Le Liban sous les bombes : Rima Abdul-Malak brise le silence sur le Hezbollah
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bienvenue sur le plateau de quotidien. Voici une partie de l'équipe. Voici le public.
Déjà merci pour les images que vous nous avez fournis depuis depuis de semaines. Merci à vous. Merci de les avoir diffusé aussi.
Voici Beou, c'est en duplexe. Voilà, c'est actuellement Beouh. Est-ce que vous reconnaissez à peu près où c'est ou pas ?
Oui oui oui. Mais c'est vrai que là comme c'est peu éclairé, il faut savoir aussi qu'il y a beaucoup de coupures de courant à Beou et donc vous voyez pas tous les bâtiments bien éclairés. Alors Rim Abdou Malak, vous êtes né à Beouh en 1979.
Vous y avez vécu jusqu'à l'âge de 10 ans et vous y êtes retourné il y a quelques mois pour diriger le grand journal l'Orient le jour. Avant d'être patronne de presse, vous avez été conseillère du président Macron à l'Élysée et ministre de la culture de 2022 à 2024. parmi toutes les images que Paul a montré à l'instant, dites-nous celles que vous avez envie de de revoir ou de commenter.
Alors, celle de l'avion au-dessus de la frappe, moi elle m'impressionne énormément. Surtout que quand je l'ai pris, j'ai pensé que peut-être il arriverait la même chose à mon avion et surtout figurez-vous que ma sœur était dans cet avion quand on a recoupé les horaires avec Mohamed Yassine dans cet avion là. D'accord.
Et donc autant vous dire que à chaque fois qu'un avion décéle, on a quand même la peur que quelque chose de grave puisse arriver. Mais les pilotes de la Middle East Airlines sont assez héroïques d'arriver à à naviguer leur trajectoire malgré les bombardements. Dans quel état d'esprit vous êtes aujourd'hui ?
Honnêtement, je suis épuisée de 3 semaines et demi sans endormir et dans une tension permanente. Mais le fait d'être à la tête d'une équipe aussi engagée avec une mission aussi forte que celle d'informer dans ce contexte aide à tenir et à donner du sens à mes journées. Euh comment qualifier la situation au Liban aujourd'hui ?
Je rappelle aujourd'hui donc les chiffres plus de 1100 morts, plus de 3000 blessés, un habitant sur 4 qui est qui est déplacé. Oui, c'est une crise humanitaire et c'est surtout un cauchemar d'une histoire qui se répète sans fin depuis très très longtemps avec ce cercle vicieux de violence. Et aujourd'hui, nous on est coincé entre deux menaces.
En fait, on a la menace du Esbola d'un côté qui est un proxy de l'Iran, financé, armé par l'Iran depuis 1982. Et on a la menace israélienne avec des frappes réellement disproportionnées et qui peuvent arriver à tout moment à plein d'endroits du pays, parfois avec des avertissements, parfois pas. Et ça crée des vagues de panique partout.
Ouais. Vous nous aviez montré le bruit du drone des drones israéliens, ce bourdonnement dans le ciel. Donc ça c'est mon balcon que vous avez vu de chez moi avanthier.
Euh oui oui oui. En fait régulièrement la nuit en fait notamment mais aussi la journée. On a ces drones qui survolent Beyrout et qui préparent en fait les frappes.
Donc c'est c'est un son qui est très très présent dans notre vie en ce moment avec les sons des bombardements. et comment on vit, comment euh comment les les habitants de Beou se déplacent, comment il ils vont au supermarché, comment ils vont comment ils vont au travail, comment et comment vous arrivez à faire quand même un énorme ralentissement de l'activité. Les écoles la plupart sont fermées, les universités aussi, les entre ils sont chez eux.
Euh donc c'est ça aussi moi qui me font le cœur, moi qui ai vécu mon enfance aussi dans un pays en guerre où régulièrement les écoles étaient fermées. C'est un jour sans c'est que ces enfants sont en train de revivre ça là. Vous voyez nos maquettistes en train de finaliser le journal papier parce qu'on est imprimé au Liban tous les jours et on est diffusé en en numérique.
Euh nos gilets par bal et évidemment tout notre matériel de sécurité qu'on a dû renforcer. Euh mais quand même la vie malgré tout continue parce qu'il faut bien euh est-ce que les bars sont ouverts ? Est-ce que les restos sont ouvert ?
Très très peu très très peu. Il y a certains quartiers où euh les gens se sentent beaucoup plus en sécurité et sortent un peu mais il y a peut-être trois tables dans un restaurant où d'habitude c'est bondé. Euh et sinon dans la majorité des lieux de la ville euh c'est mort en fait.
