présidentielles. On a l'impression que vous les oubliez.
Moi, je dis qu'il y a eu une légitimité pour Emmanuel Macron. À être à l'Elysée, il n'y a pas de légitimité pour son projet.
Donc les élections, c'est légitime quand ils votent pour vous aux législatives et c'est illégitime quand ils votent pour lui aux présidentielles ?
Je dis qu'il n'y a pas de légitimité pour son projet. D'abord parce qu'il n'a pas présenté de projet clair et ensuite parce que les gens n'ont pas voté pour son projet. Ils ont voté pour quoi ? Au deuxième tour, il y en a qui ont voté pour faire barrage à Macron et il y en a qui ont voté pour faire barrage à Le Pen. La réalité de la société française aujourd'hui, mais ce n'est pas nouveau, c'est qu'au fond, il y avait un projet libéral qui a subi un désaveu en 2005. C'est une histoire longue. En 2005, qu'est-ce qu'il passe ? 55% des Français répondent non à la concurrence libre et non faussée. 80% des ouvriers...
Ce n'est pas de la responsabilité des manuels.
Je vous dis l'histoire longue dans laquelle on se trouve. Depuis ce temps-là, ils savent que leur projet, il est au fond minoritaire dans la société, qu'il faut le faire contre le peuple ou sans le peuple. Le dernier mandat, c'est quoi ? C'est pour passer ça. On a une majorité à l'Assemblée nationale qui n'est pas représentative du pays et on passe dans la rue par la force de coercition. C'est quoi ? C'est le mouvement des Gilets jaunes qui est réprimé. Voilà comment ils ont maintenu leur projet libéral. Il faut comprendre qu'aujourd'hui, on arrive à la fin d'une histoire. C'est la fin d'une histoire, de cette histoire libérale, où on parvient à imposer son projet contre la société.
Et là, il n'y a même plus de majorité à l'Assemblée pour le faire.
Je voudrais quand même comprendre, François Ruffin, si je vous prends au mot, vous êtes en train de nous dire que les cinq années qui souffrent sont cinq années d'illégitimité, qu'au fond, le président, avant même de commencer ce second mandat, devrait mieux le terminer.
Je suis favorable, oui.
Vous vous dites, au fond, on efface tout, on recommence ?
Je pense que là, il n'y a pas de légitimité au président de la République pour porter un projet, pour continuer son projet. S'il continue, ça va être quoi ? Ça va être en violentant la société française. Parce que la société française, aujourd'hui, elle ne veut plus du projet où on instaure de la concurrence sur les écoles, où on instaure de la concurrence sur le rail, où on instaure de la concurrence partout. C'est fini.
Quand vous dites, je suis favorable, vous seriez favorable au fait qu'il démissait ?
Ah ben, s'il veut, moi, je ne vais pas m'y opposer. Mais ça, c'est à lui d'en décider. Aujourd'hui, en tout cas...
Non, mais ce serait la logique pour vous, en fait.
En tout cas, aujourd'hui, il n'y a pas de légitimité, je dis juste, je le répète, il n'y a pas de légitimité à porter son projet dans la société.
Bien, cela dit, il est là, il est à l'Elysée, il fait cette déclaration hier, et il vous propose le marché. Il dit, voilà, je pars deux jours à Bruxelles, quand je reviens, c'est à vous, les partis d'opposition, de dire jusqu'où vous serez prêt à aller, c'est-à-dire soit une coalition globale, un projet...
C'est à lui de nous dire jusqu'où il est prêt à aller pour les Français. Est-ce qu'il est prêt à faire le SMIC à 6500 euros ? Est-ce qu'il est prêt à indexer les salaires sur l'inflation, comme je le réclame maintenant depuis un an et demi ? Parce qu'on a aujourd'hui une inflation qui est galopante, plus de 5% dans mon coin, dans la somme, ce n'est pas 5%, parce que quand on se déplace en voiture et qu'on se chauffe au fuel, on est sans doute à 8, 10% d'inflation. Qu'est-ce qu'il est prêt à faire là-dessus ? Mais qu'est-ce qu'il est prêt à faire, vous voyez, puisque je parle de l'essence ? Est-ce qu'il va dire le mot Total à un moment ?
