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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 24 novembre 2022 7 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalSolidarités & famille

Maurine Mercier : "Les Ukrainiens sont éprouvés, neuf mois de guerre, c'est très long"

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:08OuverteRéponse partielle

    Bonjour Maureen Mercier.

  • 0:10OuverteRéponse partielle

    Vous êtes en direct de Mikolaïev dans le sud du pays.

  • 0:37OuverteRéponse directe

    La région où vous êtes a été frappée aussi ?

  • 1:28OuverteRéponse directe

    Et justement, vous avez l'impression que ce sont des cibles précises qui sont visées ?

  • 2:12OuverteRéponse directe

    Et après neuf mois de guerre, quel est l'état d'esprit des Ukrainiens que vous rencontrez ?

  • 3:23OuverteRéponse directe

    Ils ont l'impression que... Et les coupures d'électricité, j'imagine, sont de plus en plus difficiles à supporter avec l'hiver qui approche.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:49InvitéFait
    « on a assisté, il n'y a pas d'autre mot, je pense à l'avangeance russe. »
  • 1:11InvitéFait
    « ce que cherche à faire la Russie, et ils y parviennent malheureusement, c'est de saturer le système de défense anti-aérien en envoyant comme ça d'un coup des dizaines de missiles. »
  • 1:31InvitéFait
    « Clairement, les infrastructures, clairement, clairement, ils cherchent à priver les Ukrainiens d'eau, d'électricité, de connexion. »
  • 2:07InvitéFait
    « Ils cherchent vraiment à paralyser les gens avant l'hiver. C'était ça l'objectif, ils arrivent. »
  • 2:22InvitéFait
    « Alors, l'état d'esprit, j'ai envie de vous dire qu'ils sont courageux, ils sont résilients. »
  • 2:43InvitéFait
    « Tout ça est éprouvant. Les gens sont éprouvés. Neuf mois, c'est très long. »
  • 3:36InvitéFait
    « Mais à qui est une neige, tout simplement ? »
  • 4:04InvitéFait
    « Ils utilisent vraiment ce mot terrorisme parce qu'il y a quelque chose comme ça qui plane sur le pays. »
  • 4:36InvitéFait
    « la guerre, il faut pouvoir la couvrir des deux côtés. C'est le cas de n'importe quel conflit. »
  • 5:01InvitéFait
    « Ils utilisent la fameuse technique des deux murs. C'est-à-dire que quand ça bombarde, ils vont s'abriter dans leur propre appartement. »
  • 6:32InvitéFait
    « Sinon, non, les missiles peuvent toucher à peu près toutes les villes d'Ukraine, n'importe quel endroit. »
  • 6:54InvitéFait
    « Cette guerre, elle dure depuis huit ans. Elle a démarré dans le Donbass il y a huit ans. »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Présentateur25 %

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0:00
Présentateur

La guerre en Ukraine entre dans son dixième mois. Le pays a subi un nouveau déluge de feu hier. De nombreuses villes ont encore été frappées par des missiles russes. Bonjour Maureen Mercier. Bonjour. Vous êtes en direct de Mikolaïev dans le sud du pays. Vous êtes correspondante pour la RTS, la radio-télévision suisse. Vous travaillez aussi pour nous, Radio France, France Inter. Vous êtes en Ukraine depuis le début du conflit. Et vous avez reçu le mois dernier le prix bailleux des correspondants de guerre pour un reportage qu'on avait d'ailleurs diffusé dans le 5-7. Un reportage sur les exactions, les viols commis par les forces russes à Boucha.

Hier, l'Ukraine a donc subi un assaut assez intense de la part de l'armée russe à coups de missiles. La région où vous êtes a été frappée aussi ?

0:40
Invité

Eh bien, moins hier qu'avant-hier. Avant-hier, j'étais dans la ville de Kherson. La ville de Kherson, c'est cette ville qui a été libérée il y a à peu près une dizaine de jours. Et puis on a assisté, il n'y a pas d'autre mot, je pense à l'avangeance russe. C'est-à-dire que l'armée russe est de l'autre côté du fleuve. Et puis la ville a essayé des tirs d'artillerie pendant toute la matinée. Hier, c'était plutôt calme. A l'inverse, elle n'était pas du tout dans des villes comme Kiev, la capitale notamment, mais pas que.

