Les Saintes-Maries-de-la-Mer face à la montée des eaux | Dans ma ville
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Musique --- Bonjour, dans ce nouveau numéro de "Dans ma ville", nous vous emmenons aux Saintes-Maries-de-la-Mer, une commune qui doit faire face, comme plusieurs centaines d'autres en France, aux conséquences du dérèglement climatique. Le réchauffement des Océans et la fonte des glaces entraînent une montée des eaux marines qui, peu à peu, grignotent les côtes en Camargue. Les Saintes-Maries-de-la-Mer, situées face à la Méditerranée, semblent particulièrement menacées.
Alors, peut-on lutter contre la mer qui avance et pour combien de temps ? Faudra-t-il un jour abandonner la ville au flot ? Clément Perrouault est allé à la rencontre des habitants de cette ville désormais en sursis. --- -C'est une ville cernée par les flots.
Les Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue, ici la Méditerranée monte de près de 4 millimètres par an, principalement en raison du changement climatique. Les habitants ont appris au fil des ans à vivre avec cette menace lancinante. José Ibanez a 71 ans, il était adolescent quand sa famille s'est installée aux Saintes dans les années 70. -La plage, elle suivait.
Vous voyez les digues, les pointes ? C'était la plage, ça. Et je faisais du cheval.
Et déjà, les plages, elles étaient bondées de monde à l'époque. Dans les années 70, c'était bondé de monde. Il y avait les blocos de la dernière guerre mondiale qui ont disparu.
Ils se sont enfoncés dans la mer. -D'après José, la mer sur cette plage a avancé d'environ 300 mètres en 50 ans, malgré les digues qui la protègent. -J'étais sauveteur en mer.
Je connais les hauteurs, où je peux approcher mon bateau et tout. La nature reprend ses droits, je pense. La nature reprend ses droits. --- -Au bord de la plage, certaines habitations, comme cette résidence, voient la mer s'approcher dangereusement.
Le trait de côte n'est plus qu'à quelques mètres. C'est ici que vit Mina. Elle aime par-dessus tout contempler la mer et elle la voit s'approcher inexorablement. -On la regarde, on se dit : "Oh là là, la plage, cette année, a encore réduit." Oui, il y a des endroits où on voit les racines des arbres, parce qu'elle a énormément avancé.
On y pense, on en parle, on s'interroge, mais je crois qu'il n'y a pas grand-chose à faire. Ce que j'entends, c'est que d'ici quelques années, la mer sera devant notre porte. Je me dis toujours qu'étant au rez-de-chaussée, je serai la première à être sous l'eau. -Son appartement au rez-de-chaussée, Mina s'y sent bien.
Elle ne se laisse pas envahir par cette menace. Elle prend les choses avec philosophie et un certain fatalisme. -J'étais au Sahara, il n'y a pas longtemps, dans le Sahara marocain.
Quand on voit ce qui se passe pour eux, les puits sont asséchés, les palmeries meurent. Il y a une évolution du monde qui est inévitable. Moi, ce qui me rassure, c'est que nous, on est le premier prédateur et qu'un jour, on disparaîtra.
Je le pense très fort. -A quelques mètres de la côte également, cet hôtel des Saintes-Maries-de-la-Mer. Stéphane se sait lui aussi en première ligne face à la montée des eaux. -Je suis de Meridona, je suis né à 40 kilomètres d'ici, au bord de la Mer.
J'ai toujours vécu au bord de l'eau. Des paquets de mer, on en a eu tout le temps. Il y en aura probablement d'autres, plus fréquents, peut-être plus forts.
On se doute bien que tôt ou tard, il y aura des soucis de vagues submersion. Je suppose qu'il faudra s'adapter, oui, tôt ou tard. Mais quand, on n'en sait rien et de quelle manière non plus.
On suppose que les pouvoirs publics font ce qu'il faut pour éviter justement une submersion du village. -Protéger les Saintes-Maries, les pouvoirs publics s'y attellent depuis le XIXe siècle et Napoléon III. L'empereur avait fait construire une digue à la mer de 50 kilomètres qui longe ici la route côtière.
Depuis, une vingtaine d'ouvrages, en brise-lames ou en épis, sont venus s'ajouter cinq kilomètres de digues supplémentaires pour un coût de 12 millions d'euros. Des protections sans lesquelles le village aurait déjà disparu. C'est ce que nous explique Thibault Mallet, l'ingénieur en charge des ouvrages. -Si ces épis et brise-lames n'avaient pas été construits, aujourd'hui, en fait, le trait de côte, la mer serait à peu près deux à 300 mètres à l'intérieur du village, donc la moitié du village n'existerait plus.
Le changement climatique accélère cette montée des eaux. En 2100, on s'attend à avoir plus de 50 centimètres d'eau ici. Actuellement, on est en train de réfléchir aux réponses possibles pour pouvoir faire d'ici à peu près cinq ans, on devrait commencer des travaux de surélévation. -La surélévation des digues coûterait entre 10 et 20 millions d'euros.
Elle garantirait la protection des Saintes-Maries pour environ un siècle. Les digues sont financées à 40 % par l'Etat et 60 % par les collectivités locales, dont 5 % pour la municipalité. Les Saintes-Maries-de-la-Mer, commune très touristique, comptent 20 000 habitants en saison, mais seulement 2 000 à l'année.
En hiver, les rues sont plutôt désertes. Mais en toute saison, de bon matin, les Saintois aiment se retrouver au Lou Gabian. C'est le bistrot historique des marins et des manadiers, ceux qui élèvent les taureaux de Camargue. -On fera la vaisselle ! -Autour de la table, où fromage et charcuterie se partagent avant même le lever du soleil, la montée des eaux est un sujet polémique.