Est-ce qu'il va dire, ce n'est pas normal que Total fasse 5 milliards d'euros de bénéfices sur les trois premiers mois de l'année. Ce n'est pas normal que le PDG de Total, M. Patrick Pouyanné, s'augmente de 52%.
Le ministre de l'économie lui-même, Bruno Le Maire, avait envisagé à un moment la question de la participation. Il avait dit aux entreprises qui font des profits de participer, elles aussi, à l'effort.
Ils envisagent que peut-être ils veulent verser leur eau au bol. Non, ce n'est pas ça la question. Là, ce sont des milliards d'euros. Il faut que les Français comprennent ça, mais ils le savent. C'est qu'aujourd'hui, il y a un gavage gigantesque qui s'opère en haut. Et tout ce qui va être proposé par M. Macron, c'est de refiler des miettes en bas. Comment j'ai fait ma campagne, moi ? J'ai fait ma campagne en demandant, mais est-ce que vous, vos salaires, ils ont triplé ? Est-ce que vous, vos retraites, elles ont triplé ? Est-ce que vous, vos allocations, elles ont triplé ? Les gens, ils rigolaient. Ils disent, mais les fous, pourquoi ils me demandent ça ? Non, ça n'a pas triplé, tout ça.
Pourquoi ? Parce que les cinq premières fortunes, sous Macron, elles ont triplé. Donc, aujourd'hui, se pose la question du partage de manière centrale dans la société.
Mais, honnêtement, là, vous mettez sur la table quelque chose dont vous savez bien qu'Emmanuel Macron ne le fera pas. Mais c'est quand même incroyable. Je veux dire, moi, je veux bien si chacun reste sur ses positions et il ne va rien se passer.
C'est quand même incroyable, Madame de Malernes, que vous partez avec cet a priori-là. Se dire qu'on est dans une société où les grandes fortunes ont triplé, où Total se gave, et vous dites d'emblée, ah ben, c'est normal, le président de la République, on sait très bien, au fond, ce que vous me dites, on sait très bien que c'est le président des riches, qu'il les protège, et donc, au fond, il ne va pas à l'état de tirer de l'argent sur eux. Ce que je veux dire, c'est que vous aviez
chacun des programmes et qu'en effet, vos programmes sont radicalement opposés. Ça, c'est clair. Mais un compromis... Mais il y en a un qui a été élu à la présidence et il y en a d'autres qui ont été élus au Parlement. Soit vous restez chacun à vous tourner le dos, soit vous vous dites, on fait des compromis.
Si le compromis marche dans les deux sens, de combien M. Macron est prêt à taxer ses petits amis ?
Et vous, de combien, est-ce que vous seriez prêt à baisser vos attentes ?
Eh ben, on verra. Mais pour l'instant, je n'entends pas un mot de M. Macron pour dire...
Donc pour vous, on verra. Pour lui, il faut qu'il donne des gages.
Vous savez, dans la précédente mandature, il m'est arrivé de voter des amendements, il m'est arrivé de voter des lois, et ainsi de suite. Vous le savez.
Et il vous est même arrivé de faire parfois des rapports, des commissions, avec des députés...
Donc, j'ai le sens du compromis. Mais en vérité, celui qui n'a pas le sens du compromis... Et en fait, ceux qui n'ont pas le sens du compromis, c'est ceux qui aujourd'hui sont en train de se gaver. Qui se gavent tous les jours. Il y a 20 ans, les 500 premières fortunes françaises représentaient 5% du PIB. En vérité, en 1996. C'est 25% à l'arrivée de Macron. Aujourd'hui, on a passé les 40%.
