ISRAËL, IRAN OU ÉTATS-UNIS : QUI A VRAIMENT GAGNÉ LA GUERRE DES DOUZE JOURS ? | BERTRAND BADIE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Une guerre de longue durée aura-t-elle lieu à court ou moyen terme entre d'une part Israël et son allié américain et d'autre part la République islamique d'Iran et ses fameux proxis au moment où nous tournons. En tout cas, une sorte d'acalmie fragile semble s'être imposée et il est temps pour toutes les parties de compter les points. Qui a gagné ? qui a perdu, qui s'est renforcé sur sa scène intérieure, qui s'est à contrario affaibli, qu'elles le sont tiré de cette guerre de 12 jours et de la chorégraphie trumpienne.
Le président américain ayant donné l'impression de voler au secours de Benjamin Netaniaou pour mieux le contraindre à une forme de retenue. Pour répondre à ces questions, j'ai à mes côtés Bertrand Mbad, politiste, professeur émérita sciences pot, auteur de nombreux ouvrages dans l'art de la paix paru chez Flamarion. C'est l'heure du monde n'a pas de centre.
Sa chronique internationale sur le média. [Musique] Bonjour Bertrand. Bonjour Théophile.
Après les destructions et les morts, on compte les points à Tran, à Tela Aviv, à Washington. à Washington justement l'heure et à la polémique sur l'impact réel des frappes américaines sur les infrastructures nucléaires iraniennes. Donald Trump l'assure, ses actions militaires ont été aussi déterminantes que les assauts nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki à la fin de la deuxème guerre mondiale.
Bien entendu, le guide suprême Alikameney dit exactement le contraire et tourne en dérisienant ses ennemis israéliens et américains. C'est un message de victoire et de rejet donc des des demandes américaines ou des des affirmations du président Trump puisqu'il dit que donc c'est une victoire contre, je le cite, le régime francoche sioniste qui a été presque écrasé sous les coûts de la République islamique. Il a également que en fait les États-Unis sont intervenus dans le conflit pour sauver donc Israël qui était dans dans qui était dans mauvais état et que les États-Unis ont même reçu donc une gifle avec la frappe donc contre le donc la base donc militaire américaine au Qatar.
Donc et il affirme également qu'il n'est pas question de capituler face aux États-Unis et à d'autres puissances ce capitulation c'est un terme qui a été utilisé par le président Trump il y a encore quelques jours. Cette guerre de la com sur le terrain diplomatique se double d'une polémique médiatique. Selon un rapport de renseignement préliminaire qui a fuité.
Ces frappes auraient retardé le programme nucléaire iranien de seulement quelques mois, loin des hyperboles trumpiennes, ce qui alimente les doute des médias et irrite fortement l'exécutif. Bertrand, pourquoi Trump tient-il temps à acter en interne une victoire qu'il exagère manifestement ? Quels sont les enjeux de politique étrangère aux États-Unis ?
Alors, ça c'est assez facile euh à comprendre. Euh Trump, c'est l'homme du succès immédiat et éblouissant. C'est l'homme des adjectifs dotés de superlatifs les plus invraisemblables.
Mais c'est aussi l'homme qui depuis le 20 janvier, date de son investiture comme nouveau président des États-Unis, n'a cessé euh d'accumuler les déceptions euh sur le dossier ukrainien, sur le dossier de Gaza, sur le dossier euh des tarifs doués, sur le dossier de l'OTAN, on en reparlera peut-être. Et donc l'Iran restait le dernier site immédiatement accessible qui pouvait lui permettre d'afficher une victoire. Donc évidemment il va en rajouter.
Mais ce qui est intéressant et tu le rappelais c'est que on n' pas affaire à deux discours. Un discours iranien, un discours États-unien. On a affaire à des discours multiples à l'intérieur de chaque pays, c'est-à-dire effectivement la directrice des renseignements qui dit "Bon, ça a pas eu un effet extrêmement fort." Euh mais aussi de l'autre côté un porte-parole du ministère iranien affaires étrangères qui dit "Ah ben les dégâts ont été importants." Donc on sent bien que il y a une querelle d'affichage euh qui brouille les messages et l'information.
