Clémentine Autain : "la condition féminine : des changements profonds mais pas encore totalement maitrisés"
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Bonjour. Certains pouvaient y voir une astuce commerciale s'adaptant à une mode. Souvenez-vous des réclames de notre enfance. Ce yaourt-ci avait plus de calcium, tandis que celui-là promettait plus de bons fruits. Eh bien, désormais, l'argument de vente est le moins. Le moins, voire le pas du tout. En une décennie, on est passé du plus au plus. Garantie, plus de sucre, plus de colorant, plus de gluten, plus de parabènes, plus de pulpe. Plus grand-chose à acheter. Ça tombe bien, puisque plus assez d'argent, de toute façon, pour faire ses courses. Au fond, les publicitaires ont eu du flair. Voilà quelques années qu'ils nous préparent à la fin de l'abondance.
Peut-être même à la sobriété, voire à la décroissance, qu'elle soit choisie ou subie. Alors, mettons-nous à la page. Sens politique, une émission que je vous garantis aujourd'hui, sans la question le barbecue est-il de droite ou de gauche, sans la question la valeur travail est-elle genrée, et sans la question quelle est, selon vous, l'empreinte carbone d'un Paris Nantes en char à voile. Alors, même sans ces interrogations majeures, je vous promets que nous chercherons avec notre invité, à travers son parcours, notamment le sens du positionnement et des valeurs politiques, le sens d'un féminisme combatif, et notamment quand ce féminisme se place simultanément dans l'action politique.
Nous recevons aujourd'hui sur France Culture l'insoumise Clémentine Autain. Bonjour.
Sans pépins. Bonjour.
Vous êtes depuis 2017 député de Seine-Saint-Denis, élu il y a 5 ans sur la 11e circonscription, réélu au mois de juin dernier par ailleurs conseiller régional d'Île-de-France, et puisque la vie vous a, dès l'enfance, fait considérer que dans l'existence tout était combat, et finalement combat politique, au plus noble de l'expression, je vous propose de développer avec nous le sens que vous voulez lui donner à ce combat politique indissociable, Clémentine Autain, de ce que vous êtes. Soyez la bienvenue. Merci. Dans cette émission, nous mettons un point d'honneur à ne pas être collé au fil de l'actualité.
L'engagement que nous prenons dans le sens politique cette année sur France Culture, c'est de ne pas transformer ce lieu en un énième carrefour de commentaires sur le dernier tweet ou la dernière polémique, qui par hypothèse n'aura plus cours demain. Donc ce que je vous propose Clémentine Autain, c'est d'aborder la tempête qu'Athénins, non pas par ses derniers développements, mais par ce qu'elle peut signifier et avoir comme impact sur le sens de votre action, celle de votre parti et plus globalement celle du Parlement. Les faits.
Adrien Quaténins, député La France Insoumise, a giflé sa femme, divorce en cours, gifle l'an dernier et plus récemment, il dit avoir saisi son poignet, coup de cogné accidentellement. Céline Quaténins a déposé une main courante, enquête ouverte par le parquet de Lille. Voilà. J'ai été bavard, mais je voulais recontextualiser. Clémentine Autain, quel sens politique vous donnez degrés ou de force à cette affaire privée ?
D'abord, je ne sais pas si c'est tout à fait une affaire privée, si je puis me permettre. C'est peut-être la féministe qui, immédiatement, va vous dire que le privé est politique. En tout cas, c'est ce qu'on a défendu, notamment dans les années 70, quand des femmes ont partagé leur quotidien et se sont rendues compte que ce qui se passait dans toutes les maisons faisait système, que ce n'était pas chacune qui, à la maison, allait se débrouiller de savoir qui fait la vaisselle et pourquoi ça retombait tout le temps sur les femmes. C'est qu'il y avait bien quelque chose qui les dépassait et qui était social et politique.
Je fais cette digression, mais parce qu'en fait, elle est assez importante. Sinon, on ne comprend pas ce qu'on veut dire par là, le privé et politique. C'est qu'il y a des choses qu'on ne peut pas régler seul dans le cadre d'un couple et qui doivent être prises en charge d'un point de vue politique. Et c'est le cas des violences sexistes et sexuelles.
Et c'est pourquoi Adrien Quatennens, quand on a appris cette main courante puis qu'il a fait le choix, après discussion avec un certain nombre de dirigeants de notre mouvement, de se retirer, de se retirer de son poste notamment de coordinateur du mouvement, a posé là un acte politique qui fait écho à notre combat, qui est celui d'une forme d'exemplarité du point de vue de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles que nous ne considérons pas comme appartenant au champ privé, c'est-à-dire à devoir être envoyé chacun chez soi.
Voilà, donc je trouve que c'est un acte qui est fort et le fait même qu'il ait lui-même pris les devants en disant, voilà, j'ai commis telle et telle faute, c'est assez inédit en réalité en France. C'est rare de voir un homme politique, un homme public, faire la liste d'actes. Alors c'est sa version, j'entends bien, mais c'est néanmoins quand même une manière d'avancer.
Je ne suis pas sûre que judiciairement, d'ailleurs, ce soit une idée qui soit pour lui très bonne, mais en tout cas, il l'a fait et le mouvement a souhaité publier un communiqué de presse pour rappeler notre attachement à la lutte contre les violences faites aux femmes et pour dire qu'en effet, nous ne souhaitions plus être représentés dans ce moment-là par Adrien Quattin. C'est un acte fort qui correspond à l'époque, je crois.