Qu'est-ce que vous demandez ?
Je demande la question du partage. Je demande qu'il y ait un partage. J'y vais toujours. Est-ce qu'on peut compter jusqu'à 3 ? 1, 2, 3. Pendant ce temps-là, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, vient d'accumuler 10 000 euros. C'est-à-dire qu'il vient de toucher pendant ces 3 secondes-là, autant que ma suppléante, Hayat, accompagnante d'enfants en situation de handicap, pendant un an. Voilà comment on traite les gens qui travaillent.
Mais là, vous nous parlez notamment des Américains, des Australiens. Non, Jeff Bezos. À un moment, on crée cette fortune et on entraînait d'autres. Très bien. Ça, non.
Est-ce que M. Jeff Bezos et Amazon peuvent payer leurs impôts en France ? Le boulanger du coin, il paye sa TVA, il paye ses impôts fonciers, il paye de l'impôt sur les sociétés.
Donc, il faut une justesse.
Mais oui, il faut de la justice, réclamer la justice. Et au fond, vous voyez les petits câlins du Rassemblement National avec M. Macron. On va faire de l'opposition constructive et patati et patata. Alors qu'on se prétendait hier la véritable opposition. On va être les premiers de la classe. Alors que c'était les cancres lors de la précédente manteinture. Ils n'ont rien foutu. Pourquoi ? Parce qu'au fond, sur la question du partage et de l'absence de partage de la richesse, il y a un accord aujourd'hui entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
En fait, vous êtes en train de dire qu'il y a une complicité entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Je ne dis pas qu'il y a une complicité. Enfin, vous dites qu'ils sont des câlins. Je dis qu'il y a un accord sur le fond. Là, ils sont des câlins en ce moment. Éric Wirt, il dit qu'on préfère donner la présidence de la Commission des Finances au Rassemblement National. Pourquoi ? Parce que la France Insoumise, elle pourrait avoir l'idée de faire du contrôle fiscal. C'est-à-dire que la France Insoumise, elle pourrait avoir l'idée, en effet, d'aller regarder ce qui se passe dans les grandes fortunes des amis de M. Wirt et de M. Macron. Et qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'ils payent leurs impôts en France ?
François Rupin, en effet, d'ailleurs, du côté du RN comme du côté d'En Marche, vous êtes le mauvais exemple. C'est-à-dire que vous êtes celui que chacun ou chacune, en l'occurrence, vous allez voir, prend en exemple pour dire qu'on ne veut pas de ça. Aurore Berger, qui a été élue hier la présidente du groupe des macronistes à l'Assemblée, elle a laissé entendre que parfois, entre le RN et LFI, elle avait du mal à choisir et elle a pris votre exemple. Elle dit qu'il y avait des cas où c'était compliqué de définir qui était le candidat le plus républicain. Regardez un duel entre François Ruffin et le RN. Regardez l'attitude de François Ruffin pendant 5 ans.
Écoutez, Mme Berger et ses amis, c'est chéri, j'ai rétréci la République. Parce que quand on vient dire que moi, je n'appartiens pas à la Chambre de la République, qui est-ce qui appartient ? Ils ont eu le même réflexe au moment où il y a eu le mouvement des Gilets jaunes. Plutôt que de se dire, enfin, c'est France périphérique que moi, je défends depuis plus de 20 ans. Jusqu'à maintenant, elles souffraient en silence. Elles étaient hors du champ social. Elles prennent place
sur les reprends. Marine Le Pen, dans ces cas-là, a été une des premières à en parler. Non, non, mais je veux dire, que vous ne le fassiez.
Non, non, non, moi, ça fait 23 ans que je suis journaliste en Picardie. Ça fait 23 ans que je parle de ces invisibles. À un moment où Mme Le Pen, elle était à Saint-Cloud où elle défendait un projet libéral. D'accord ? Enfin,
vous ne pouvez pas dire qu'elle n'a pas eu des élus
dans le Nord. Non, je ne dis pas ça. Je dis, là, vous me renvoyez à Mme Le Pen, je vous dis, moi, ça fait 23 ans que ces frances périphériques, cette frances des Gilets jaunes...