Mais en tous les cas, il en reste une idée très forte et très claire. Make America great again. Ça veut dire montrer d'abord à Nathan que il peut pas faire la paix sans les États-Unis, mais qu'il ne peut pas non plus faire la guerre sans les États-Unis, que sans les bombes pénétrantes et le fameux B2, rien n'était possible.
C'est-à-dire, il s'agit de montrer que les États-Unis sont indispensables au monde, que l'on ne peut rien parachever sans les États-Unis. Et astucieusement, mais on parlera de l'astuce tout à l'heure, euh Trump montre que la puissance permet d'aller très vite à la paix puisque c'est grâce au succès de la puissance américaine que euh les frappes sur l'Iran ont pu cesser rapidement. Donc c'est formidable.
On est en même temps champion de la guerre, champion de la paix. Mais bon, quand on gratte un peu, on s'aperçoit que la chose est infiniment plus compliquée. Alors euh, tu as peut-être déjà répondu en partie à cette question, mais j'ai envie de te demander qu'est-ce qu'il allait faire dans cette galère Donald Trump ?
Pourquoi s'est-il senti obligé de faire donner son armée alors qu'il était plutôt dans une rhtorique du du bah du retrait des terrains militaires extérieurs ? Ça c'est une erreur d'interprétation qui a été très répandue qui consistait à dire en s'appuyant sur de vague référence à l'histoire américaine que Trump est un isolationniste. Ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas un isolationniste. L'homme a n'a pas de politique étrangère. L'homme n'a encore moins de théorie en matière internationale, mais l'homme a compris le succès et l'intérêt de sa formule Make America Great Again.
Make America Great Again, ça veut dire retrouver la puissance d'hier. Retrouver la puissance d'hier sans trop dépenser en faveur de l'autre. Nous sommes bien d'accord.
Mais ce qu'il faut suivre, c'est que cette nouvelle politique trumpienne est une politique interventionniste mais qui n'a pas le messianisme des néoconservateurs. J'interviens pour moi. J'interviens pour moi.
Je ne dis pas que Bush avait un interventionnisme altruiste. Ce serait idiot de dire ça. Mais c un interventionnisme habité.
Oui. Et qui avait comme fonction d'atteindre un objectif politique qui était de faire un Irak démocratique ou un Afghanistan démocratique ou je ne sais quoi encore. Là, il suffit de suivre la parole de Trump.
Il n'a pas d'objectif politique. Bien sûr, arrêter le programme nucléaire irranien, mais ça c'est pas un projet politique, c'est un moment, une séquence dans le jeu des rapports de force. Le seul vrai projet politique finalisé, c'est montrer, comme je le disais tout à l'heure, qu'on est indispensable, c'est montrer qu'on est les plus forts, c'est-à-dire que nous entrons dans l'époque de la puissance nue.
La puissance pour la puissance, pour montrer qu'on est puissant et non au service du droit et non au service des valeurs. Mais d'autre part euh on oublie la deuxè page, la puissance pour la puissance. Elle ne s'accomplit que dans la destruction.
Elle ne s'accomplit plus du tout dans la construction. C'estàdire, on a cassé comme on casse de manière absolument génocidaire à Casa comme on a cassé au Liban, comme on a cassé en Syrie, comme on a cassé en Irak. Mais il n'y a plus de construction.
Or, les vieux maîtres Klauswitz début du 19e siècle disaient "Ah bah la guerre ça sert à accomplir un projet politique." Là le projet politique c'est euh que je sois tout en haut de laaffiche. Alors euh dans le fond, euh quel péigérant sortent renforcé de cette guerre de 12 jours comme on l'appelle ?
Alors il y aurait une réponse commode et pas tout à fait fausse qui consiste à dire dans cette affaire tout le monde a perdu. Euh moi, j'aurais spontanément tendance à dire cela. Bah l'Iran a perdu parce qu'elle a subi beaucoup de destruction.
Euh l'Iran a perdu parce queelle a des morts, hein. On les oublie les morts, hein. Euh et euh de ce que l'on en sait, c'est pas loin du milier. ce qui pour ce pays est important par rapport à à l'histoire immédiate.
Faudrait remonter à la guerre Iran Irak pour trouver des morts civiles, hein, parce que le régime est passé véritablement sous les feux de la fragilité et de l'incohérence. Donc tout ça c'est pas très bon pour l'Iran parce que euh la reprise inéluctable du programme nucléaire iranien va se révéler coûteuse pour un pays qui économiquement est complètement exange. Mais Israël n'a pas gagné non plus parce qu'elle a montré sa vulnérabilité.
