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interviewC à vous· 5 juin 2026 10 min

Lyhanna : "la campagne présidentielle commence ici"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

ils mettent 4, 5 ou 6 jours à remonter au bureau d'ordre. - L.Valdiguié: Ils ont fait avec cette plainte comme si c'était un vol de poules! - A.Martini: Je veux bien qu'on parle de la priorisation... - M.Bouhafsi: On va avancer sur un point dans cette affaire.

Une petite musique monte depuis le début de la journée. L'extrême droite appelle à la démission de G.Darmanin.

Des têtes doivent tomber, aujourd'hui? - L.Valdiguié: Ca, c'est autre chose.

Ca, c'est la campagne présidentielle 2027 qui démarre dans ce silo du Gers. - M.Bouhafsi: Elle a commencé? - L.Valdiguié: Elle a commencé dans le silo du Gers avec la découverte du corps de la petite fille.

C'est un fait sur lequel tous ceux qui sont candidats doivent avoir une opinion. La présidentielle, c'est toujours l'espérance, la colère ou la peur. Là, on est à fond dans la colère.

C'est l'un des moteurs d'une présidentielle. Tout le monde va avoir un avis et tout le monde va avoir son avis. Malheureusement, dans le dénigrement des juges...

Ils font un boulot remarquable. Il ne faut pas jeter les juges...

Heureusement qu'ils sont là. Ils sont indépendants. Ils font un boulot super.

C'est très dur d'être magistrat. Mais quand ça dysfonctionne aussi ouvertement, il ne faut pas tirer le parapluie du système et le parapluie de l'embolisation. La brigade territoriale a zéro stock de dossiers judiciaires.

Il ne faut pas dire que cette brigade territoriale, celle de Lectoure, qui avait en charge ce dossier, était débordée. Elle a zéro stock! Elle est saisie du dossier le 9 janvier.

Elle doit organiser 48 heures de garde à vue, 48 heures de perquisitions...

Ca lui prendrait 2 jours. - M.Bouhafsi: Une mère de famille appelait tous les matins... - L.Valdiguié: Il y a des gendarmes qui ont très bien fait leur boulot.

Mais il y a une frontière administrative qui date de la Révolution française entre la commune où est domiciliée la maman et le Gers. Tout d'un coup, il y a une ligne...

Les départements ont été construits pour être à une journée de cheval de la préfecture. On est toujours sur une division administrative de la journée de cheval. Là, il y a un mur...

La gendarmerie n'appelle pas le parquet d'Auch. La maman a l'adresse du parquet d'Auch. Il y a le système, tout ça...

Mais il suffirait d'un téléphone, un coup de fil, un mail...

Ca paraît du bon sens. Plein de policiers, de juges et de magistrats font ça. Ils appellent un collègue.

L'autre jour, je demandais à un policier de la brigade des mineurs... "Quand on sait qu'un type est dangereux, on appelle en direct et on envoie la procédure." Ca se fait tout le temps.

Il y a tous les jours des gens admirables. Là, il se trouve qu'un mélange de bêtise, d'incompétence, de système...

Lyhanna est morte. Il y a plein d'affaires...

On ne serait pas au courant de tout ça. - A.Martini: Des gens admirables, il y en a partout, mais un système ne peut pas reposer que sur des gens admirables.

Il doit aussi reposer sur des gens normaux. Le système doit être robuste. Il faut faire en sorte que le système en lui-même, l'organisation puisse pallier les défaillances.

Sinon, des défaillances comme ça, vous allez en avoir. Il n'y a pas des gens admirables partout. Il y a aussi des gens normaux, des gens fatigués...

Notre système doit avoir de la robustesse. - M.Bouhafsi: Vous dites que c'est un manque de moyens? - A.Martini: Quand on dit qu'il est interdit de parler du manque de moyens...

Il y a 4 fois moins de procureurs en France que la moyenne européenne. - L.Valdiguié: Là, ils sont 4. - A.Martini: Il y en a un qui est absent. - L.Valdiguié: Il n'y a pas de stock de dossiers à Lectoure.

Le manque de moyens ne marche pas, dans ce cas-là! - A.Martini: Si.

Ils devraient être 16 et pas 4. Sur la gendarmerie de Lectoure, vous dites qu'il n'y a pas de stock judiciaire. Mais vous faites comme si un gendarme ne faisait que du judiciaire.

Ce n'est pas vrai. Il a peut-être des contraintes... - L.Valdiguié: Bien sûr... - A.Martini: L'inspection le dira.