Je ne vous retiens pas cette légitimité-là, mais je dis simplement que vous n'êtes pas le seul.
Non, en tout cas, je le fais depuis plus longtemps que les autres. D'accord ? Mais je ne cherche même pas à avoir... Vous étiez prête. Je m'en fiche. Je m'en fiche. Ce n'est pas ça, le sujet. Le sujet, c'est qu'enfin, au moment du mouvement des Gilets jaunes, ces personnes qui se sentent maltraitées dans la société, à la place de se replier ses oeufs, de s'isoler, elles sortent, elles se mettent sur les ronds-points, elles revendiquent. C'est peut-être confus, mais c'est là. C'est le moment où le président de la République peut passer un compromis social avec cette France périphérique. Qu'est-ce qu'elle fait ? Qu'est-ce qu'il fait ? À la place, il les maltraite.
Il dit, voilà, ils n'appartiennent plus à la République, ce sont des factieux. Or, là, je pense que c'est une erreur majeure. C'était le moment où il fallait tendre la main. Tendre la main, c'était quoi ?
Il a mis des milliards sur la table à ce moment-là.
Non, non, non, à ce moment-là. Est-ce que vous pensez que les gilets jaunes et ceux qui étaient autour d'eux ont eu le sentiment que le président de la République se tournait vers eux et qu'il passait un compromis social avec eux ? Mais est-ce qu'au fond,
l'Assemblée, telle qu'elle est aujourd'hui, n'est pas plus représentative ? Une erreur d'indication, c'est aussi d'être entendu.
Je vais y venir. Je vous réponds. Sur le compromis social, qu'est-ce qui n'a pas été fait ? Sur le plan social, il était réclamé à l'époque la TVA à 0% sur les produits de première nécessité. Est-ce que ça a été fait par le président de la République ? Non. Retour de l'impôt de solidarité sur la fortune, c'est-à-dire une justice fiscale, est-ce que ça a été fait par le président de la République ? Non. Référendum d'initiative citoyenne porté par les gilets jaunes, est-ce que ça a été fait par le président de la République ?
Vous-même, vous trouvez des revendications comme si c'était aussi évident. On le sait bien, les gilets jaunes et vous êtes le premier à les avoir filmés. C'était quand même plus complexe.
C'était complexe, si vous voulez. Vous retenez ce qui nous arrange. À la fin, il y avait un cahier qui était franchement qui ne faisait pas 2600 pages et il y avait une cohésion quand on passait sur les ronds-points. Il y avait des cahiers de doléances. D'ailleurs, ces mesures-là, quand on demande aux Français est-ce que vous en voulez, ils sont 80 à 90% à dire qu'ils en veulent. Un compromis social avec cette France-là aurait été de porter au moins l'un de ces points. Aujourd'hui,
dans le paquet pouvoir d'achat, parce que c'est un des points sur lesquels il vous renvoie la balle en quelque sorte, il dit, sur la question du paquet pouvoir d'achat, il faut pouvoir avancer, il faut pouvoir avancer vite. À quelles conditions est-ce que vous, François Ruffin, par exemple, vous seriez prêt à signer, à voter une loi avec le gouvernement ?
D'abord, s'il va récupérer de l'argent sur ses amis qu'il a gavés pendant cinq ans. Mais ça,
ça doit être dans le paquet pouvoir d'achat.
Oui, comment on finance ? Ça doit être dans le paquet pouvoir d'achat. Parce que si c'est pour nous faire une opération pièce jaune à nouveau, je veux dire, M. Macron, c'est l'homme des primes et des petits chécounés. C'est comme ça qu'il traite. Il ne traite pas la question de fond. La question de fond, c'est la valeur du travail aujourd'hui. Voilà ce qui doit être mis sur la table. Est-ce que les gens qui travaillent sont payés correctement ?
