Inflation en France
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ca donne des gros bénéfices. - C.Roux: Il y a les carburants, les produits de consommation qui commencent à être impactés par l'augmentation des matières premières.
Comment cela se traduit concrètement? Nos équipes sont allées voir comment les producteurs sont confrontés à la hausse des tarifs à chaque étape de la production. - C'est une ferme familiale implantée dans la Somme Depuis 3 générations.
Ici, on travaille le lait de pâturage de A à Z. Combien pèse la crise à chaque étape de sa production? On est allés poser la question.
Grégoire est le cogérant de la ferme, où la nourriture des 100 vaches laitières est locale. - Céréales produites sur la ferme. De l'herbe et des betteraves. - Pourtant, la crise dans le détroit d'Ormuz pèse dès le début de son processus de production avec la hausse des prix de l'engrais et du carburant pour les tracteurs. - On est à 30 % sur le prix du gazole.
C'est une chose à laquelle on ne s'attendait pas. On se dit qu'on va patienter et que ça va redescendre. Là, ça fait quelques semaines.
Ca ne descend pas. - Dans l'exploitation, tout est optimisé. Cette salle de traite ultramoderne fonctionne en continu grâce à des robots. - On va venir collecter le lait.
On va quantifier la quantité de lait. On va analyser la qualité. - Mais les consommables et les pièces détachées, pour beaucoup en plastique, voient leur cours flamber... - On est sur de l'ordre de 10 à 15 %. - Dans un contexte où les prix de l'énergie augmentaient déjà avant même le début de la guerre en Iran.
Après la traite, le lait arrive dans ces cuves pour être pasteurisé. - La température du lait, on vient le pasteuriser à 85 degrés pendant 15 minutes. Les factures d'électricité entre l'ancien et le nouveau contrat, c'est 20 % d'augmentation.
Sur les économies de consommation d'énergie, on économise sur les emballages. - Ca aussi, c'est un poste qui augmente et qui pèse lourd, au vu du nombre de yaourts emballés ici. - On met la date, l'opercule et on éjecte.
On a à peu près 1000 pots à l'heure. On fait à peu près 7000 yaourts par jour. On a une augmentation de 5 à 7 % sur le carton, et sur les opercules.
Ils ont pris 20 %. - Quand les factures s'alourdissent à tous les étages, surgissent forcément les questions sur la rentabilité de l'entreprise, qui fait travailler une dizaine de salariés. - On s'engage avec eux.
C'est une entreprise familiale. On a des engagements. Ils sont au courant que je ferai tout pour garder ma main-d'oeuvre.
Ce n'est pas facile à vivre. On doit se remettre en question systématiquement, recalculer nos coûts, essayer de trouver des solutions immédiates. - Car l'addition des hausses n'est pas tout à fait terminée.
Une fois emballés, les yaourts partent en quasi-totalité vers des fromageries, quelques supérettes ou des restaurants d'entreprise. - On est en train de charger un client qui s'en va dans l'Oise, chez Chanel. - Et la facture du transporteur a aussi flambé dès les semaines qui ont suivi la fermeture du détroit d'Ormuz. - Le prix du gazole a augmenté.
Ca s'est répercuté sur nos factures finales. Plus 15 %. C'est énorme.
On ne peut pas faire sans. Cette prestation est obligée d'être réalisée. - Le carburant pour les tracteurs, plus 30 %.
Les engrais, plus 40 %. Plus 15 % pour les consommables. 20 % pour l'électricité. 5 % de hausse sur les pots. 20 % sur les opercules. 15 sur le transport.
Produire ce pot de yaourt coûte à Grégoire 7 % plus cher qu'il y a quelques mois. Il a dû se résoudre à appeler ses clients pour augmenter ses prix. - 7 à 8 %, ça va augmenter de 5 centimes.
On va essayer d'absorber 50 % de cette augmentation. Sur un yaourt, nos augmentations vont être impactées à hauteur de 2 à 3 centimes. C'est pas toujours bien perçu.