Le mouvement, une série noire pour votre mouvement, et je l'ai lu dans la presse, c'est l'expression sur laquelle je m'arrête, série noire, ta boiffe empêchée de se présenter aux législatives accusée de violences sexuelles. Le député Éric Coquerel, aujourd'hui président de la commission des finances à l'Assemblée, visée par une plainte pour harcèlement sexuel, Adrien Quattinens, enquête ouverte. Je vous pose la question sans ironie, Clémentinotin, quand on voit le sens unique de votre combat politique depuis presque 30 ans, est-ce que cette série noire n'est pas une victoire pour vous, et tant pis si c'est chez vous ?
On vit par le monde, de toute façon, nos responsables politiques ont grandi et vivent dans la société telle qu'elle est. Donc on est traversé par le sexisme et les violences sexistes et sexuelles de notre société. Je pense qu'il y a un seuil de tolérance qui a considérablement bougé, notamment depuis la vague MeToo, c'est clair, et qui fait d'abord que nous avons pointé un continuum de ces violences sexistes et sexuelles, ça veut dire une relation entre des actes qui ne sont pas de même gravité, mais dont on peut percevoir une même nature, c'est-à-dire que ça s'ancre dans des rapports sociaux qui sont liés à la domination masculine.
Donc il y a un continuum, et après il y a quand même des faits qui ne sont pas toujours à mettre avec un trait d'égalité. Mais disons que chez nous, nous avons mis en place une commission de lutte contre les violences sexistes et sexuelles qui permet de recueillir la parole, ce qui a été le cas pour Tahabouaf, puisque quand nous avons décidé de ne pas l'investir, c'est parce que nous avons reçu sous couvert d'anonymat des témoignages qui faisaient état d'agressions sexuelles et donc nous prenions nos responsabilités politiques et je pense que tout cela indique des changements profonds mais qui ne sont pas totalement encore maîtrisés. Il faut faire preuve d'humilité.
Ce que je veux dire, c'est que dans la façon dont nous, nous pouvons les traiter, on n'a pas fait le tour encore de tous les cas, de toutes les situations et de la meilleure façon de protéger le mouvement et de le rendre exemplaire.
Justement, là-dessus, sur ce qui va, sur ce qui peut se passer maintenant. Un long article consacré par le journal Le Monde aux féministes insoumises vous prête ces mots, Clément Tinotin. Pendant 2000 ans, les femmes n'ont pas été entendues. C'est leur tour. Premièrement, comment...
C'est une phrase qui a été... Si, si, si. Elle est juste. Elle est juste à peu près, si j'ose dire. C'est Tahabouaf qui relate l'entretien
qu'on a eu avec lui
et qui sort évidemment cette phrase totalement de son contexte. C'est-à-dire que nous sommes dans une discussion qui est une discussion difficile puisque avec ma collègue Mathilde Panot, on va le voir pour lui dire que nous ne pouvons pas l'investir au regard de ce que nous savons. Enfin, du témoignage, en tout cas, qui nous a été relaté. Et à ce moment-là, s'ensuit une longue discussion. Donc évidemment, cette phrase sortie du contexte... Mais elle est intéressante, Je la remets, bien sûr, mais je la remets dans le contexte. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il nous dit mais si cette femme ment et si, au fond, je n'ai rien fait, qu'est-ce qui se passe ?
Et donc, en argumentant, on argumente et à un moment donné, je lui dis, on peut toujours, évidemment, il peut toujours se trouver qu'une femme est mentie et instrumentalisée. Ça peut toujours arriver. On sait que, dans l'écrasante majorité des cas, quand même, ce n'est pas une partie plaisir raconter qu'on a été victime de viol. Donc, je pense que, dans l'écrasante majorité des cas, on peut faire confiance aux femmes qui parlent.
Mais là, en l'occurrence, ce que je voulais lui dire, c'est que nous les entendons et qu'en effet, comme mouvement politique pour se protéger, nous partons du principe que nous devons d'abord écouter les femmes, les croire et prendre un certain nombre de dispositions. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes la justice. Nous n'établissons pas la vérité. Il y a ensuite la justice qui fait son travail. Nous, c'est un travail politique.
Sans faire de science-fiction, mais comment, selon vous, ça va se traduire concrètement dans les prochains mois ? Est-ce que vous imaginez une contagion, parce que, vous le dites, on n'a pas encore tout à fait fait le tour, une contagion de la liberté de parole qui serait telle que de nouveaux cas apparaîtront à l'Assemblée régulièrement ? Et deuxièmement, quelles conséquences en tirer, peut-être même législativement ou constitutionnellement ?
Tout ça doit être posé et réfléchi. Moi, je n'ai pas les réponses en réalité à toutes les questions que moi-même, je me pose ou qu'on se pose, j'ai envie de dire affaire après affaire. Ce n'est pas du tout évident. Il faut protéger la parole des femmes. Il faut être cohérent avec nos convictions. On le fait aussi dans un cadre de médiatisation qui a aussi des effets, je veux dire, sur les personnes qui sont mises en cause.