Quand je vois que le ministère du Travail a commandé un rapport sur les métiers de la seconde ligne, donc aux féminins, ce sont les métiers auxquels je suis attaché d'auxiliaire de vie sociale, d'aide à domicile, d'agents d'entretien, mais aux masculins. Ce sont les caristes, ce sont les camionneurs, ce sont les ouvriers de l'industrie agroalimentaire. Que dans ce rapport, on montre qu'il y a 4,6 millions de salariés, que pour beaucoup, sinon pour la plupart, ils sont sous le SMIC, sous le seuil de pauvreté, parce que c'est des temps partiels avec des salaires partiels ou c'est une altérénance de période d'intérim et de chômage.
Mais qui doit faire en sorte que les salaires remontent ? Ça, ce sont des patrons privés. Qu'est-ce que vous allez faire ? Comment vous allez faire ?
Non, indexation des salaires sur l'inflation. Ça peut être décidé, ça a existé en France jusqu'à 1982. Ça veut dire quoi pour les gens qui nous écoutent ?
Ça peut même être décidé par décret. Il n'y a même pas besoin de passer par le Parlement.
Vous voyez, il n'y a pas besoin de majorité. Merci de nous préciser. Non, non, mais je crois de mémoire que ça fonctionne. Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que quand il y a une inflation de 5%, automatiquement, les salaires, les retraites, les minimas, ils augmentent de 5% pour ne pas être grugés par l'inflation. Bon, la question aujourd'hui, j'entends qu'il y a des problèmes sur les bus à Metz, par exemple.
Je vois que vous avez bien écouté RMC ce matin. J'avais effectivement la personne qui s'occupe de la DRH de Metz qui montrait qu'ils avaient désormais 15 minutes entre deux bus au lieu de 10 parce qu'ils n'ont pas suffisamment de chauffeurs. En fait, ils n'ont plus assez de chauffeurs. Donc, ils sont obligés de réduire le nombre de bus. Tout simplement. Et ça veut dire que les habitants de Metz doivent attendre 15 minutes entre deux bus pour aller au travail.
La rémunération d'un chauffeur de Metz, me semble-t-il, c'est 1560 euros net ? Non, c'est 2080.
Brut ? Oui, 2080 euros brut pour un temps plein en CDI.
Mais ça fait 1560 euros net. Est-ce que vous pensez que c'est normal quand on travaille comme chauffeur de bus qu'on a une qualification d'être payé 1560 euros net ?
Il pourrait l'être plus. Mais enfin, ce n'est pas indécent. Ce que je veux dire, c'est que la proposition telle qu'elle est et il y a des primes au bout de six mois qui font augmenter
de 500 euros les revenus. Quand il y a le Luxembourg à côté avec 1000 euros de plus, les gens vont travailler là où il y a 1000 euros de plus. Aujourd'hui, non.
Pardon, le Luxembourg, c'est marrant que vous preniez quand même le Luxembourg comme exemple. Il y a des moments où quand c'est un pays de riches, je trouvais ça finalement pas mal. Parce qu'effectivement, ils ont de l'argent à redonner.
D'accord, mais aujourd'hui, le travail doit être payé plus. Au Luxembourg,
ils ont peut-être les moyens de le faire.
Mais aussi en France, nous avons les moyens de le faire. Madame Apolline de la Merle, quels ont été les bénéfices du CAC 40 cette année ?
Colossal, colossal.
Combien ? Non, je n'ai pas le chiffre, mais c'est colossal.
Autant j'ai les chiffres du salaire du chauffeur de bus à Metz, mais là, effectivement...
