Gouvernement Attal : François-Xavier Bellamy (LR) dénonce "la politique du casting permanent"
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Dans le grand entretien de la matinale aujourd'hui avec Marion Lourdes, nous recevons un député européen, Les Républicains, membre du Parti populaire européen. Il est vice-président exécutif de son parti LR, François-Xavier Bellamy. Bonjour et bienvenue. Dans quelques minutes, vous aurez l'occasion de dialoguer avec les auditeurs d'Inter qui peuvent appeler au standard au 01 45 24 7000 ou vous écrire sur l'application France Inter. Nous nous ferons le relais de leurs questions et de leurs réactions. Vous avez un immense sourire, François-Xavier Bellamy, ce matin. Qu'est-ce qui vous rend si heureux ?
Non, je suis heureux de vous retrouver.
Écoutez, merci. Mais blague à part, il y a donc eu un changement de gouvernement. 8 transfuges de ce gouvernement viennent de l'UMP, on les appelle transfuges. On pourrait les qualifier d'autrement. Comment est-ce que vous voulez qualifier d'ailleurs ?
Ce sont les fervaloirs d'une politique de communication, de pure communication que nous connaissons déjà bien, parce que ça fait depuis 2017 maintenant qu'Emmanuel Macron joue à cette politique du casting permanent qui en réalité ne dit rien de la réalité de l'action dans laquelle il emmène la France.
Vous diriez que ce sont des traîtres ?
Je ne suis pas là pour faire des jugements et des leçons de morale. Ce n'est pas mon sujet.
Vous êtes là, en tout cas, si, pour juger la situation politique. Rachida Dati, par exemple.
Je suis désolé, si vous voulez.
Prenons les choses dans l'ordre. Rachida Dati.
Je suis désolé, c'est tout ce que je dirais de la situation, parce que ce qui compte, c'est la politique et pas la morale. La morale, chacun jugera. Mais ce qui me désole, c'est la confusion permanente que tout cela crée et l'écœurement que, je n'en doute pas, les citoyens doivent ressentir quand ils entendent des responsables publics faire le contraire de ce qu'ils ont dit pendant des années. Moi, je pense du macronisme la même chose que Rachida Dati avant qu'elle reçoive un coup de fil hier. La même chose. C'est-à-dire que le macronisme, c'est la contradiction permanente qui se dissimule derrière le « en même temps » et qui emmène la France dans le mur.
Et ce qui m'intéresse, ce n'est pas de savoir d'où viennent les ministres nommés par Emmanuel Macron, mais ce qui m'intéresse, c'est de voir où ils vont et où ils emmènent le pays. C'est ça qui compte. Et le problème, c'est qu'en réalité, depuis 2017, même en ayant recruté des ministres qui venaient de la droite, Emmanuel Macron n'a cessé de continuer la même politique que celle qui est menée depuis 2012, depuis François Hollande. Une politique de déclassement de la France, une politique qui fragilise le pays devant tous les défis qu'il a à affronter. C'est ça qui m'intéresse, en fait. C'est la réalité.
Voir où vont les ministres, c'est ce que dit aussi le Premier ministre Gabriel Attal, justement. En tout cas, vous, vous avez travaillé directement avec Rachida Dati et elle, en juin 2021, au micro de France en Terre, elle disait que le macronisme, c'était des traîtres de gauche et des traîtres de droite. Est-ce que vraiment, elle, aujourd'hui, vous diriez que c'est une traître ?
Encore une fois, moi, vous voyez, je m'évite des emphases inutiles. Je préfère ne pas jouer les punchlines faciles et continuer à travailler sérieusement et essayer d'être cohérent, constant, parler du fond, parler du contenu, que de jouer le buzz immédiat pour ensuite me contredire. Voilà. C'est peut-être aussi une certaine manière de faire de la politique qui se joue dans un moment comme celui-ci. Ali Badou, vous avez évidemment une familiarité avec la philosophie que nous avons pratiquée tous les deux. J'ai l'impression qu'on est en plein Debord. On est en plein dans la société du spectacle.
La société du spectacle dont Debord disait qu'au fond, la société devenait une immense accumulation de spectacles qui remplace l'expérience directe de la réalité. Eh bien, c'est exactement ce qu'on est en train de vivre. Parce que pendant qu'on parle de ce casting, parce que ça marche en fait à tous les coups, on est tous en train de commenter les gens qui viennent, les gens qui remettent la vérité.
On peut tout simplement parler d'un gouvernement de la France.