En fait, ce que cherche à faire la Russie, et ils y parviennent malheureusement, c'est de saturer le système de défense anti-aérien en envoyant comme ça d'un coup des dizaines de missiles. Résultat des courses, c'est que certains missiles atteignent leur cible. Ça a été le cas hier.

1:28
Présentateur

Et justement, vous avez l'impression que ce sont des cibles précises qui sont visées ?

1:31
Invité

Clairement, les infrastructures, clairement, clairement, ils cherchent à priver les Ukrainiens d'eau, d'électricité, de connexion. D'ailleurs, je vous préviens tout de suite, la connexion est extrêmement mauvaise. Je vous donne un exemple, mais ça fait une heure que j'essaie de me connecter à vous. Tant les connexions sont abîmées, connexion Internet, communication téléphonique, où vous vous réveillez le matin, et puis soit vous n'avez pas d'eau, soit vous avez de l'eau salée, mais vous n'avez plus d'eau potable qui vous parvienne par les tuyaux. La ville de Kiev est à peu près plongée dans le noir, là, maintenant. Donc, c'est vraiment des infrastructures civiles.

Ils cherchent vraiment à paralyser les gens avant l'hiver. C'était ça l'objectif, ils arrivent.

2:12
Présentateur

Et après neuf mois de guerre, quel est l'état d'esprit des Ukrainiens que vous rencontrez ?

2:17
Invité

L'état d'esprit, pardon, je n'ai pas bien entendu.

2:19
Présentateur

L'état d'esprit des Ukrainiens que vous rencontrez ?

2:22
Invité

Alors, l'état d'esprit, j'ai envie de vous dire qu'ils sont courageux, ils sont résilients. Ils arrivent à rigoler du pire. Mais à l'heure actuelle, je pense que lorsque je fais une interview, celle-ci, au moins trois fois sur quatre, se termine en larmes. En rire ensuite, parce qu'il faut rire du pire, il faut savoir rebondir. Tout ça est éprouvant. Les gens sont éprouvés. Neuf mois, c'est très long. Ils sont éprouvés. Et puis à la fois, il y a cette contre-offensive qui leur donne de l'espoir. Mais neuf mois, c'est excessivement long. Donc les gens sont usés. Ils ne vous le diront pas comme ça tout de suite au premier abord. Mais ils craquent très souvent.

Beaucoup de gens prennent des médicaments pour tenir le coup. C'est un stress épouvantable. C'est un stress parce qu'il y a ces bombardements. C'est un stress aussi parce que de vivre ainsi, tout simplement, ça vous paralyse aussi d'un point de vue économique. Donc les gens, aujourd'hui, sont atteints terriblement économiquement aussi. Donc ça, ça cause des stress. Ça fait partie des effets de cette guerre.

3:23
Présentateur

Ils ont l'impression que... Et les coupures d'électricité, j'imagine, sont de plus en plus difficiles à supporter avec l'hiver qui approve, qui est même déjà là. Il fait quelle température d'ailleurs en ce moment ?

3:32
Invité

Eh bien, ça dépend des endroits. Mais à qui est une neige, tout simplement ? Donc vous imaginez ce que vivent les gens. Et puis il y a cette angoisse terrible. C'est-à-dire que quand il y a des bombardements et que les lignes de téléphonie, de communication sont coupées, oui, vous avez froid. Mais surtout, vous n'arrivez pas à joindre vos familles, vos proches, pour savoir s'ils ont été touchés ou non par les bombardements. Donc ça, ça génère des angoisses terribles. Souvent, ils vous disent qu'on peut tenir le coup sans électricité, sans chauffage, même si c'est extrêmement compliqué. Mais on ne peut pas tenir le coup si on perd des proches. Et donc il y a une espèce d'angoisse.

Ils utilisent vraiment ce mot terrorisme parce qu'il y a quelque chose comme ça qui plane sur le pays. Une angoisse qui est imposée par cette agression russe, très clairement.

4:13
Présentateur

Et est-ce que vous arrivez à avoir des contacts côté russe, à interroger des soldats ? Est-ce que vous pouvez vous rendre dans les territoires qui sont aux mains des Russes ?