L'Iran n'a pas fait énormément de destruction pendant cette fameuse guerre des 12 jours comme on dit, mais a subi quand même des dommages matériels qui de cette ampleur sont rares et presque exceptionnelles parce que Trump a fait savoir aux Israéliens qu'il pouvaient rien faire totalement et complètement tout seul et donc qui dépendait encore du grand frère américain parce que les experts des Nations- Unies ont dit unanimement que Israël avait violé le droit international parce que Israël espérait explicitement d'ailleurs provoquer un changement de régime en Iran et que celui-ci n'a pas eu lieu. Et puis les États-Unis ont perdu également parce que le processus n'a pas été enclenché par eux mais par Netaniaou. On avait l'impression que le monsieur Trump peut courait derrière Nathanahu pour le rattraper par le bras, ce qui pour la superpuissance américaine n'est pas extraordinaire.
Et quand son propre service de renseignement dit à la face du monde que bon le résultat est pas très concluant, évidemment c'est pas très bon non plus. Je dirais que la Russie a profité un petit peu de cette guerre parce que on a pu un peu plus cognit un peu plus fort sur l'Ukraine sans que personne ne se rend compte hein, personne ne parle des récents événements tragiques qui ont eu lieu en Ukraine et parce que bah on est toujours content de voir les rivaux quelque peu embarrassés mais c'est pas sûr que cette perte soit considérable pour le régime poutinien. parce que finalement c'est une opération blanche, c'est-à-dire il y a une incertitude quant à l'avenir des relations entre l'Iran et la Russie.
Ça, je pense que ça fait peur à Poutine. Euh Poutine vraiment craint par-dessus tout un rapprochement entre l'Iran et les États-Unis qui peut se produire en cas de relance des négociations et à ce moment-là effectivement il risquerait un certain isolement. Donc le bilan est un peu mitigé mais il est pas défavorable.
Mais en tous les cas les trois protagonistes dans cette affaire ont perdu. Alors le régime iranien ne s'est pas effondré. à un moment donné, Donald Trump sur son réseau social euh particulier trousse sociale a donné l'impression que il souhaitait un changement de régime régime change comme on dit en anglais.
Mais est-ce que ce n'est pas partie remise ? Est-ce que la question bah de la dislocation du régime de terran se posera dans les semaines et les mois, les années qui viennent ? Alors moi ce qui m'a le plus étonné c'est qu'il y ait encore sur terre des gens qui croient qu'une action militaire contre un pays étranger que le bombardement d'un peuple puisse permettre de changer harmonieusement le régime politique.
Alors d'abord, je constate que dans l'histoire ça ne s'est jamais produit. Euh, prenons l'histoire récente, là, elle est absolument évidente. Euh, ça ne s'est pas produit en Libye qui est dans une situation absolument atroce depuis 2011.
Euh, ça ne s'est pas produit en Irak où euh monsieur Bremer, le premier gouverneur américain de l'Irak, voulait installer un certain monsieur Chalabi et ça n'a pas marché. Euh on voit euh où en est la Syrie aujourd'hui. Euh autrefois, ça n'a pas marché euh ni en Afghanistan où le régime de Kzaï n'a jamais pu véritablement s'institutionnaliser.
On pourrait continuer ainsi. Alors, j'ai en mémoire un exemple où ça a marché. C'est en France.
C'est en 1815 quand les alliés qui faisaient front commun contre Napoléon au moment des 100 jours ont rétabli le roi Louis Xône. Bon, mais j'ai l'impression quand même que 1815 et 2025, il y a de l'eau qui est passé sous le bon que ça ne marche pas comme avant et déjà comme avant en 1815. Qu'est-ce qu'on a dit Louis XV ?
Que c'était l'homme qui était rentré en France dans les fourgons de l'étranger. C'était la la formule de l'époque. Et euh c'est une façon de dire que l'onction démocratique des armes est quelque chose d'absolument impossible.
Mais en revanche, il y a deux il y a une question et une hypothèse. La question c'est est-ce que au total ce régime a été renforcé par un réflexe, une rétraction nationaliste du peuple iranien ? Euh c'est pas impossible.