D'accord, mais le problème, c'est que, encore une fois, le problème, c'est l'action. On dit des gens qui viennent de la droite, on dit la droite n'a jamais été aussi importante. Mais c'est pour faire une politique qui est plus à gauche que celle que la gauche menait. Vraiment. Dominique Seux disait tout à l'heure, Bruno Le Maire est à Bercy depuis 7 ans maintenant. J'ai fait un petit calcul rapide à partir de sa statistique. Bruno Le Maire à Bercy, c'est 344 millions d'euros de dettes supplémentaires pour le pays chaque jour depuis qu'il est à Bercy. Et le vrai sujet, c'est ça.
On sortira les calculettes et on reprendra aussi le fil de l'histoire. Il y a eu entre temps les gilets jaunes, le Covid et le quoi qu'il en coûte.
Et le Covid est une minorité de cette dette. Et c'est ça le vrai sujet. Parlons de la philosophie de l'action justement, François-Xavier Bellamy. On a beau venir de la droite quand c'est en réalité pour endetter le pays, c'est-à-dire pour fragiliser son avenir, quand on est aujourd'hui à plus de 3 000 milliards d'euros de dettes, ça m'est un peu égal de savoir qui vient de l'UMP ou qui vient d'ailleurs. Ce qui compte pour moi, c'est ce que font ces gens. Et ce que font ces gens, en réalité, fragilisent le pays sans cesse.
Alors, vous vous fichez d'où ils viennent. Malgré tout, fallait-il exclure Rachida Dati comme ça a été fait immédiatement, dès l'instant où elle a annoncé qu'elle acceptait de rentrer au ministère de la Culture ?
Bien sûr, Éric Ciotti a eu tout à fait raison. Bien sûr. Et en réalité, Éric Ciotti ne fait que tirer les conséquences du choix de Rachida Dati. C'est Rachida Dati qui choisit de rentrer dans la majorité, dans le gouvernement. Les Républicains, eux, ils ont choisi d'être dans l'opposition parce que nous avons besoin de reconstruire une alternative pour le pays.
Et quand on vous dit que Paris vaut bien une messe, François-Xavier Bellamy, en l'occurrence, faire rentrer Rachida Dati, c'est peut-être l'occasion pour les macronistes, en alliance avec la droite parisienne, d'enfin reprendre le contrôle de cette ville qui est à gauche depuis maintenant près de 20 ans.
Moi, je ne crois pas au billard à dix bandes. Je ne pense pas que la politique doive se résumer à des tactiques qui jouent sur des espèces de calculs perpétuels. Pour moi, ce qui compte, c'est qu'aucune victoire n'est possible. Et surtout, aucune victoire n'a d'intérêt si elle ne se fonde pas sur la clarté. Parce qu'on voit bien, finalement, Emmanuel Macron a réussi à gagner la présidentielle une fois. Il l'a gagnée deux fois. Évidemment, c'est une victoire. Mais qu'est-ce qu'il en fait, encore une fois ? Et si c'est pour, derrière, en même temps, se laisser aller à toutes les contradictions, ça ne nous conduit pas très loin. Prenons un exemple tout simple.
Au fond, mais pour moi, c'est ça qui est frappant dans ce remaniement, c'est qu'il est l'indice du fait qu'Emmanuel Macron, que le macroniste ne prend pas la France au sérieux, ne prend pas la réalité au sérieux. Gabriel Attal part à Matignon en disant « J'emmène la cause de l'école dans mon cœur ». Eh bien, on voit que l'éducation nationale, qui est un enjeu majeur, l'éducation nationale, aujourd'hui, passe finalement au ministère des Sports, une année de Jeux Olympiques. L'éducation nationale est rattachée au sport, alors qu'on sait très bien, évidemment, l'importance que cette question va avoir dans les mois qui viennent.
D'après vous, Amélie Oudéa-Castera ne peut pas gérer tout ça ?
Je ne veux pas faire de procès d'intention, je ne la connais pas personnellement, elle a certainement beaucoup d'énergie, mais l'éducation nationale, ça devrait être la grande cause pour l'avenir de la nation. Ce n'est pas un aspect parmi d'autres de la vie politique.
Éducation nationale et jeunesse, c'était le cas quand Jean-Michel Blanquer, par exemple, était à la tête de ce ministère ? Et sport ? Et sport ?
En l'occurrence, on confie l'éducation nationale à la ministre des Sports. Jean-Michel Blanquer, pardonnez-moi de le dire, j'ai eu beaucoup de désaccords avec lui, et j'ai beaucoup critiqué sa politique, mais le fait est que Jean-Michel Blanquer connaissait le monde de l'éducation. Il en était un très grand spécialiste. Amélie Oudéa-Castera, je ne vois pas à quel moment elle a pu avoir le moindre regard sur le sujet de l'école. Et encore une fois, c'est la question majeure pour notre avenir. C'est le premier budget de l'État, c'est l'enjeu absolu, celui des générations futures. C'est aussi là où le pays est le plus fragilisé aujourd'hui.