160 milliards d'euros, plus 60% par rapport au précédent record de 2007. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand en sport, on bat un record, normalement, on bat un record de 1 centième de seconde ou en hauteur de 1 centimètre. Là, ils font plus 60% par rapport au précédent record. Donc non, dans le pays, il y a de l'argent. C'est à qui on donne cet argent ? Pardon,
je m'arrête un instant sur l'exemple que vous donnez. Quand vous dites que ça fonctionne mieux au Luxembourg qu'à Metz, au Luxembourg, pour le même travail, ils proposent 3 500 euros. Donc 1 000 euros de différence. Et en plus, le pays, le Luxembourg, donne 400 euros par enfant, par famille. Quoi qu'il arrive, quels que soient les revenus, est-ce que ça, c'est votre modèle ?
Non, mais... Le Luxembourg, c'est votre modèle ? Non, je n'ai pas comme modèle le Luxembourg, et vous le savez bien, mais j'ai comme modèle qu'il y a du respect pour les gens qui travaillent. Pour les gens, comment on peut accepter que dans notre pays, on ait des centaines de milliers d'aide à domicile qui ont des petits bouts de contrat le matin, des petits bouts de contrat de midi, des petits bouts de contrat le soir, et qu'à la fin de leur mois, ça ne fait pas le SMIC et on accepte ça dans notre pays ? Est-ce que dans le programme, si dans la loi pouvoir d'achat, il y a le SMIC pour toutes les auxiliaires de vie, je peux vous assurer que je voterai dès demain, cette partie ?
Il n'y a pas de souci, je serai là.
Si il y a des petits morceaux de loi, il y a des morceaux que vous pourriez voter.
Il faut qu'il soit significatif, mais vous savez, moi j'ai voté, quand ça a été 200 millions d'euros pour les auxiliaires de vie, je l'ai voté, alors que franchement, c'est l'aumône, c'est l'opération pièce jaune. Il faut que les travailleurs dans ce pays, ceux qui, c'est lui qui le disait, qui tiennent le pays debout, ce n'est pas le CAC 40 qui le tient, ce sont les auxiliaires de bus, ce sont les chauffeurs de bus, et bien il faut que, dans ce pays, il soit payé comme il faut. Il doit y avoir un respect de la valeur du travail, c'est-à-dire que le travail, est-ce que c'est le grand...
Le chèque alimentaire, vous pourriez accepter de soutenir la démarche ?
D'abord, je vais vous dire deux choses. Premièrement, j'en ai marre des chèques, j'en ai marre des primes, j'en ai marre de ces opérations pièce jaune où on vous achète un petit bout.
Vous voulez des salaires ?
Et je veux quelque chose qui structure l'économie dans la durée, pas qu'il vienne, bon voilà, vous aurez votre mône et on vous serait content. Non, on n'est pas là pour filer les miettes, on est là pour changer quand même le fait que ce n'est pas normal s'est rationné, même dans les EHPAD. Regardez, les EHPAD sont une illustration de notre société. C'est quoi ? Ce sont des personnes âgées qui sont rationnées sur leur couche, qui sont rationnées sur leur gâteau de pépito au goûter, qui sont rationnées sur leur crouton dans la soupe et à l'autre bout, il y a des profits pour les actionnaires de ces grands... Mais on le voit bien, ça craque. De fait, ça craque.
Et donc, pourquoi aujourd'hui il n'y a pas de soignants à l'hôpital ? Parce qu'ils se sont sentis maltraités dans leur salaire, maltraités dans leurs conditions de travail, mais aussi maltraités autrement. Il faut voir que les travailleurs ne sont pas interchangeables. Vous n'êtes pas interchangeables, madame Pauline de Maverre. Si demain matin, on met un autre présentateur à votre place du jour au lendemain, vraisemblablement, l'audience va diminuer. Mais c'est la même chose. Non, non, je ne vous le dis pas pour vous flatter. Non, non, mais... Je ne vous le dis pas pour vous flatter.
Vous commencez par flatter quand même.
