MUNICIPALES 2020 : LES NOUVEAUX HABITS VERTS DE LA BOURGEOISIE
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Quels sont les faits qui te poussent à relativiser la percée des Verts ?
- 5:00RelanceRéponse directe
Tu parles d'électorat restreint, peux-tu préciser ?
- 9:00OuverteRéponse directe
Pour toi, l'écologie façon EE-LV est la nouvelle ruse du bloc bourgeois ?
- 14:00OuverteRéponse directe
Pourquoi un ex-électeur de Macron ou Hollande vote écolo ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Que penser du bloc de gauche que veulent construire Jadot et Faure ?
- 24:00OuverteRéponse directe
Cet évitement de LFI s'explique-t-il aussi idéologiquement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Lenny BenbaraChiffre
« Si on prend les villes de plus de 9000 habitants, on voit que les Verts contrôlent désormais 24 villes, c'est plus de 360 pour le Parti socialiste et plus de, il me semble, 519 pour les Républicains »
- 4:00Lenny BenbaraChiffre
« environ 7 millions d'électeurs se sont déplacés aux élections dimanche dernier »
- 6:00Lenny BenbaraChiffre
« Emmanuel Macron avait fait 29 % chez les retraités, François Fillon 39% »
- 8:00Lenny BenbaraFait
« les Verts ont acquis un certain nombre de succès dans des villes d'importance et prennent la main sur, disons, le bloc de centre gauche »
- 11:00Lenny BenbaraFait
« les inégalités dans notre pays se confondent aussi avec des inégalités intergénérationnelles, les retraités sont en moyenne plus aisés »
- 22:00Lenny BenbaraFait
« En 2001 la gauche prend Paris, Lyon, Marseille et tout le monde considère que Lionel Jospin est conforté, un an plus tard on sait qu'il n'est pas au second tour »
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Le second tour des élections municipales s'est tenu dimanche dernier dans un grand nombre de communes en France. Si on en croit la tonalité médiatique générale, il a consacré une percée d'Europe écologie-les Verts. Olivier Faure le premier secrétaire du Parti socialiste voit dans ce scrutin la préfiguration d'un bloc politique qui aurait toutes ses chances de gagner la présidentielle de 2022.
Ce n'est pas du tout l'avis de notre invité Lenny Benbara fondateur du média indépendant "le Vent se lève". Dans un billet au titre offensif : "Les nouveaux habits verts de la bourgeoisie", il va à contre-courant de cet enthousiasme à travers plusieurs arguments qui nous ont semblé intéressants. [Musique] Bonjour Lenny – Bonjour, merci de votre invitation. – Alors quels sont les faits qui te poussent à relativiser la fameuse percée, la fameuse "marée verte" de dimanche dernier ? – Tout d'abord il y a le nombre de villes qui ont été prises par Europe écologie-les Verts.
Si on prend les villes de plus de 9000 habitants, on voit que les Verts contrôlent désormais 24 villes, c'est plus de 360 pour le Parti socialiste et plus de, il me semble, 519 pour les Républicains, donc on voit qu'il y a déjà un désajustement entre le discours médiatique sur les vainqueurs, sur le plan numérique et la réalité du terrain. Après bien sûr, étant donné qu'Europe écologie-les Verts a percé dans des grandes villes, ils vont contrôler des villes qui, de fait, administrent un nombre d'habitants assez conséquent. L'autre fait c'est le taux de participation, puisqu'on sait que environ 7 millions d'électeurs se sont déplacés aux élections dimanche dernier, on voit que c'est un corps électoral beaucoup plus restreint que n'est le corps électoral à l'élection présidentielle, donc ça c'est un fait fondamental je pense, puisqu'on sait que, quand le taux de participation est bas, c'est un électorat assez spécifique, plus politisé qui a des rites de vote plus ancrés qui se déplace, donc le problème de la lecture en termes de "vague verte" c'est qu'elle occulte le fait que toute une partie de la population est restée en dehors de ces élections et on ne sait pas, pour le moment, si cette partie de la population aurait voté de la même façon et aurait plébiscité des forces écolo.
Il y a des raisons importantes de penser que ce n'est pas le cas puisque dans de nombreuses villes le Rassemblement national n'était pas présent au second tour, la France insoumise, n'était pas présente au second tour, des forces qui, on le sait, jouent un rôle important sur la scène politique nationale. Donc pour l'instant il faut rester mitigé, bien sûr les Verts ont acquis un certain nombre de succès dans des villes d'importance et prennent la main sur, disons, le bloc de centre gauche, mais il faut relativiser ce succès pour ne pas faire d'erreur de lecture, d'erreur de propositions stratégiques. – Alors tu dis "le bloc de centre gauche" pour toi y a un bloc de centre gauche qui est différent, différencié d'un bloc de gauche.