Donc, il faut arriver à tenir tous les bouts et un autre bout, peut-être, dont on ne parle pas forcément souvent, mais que je veux dire, parce que je pense que toutes les personnes qui nous écoutent vont le comprendre, c'est que, prenons l'affaire d'Adrien, Adrien est un des plus brillants dirigeants des gens de notre mouvement, c'est un camarade, c'est pour beaucoup d'entre nous aussi un ami, des relations amicales et d'un seul coup, il se passe ça, c'est très douloureux. C'est quelque chose qui est extrêmement douloureux. On n'est pas des machines, on est des êtres humains.
Donc, c'est très complexe et quand je parlais tout à l'heure de seuil de tolérance et de gradation, c'est aussi que, par exemple, dans le cas d'Adrien Quatennens, il dit qu'il a giflé cette femme qui lui a pris son portable et tout le monde n'a pas forcément la même appréciation. Quand je dis tout le monde, ça peut être éventuellement dans le mouvement, même s'il y a eu unanimité à dire qu'il devait se retirer, au regard des faits, je suis très claire là-dessus.
Mais après, c'est comme on l'apprécie et je pense que ce seuil de tolérance qui recule, c'est positif, c'est-à-dire que ça n'est plus possible, cette violence, comme ça, ça n'est plus possible d'accepter des phénomènes plus globalement d'emprise sur les femmes, de domination et ça, c'est très positif qu'on ait ce seuil de tolérance
qui régresse. Clémentine Autain, dans ce cas précie, puis peut-être plus généralement d'ailleurs, est-ce que l'appartenance à un parti politique ou à un mouvement avec ce que cela comporte comme devoir de solidarité, de loyauté, n'est pas une entrave au sens que l'on veut donner à son propre combat idéologique et sociétal ? Est-ce qu'on ne touche pas là à la limite du groupe, à la limite de la bannière ?
On touche en tout cas évidemment à une difficulté, bien sûr, bien sûr, mais je trouve que la France insoumise, avec sa commission comme d'autres mouvements de gauche d'ailleurs, la France insoumise avec sa commission interne et malgré tout ses réflexes comme celui-là encore une fois, de dire qu'Adrien Quatennens pour ces faits-là doit se retirer ce qui, je le répète, est un acte fort, on avance, je ne dis pas que c'est parfait, mais je trouve qu'on avance, qu'on a franchi des étapes là où la droite, bien sûr, se pose bien moins de questions puisqu'eux, ils ont quand même supporté des situations incroyables et dont on parle moins.
Nous, du matin au soir, on essaie de mettre le doigt sur nos contradictions éventuelles, vous voyez ce que je veux dire, de chercher ce qu'on aurait voulu cacher alors qu'on a, je crois quand même, posé des actes forts pendant que, je prends quelques exemples, mais en marche, on a M. Darmanin qui a continué qui a continué à être ministre de l'Intérieur et on pouvait lire dans la presse des pages entières expliquant qu'il avait eu des relations sexuelles moyennant donner un logement social, octroyer un logement...
Donc il aurait dû démissionner et maintenant qu'il y a eu non-lieu, il pourrait revenir...
Je ne sais pas si vous voyez le niveau, c'est juste pour ce... J'essaie de donner à voir. Ou alors, prenez l'affaire Simian dont on a très peu parlé, qui est ce député En Marche, là encore, qui a harcelé sa femme, mais de façon impressionnante, pendant des mois et des mois et des mois. Quand je dis harceler, c'est couper l'électricité, crever les pneus, menacer, etc. Et quand la levée d'immunité arrive sur le bureau de l'Assemblée nationale...
Vous l'avez souhaité, cette levée d'immunité ?
Moi, j'étais pour, mais je n'ai pas compris sur le coup ce qui se passait et il y a eu une sorte de connivence masculine qui fait que cette levée d'immunité a été refusée par le bureau à ce moment-là. A l'époque, je crois
que le président de l'Assemblée qui était Richard Ferrand vous a dit de toute façon l'enquête n'a pas été entravée.
Et c'est une affaire privée. Et j'ai entendu dans le rapport à ce moment-là, c'est une affaire privée. Quand vous voyez M. Abad qui est toujours député et qui... Je rappelle les faits parce qu'il faut quand même qu'on se rende compte de ce dont on parle. M. Abad, ce dont on parle, ce sont de viols répétés à l'égard de femmes à l'aide de... Comment on appelle ça ? Enfin, de drogues en fait qui est mis dans un verre pour violer. Donc ce sont des faits quand même extrêmement graves. Et malgré cela, vous avez un pouvoir en place qui quand même, par son silence, ses non-commissions ne risquent pas d'être pris dans ses contradictions puisqu'on a l'impression qu'il n'y a pas de principe.
Il y a juste un silence assourdissant et puis finalement, on laisse faire.
M. Abad n'est plus au gouvernement.
Il a fallu beaucoup de temps pour qu'il ne le soit plus. Il est toujours député, ce qui peut quand même poser question au regard de la gravité des faits.
La presse révèle, en tout cas, fait paraître une information, la réaction, la contre-attaque se balance par tweet et dans les jours qui suivent, politiques et journalistes causent davantage du tweet que de l'affaire originelle. Clémentine Autain, est-ce là le fruit ou bizarre de la dernière décennie de communication politique ? Autrement dit, est-ce que le sens du débat politique conduit désormais irrémédiablement et durablement selon vous à 280 signes ?
C'est l'enfer. 280 signes, honnêtement, c'est l'enfer. D'ailleurs, en cette rentrée, deux notes de blog que j'ai écrites de 20 000 signes pour ceux qui écrivent peuvent peut-être avoir en tête ce que ça veut dire.