Je ne vois pas comment on peut considérer qu'on prend la question de l'école au sérieux quand on la traite de cette manière. C'est la même chose pour la santé, qui se retrouve fusionnée dans un immense ministère. C'est la même chose pour le logement. Les Français sont inquiets du logement, il n'y a même pas de ministre du logement. Écoutez, ce n'est pas objectivement, ce n'est pas sérieux, c'est de la pure communication. Et ce qui compte, c'est peut-être de reparler du fond, du contenu, plutôt que de commenter indéfiniment ces enjeux de casting.
Et sur le fond, justement, ce changement de gouvernement, ça pourrait être aussi l'occasion de la clarification. Le maire LR de La Baule, Franck Louvrier, salue. Je cite peut-être l'annonce d'une majorité de droite et du centre. Vous êtes aussi à LR. Vous pourriez dire que c'est une victoire idéologique, en quelque sorte.
Moi, écoutez, je suis pour que chacun fasse ses choix. J'ai beaucoup d'estime pour Franck Louvrier, mais je crois qu'encore une fois, je le redis, les Républicains ont fait depuis des années maintenant un choix clair qui n'a cessé d'être réaffirmé et qui n'a cessé d'être confirmé par les faits. C'est celui d'être dans l'opposition à ce gouvernement. Et quand nous avons obtenu des victoires, nous avons obtenu des victoires importantes. Mais quand nous avons obtenu des victoires, comme sur le projet de loi immigration, c'est parce que nous étions dans l'opposition, pas parce que nous étions en train de coopérer avec ce gouvernement.
Parce que ce que voulait faire ce gouvernement sur l'immigration, c'était une loi de régularisation massive. C'était ça que voulait faire Gérald Darmanin. Il a beau venir de la droite, il voulait faire une loi qui était plus à gauche que même celle que François Hollande avait tenté de faire
sur le sujet migratoire.
Mais derrière la poésie de l'expression, il y avait en réalité une loi qui créait un droit à la régularisation automatique pour les personnes rentrées irrégulièrement sur le sol français à partir du moment où elles travaillaient dans des secteurs en tension. Donc, nous avons réussi à éviter ça à la France, nous avons réussi à faire de cette loi l'occasion de renforcer la politique migratoire de notre pays, pas parce que nous sommes dans la majorité, parce que nous sommes dans l'opposition, parce que nous avons mené un bras de fer avec ce gouvernement.
Et nous continuerons de le faire, et c'est ça qu'Éric Suti a réaffirmé en montrant clairement la distance entre ceux qui rejoignent le gouvernement et ceux qui restent avec la droite française qui a la pourmission de construire la possibilité d'une alternance pour demain.
Mais donc là, ça peut être l'occasion de nouvelles alliances sur la réduction de la dette, par exemple, ou sur les soins palliatifs entre la Macronie et LR.
Mais nous, on est prêt à travailler en formule des propositions sur tous les sujets qui importent à la vie du pays. On ne peut que se borner à constater qu'aujourd'hui, ce gouvernement fait exactement le contraire. Vous parliez de la dette. S'il y a une courbe qu'Emmanuel Macron a inversée dans le mauvais sens, c'est celle de la dette. Je veux dire par là qu'il a accéléré. Il n'a pas inversé la courbe, il a accéléré la courbe. Mais en dehors même du Covid. Et tout le monde le reconnaît, Dominique Seule disait à votre micro, c'est un sujet qui lui est parfaitement indifférent.
Parce que d'une certaine manière, pour Emmanuel Macron, sur ce sujet comme sur tant d'autres, on a l'impression que c'est, après moi, le déluge. Mais finalement, encore une fois, je le redis, pour nous, ce qui compte, c'est de préparer l'avenir. Et préparer l'avenir, pour demain, une autre manière de faire de la politique qui ne soit pas réductible à ce spectacle perpétuel, mais qui s'intéresse au contenu, et qui s'intéresse au réel, et qui s'intéresse aux Français, et qui prenne la France au sérieux. Et qui prenne d'ailleurs aussi les questions européennes au sérieux.
Parce que quand je vois que mon collègue Stéphane Séjourné quitte aujourd'hui sa mission de président de groupe parlementaire au Parlement européen...