Ou alors ça serait un sous bloc d'un bloc de gauche ? – Je ne sais pas si c'est un sous bloc, mais disons un électorat plutôt modéré, on parlait tout à l'heure du corps électoral restreint des élections municipales, on sait que dans des villes où il y a un taux de participation de 30%, cela signifie puisqu'il y a une abstention différentielle, les jeunes vont moins voter, les quartiers populaires vont moins voter, tous les secteurs de la population les plus éloignés du vote sont en général les dominés. Et on sait que c'est plutôt des électeurs âgés qui vont voter et ces électeurs modérés qui ont autour de 60 ans… – Modérés c'est gentil, conservateurs on va dire ! – Conservateurs ou modérés, en tout cas qui ont pu voter Hollande en 2012, qui ont pu voter macron en 2017, pour rappel Emmanuel Macron avait fait 29 % chez les retraités, François Fillon 39%, les électorats âgés plébiscitent des forces, disons conservatrices au sens où elles préservent l'ordre existant.
Eh bien on sait que les écolos ont nécessairement fait des percées dans ces secteurs de l'électorat qui sont plutôt qualifiés de centristes en général. – Pour toi, si on te comprend bien, l'écologie façon EE-LV est finalement la nouvelle ruse du "bloc bourgeois" pour être… pour dire les choses telles que tu les penses, enfin… que je pense que tu les penses. – Alors étant donné que les inégalités dans notre pays se confondent aussi avec des inégalités intergénérationnelles, les retraités sont en moyenne plus aisés parce que… en raison d'héritage, en raison du fait qu'ils ont terminé de payer leur logement etc.
On voit que la percée qui a été faite dans des villes typiques comme Lyon, Bordeaux, qui sont des villes qui ont la réputation précisément d'être assez bourgeoises, on voit que cette percée, contrairement aux élections européennes où il y avait une mobilisation assez importante de la jeunesse en faveur d'Europe écologie-les Verts on voit que cette fois EE-LV a fait une percée dans des catégories de la population qui sont aisées, d'où l'expression "Les nouveaux habits verts de la bourgeoisie" puisque ce même électorat avait voté Emmanuel Macron en 2017 souvent, il y a une partie du vote Mélenchon aussi de 2017 qui a voté à EE-LV cette fois dans des seconds tours des élections municipales, mais la percée est d'évidence plutôt au centre et donc concerne plutôt ces catégories bourgeoise effectivement. – Pourquoi l'écologie finalement ? Pourquoi un ex-électeur d'Emmanuel Macron, de François Hollande ou même de la droite, vote écolo ?
Parce que c'est dépolitisé, dépolitisant, parce que finalement c'est centré sur l'individu, son bien-être, sa santé, pourquoi l'écologie ? – Je dirais qu'il y a deux raisons, premièrement parce que le contexte des élections municipales était favorable à un vote écolo, il est logique de… comment dire, le message écolo porte, dans un contexte où on veut améliorer son cadre de vie, son environnement, par exemple l'enjeu des pistes cyclables a résonné de façon assez forte, parfois a été moqué, mais du moins l'idée qui est portée par Europe écologie-les Verts au niveau local résonne assez fortement avec les aspirations de l'électorat, les gens veulent améliorer leur cadre de vie. La seconde raison, je dirais c'est qu'Emmanuel Macron a "creusé des tranchées", (j'emprunte l'expression à mon ami Benjamin Morel qui a donné une interview aujourd'hui au Figaro) entre lui et l'électorat de gauche à travers la loi anti-casseurs, à travers la loi Avia, à travers le mouvement des retraites et à travers les violences policières.