4:20
Invité

Alors moi, très clairement, depuis le début de la guerre, je cherche à tenter de travailler du côté des territoires occupés, du côté russe. Le problème, c'est que je n'obtiens pas les autorisations. Énormément de journalistes, d'ailleurs. Je pense que la guerre, il faut pouvoir la couvrir des deux côtés. C'est le cas de n'importe quel conflit. Et puis là, tout simplement, faute d'autorisation délivrée par les autorités russes. Je n'arrive pas à parvenir à travailler de l'autre côté. Mais il faudrait.

4:48
Présentateur

Et loin du front, quel est le quotidien des Ukrainiens ? C'est quoi la vie en Ukraine aujourd'hui, en dehors des zones où les combats sont plus intenses ? Est-ce que tout le monde vit dans une cave ?

4:57
Invité

Non, non, non.

4:58
Présentateur

Les gens se protègent.

4:58
Invité

Très sincèrement, les gens ne se protègent plus aussi parce qu'ils sont fatigués. Ils utilisent la fameuse technique des deux murs. C'est-à-dire que quand ça bombarde, ils vont s'abriter dans leur propre appartement. Mais non, ils n'ont pas le courage de descendre, de passer des heures et des heures dans des abris. Très sincèrement, quand les gens se rendent compte, la première question maintenant, c'est est-ce que toi, tu arrives à te connecter ? Est-ce que tu as de l'électricité ? Toi, le chauffage, comment ça se passe ? C'est vraiment ces questions-là. Et puis après, ils essaient de vivre absolument.

Vous voyez des gens qui, lorsque les sirènes retentissent, vont aller manger au restaurant pour ceux qui ont dans les moyens, etc. Ils iront boire des cafés, ils iront travailler. Ça vit véritablement. Parce que ce qu'ils vivent, c'est une manière de résister aussi. Aussi parce qu'ils n'ont pas le choix, tout simplement. Il faut bien travailler, il faut bien réussir à se laver tous les matins et avoir une espèce de vie normale ou à peu près.

5:45
Présentateur

Vous parlez de restaurant, vous parlez de café, ça veut dire que les loisirs, ça existe encore malgré tout ?

5:54
Invité

Ah oui, ça existe encore. Vous allez dans des grandes villes et puis vous pouvez avoir des gens qui vont faire des cours de yoga, des cours de peinture, etc. Après, tout est entrecoupé par les aléas de la guerre, c'est-à-dire que vous pouvez assister à des cours de dessin et puis tout à coup, le modèle est plongé dans le noir alors qu'il pose à côté d'un petit radiateur plongé dans le noir parce que tout à coup, bim, l'électricité s'arrête. Il n'y a plus de courant et puis les gens continuent à dessiner la bougie. Donc oui, la vie continue jusque-là, absolument.

6:20
Présentateur

Et est-ce qu'il y a des endroits épargnés aujourd'hui en Ukraine ?

6:22
Invité

Les gens, c'est une forme de boutade, des Carpathes, j'ai envie de dire. C'est ce que diront les Ukrainiens, cette chaîne de montagne. Sinon, non, les missiles peuvent toucher à peu près toutes les villes d'Ukraine, n'importe quel endroit. Alors c'est sûr qu'il y a des endroits qui sont bien plus épargnés qu'Euf. Ça reste une ville très, très, très épargnée. Ils vivent également comparativement aux lignes qui sont sur les lignes de front, évidemment. Mais non, tout est à portée de missiles. C'est aussi ça que les Ukrainiens ont compris, malheureusement, depuis février. C'est que cette guerre, elle dure depuis huit ans. Elle a démarré dans le Donbass il y a huit ans.

Mais là, tous les Ukrainiens, ou qu'ils se trouvent dans le pays, comprennent qu'ils peuvent, eux, être la cible de tir. Eux, ils me le disent tout le temps. On sait que du jour au lendemain, nous aussi, on peut mourir, où que l'on soit dans le pays.

7:10
Présentateur

Merci infiniment pour votre témoignage, Maureen Mercier. Merci d'être notre témoin de cette guerre en Ukraine qui dure depuis neuf mois maintenant. Et ça fait, vous aussi, neuf mois que vous êtes là-bas, à la fois pour la RTS et pour Radio France. Merci beaucoup.