Ça fait combien de tweets ?
Ça fait combien de tweets ? Mais voilà, 280 signes, 20 000 signes et peut-être c'est ma réaction de rentrer à une sorte de saturation du 280 signes et je me rends compte que d'ailleurs, finalement, il y a beaucoup plus de monde qu'on ne le croit qui lisent ces écrits. Ça ne veut pas dire tout le monde mais en tout cas, qui lisent et peut-être que c'est le même public que ceux qui sont sur Twitter d'ailleurs.
Donc, comme quoi, on peut faire un effort et essayer d'avoir une pensée un peu plus complexe, un peu plus argumentée et que le temps est venu sans doute d'avoir cette pensée plus complexe, plus argumentée et qui ne se réduit pas en 286 signes, on devient fou, de polémiques, les huit sur les eaux, du moindre tweet, c'est vrai que c'est chronophage et au bout d'un moment, ça nuit à la pensée, oui, je le crois.
France Culture, Sens Politique, Arnaud Bousquet.
Avant de parcourir avec vous, Clémentine Autain, les fondations de votre parcours militant, combattant, on va rester sur la façon, votre façon de militer et de combattre. c'est notre première séquence à partir d'archives sonores, l'extrait d'un de vos passages dans un studio télé ou radio, on ne vous dit pas, vous ne savez pas ce que nous avons choisi d'écouter avec vous et surtout de développer avec vous ensuite pour savoir sur la forme et sur le fond le sens que vous vouliez donner à cette intervention. Donc si vous êtes prêtes, on y va, tendons bien l'oreille et on comprendra que vous n'êtes pas seule, Clémentine Autain, autour de la table.
C'est inscrit complètement dans la vague néo-réac en ce moment, la espèce de révo... Oui, c'est vrai, pourquoi néo ? C'est un vague complètement réac et d'ailleurs, ce qu'il y a dans ce livre, c'est simple, c'est une compilation des 2000 ans d'histoire que nous avons vécues puisqu'il s'agit simplement... Mais non, c'est vrai ! Il s'agit simplement d'expliquer que c'était mieux avant que quand l'homme dominait les femmes et que enfin, les choses étaient claires, finalement, c'était vachement mieux et il en appelle un retour finalement à cet ordre qui est un ordre moral, qui est un ordre des sexes. Donc il faut que l'homme domine la femme.
Il dit carrément d'ailleurs que plus il respecte une femme, moins il bande, ce qui en dit extrêmement long parce qu'en fait, il s'agit sur les questions sociétales, sur les questions par exemple d'égalité homme-femme, de prôner un retour à l'ancienne, donc les femmes au foyer, etc. Et d'un autre côté, finalement, la jungle libérale, elle, il n'y a aucun problème, il n'y a pas besoin d'ordre, il n'y a pas besoin de réguler. Et c'est cette société à deux vitesses qu'on nous propose comme étant une rupture.
Clémentine Autain, vous avez identifié ?
Oui, facilement.
Rappelez-nous donc le contexte.
Éric Zemmour. Éric Zemmour qui sort ce livre, Le Premier Sexe, c'est en fait ce plateau, qui est un plateau de mémoire d'Ardisson.
Oui, on est en mars 2006.
Ça remonte un peu, voilà, c'est ça, ça fait 16 ans.
L'émission, tout le monde en parle.
Exactement, et on me propose de venir débattre avec Éric Zemmour, du coup, je lis ce livre et je suis abasourdie par ce que je lis. Honnêtement, je suis abasourdie. D'arriver à avoir un texte aussi réactionnaire à ce moment-là me paraît incroyable.
Et donc là, vous ne critiquez pas le livre d'Éric Zemmour comme ça devant Ardisson, il est devant vous, Éric Zemmour. Il a 48 ans à l'époque et il travaille au Figaro et il vient de sortir ce livre. Ce passage dans une émission de Thierry Ardisson face à Éric Zemmour, Clémentine Autain, comment vous l'inscrivez dans votre parcours ?
En fait, c'est la création de mixité, qui est un mouvement mixte contre l'égalité entre les sexes que j'ai créé avec d'autres évidemment et notamment un homme qui s'appelle Thomas Lancelot et on a créé ça en 1997. Et c'est ce qui quelque part a été mon premier engagement visible dans la vie publique et qui est un engagement féministe. Et après, j'ai écrit sur le sujet et c'est la raison de l'invitation parce que je suis repérée comme une jeune féministe.
Ce qui à l'époque d'ailleurs, on peine à s'en souvenir, mais à l'époque, quand je me disais féministe, même sur les plateaux, on m'a invité, on me disait, ah bon, mais c'est incroyable, mais vraiment, vous revendiquez féministe, ça paraissait quelque chose de très très original. Donc je bois du petit lait aujourd'hui quand je vois que c'est un terme qui est repris par la majorité des Français aujourd'hui.
Mais pour autant, 16 ans après, on n'a pas pris une rite, ce passage, ça aurait pu être enregistré hier soir. Ça veut dire que le débat finalement n'a pas évolué, il s'est enquisté, il s'est figé ?