Donc, de fait, un électorat de centre gauche qui avait pu voter Emmanuel Macron en 2017 s'est retourné disons, vers des forces comme le PS et EE-LV, et s'il a plébiscité EE-LV plutôt que le PS c'est parce que le PS est toujours marqué par une image vieillissante, une image de non-renouvellement de la politique, donc EE-LV a su capitaliser sur une forme de vote par défaut contre le macronisme, même si je ne suis pas sûr que c'est l'opposition au pouvoir national qui a le plus joué, de mon point de vue c'est plutôt les enjeux locaux et l'amélioration du cadre de vie mais voilà, sur le plan sociologique ce qui s'est passé. – Le fait est que si la gauche et la droite ne savent plus vraiment où elles habitent en ce moment, le "fâché" de gauche, donc de tradition de gauche, et le "fâché" de tradition de droite, n'ont ni les mêmes réflexes politiques ni le même imaginaire politique. Finalement on se demande, et on le voit en réalité au fil des élections intermédiaires, est-ce qu'un bloc populaire face à un bloc bourgeois n'est pas quelque peu chimérique quand on regarde les comportements politiques objectifs des français ? – Je dirais autre chose, de mon point de vue il ne peut pas y avoir de bloc populaire si le peuple est absent des élections, ça n'a pas de sens, donc on sait très bien que dans les périodes… dans ce que j'appelle les temps froids, c'est-à-dire dans les périodes de ralentissement de la conjoncture politico-électorale c'est-à-dire les élections intermédiaires où la participation est plus faible, la puissance du vote dégagiste et de la politisation des classes populaires est beaucoup plus faible donc il ne peut pas y avoir de bloc populaire, néanmoins on a vu que hors du champ politico-électoral, c'est-à-dire les Gilets jaunes, ce bloc populaire a pu exister, et existe de fait, on voit que la France est de plus en plus polarisée en termes d'inégalité socio-spatiales, d'inégalités de revenus, d'inégalités de pouvoir, et donc je ne crois pas que l'idée de construire ce bloc populaire soit datée, dépassée, au contraire, au contraire, je pense qu'à l'occasion de la prochaine élection présidentielle, on verra remonter cette politisation, on verra revenir aux urnes et revenir vers l'acte politique toute une série de catégories qui en étaient exclues jusqu'ici et même si ces catégories populaires sont hétérogènes, clivées on le sait, elles ont néanmoins le même adversaire et elles l'ont exprimé au moment des Gilets jaunes, où elles ne se sont pas trompées quant à leurs adversaires, donc si la relation adversariale, si la relation disons de destitution du pouvoir en place, est plus forte que ce qui les divise, ce bloc populaire peut exister, ça nécessite des formes d'incarnation adéquates, ça nécessite un positionnement adéquat, c'est sûr que ce n'est pas donné d'avance et il n'est pas exclu que ce bloc populaire soit disloqué à l'occasion des prochaines élections présidentielles mais je crois que si c'est le cas on raterait une occasion de changer le pays. – Il n'est pas aussi impossible que l'élection présidentielle se caractérise comme celles qu'on vient de voir, les européennes et les municipales par une forte abstention.
Rien ne dit que cette… ce que Jean-Luc Mélenchon appelle une sorte de froide insurrection ne se poursuivra pas lors de la présidentielle, rien ne l'indique. – Moi, je ne crois pas, toutes les élections présidentielles se caractérisent par une participation assez importante, même celle de 2017 c'était 79%, je crois qu'on n'est jamais tombé en dessous de 77 ou 78 % de participation, ce qui implique quand même une participation assez large de catégories de la population qui ne vont pas voter aux autres élections. Donc moi, mon modeste pari, et je ne crois pas qu'il soit risqué, c'est qu'il n'y aura pas une abstention massive aux élections présidentielles, si ça devait être le cas, effectivement vous auriez raison et il serait peu probable qu'on assiste à un grand changement en France. – On peut se dire que, au fur et à mesure des élections, l'électeur effectif commence à s'éloigner du Français type, en tout cas pour les élections intermédiaires, c'est le cas, et ça pose un gros problème.
Ça veut dire par exemple qu'un maire ne se sent plus obligé de s'occuper de ses pauvres puisque ces pauvres-là, ils ne votent pas. Ils ne votent pas pour l'opposition, ils ne votent pas pour lui, ils ne votent pas du tout, donc c'est un vrai problème, donc du coup les propositions politiques peuvent s'en accommoder, prendre ça comme un facteur structurant et se dire : "bon voilà, on en profite, on met ça dans nos calculs", parce qu'aujourd'hui il y a des partis qui objectivement profitent de l'abstention. Certains partis profitent plus de l'abstention que d'autres. – Ah ça, c'est sûr et certain, c'est sûr et absolument certain, on n'a aucun intérêt, par exemple dans une ville, à s'occuper des quartiers populaires s'ils ne vont pas voter, un maire réfléchit comme ça, ou alors il va activer quelques réseaux et ça lui suffira.