Et comment font vos journalistes pour bosser ? Est-ce qu'ils peuvent aller dans tous les quartiers de la ville ? Est-ce qu'ils peuvent Alors oui, on évalue à chaque fois quand même les risques de sécurité.
C'est des décisions pas toujours faciles à prendre parce que on sait jamais s'il peut y avoir une frappe, voir une deuxième frappe quand il y a déjà eu une frappe. Quels sont les risques sur les routes et cetera. Donc, on évalue à chaque fois les risques, mais il y a cette nécessité d'informer qui est quand même celle qui prime avant tout, sachant que le risque zéro n'existe pas.
Euh et nous, on est une rédaction extrêmement indépendante, ça je tiens à le dire, parce que beaucoup de médias au Moyen-Orient sont financés soit par des partis politiques, soit par des monarchies du golf, ce qui est pas du tout notre cas. Donc nous, on tient parce qu'on a cette indépendance aussi totalement éditoriale et financière et on tient par nos abonnés, par tous les gens qui nous soutiennent. Donc j'en profite pour passer un petit message, soutenez-nous parce qu'en ce moment on a évidemment des coups beaucoup plus lourds à côté de la guer soutenir, allez sur notre site et abonnez-vous.
Oui ou soutenez-nous, il y a des dons que vous pouvez faire si vous voulez pas vous abonner mais en tout cas on a besoin de soutien aujourd'hui. Et vous dites que vous êtes indépendant, est-ce que vos journalistes sont menacés par le Esbola ? Ils peuvent l'être.
Ils peuvent l'être. On a déjà eu des pressions. On a renforcé aussi notre sécurité informatique parce que récemment, il y a eu une cyberattaque sur une télé, la MTV revendiquée par un groupe qui s'appelle les Fatimides et qui est proche de la mouvance du Hzbolla.
Oui, mais après votre une là que vous avez faite il y a de semaines, on va la voir, le Esbola suicide le Liban, justement, c'était une une assez assez dangereuse. En tout cas, euh on a assumé complètement la rédaction a poussé ce cri. euh au lendemain du déclenchement de la guerre.
Euh mais évidemment ça n'a pas fait plaisir à tout le monde. Donc on a renforcé la sécurité du bâtiment, la sécurité de nos journalistes. Je peux pas tout détailler ici évidemment par mesure aussi de précaution mais on on fait très attention.
Jean-Michel, tu voulais dire je voulais juste revenir sur le chiffre de 1100 morts. Oui. Parce que les frappes sont officiellement motivées par la destruction du Esbola.
C'est ainsi qu'Israël les motive. Mais les 1100 morts, c'est qui ? C'est des militants du Esbola.
Ce sont des civils, ce sont des innocents, effectivement. Certains sont des militants du Esbola. Il y a aussi des femmes, 85 à peu près.
Il y a 121 enfants. Donc là euh ils ne sont militants de rien. Ce sont des vies innocentes, fauché.
Et puis bah par exemple, nous il y a eu dans le quartier de notre bureau une frappe sur un hôtel où il y avait euh à ce moment-là peut-être un ressortissant iranien euh dans une chambre, mais en fait, il n'a pas été tué à ce moment-là. Et par contre, c'est la réceptionniste de l'hôtel, une femme qui n'avait rien à voir avec le Esbolain, qui a été tué. Donc vous voyez, on a vu les secouristes aussi dans des secouristes dans le sud du pays.
Donc énormément de victimes. Je n'aime pas ce mot de victime collatéral parce que on a l'impression que ça euphémise la mort alors qu'en fait ça reste un drame des innocents. Pourquoi le esbola il est toujours là ?
Vu de France, on comprend pas pourquoi le Liban n'arrive pas à se débarrasser du Esbola. parce qu'il est très armé et très financé par l'Iran qui a une énorme puissance. Donc il y a de l'argent.
D'accord. Euh parce qu' aussi il a une adhésion d'une certaine partie de la population libanaise, une grande partie de la communauté chiite parce que le esbola, il faut comprendre, n'est pas que une milice, c'est aussi un parti politique avec des députés euh avec une présence locale aussi dans des villes. Et c'est aussi un organisme social en quelque sorte. vu tous les financements qu'il a de l'Iran, en fait, il arrive à distribuer des aides sociales à énormément de monde et à tenir comme ça une adhésion de la population.