C'est surtout que les idées d'Éric Zemmour ont progressé d'ailleurs à l'époque, et c'est un symptôme, il fait un carton avec son livre. Ça marche du feu de Dieu et ça aurait dû déjà nous alerter qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Alors c'est ce que Suzanne Faloudi appelle le backlash, qui est une féministe américaine, c'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il y a une avancée des droits des femmes, on a droit à un retour en arrière et quelque part Éric Zemmour est le symptôme de ce retour en arrière, de cette peur aussi d'un certain nombre d'hommes de perdre du pouvoir, d'être affaibli dans sa masculinité et il rencontre ce moment.
Parce que le trouble dans le genre il crée ça, une sorte d'insécurité de là où on en est, parfois aussi chez des femmes qui du coup sont perdues et voudraient des hommes des vrais, vous savez, on entend souvent ça. C'est-à-dire que dès lors que vous déconstruisez ou que vous remettez en cause un ordre établi depuis si longtemps, forcément ça crée des mouvements qui sont des mouvements de repli.
Et pour rester sur la forme de ce type d'émission et ce type d'intervention, certains de vos collègues aujourd'hui théorisent cela comme une stratégie presque politique, la logique du clash, je crois que c'est votre expression. vous vous y allez quand même même si vous savez que le montage est très serré, que votre propos ne dépassera pas 10 secondes, il faut occuper la place même si c'est réducteur.
Je reconnais que j'hésite à ce moment-là, je ne sais pas s'il faut y aller et c'est des questions que je me pose encore aujourd'hui à chaque émission de ce type. Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce que ça ne vaut pas le coup ? Et au fond, quand je vois que ça n'a pas perdu une ride, je me dis qu'il fallait y aller. Je suis très étonnée du calme avec lequel je m'exprime et une certaine pédagogie qui me laisse, alors que Francis Huster, lui, s'énerve sur le plateau.
Alors, il a attendu la fin de votre propos, un début de réponse d'Éric Zemmour et effectivement, Francis Huster a mis la deuxième lame avec beaucoup de même calme.
Mais qui est une très belle lame. Oui, mais une très très belle lame. Très efficace.
Clémentine Autain, je parlais tout à l'heure des fondations de votre vie de femme engagée pour les femmes. Peut-être que le mot racine conviendrait mieux finalement que fondation. Une mère actrice et insoumise, sans qu'il soit question de partis politiques à cette époque-là. Votre maman, Dominique Laffin. Un père chanteur et insoumis aussi, Yvan Autain. Dès votre très jeune âge, vous êtes confronté à ce que les adultes peuvent traverser de plus noirs, vous laissant peu de place pour un monde d'enfants. Vous perdez votre maman à l'âge de 12 ans. Clémentine Autain, vous embrassez les causes de vos parents sous forme d'un combat synthèse de ce qu'ils vous ont inculqué.
Dominique Laffin, le féminisme. J'ai découvert qu'elle avait jeté un verre le contenu et le contenant au visage d'Alain Delon qui venait de tenir un propos machiste. Donc, le féminisme côté mère et côté père, Yvan Autain, l'extrême gauche, le combat social. Est-ce que vous avez eu le choix, Clémentine Autain, dans le sens à donner à votre vie ?
On est tous marqués forcément par les idées qui se sont développées autour de nous quand on est jeune. Alors, parfois, ça donne une volonté de se rebeller et hop, on est dans l'autre camp. Moi, c'est vrai qu'il y a une filiation de ce point de vue-là dans les idéaux. Après, pas forcément tout à fait dans la façon de le faire. Mon père est plus de fibres anarchistes. Ma mère ne s'intéressait pas vraiment à la politique, en vérité. Elle était féministe, mais elle avait une sensibilité. Puis, il faut se rendre compte de l'époque. C'est l'après 68. Donc, il y a aussi un air du temps, une forme d'air du temps.
Le féminisme n'était pas politique, mais dans l'air du temps. Comment c'était le féminisme au début des années 80 ?
Ça voulait dire quoi ? Années 70. Années 70. Oui, ma mère, c'est vraiment dans les années 70. Donc, elle est dans des groupes MLF. Elle a fait des dessins pour une revue de l'époque qui s'appelle Les Pétroleuses que j'ai retrouvée dans les archives parce que j'ai fait des études d'histoire et un DEA, comme ça s'appelait à l'époque, sur le mouvement de libération des femmes. Et c'est à la bibliothèque où j'ai trouvé des archives, où j'ai vu ces dessins. C'était assez émouvant. Et donc, elle est politisée, si j'ai envie de dire, comme ça. Et elle est fille d'un militant engagé à l'extrême droite, mon grand-père que je n'ai jamais connu. Un député.
Qui a été furtivement député et qui a été très proche de Jean-Marie Le Pen et très engagé à l'OAS.
Au moment de l'Algérie.
Voilà, pour l'Algérie française et qui a été en Indochine également. Donc, un profil avec lequel elle a voulu rompre totalement. Totalement. Et donc, elle, pour le coup, elle bascule de l'autre côté.
Et vous, c'était un devoir de poursuivre le combat qui s'est arrêté très tôt pour votre maman ?
Ça ne s'est pas du tout fait comme ça parce qu'au contraire, je pense que j'ai cherché beaucoup à me construire contre elle pendant très longtemps. Donc, pas du tout en la prenant comme modèle. C'était un contre-modèle pour moi parce que je l'ai vue à la fois dépressive, très tournée vers une forme de suicide lent, donc alcoolique. On ne peut pas dire qu'elle était un modèle pour moi mais on s'est retrouvés parce qu'il se trouve que j'ai été victime de viol et c'est après ce viol que j'ai pris conscience de la domination masculine que j'avais plutôt mis de côté par opposition à ma mère avant. Avant, j'aurais dit je ne suis pas féministe, je suis féminine, etc.