S'il était en contrôle routier toute la journée ou en mission de lutte anti-cambriolage, il n'avait pas forcément le temps. Il faut aller au fond des choses. Je ne dis pas qu'il ne faut pas tirer de conclusions.

Les inspections le diront. - Y.Goosz: Je vous cite les propos du rapporteur de la Ciivise.

Il y a tant d'autres priorités... "Est-ce que les violences sur mineur sont une priorité parmi d'autres priorités après d'autres priorités?" - L.Valdiguié: Il y a 160 000 agressions sexuelles sur enfants.

C'est une criminalité de masse. Les femmes et les enfants sont victimes...

Il n'y a que 3 % de femmes en détention. La violence est une affaire d'hommes. - Y.Goosz: Il y a aussi les violences du périscolaire à Paris... - L.Valdiguié: 1 femme tous les 3 jours est tuée sous les violences de son mari.

V.Despentes dit que si un ouvrier tuait son patron tous les 3 jours, ce serait très vite un scandale. C'est vrai.

Si, en une semaine, 3 ouvriers tuaient leur patron, ce serait un drame. Le drame d'aujourd'hui, c'est ça. Plusieurs signalements et une plainte pour viol d'une petite fille de 11 ans, Rosa, très précise, avec des constatations, des examens médicaux accablants...

Il n'y a pas de doute. Cette petite fille a parlé. C'est déjà difficile.

Elle a désigné son agresseur. Il la manipulait pour qu'elle ne le fasse pas. Il y a des constatations médicales.

Un gendarme prend la plainte. Et là, il ne se passe rien. Les magistrats sur lesquels c'est tombé, il n'y en a aucun, à Toulouse, à Auch et dans la chaîne pour lequel la lumière rouge s'est allumée.

Ca ne s'est pas allumé, parce que culturellement, ça ne s'allume pas assez sur les enfants. La France est en retard. - M.Bouhafsi: J'ai une question concrète.

On apprend que J.Barella a été licencié du lycée de Lectoure pour des comportements inappropriés sur des adolescents en 2021. Là encore, pas de signalement au procureur.

D'autres demandent la création d'un fichier dans lequel on mettrait le nom de tous les individus...

C'est aussi la demande des associations de protection de l'enfance. En France, on n'a pas de fichier numérique, en 2026, avec les hommes et les femmes qui font l'objet d'un signalement ou d'une plainte pour violences sexuelles sur mineur, comme il existe le même fichier pour le terrorisme. Une personne n'est pas contrôlable d'une région à une autre. - A.Martini: Je ne vais pas vous dire le contraire... - M.Bouhafsi: Pourquoi vous ne le demandez pas? - A.Martini: On a fait plein de propositions qui n'ont jamais été entendues.

Sur la priorisation...

Il y a 64 circulaires adressées aux procureurs en 2025. Il y en a 50 en 2026, à l'heure où on parle. Tout est prioritaire.

On a une circulaire il n'y a pas longtemps sur les violences faites aux animaux. Elle était aussi prioritaire. - A.Bégot: Il n'y a pas d'échelle? - A.Martini: Non.

Bien sûr qu'on priorise les violences faites aux enfants. La difficulté, c'est que quand vous dites que la lumière rouge ne s'allume pas...

Vous avez des magistrats plus ou moins formés, plus ou moins spécialisés. La priorité, quand vous regardez un dossier comme ça et que vous n'avez pas l'habitude de cette matière...

C'est un dossier qui sort de l'ordinaire dans son horreur. Mais quand vous êtes un parquetier des mineurs, des dossiers comme ça, vous en voyez tous les jours. La priorisation repose sur des critères comme la coexistence entre le mis en cause et la victime, si ça concerne quelqu'un qui est en lien habituel avec des mineurs...

Il faut faire la part des choses. C'est très difficile dans le temps de l'émotion et du deuil. Le principe de précaution...

Que dira-t-on le jour où on placera un enseignant en garde à vue et qu'il va se suicider et qu'on se rendra compte qu'il n'y avait rien? Il faut faire attention à ça. On manipule la vie des gens des 2 côtés.

Outreau, ce n'était pas si loin. On a reproché au juge d'avoir trop écouté les enfants. - M.Bouhafsi: J'entends le principe de précaution, mais avec toutes ces affaires, c'est difficilement audible pour les Français.

Merci, L.Valdiguié. Vous êtes grand reporter à "Marianne".

Merci, A.Martini.