C'est comme ça entrelacé dans dans dans c'est complètement entrelacé avec le régime iranien. Donc est-ce d'accord mais au Liban et aussi dans la société libanaise dans la quartible de l'éradiquer l'éradiquer complètement il le faudra. Il faut absolument que le Liban de demain soit un Liban sans le Esbola tel qu'il est aujourd'hui.
Le esbola militaire et du moins à minima. Mais mais en fait, il y a déjà un parti politique qui représente les Chites qui s'appelle Amal qui n'est pas une milice qui n'est pas aussi religieux que le esbola. Donc ils ont déjà une représentation.
Euh ce que je veux dire très clairement, c'est que il faut bien sûr qu'il y ait une place pour la communauté Philippe dans ce cette nation qu'on veut former au Liban qui n'existe toujours pas malheureusement, mais ça ne peut pas passer par euh une main mise de l'Iran sur notre société, notre vie politique. Donc voilà, cette menace iranienne sur notre sol et cette guerre israélo-iranne sur notre sol, ça peut pas durer pour l'avenir du Liban. Et en même temps, Israël doit aussi respecter le cesser le feu quand il y en a eu un, respecter le droit international, ce que ils ne font pas.
Et donc des deux côtés, il y a une logique jusqu'au bouthiste qui nous mène dans le mur aujourd'hui. Et sauf que là, on parle d'une invasion justement du sud de Livan, du sud de Liban par l'armée israélienne. C'est ce que vous redoutez ?
C'est ce que les Libanais redoutent. Oui, parce qu'en plus ça nous remonte des souvenirs pas si lointains d'une invasion israélienne qui a commencé en 1978, qui s'est étendu en 1982 du sud de Liban avec les mêmes mots zones tampon, périmètres de défense et cetera, mais en fait c'était une véritable occupation qui a duré jusqu'en 2000, donc 18 ans entre 82 et 2000. Et ça, personne n'a envie de le revivre au Liban.
Et en fait, c'est cette occupation là qui a généré la création dubola financée aussi par l'Iran, qui voulait exporter sa révolution islamique et qui en fait plus Israël occupe le Liban, plus le Esbola se renforce. Donc on repart dans le servicieux alors que justement l'enjeu là est de désarmer le esbola ce que le gouvernement libanais était en train de faire euh et là qu'il ne peut pas faire en pleine guerre et qu'il ne pourra encore moins faire s'il y a une occupation du sud-liban et terre donc on l'a vu tout à l'heure qui alerte justement le chef de l'ONU qui est alerte sur un nouveau Gaza. Oui, c'est le risque et il y a des mots très durs qui ont été donnés par le ministre israélien de la défense.
Il faut détruire les maisons du sud de Liban à la frontière. Il le dit comme ça. Il faut les détruire.
Il faut euh effacer, éradiquer cette zone. Ils ont commencé à détruire des ponts. Il y a sep ponts qui ont été détruits qui nous coupent de de villes extrêmement importante.
Par exemple, Tire, c'est une ville de civilisation, d'histoire, de patrimoine, de de pêche, de culture, de tourisme. C'est pas un petit village, je tire, c'est un pôle urbain très important. Et là, les ponts pour accéder à cette ville sont déjà détruits.
Je ne connais pas ton nom, je ne peux pas te parler mais j'essaie de t'imaginer. Tu dois avoir autour de 20 ans, tu viens de Telaviv, d'un Kibuts du Nord ou de Birshiva. Euh, te voilà maintenant à la frontière du Sud Liban.
C'est vous qui avez écrit ça ? Oui, c'est Libération m'a demandé une tribune sur la situation. Je ne me sentais pas d'écrire un texte classique sur ce qui se passe et j'ai eu ce besoin de m'adresser virtuellement à la personne avec qui je peux le moins échanger aujourd'hui, qui est un jeune soldat israélien sur cette frontière au sud de Liban et qui est en train de participer à cette offensive terrestre. et de lui rappeler l'histoire en fait parce que je suis pas certaine que ce soit expliqué tant que ça en Israël euh tout ce qu'on a déjà vécu et ce cercle vicieux dans lequel on est enfermé ensemble en fait, lui comme nous et d'essayer de mettre l'histoire à à hauteur d'homme euh pour euh pas pour essayer de créer un dialogue parce qu'aujourd'hui il est véritablement impossible mais pour au moins reposer à plat toutes ces étapes historiques par lesquelles on est passé et qui n'ont pas abouti ni à la paix ni à l'éradication du Esbola ni à la stabilité de la région.
Donc, il faudra changer de paradigme à un moment donné et c'est un peu cette bouteille à la mer que je lance avec cette lettre.
Emmanuel Macron