Et c'est parce que j'ai été victime de viol et au moment où je suis victime, je ne vois pas le rapport. J'ai 23 ans, je ne vois pas le rapport avec le féminisme. Je vais au collectif Féminisme contre le viol et j'explique à une des femmes qui est là mais pourquoi vous mettez féministe dans le terme, ça n'a rien à voir et on s'engueule très très fort et elle me met le doute et j'ai commencé à lire et ce n'est pas ce que j'ai commencé à lire. Alors là, beaucoup beaucoup de choses, Simone de Beauvoir bien sûr mais pas que et progressivement c'est comme si j'avais mis une paire de lunettes et que je regardais le monde totalement différemment de l'idée que je m'en faisais.
Et vous passez à l'action puisque vous organisez plus tard mais en 2012 le manifeste des 313 je déclare avoir été violé paru dans le nouvel observateur. Quand vous voyez aujourd'hui que les victimes présumées de viol commis par des vedettes de la télé ou des hommes politiques témoignent au grand jour est-ce que vous vous dites au moins ce combat là il est gagné c'est un acquis social un acquis pour la condition féminine ?
Acquis je ne sais pas mais conquis peut-être quelque chose parce qu'on on était en avance au moment de de ce manifeste des 313 2012 à tel point que je me souviens de beaucoup de refus d'actrices de femmes politiques qui ne voulaient absolument pas parler et de mon entourage qui me déconseillait de signer ce texte majoritairement en disant il faut continuer à mentir puisque c'était le cas avant je ne disais pas pourquoi j'étais féministe je ne racontais pas ça et en fait c'est un acte d'honnêteté vis-à-vis de moi-même et d'arrêter de mentir de ne pas dire pourquoi je suis devenue féministe ça me devenait insupportable et je me disais mais finalement je suis complice des violeurs et qu'est-ce que j'ai fait ?
je ne vais pas raconter là encore ma vie privée mon intimité je raconte la violation de mon intimité et quelque chose qui a été jugé aux assises donc qui est bien un fait public si j'ose dire et je suis très fière de l'avoir fait et surtout très émue et très heureuse que depuis tant de femmes aient parlé enfin vous n'imaginez pas l'émotion qu'a créée pour moi toute cette vague de femmes qui ont brisé ce silence et puis maintenant c'est toutes les anonymes en fait parce que quand vous avez des femmes publiques qui le font évidemment ça entraîne un mouvement dans la société et c'est ça le plus important c'est pas simplement la libération de la parole c'est l'écoute les femmes beaucoup ont parlé mais n'ont pas été entendues donc ce qui a commencé à changer parce que je ne dirais pas que ça a totalement changé tant s'en faut mais ce qui commence à changer c'est l'écoute
France Culture Sens politique Arnaud Bousquet
Votre engagement politique avance sur deux jambes le féminisme et le social le social qui se traduit vite par un positionnement à gauche à l'extrême gauche vous grandissez à Paris dans l'appartement des Batignolles avec un papa comme Yvon Dottin des gens qui partent chez vous dans l'enfance c'est plutôt par là puisque dans l'appartement des Batignolles les copains de votre papa s'appellent par exemple Jacques Rally tu crois qui fera partie des trois communistes à entrer au gouvernement
il ne se serait pas dit l'extrême gauche il est rentré
dans le gouvernement Mitterrand en 81 dans le gouvernement morois dès l'élection de François Mitterrand en 81 vous gardez de cette effervescence ce bouillonnement politique autour de vous quel souvenir Clémentine Autain
déjà en fait quand j'y repense je me dis à la maison il y avait aussi de nombreux artistes qui venaient et c'est sans doute par hasard c'est ce qui m'a le plus marqué ce qui me créait le plus d'intérêt comme petite fille c'était quand il y avait Jacques Rally quand il y avait Alain Crivine quand il y avait d'autres d'autres responsables politiques qui venaient et c'est ça qui en fait où j'avais envie de rester en fait à table et d'écouter donc je pense que c'est d'ailleurs pour ça que mon père a pensé très tôt que la politique voilà pouvait m'intéresser et semblait m'intéresser c'est assez marrant d'avoir ce souvenir comme ça
et vous grandissez au Batignol le quartier du 17ème arrondissement de Paris c'est là que vous vous présentez sous l'étiquette communiste au municipal de 2001 face à Françoise de Panafieux à l'époque députée RPR et pilier de la droite parisienne on arrive Clémentine Autain à la deuxième archive sonore de l'émission une séquence chaque semaine en lien avec notre invité mais vous ne savez toujours pas ce que nous avons choisi pour vous les municipales de 2001 vous êtes battus dans le 17ème mais vous entrez au conseil de Paris la gauche unie l'emporte nous sommes le 25 mars lundi fin de matinée Bertrand Delanoé prend la parole ce sont ses premiers mots comme maire de Paris il a la main droite posée sur le coeur
si certains ne comprennent pas ce geste certains le comprennent il vient de l'autre côté de la Méditerranée il veut dire merci il veut dire je te salue et il veut dire fraternité pour ma part j'assumerai ma fonction dans la loyauté la plus totale à l'égard de chaque Parisienne de chaque Parisien quelle que soit sa conviction nous agirons sous le regard des parisiens ils seront les véritables inspirateurs inspirateurs de notre démarche ils en seront les seuls juges on va se mettre au travail
Clémentine Autain vous êtes dans cette salle du conseil de Paris que ressentez-vous ?