Moi, j'ai eu des signes venant d'Iran qui indiquaient qu'effectivement on n'aimait pas du tout ce régime, mais on considérait que être bombardé de l'étranger quand on est un peuple très nationaliste, hein. L'histoire perse de multimillénaire, c'est l'histoire du nationalisme face au risque. La Perse de tous les temps c'est considéré comme menacé par l'étranger, menacé par les Ottomans, les Turcs, menacé par les Arabes, menacé par les Anglais, menacé par les Russes.
Donc il y a cette espèce d'obsession obsidionnale qui crée dans la population une sorte de rétraction nationaliste qui avait marché en faveur de Roméini au moment du conflit Iran Irak. Si la République islamique a pu se péréniser, c'est grâce à Saddam qui l'avait attaqué, qui avait provoqué ce réflexe nationaliste. Or euh Saddam Hosse avait attaqué l'Iran en 18 en 1981, pardon, pour euh avec l'espoir d'abattre ce régime qu'il considérait comme menaçant pour la région et il y avait plein de gens jusqu'en Occident qui étaient là pour le soutenir.
Vo le résultat était contraire. Est-ce que ça va se reproduire aujourd'hui ? Je pense que les cartes sont quand même moins favorables pour Ramené aujourd'hui que pour Roméini à l'époque.
Et ça m'amène à ma deuxième hypothèse, c'est-à-dire cette ce changement de régime impossible de l'extérieur est en revanche possible de l'intérieur. Pourquoi ? Parce que la société iranienne souffre. parce que l'économie iranienne est totalement exangue, parce que euh la peur euh de ces attaques israéliennes puis israélo-américaine a été très très forte.
Une sorte de sidération qui a profondément marqué les consciences. Et si le temps est à l'apaisement, c'est-à-dire que ces attaques ne sont pas relancées, il est probable que nous entrions dans un contexte intérieur nouveau. Alors, il y a beaucoup de scénarios.
On penserait spontanément à l'armée qui puisse reprend prendre le pouvoir totalement. Elle contrôle déjà beaucoup de choses en Iran. C'est une hypothèse.
L'autre hypothèse serait plus constitutionnelle. Il y a un président de la République, Massou Péchion, qui est réputé réformateur qui peut peut-être avec la maladie dont souffre le guide considérer que le temps est venu pour un rééquilibrage des institutions. Il y aurait pas besoin de faire un coup d'état et simplement confirmer la prédominance de la fonction présidentielle.
Et puis il y a aussi les soulèvements populaires. Les peuples ça existe, mon cher Théophile. Et là ça peut prendre des formes extrêmement différentes et inattendues comme les grands mouvements sociaux de l'automne 2022 étaient inattendus mais quand même très structurant.
Alors, on avait l'impression d'un certain rapprochement entre Teran et DOA, mais l'armée iranienne s'est vengée des attaques américaines en attaquant les pays à partir desquelles ces attaques ont été lancées dans le Qatar. Pour quelle conséquence ? Oui.
Alors là aussi, il faut être très prudent parce que euh l'armée iranienne, le régime de Tran euh se sont montrés extrêmement précautionneux dans cette réplique. Ils ont passé un coup de fil à dehors en disant "Attention, on va vous lâcher des missiles, donc faites en sorte que ça ne provoque pas trop de dégâts." Donc ce n'est pas une attaque frontale et la réaction de DOA est difficile d'être autre que de dire et oh on est un état souverain, vous n'avez pas à frapper notre territoire.
Le lendemain, on a su alors est-ce vrai ? Peut pas le vérifier mais il a été dit officiellement et publiquement que c'est le Qatar qui avait fait office de médiation dans la définition d'un CC. le feu à trois, c'est-à-dire États-Unis, Israël, Iran.
Ce qui prouve que les relations restent quand même fluides. Si véritablement un contentieux très fort né, je vois pas comment celui qui porte ce contentieux aurait pu être en même temps le médiateur. Et puis depuis, on entend plus rien.
Donc je pense qu'on est entré depuis déjà plusieurs années dans un temps nouveau dans le golf persic le paris coopératif l'emporte sur celui de la confrontation parce que tout le monde sait que une confrontation intérieure au golfe persigue serait suicidaire pour tout le monde. Donc la guerre de des ner entre l'Iran et les monarchies du golf ne va pas se relancer. Non, l'Arabie Saoudite a vraiment fait plus que le minimum syndical pour soutenir l'Iran, hein.