Certains doutent même de sa réalité. -Il n'y a pas de montée des eaux ici. -Quand la Camargue sera inondée, les autres seront en train de nager depuis longtemps. -La plage avant était à 100 mètres, 150 mètres.
Maintenant elle est au bord de la route. Donc ça prouve bien que ça monte quand même. -Et pourquoi ça n'a pas monté là ? -C'est les courants. -Donc ça ne monte pas.
Ca n'a pas monté là, tu n'as plus de plage. On parle de montée. Si elle avait monté, elle serait montée là aussi.
Et voilà. -Pour les côtes, comme dans tout domaine, il y a des oiseaux qu'on ne voyait pas, qu'on voit maintenant. Ca veut dire qu'il y a un changement au niveau du climat.
Il faut être abruti pour pouvoir le comprendre. Les flamants, avant, ils partaient l'hiver, ils ne restaient pas. Maintenant, si. -Même les scientifiques n'ont pas non plus le truc, la science infuse là-dessus.
La mer monte, certainement. Mais bon, moi je ne pense pas que demain matin, les Saintes-Maries-de-la-Mer n'existeront plus. Il va falloir à mon avis, plus de temps. -Cette disparition du village à long terme, ou son déménagement, est une perspective que personne ici ne veut vraiment envisager.
Trop lointaine, trop incertaine, en un mot : inimaginable. -Le déménagement de mon village, jamais je déménagerai. Jamais de la vie.
L'église, ça fait combien d'années qu'elle est là, et ça ne bouge pas. -Oui. Je crois, oui. -Le problème, c'est qu'il y a des kilomètres, des kilomètres et des kilomètres de côte.
On protégera le village, mais les alentours, ce sera compliqué. Ca sera le Mont-Saint-Michel de Camargue. -Ces kilomètres de côte, c'est aussi ça la réalité des Saintes-Maries-de-la-Mer.
Peu de gens le savent, mais cette commune est la deuxième plus grande de France métropolitaine par sa superficie. 375 km carrés qui correspondent au territoire singulier de la Camargue. Musique Dans ce delta très plat où se jettent les deux bras du Rhône, l'eau, douce ou salée, est omniprésente.
La menace de la mer est loin de se limiter au village. Elle concerne aussi un écosystème fragile, des terres agricoles, notamment des rizières, et la grande fierté camargaise : les élevages de taureaux. --- -Salut.
Tu as bien mangé. -Aurélie Raynaud et son père Frédéric sont manadiers aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Leur domaine est immense, 15 kilomètres carrés consacrés à l'élevage de taureaux pour les courses camarguaises.
Ils nous emmènent tout au bout de leur exploitation, là où la mer leur a déjà repris des terrains. -Quand j'étais petite, quand on venait à la plage, il y avait des passerelles de bois pour passer au-dessus de la digue et on marchait encore une centaine de mètres avant d'arriver à la mer. Là, il n'y a plus besoin de passerelle de bois, la mer dépasse la digue.
Vous imaginez bien que quand le vent souffle fort du sud, alors là, elle traverse encore plus fort, encore plus vite et elle remplit complètement l'étang qui longe nos terres du sud au nord. -Nos terres reculent et le sel avance aussi. Avant, le sel allait à 10 kilomètres d'ici.
Maintenant, il est encore plus loin. Il y a des copains qui ont des terres vers Galicia, qui disent : "Mais nous, on a des remontées de sel là-bas, maintenant." -Ce sel, qui imprègne les sols à mesure que la mer monte, a des conséquences très concrètes pour la manade.
Désherbant puissant, il tue la végétation dont se nourrissent les taureaux. Désormais, les Raynault sont contraints de leur apporter du fourrage. -Donc là, on part en tracteur avec derrière le foin.
On les nourrit comme ça tous les jours. Beaucoup l'hiver, évidemment, mais également l'été quand il y a la sécheresse. Le printemps, quand il n'a pas beaucoup plu.
Donc finalement, on donne du foin quasiment 11 mois par an. Même si on a 1 000 hectares, ça paraît immense, mais sur ces hectares, il n'y a pas beaucoup de zones où les animaux peuvent se nourrir naturellement. -Produire ce fourrage et l'apporter presque quotidiennement aux taureaux suppose des coûts et du travail supplémentaires. -En fait, on loue des terres plus loin de la mer, plus au nord.
Et sur ces terres-là, on fait le foin nous-mêmes. On a acheté le matériel, on paye le gasoil,...
Donc c'est un investissement. C'est beaucoup de temps, beaucoup d'énergie. -La manade ne pourra pas bénéficier de protections comparables au village des Saintes-Maries.
Les Raynault en sont intimement convaincus : un jour, il leur faudra partir. Un déchirement pour cette famille de manadiers installés depuis 1905 sur cette terre où, suivant la tradition, ils ont enterré leurs taureaux les plus glorieux. -On ne veut pas partir d'ici, c'est un lieu qui a une âme et qui a l'âme de notre famille.
Mais on sait qu'à un moment donné, ici il y aura la mer et que nous, il faudra qu'on soit ailleurs. On sera des réfugiés climatiques, on sera obligés de s'adapter à la force de la nature qui sera plus forte que nous. On n'a aucune idée des délais. -Je pense que ça ne va pas durer encore bien longtemps.
Encore 50 ans, encore 70, encore 30 ans, je ne sais pas. Mais bon, pour le moment, c'est très inquiétant. -Réfugiés climatiques, c'est le destin tragique vers lequel marche la famille Raynault.
Combien les suivront en Camargue et plus largement en France ? 523 communes sont aujourd'hui concernées par les phénomènes d'érosion côtière et de montée des eaux. Battu de soleil et de vent, perdu au milieu des étangs, on vivra bien content, mon cheval, ma Camargue et moi.
Mon cheval, ma Camargue et moi.