beaucoup d'émotions et en fait la plus grande émotion c'est le soir de la victoire où on arrive sur la place de l'hôtel de ville qui est bondé donc d'ailleurs à ce moment-là on entend l'idée que c'est un mini 80 parisien et les gens sortent des clés et disent on a les clés on a les clés ce qui est vraiment un moment incroyable et on a du mal à se frayer un passage pour arriver jusqu'à jusqu'à la Seine et c'est la ville dans laquelle j'ai grandi la droite y a régné en maître avec des affaires absolument sordides de corruption notamment avec les époux Tibéry mais même avant et donc c'est une nouvelle ère qui s'ouvre pour Paris et je suis évidemment très très fière d'appartenir je suis très fière d'appartenir à ce collectif qui a réussi à arracher cette victoire
collectif justement vous devenez conseillère de Paris adjointe au maire Bertrand Delanoé adjointe en charge de la jeunesse Bertrand Delanoé et sa majorité municipale des roses des verts des rouges à l'époque on disait gauche unie gauche plurielle aujourd'hui peut-être qu'on pourrait dire nupe le sens de l'histoire est toujours le même à gauche personne n'a jamais gagné seul est-ce qu'en cela vous avez l'impression de convaincre petit à petit les plus radicaux de votre mouvement radicaux d'origine ou convertis comme Jean-Luc Mélenchon
je ne sais pas qui convainc qui Jean-Luc Mélenchon a été au parti socialiste quand moi je n'y étais pas donc je ne sais pas qui convainc qui sur l'idée de majorité mais puisque vous faites le fil par rapport à mon enfance et que je tiquais sur le terme d'extrême gauche c'est précisément ça c'est-à-dire que je pense que je me suis construite politiquement aussi par opposition à ce que je voyais à la maison d'un père en particulier avec mon père qui m'a transmis cette espèce de révolte d'un monde qui tourne à l'envers de voir la misère et de voir des politiques qui sont incapables d'y répondre de voir des guerres enfin tout ça vous voyez ce que je veux dire cet idéalisme était très fort chez moi sauf que très tôt vis-à-vis de mon père je disais mais qu'est-ce que tu fais qu'est-ce qu'on fait et je dirais que mon moteur est très tourné vers l'action construire des majorités trouver agir pour avoir une solution qui permette de changer cette réalité
donc je comprends pourquoi Jacques Rallit était votre héros puisque lui le communiste est entré au gouvernement sous François Mitterrand en tout cas l'idée
de chercher des majorités pour changer le réel tout idéaliste que je puisse être de par mon histoire et mes convictions transmises familialement c'est vrai que peut-être que ma spécificité dans la famille c'est quand même cette idée de dire bon il faut faire quelque chose avec un autre pan parce que j'ai un oncle qui lui a été ministre d'ailleurs qui est le frère de mon père qui a été secrétaire d'état plus exactement chargé des immigrés pendant au début des années Mitterrand en 81 et donc de cet échec aussi à partir de 83 et donc de réfléchir à ok il faut des majorités il faut arriver aux responsabilités et comment ne pas décevoir donc ça fait beaucoup ça fait beaucoup de tension voilà de tension c'est à dire à la fois un fil idéaliste une volonté de conquérir des majorités et une espèce d'obsession de savoir comment arriver à tenir le fil de cette transformation comment la rendre la rendre possible et c'est vrai que c'est ça qui me guide
la suite de votre parcours même physique géographique les Mantine Autain après les Batignolles et votre 17ème arrondissement vous traversez le périphérique parisien la Seine-Saint-Denis est devenue votre lieu de vie et votre terre d'élection notamment la ville de Sevran la réalité sociale de ce département et de votre circonscription depuis un peu plus de 5 ans maintenant a-t-elle donné un autre sens à votre engagement politique ?