Mais plus un segment de la population ne vote pas, plus on sait que ces demandes ne sont pas prises en charge par la classe politique. Donc ça arrange des forces qui sont favorables au statu quo, elles se disent que tout simplement elles peuvent gouverner avec un bloc électoral restreint, avec une participation restreinte, et donc bien entendu il n'y a pas de souci quand il y a de l'abstention, d'ailleurs c'est de mon point de vue l'erreur que font les gens qui appellent à l'abstention, c'est que les politiques en place, disons la classe dirigeante au pouvoir n'a aucun problème avec l'abstention, elle en est absolument très contente. Bien sûr, je suis d'accord ce désajustement pose des soucis démocratiques pose des soucis en matière de représentativité et il est certain que tout changement passe forcément par une participation importante. – Que faut-il penser du bloc de gauche que veulent construire Yannick Jadot et Olivier Faure et qui, très clairement, veut se faire contre la France insoumise, ils le disent, ils ne le cachent pas ? – Je crois que c'est ces forces-là qui travaillent en ce moment disons, à l'union sont en train de faire une erreur magistrale, elles pensent pouvoir effacer dix ans d'événements politiques en France, dix ans de polarisation accrue, dix ans de dégagisme, de décomposition du champ politique, et je crois que en particulier du côté du parti socialiste il y a toute une série de barons qui pensent pouvoir rejouer la carte 2012 et revenir à l'époque glorieuse du socialisme où la gauche gouvernait de nombreuses villes, avait des centaines de députés etc.
À mon avis c'est une attitude de nostalgie politique et, on le voit dans la démarche qui en train d'être mise en place, on voit assez peu d'innovation, on voit assez peu de capacité à capter la radicalité qui est présente dans le pays et qui s'exprimera si les classes populaires se déplacent en 2022, il y aura une forme de radicalité qui va s'exprimer, si c'est l'électorat du statu quo : non, c'est certain mais je crois donc qu'elles font cette erreur de penser qu'elles peuvent complètement mettre ça sous le tapis et que l'espace laissé par Emmanuel Macron en centre gauche est suffisant pour composer un bloc électoral suffisamment large pour gagner. Donc à mon avis elles font une erreur stratégique majeure. Ensuite en ne s'adressant pas à la France insoumise je pense qu'elles font une seconde erreur stratégique majeure puisqu'en réalité ce bloc-là n'a pas de candidat aussi bien placé que Jean-Luc Mélenchon pour aller à l'élection présidentielle.
Donc entre le marteau mélenchonien et l'enclume macroniste elles risquent d'être mises à mal comme Benoît Hamon l'a été en 2017 Donc voilà je crois qu'elles font une double erreur dans leur tentative de restauration. – Mais cet évitement, cette tentation ne s'explique pas que par des causalités interpersonnelles, Mélenchon qui parlerait trop fort, elle s'explique aussi idéologiquement, elle s'explique par ce que ces forces se refuseraient à faire si elles arrivaient au pouvoir et finalement on se dit que la théorie des gauches irréconciliables continue d'habiter cet espace politique – Oui oui, c'est possible, c'est possible après je pense que c'est des forces qui sont essentiellement tournées vers ce qu'elles pensent être la victoire. Je crois pas qu'elles manquent de plasticité idéologique et programmatique du moins… c'est possible… – Sur l'Europe par exemple – Sur l'Europe oui, c'est sûr et certain, même si on a vu quelques débuts d'ajustement pendant dans le confinement, pendant le coronavirus ou des figures de la sociale-démocratie ont appelé à réinvestir la notion de souveraineté… – Ça c'est des mots c'est pas renégocier les traités… – C'est toujours des mots la politique, après les actes on verra mais c'est sûr et certain que leur logiciel est beaucoup plus euphémisé que celui de la France insoumise, après je ne suis pas sûr que les obstacles se situent réellement à ce niveau-là, je pense qu'elles sont convaincues qu'elles peuvent faire sans la France insoumise pour gagner. – Mais quel intérêt de faire sans ? – Ah, c'est des intérêts partisans c'est des intérêts… c'est des intérêts effectivement programmatiques aussi, c'est des intérêts d'égo entre différents leaders qui ont des mauvaises relations, donc oui il est probable qu'il y ait deux gauches irréconciliables pour des causes multifactorielles.
Après j'ajouterais juste une chose à l'analyse, en 2001 la gauche prend Paris, Lyon, Marseille et tout le monde considère que Lionel Jospin est conforté, un an plus tard on sait qu'il n'est pas au second tour. Donc vraiment je crois qu'il faut être prudent et vigilant et que ces forces-là sont en train de s'aveugler sur ce qui s'est passé le week-end dernier. – Merci Lenny – Merci à vous – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Olivier Faure