Dans ses déclarations, dans ses prises de position, l'Iran euh aurait pu avoir une réplique beaucoup plus agressive. Faut pas oublier qu'il y a quelques années, l'Iran s'était pas gêné pour frapper des raffineries saoudiennes. Ce qui a fait alors pour le coup des dégâts considérables, ce qui a pas été le cas cette fois-ci, qui a provoqué l'énervement et l'irritation du gouvernement de Riyad, du gouvernement saoudien qui s'est aperçu que les États-Unis de Trump à l'époque ne les soutenaient pas.
H donc il y a longtemps, je crois que les monarchies du golf ont tourné la page de la naïveté du protectorat américain et savent que l'optimum de leur intérêt, c'est une situation au moins de coexistence et peut-être de coopération à l'intérieur du golfe. Alors et Benjamin Etago dans tout cela, quel est le bilan de cette épreuve de force pour lui ? Alors bilan, est-ce que c'est pas trop tôt ?
Parce que je pense que l'histoire est pas finie, hein. On a tendance à dire bah voilà, c'était une garde des 12 jours, on est au 13e, 14e ou 15e jour, donc c'est du passé. Non, je je ne le crois pas.
Mais euh on voit en revanche euh se profiler euh la matrice euh stratégique de monsieur Netan euh qui consiste d'une part, mais ça on l'a souvent dit à ce micro, à afficher, affirmer sa puissance. Et cela est très important parce que dans l'esprit de Nethaniaou, mais pas seulement de lui, de la classe politique israélienne, il y a l'idée qu'il n'y a pas de plan B. que la seule façon d'assurer la sécurité d'Israël, c'est la puissance.
Et quand la puissance ne suffit pas, on rajoute un peu plus de puissance. Mais cette puissance telle qu'elle est utilisée, elle détruit, elle tue, elle tue jusqu'au génocide à Gaza, mais elle ne construit rien. Et on voit se profiler le résultat de cette puissance qui est plus destructrice que constructrice, c'est-à-dire cette stratégie de chaotisation qui est le répondant de cette stratégie de puissance.
On voit au fil des mois qui se succèdent que l'idée d'Israël, c'est de garder ce monopole de la puissance, cette hégémonie régionale. Israël est la seule puissance nucléaire, ce qui parenthèse ne dérange personne au Moyen-Orient et entend le rester. Dou sa fureur contre le programme ducre iranien.
C'est pas parce que ce programme menace Israël, il ne peut pas menacer Israël, mais c'est parce que il crée un duopole nucléaire dans la région et ça c'est considéré comme inacceptable. Et bien euh l'idée se construit de jour en jour que face à cette puissance hégémonique, puissance militaire hégémonique dans le Moyen-Orient, il ne peut s'accomplir de sécurité réelle qu'à travers le démantellement des États qui font face. C'estàd seulement il faut être puissant, non seulement il faut empêcher les autres d'être puissants, mais d'un certain point de vue, il faut empêcher les autres d'être.
Euh c'est ce queon appelle la stratégie de l'État effondré, c'est-à-dire construire sa propre puissance sur l'effondrement des autres. Il y a des risques quand même parce que bah si il y a que du chaos autour de vous, le chaos va vous toucher. Alors justement, il faut se souvenir que le concept de collapsing state d'État s'effondrant ou d'état effondré, ce concept a été inventé sous la pression du département d'État américain dans les années 90, c'est-à-dire du temps euh de la présidence Clinton.
Pour euh considérer qu'il y a dans le monde un certain nombre d'états qui n'existent plus. et que donc ce n'est pas violer leur souveraineté que d'intervenir en leur sein. C'était très malin hein.
Et on avait en tête à l'époque la Somalie qui stratégiquement est très importante puisquelle contrôle la mer rouge, le trit de Babel Mandeb et tout ce qui s'enit. Ce qui a permis aux États-Unis effectivement de monter l'opération Louis Stall Hope et d'intervenir dans un pays sans violer sa souveraineté puisquil y avait plus d'état donc il y a plus de souveraineté. Bon et on a vu ce qu'il en est advenu.