Non elle n'a pas donné un autre sens pas du tout en revanche elle a plutôt nourri les convictions qui sont les miennes le discours qui peut être le mien je ne crois pas du tout qu'elle ait changé le sens je pense qu'elle a trouvé son sens pleinement j'avais besoin de partir sur des territoires où j'avais l'impression de me sentir plus utile plus en phase par rapport au 17ème arrondissement de Paris c'était c'est à la conjonction de deux facteurs c'est le moment où j'ai mon premier enfant et donc comme beaucoup de couples on a envie de franchir le périphérique pour pouvoir juste vivre dans un peu plus que 50 mètres carrés familialement donc c'était un double moteur et aussi le fait de pouvoir m'ancrer sur un territoire où je me sente plus utile et donc c'est vrai que je suis très heureuse de représenter la Seine-Saint-Denis très fière ce département qui est un département très populaire qui est un des endroits aussi où la République ne tient particulièrement pas sa promesse et c'est tout à fait révoltant et en même temps une population qui est d'une créativité et d'une richesse assez impressionnante
mais qui ne vote pas beaucoup
ah non ça a un gros gros problème d'abstention
comment vous vous attaquez à ce problème à ce constat depuis maintenant plus plus d'un mandat de député que vous êtes là-bas
je trouve qu'à la présidentielle on a on a réussi quelque chose parce que les que et d'ailleurs c'était très très étonnant le dimanche le dimanche du vote du premier tour on s'appelle les uns les autres les députés faisant la tournée des bureaux de vote et on ne croit pas à ce qu'on voit et d'ailleurs on est étonné parce qu'à midi le département le préfet donne des scores qui ne correspondent pas à ce qu'on voit ils se sont trompés à ce moment-là et nous on s'appelle on se dit mais qu'est-ce qui se passe il y a la queue dans des bureaux de vote au Beaudotte à Sevran la queue mais vraiment une queue donc on a réussi quelque chose avec cette présidentielle avec Jean-Luc Mélenchon dans ces quartiers populaires-là de remobiliser donc c'est le récit général qui mobilise après il y a notre travail nous de terrain vous voyez ce que je veux dire d'aller voir d'être là d'être auprès des populations mais je crois que c'est le récit général qui remobilise le plus
et dans ce récit après la présidentielle il y a eu l'arrivée de nouveaux députés à l'Assemblée nationale quelques semaines plus tard c'est l'une des séquences de l'émission Sens politique sur France Culture nous demandons à notre invité de choisir un extrait d'archive ancien ou récent qu'il souhaite nous faire entendre à l'exception d'une de ses propres déclarations évidemment et je vous propose donc Clémentine Autain de présenter le document sonore que vous avez souhaité partager avec nous
oui c'est c'est Rachel Kéké qui est donc une nouvelle collègue qui est une femme de chambre qui a mené la lutte dans un hôtel au Batignolle au Batignolle dont on revient c'est vrai dans un hôtel au Batignolle que je suis allée soutenir à plusieurs reprises mais vraiment qui se sont battus mais enfin c'est impressionnant leur lutte vraiment très très impressionnant et elle est élue ce qui d'ailleurs n'était pas évident au début quand elle est investie on ne pense pas qu'elle est dans une circonscription où ça va être jouable circonscription de Valdebarde et elle gagne cette circonscription elle est élue et c'est alors encore une fois c'est une immense émotion que d'avoir cette femme ces combats tout ce qu'elle représente d'être là avec nous et de dire ces mots dans l'hémicycle de l'Assemblée
Pourquoi ce choix
Clémentine Autain ?
Parce que je pense que c'est une de nos spécificités dans la période c'est aussi d'avoir ramené à l'Assemblée nationale cette parole qui est une parole j'ai presque envie de dire de la vraie vie parce que parfois on a l'impression que ce qu'on entend en particulier sous le précédent mandat avec plus de 300 macronistes nous paraissait complètement décalés avec la réalité vécue par des millions de françaises et de françaises qui comme elle le dit là en l'occurrence font des métiers essentiels et sont payés au lance-pierre et ça c'est inacceptable et donc d'un seul coup de le dire avec ces mots à elle dans cet hémicycle là il y a une force il y a une puissance qui rendent la dignité d'emblée à toutes celles et ceux qui sont dans cette souffrance ou dans cette colère donc pour moi ça fait partie de la politique que d'être capable d'exprimer cette colère et cette exigence de dignité et de fierté que notre groupe ne soit pas uniquement enfin vous voyez ne ressemble pas tout à fait aux autres et qu'on ait un peu de diversité même si c'est jamais suffisant même si on sait qu'il y a trop peu d'enfants d'ouvriers d'employés de voilà qu'on a des profils qui sont trop ressemblants qui sont trop blancs qui sont trop masculins qui sont trop homogènes socialement donc voilà ça fait vraiment du bien cette parole-là
cette parole à l'Assemblée nous sommes en 2022 une femme préside l'Assemblée Nationale une femme dirige le gouvernement une femme pilote la capitale du pays
est-ce que vous voyez
un symbole une évolution qui serait le terreau d'une vraie parité ou un symbole peut-être gadget sans forcément gage de durabilité
non non je ne suis pas du tout sur l'idée du gadget je pense que ce sont des avancées mais vraiment et j'ironisais en disant les féministes ont bien travaillé mais c'est vrai ce sont nos victoires en vérité ce sont nos victoires après ça ne suffit pas il n'y a toujours pas l'égalité tout n'est pas tout n'est pas gagné et puis par ailleurs il faut regarder dans les deux bouts de la chaîne c'est-à-dire il y a d'un côté l'accès à égalité des femmes au poste de responsabilité et il y a notre capacité à donner les moyens de l'émancipation pour la grande masse des femmes or le néolibéralisme de ce point de vue nous fait reculer absolument reculer
c'est le moment Clémentine Autain de refermer ce sens politique je voudrais vous remercier d'y avoir participé et en profiter pour signaler la sortie toute récente de votre premier roman il s'intitule Assemblée Assemblée au pluriel et comme théâtre comme théâtre l'Assemblée les codes les habitudes qui changent peu à peu mais où la séduction n'est jamais loin de la violence sexiste, sexuelle évidemment toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite c'est comme ça qu'on dit je crois Clémentine Autain votre roman Assemblée et ES paru aux éditions grâce à l'émission d'aujourd'hui et toutes les autres sont à redécouvrir à l'envie en vous connectant au site franceculture.fr ou sur l'appli Radio France Sens Politique un rendez-vous préparé avec Anne-Claire Bazin réalisé par Martin Descloso Lucas Finet et Vincent René étaient aujourd'hui à la technique merci à vous tous
Clémentine Autain