Non, je ne vous le dis pas pour vous flatter. Je vous le dis parce que c'est la même chose pour l'infirmière de l'hôpital et qu'il ne doit pas être un chiffre avec de la polyvalence et on te met quelques chiens à la place et tu vas aller boucher ce trou-là et ainsi de suite. Il faut du respect pour les gens qui tiennent l'hôpital.
Il y a une autre personne qui vous prend comme contre-exemple. Je parlais tout à l'heure d'Aurore Berger. Je voudrais quand même que vous puissiez répondre à ce qu'a dit Marine Le Pen hier à propos de votre manière d'être députée. Elle a dit la culture paquet de nouilles et t-shirt de foot. Non, merci. Je vais laisser ça à Ruffin et aux autres zadistes de la LFI. Sous-entendu pour vous, c'est un peu un jeu et une mise en scène alors que pour eux ça va être sérieux.
Écoutez, d'abord je suis presque flatté d'être le contre-exemple de Mme Berger et de Mme Le Pen quand même. Si je suis leur chose horrible, bon bah voilà.
Mais est-ce que parfois vous ne vous regardez pas un peu dans le miroir ?
Écoutez, quand j'ai mis le t-shirt de foot à l'Assemblée nationale, je pense que, je l'ai encore vu dans ma campagne, j'ai redonné la fierté à des tas de gens dans les clubs de foot, à des tas de bénévoles qui le samedi vont conduire les gamins et font tout ça sans chercher un euro de rentabilité. Donc non, c'est avec fierté que je l'ai fait et c'est avec fierté que j'ai défendu les femmes de ménage de l'Assemblée nationale. Je veux dire, j'en ai fait qu'un un t-shirt de foot s'ils veulent le retenir pour l'histoire. Je veux bien.
Il y a 10 paquets de nouilles et t-shirt de foot.
Mais ensuite, quand même, c'est la cancre du dernier rang qui vient nous donner des leçons. Parce que, qu'est-ce que j'avais fait Madarine Le Pen pendant les cinq dernières années à l'Assemblée nationale ? Elle a touché son salaire. Ça, les 7500 euros, elle les a touchés. Mais qu'est-ce qu'elle a fait derrière ?
Rien. Vous vous avez dit qu'elle aurait dû davantage agiter des facettes ?
Je dis qu'elle aurait pu travailler. Elle se prétend, maintenant, comme la défenseure des retraites. Pendant ce temps-là, combien de mots elle a prononcé ? Elle a prononcé une phrase, sept mots, en deux mois de débat à l'Assemblée nationale sur les retraites. Il faut que les gens le sachent comment ils ont été défendus.
Là, ils vont être 89. Oui, d'accord.
Elle, elle pouvait faire son boulot. Moi, j'ai prononcé 7000 mots. Je n'ai pas arrêté de faire des discours dans tous les sens pour m'opposer à le système à points de Macron. Vous savez, j'ai même calculé combien je suis compétitif par rapport à un député Rassemblement national lors du précédent mandat. Je suis 40 fois plus compétitif en termes de nombre d'amendements déposés et au coût de revient de l'amendement.
Je vous opposerais quand même que vous étiez dans un groupe là où eux n'y étaient pas. Très bien, mais il y a des tas de gens. Maintenant, pour le coup, vous avez raison, il faudra compter à partir de maintenant où vous êtes à peu près à équivalent.
Non, non, mais il y a des tas de gens dans l'hémicycle qui n'appartenaient pas à des groupes. Je peux citer Delphine Bateau, je peux citer Nicolas Dupont-Aignan, vous voyez, dans des bords différents qui se sont retrouvés hors groupe et qui ont bossé, bossé, bossé. Donc maintenant, les cancres du Rassemblement sur les... En plus qu'hier se présentait la seule opposition à Emmanuel Macron et qui maintenant sont prêts à les bosser de sauter dans leurs bras...
Il y avait même une forme de complicité dans leur câlin. C'est donc Picardie Libre de la Somme 1854 sur RMC et BFM TV.
François Ruffin