D'abord les interventions n'ont pas fonctionné. Ça a été un désastre l'intervention américaine en Somalie, mais surtout euh la multiplication en Afrique notamment de collapsing state ou d'États extrêmement fragiles et affaiblis a plus banalisé les sociétés guerrières, à donner le relais aux milices aux seigneurs de guerre que construit un ordre harmonieux. Donc tu as tout à fait raison, c'est une stratégie dangereuse.
Simplement le calcul de Netaniaahu, c'est dire on n'est pas dans la corne de l'Afrique, on n'est pas euh au Congo ou au Soudan, euh on est euh dans une région où il y a une puissance structurante qui est la nôtre. Et donc, il invente une nouvelle fonction de l'État effondré. Autrefois, l'État effondré existait pour permettre aux autres d'intervenir et de manœuvrer sur son sol.
Maintenant, l'État effondré, ça permet de construire un différentiel de puissance qui euh empêche les autres de réagir, de contrer votre propre puissance. Mais je reste d'accord avec toi, il y a pas de récompense au bout. C'est-à-dire que euh si on assiste à une libanisation des pays de la région, y compris de l'Iran, pourquoi pas ? un des scénarios possibles et bien on risque de voir s'installer des sociétés guerrières où il ne sera plus possible de trouver même le point de départ d'une vraie négociation.
Alors, on a l'impression que le monde s'est en quelque sorte habitué aux guerres illégales. On a peu parlé des fondements légaux inexistants de l'attaque israélienne de départ, le fameux concept de guerre préventive. On a peu parlé du caractère extral de l'appui américain, même si l'opposition démocrate a mollement dénoncé une offensive anticonstitutionnelle sans validation du congrès.
Signe des temps. Alors pas trop molle dans certaines fractions de la société américaine, notamment Bernie Sanders qui s'est exprimé très clairement qui ne représente qu'une fraction du Parti démocratique. Oui, nous sommes bien.
Non, non, mais tu as raison fondament, tu as raison. Alors, d'abord, il y a quelque chose d'absolument ahurissant, c'est que ce droit international qui interdit la guerre préventive, qui prévoit le droit de légitime défense en le subordonnant à une attaque préalable, concrète, pas imaginée, mais concrète et qui considère que à ce moment-là l'État agressé doit répondre de manière proportionnée, d'ailleurs pas n'importe comment, ça donne pas tous les droits. Mais effectivement la guerre préhentive c'estàd celle qu'on fait non pas en réponse à une agression mais parce qu'on craint une agression a toujours été considéré comme illégal.
Ce droit international théophile c'est les occidentaux qui l'ont inventé. le droit international, il a fait son apparition au 17e siècle, grand juriste grossus, puis après va les quantités de toutes écoles de de droite internationale et les diplomaties occidentales quand ça ne les arrange pas les ignore. On a opposé très justement à Poutine les arguments du droit international en disant que il avait fait et c'est vrai une guerre d'agression violant le droit international contre l'Ukraine et la souveraineté de l'État ukrainien.
Mais le jour même du 13 juin lorsque Israël a lancé ses attaques contre l'Iran, on a entendu Emmanuel Macron parler de soutien inconditionnel. Et ça, moi je suis tombé de ma chaise parce que que l'on considère, c'est un autre débat que il y a un risque dans le programme nucléaire iranien, ce qui demanderait beaucoup de précautions dans l'affirmation et aussi de s'interroger sur le risque de la détention de l'arme nucléaire par certains pays dont Israël d'ailleurs, un pays qui fait de tels meurtres à Gaza serait capable d'utiliser un jour cette arme nucléaire. Mais que l'on dise, il y a un danger, il faut à tout prix euh le contenir.
Mais parler de soutien inconditionnel. Inconditionnel, ça veut dire quoi ? C'estàd qu'il y a pas de conditions.
C'estàd vous pouvez faire tout ce que vous voulez pour démanteler le programme nucléaire iranien, c'est-à-dire tuer des civils, c'est-à-dire euh détruire des stocks de carburant, c'est-à-dire détruire des hôpitaux, c'est-à-dire tout un tas de choses. C'est quand même absolument aurrissant. Alors, je ne veux pas pour autant euh capituler, c'est dire bah oui, à un moment, on a cru international, il existe plus maintenant.
Je crois que c'est plus compliqué que ça. Moi, j'appartiens à une génération de ceux qui ne connaissaient pratiquement pas le droit international. Pendant la guerre froide, personne ne parlait du droit international.