Ca fait changer les tarifs dans les magasins et dans les catalogues. Je leur fais passer le message sur le fait qu'on est arrivés à un seuil où on ne peut plus. - Avec l'espoir que le consommateur final accepte lui aussi de payer quelques centimes de plus ses courses en rayon. - C.Roux: Aura-t-il le choix?
Il est intéressant, ce reportage. - D.Seux: Les autres aussi, bien sûr.
Il est passionnant. Il décortique l'économie. On voit bien qu'on arrive au moment de cristallisation.
Tout le monde a serré la ceinture, a pris sur ses marges. A un moment, c'est pas possible. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre tient une conférence de presse.
Nous changeons de moment. - C.Roux: "Nous changeons de moment", ça veut dire qu'il nous prépare à entrer dans le dur? - D.Seux: On est passés d'un coup dur à une vraie crise. - S.Villers: L'inflation est en train de se diffuser, comme on a connu...
Les marges de manoeuvre sont plus réduites. La BCE est très embarrassée, dans cette séquence. En 2022, elle pouvait augmenter ses taux d'intérêt.
Elle partait de zéro. Il y avait cette marge. Ca a permis d'essouffler l'inflation, sans précipiter les pays européens dans la récession.
Aujourd'hui, quelle est la marge de manoeuvre de la BCE? Il y a peu de croissance. - C.Roux: Les marchés anticipent une hausse des taux. - S.Villers: Ils deviennent de plus en plus circonspects.
Ils se disent que s'il y a cette hausse, c'est qu'il y a un risque de plus en plus énorme. Ce qu'on est en train d'observer, c'est que les taux longs, qui sont quand même la référence sur l'ensemble des marchés financiers, ont déjà augmenté, sur l'ensemble des pays. C'est, pour l'immobilier, qu'il y a moins d'incitation pour les ménages à aller acheter, parce que le crédit sera plus cher.
Pour les entreprises, c'est pareil. Pour eux, les taux sont plus élevés. Est-ce qu'elle va conserver un statu quo en disant...
La BCE ne peut agir que sur les taux courts. "Sur les taux longs, c'est acté. Il y a déjà une progression." Il ne faut pas qu'il y ait une progression non plus.
La BCE va se retrouver avec une inflation et la nécessité de soutenir l'économie. Avant, pour le faire, elle injectait des liquidités pour éviter la récession. Face à une situation qui va être inédite, les banques centrales vont se dire qu'il y a énormément d'inflation mais qu'il faut aider l'économie...
Il y aura peut-être une crise obligataire. Il va falloir injecter des liquidités. Ca ne veut pas dire que ça va arriver.
Pour autant, il y a énormément de risques qu'il n'y avait pas précédemment. - C.Roux: Vous êtes sur la ligne de B.Le Maire qui parle d'une grave crise financière? - S.Villers: Il y a de plus en plus d'éléments d'alerte avec cette progression.
Les taux américains atteignent des niveaux record. Les Japonais aussi. - C.Roux: Au Royaume-Uni! - S.Villers: Ca avait commencé l'année dernière.
Ca a bien progressé. On est à 3,9. On va arriver à 4 %. 4 %, on n'est plus dans le même scénario qu'on a connu...
Pendant des décennies, on était habitués à des taux à 1 %. - C.Roux: A l'époque où on arrosait et on distribuait, on disait qu'on empruntait à des taux négatifs.
Aujourd'hui, on est plus dans ce cas de figure. - S.Villers: Au moment de la crise covid, les taux étaient à zéro.
Les pays européens ont emprunté. C'était pas cher. Lorsque la crise en Ukraine a commencé, les pays européens se sont dit: "On ne peut plus aider, parce que les taux augmentent." Un seul pays a commencé à aider en faisant du "quoi qu'il en coûte", c'est la France. - D.Seux: On alertait en disant que les taux à zéro
Annick Billon