Ce qui est positif et il faut quelquefois voir les aspects positifs, c'est que depuis la fin de la bipolarité et lesessorts de la mondialisation, on ne cesse de mobiliser le droit international. Il a une vertu énonciatrice qu'il n'avait pas Nager, qu'il n'avait pas du temps de la guerre froide et de la bipolarité. Euh et on sait dénoncer ce qu'on ne faisait même pas autrefois. les manquements aux droites internationales euh euh la guerre d'Irak, la guerre d'Afghanistan, euh Mayotte euh ce référendum qui a été fait, euh le peuple comorien décidant une écrasante majorité l'indépendance et puis la France retirant un morceau du Comor en disant "Ah bah oui, mais on garde ça".
Et on pourrait ainsi continuer. Ce droit international, il est mal mené mais depuis quelques temps, as-tu remarqué à quel point l'énonciation du droit est devenue audible ? Jamais on a autant parlé de la Cour pénale internationale depuis qu'elle a émis des mandats d'arrêt contre ces deux délinquants, ces deux criminels que sont Poutine et Netaniaahu.
Jamais la Cour internationale de justice a été à ce point suivi quand elle parle de risque génocidaire. Euh la parole du droit, elle est forte, elle est porteuse de ce que les anglo-saxons appellent le shaming, ce qu'on pourrait dire en français la stigmatisation. C'est-à-dire en utilisant le droit, on dénonce ce que l'on avait oublié de faire autrefois.
Moi, je trouve quand même que c'est un petit quelque chose. Nous sommes quand même dans un temps où la parole du droit existe. Et ben à nous, à nous individus, à nous sociétés, à nous mouvements sociaux de faire en sorte que cette parole soit relayée et arrive jusqu'aux oreilles des dirigeants.
Alors, j'ai pas envie de te de terminer cette émission sans te demander et la Palestine dans tout cela, est-ce que cette fameuse guerre de 12 jours a été encore un écran de fumée pour invisibiliser le martyre continu des Palestiniens et en particulier des Gazau ? Incontestablement, c'est-à-dire pendant ces attaques sur l'Iran, les forfaits à Gaza ont été non pas poursuivis mais renforcés. C'est quand même incroyable, Théophile.
C'est quand même incroyable que tous les jours on nous rapporte généralement à 20h25 dans le journal du 20h he jamais à 20h1 ou à 20h02, on nous rapporte que les malheureux qui sont venus chercher de la nourriture se sont fait tirer dessus quand ils essayaient d'avoir un sac de farine, un morceau de pain ou je ne sais quoi. et la communauté internationale entre guillemets rien. Il y a eu hier un sommet européen, oh on a parlé de beaucoup de choses, était vaguement question vaguement question de d'Israël mais juste pour faire remarquer qu'un certain nombre d'États s'accommode parfaitement de ces crimes à Gaza et s'opposerait à des sanctions contre Israël.
Alors, on est en train de discuter d'un 18e paquet de sanctions contre la Russie, contre Israël alors qu'on a un véritable levier. Euh, point du tout. Et alors, le comble du comble, mais ça, j'espère que les chansonniers sauront en faire un beau spectacle.
Ça a été le sommet euh de l'OTAN à la haie où euh le secrétaire général a eu ce ridicule qui restera dans la mémoire de tous d'appeler sans rigoler euh Trump daddy papa mais vraiment à quel niveau de bassesse l'Europe se trouve reléguée aujourd'hui jusqu'à appeler papa quelqu'un qui vous insulte quelqu'un qui essaie de vous piéger par tous les moyens et quelqu'un qui piétine tout ce qui ressemble à du droit ou à des valeur. C'est c'est quand même assez effrayant. Alors le le dictateur centrafricain Jean Bedel Bocassa appelait bien Charles de Gaulle papa.
Oui, mais je pense que le général de Gaulle valait infiniment mieux que monsieur Trump et je pense que Jean Bedel Bocassa était infiniment moins ridicule que monsieur Ruth. Vraiment Trum plein Ruth, c'est quelque chose d'assez étrange. Merci beaucoup Bertrand.
Bertrand Badi euh politiste, auteur de nombreux ouvrages dans l'art de la pêche et Flamarion et porteur de cette chronique internationale sur le média. Le monde n'a pas de centre. Restez connecté au médias. [Musique] Ah.
Xavier Bertrand