Pour devenir ministre de l'Europe et plus jeune ministre des Affaires étrangères de la Sérieure républicaine. Mais le Parlement européen,
pardon, ça existe quand même. Tout ne se réduit pas au gouvernement. Et aujourd'hui, les retours que j'ai d'ailleurs de mes propres collègues au Parlement européen, y compris de son propre groupe, sont désastreux. Qu'à cinq mois d'une élection qui va être décisive pour l'avenir du continent et pour l'avenir de notre pays, on puisse quitter sa mission de cette manière-là, c'est le signe que, effectivement, le macronisme, contrairement à ce qu'il prétend, ne prend pas l'Europe.
Mais il n'est pas encore officiellement désigné ?
Comme ministre des Affaires étrangères ?
Comme tête de liste aux Européennes ?
Personne n'est encore officiellement désigné. Tout le monde parle d'Olivier Véran vraiment les questions européennes au sérieux.
Pas sûr que ce soit lui, en l'occurrence. Est-ce que ce sera vous pour les Républicains ?
Mais on verra. Pour nous, ce qui compte, ce n'est pas d'abord les questions de personnes, justement.
Vous parlez avec certitude d'Olivier Véran pour renaissance. Pourquoi pas vous ? Une chose est sûre,
c'est que moi, en tous les cas, je ne lâcherai pas mon mandat. Je terminerai ce mandat parce que je crois que c'est l'honneur de la politique d'aller au bout des choses qu'on a engagées. Et je crois surtout que les questions européennes sont tellement fondamentales qu'on n'a pas le droit de se soustraire à une élection aussi importante. Mais vous êtes candidat ? Je serai candidat si ma famille politique me fait confiance. Mais ce qui compte d'abord, c'est cette constance, c'est cette clarté. Et ce n'est pas d'abord des questions de casting. C'est d'abord le contenu du travail et des résultats que nous avons pu obtenir et que nous continuerons, j'espère, d'obtenir demain.
Alors, de nombreuses questions d'auditeurs au Standard François-Xavier Bellamy. Ali nous appelle du Val-de-Marne. Bonjour, Ali.
Oui, bonjour. Merci pour vos émissions. Bonjour, M. Bellamy. La question est la suivante. La configuration politique du gouvernement actuel, elle clarifie un certain nombre de choses, c'est-à-dire qu'elle droitise le gouvernement. Et vous apportez une belle démonstration du mouvement du LR qui se radicalise en citant le fait que le pouvoir a pris des mesures encore plus à gauche que François Hollande. Donc, ma question est beaucoup plus large. Est-ce que la gauche ne peut pas retrouver un rebond pour retrouver cet espace républicain et redonner du souffle à notre société qui en a bien besoin ?
Merci pour votre question. Réponse, François-Xavier Bellamy ?
Je ne sais pas si je me radicalise. Moi, j'ai seulement l'impression que nous sommes constants dans nos convictions. Oui, la droite, depuis toujours, a dit que la dette publique était un problème pour l'avenir du pays et on ne peut que constater qu'elle est en train d'augmenter. Oui, la droite, depuis toujours, a dit que la question de la sécurité était centrale et on ne peut que constater que le bilan sécuritaire du ministre de l'Intérieur, il a beau venir de la droite, il est absolument désastreux. Oui, la droite dit qu'on a besoin d'une politique migratoire qui soit ferme et c'est d'ailleurs aussi ce que les Français attendent.
Et si on a défendu ces convictions, eh bien, ce n'est pas en changeant notre discours, c'est en continuant de dire ce qui nous paraît nécessaire pour l'avenir du pays. Vous parliez de la gauche, mais moi, j'espère qu'une fois qu'on aura balayé enfin les confusions dures en même temps, une fois qu'on aura abandonné le rêve absurde de la fin des clivages. Parce que les clivages, c'est la vie démocratique. La démocratie, c'est le pluralisme. Et la démocratie, ça suppose que chacun assume une ligne devant les Français pour que les citoyens puissent choisir. Moi, j'espère que la gauche va se reconstruire. Vous avez dit, Ali, que c'était important que la gauche retrouve un espace.
Mais j'en suis convaincu. On a besoin d'un vrai débat démocratique qui permette qu'effectivement, les Français aient droit à un discours clair de la part des différentes formations politiques qui représentent l'opinion publique et qui structurent la vie démocratique de notre pays.
Et ça, c'est ce que disait aussi Rachida Dati. Un sujet très, très concret, François-Xavier Bellamy, qui va parler à tous les auditeurs. L'une des premières décisions du gouvernement Attal, elle va porter sur les prix de l'électricité, réintroduire ou non la taxe sur l'électricité qui doit se traduire par une hausse de 10% des tarifs au 1er février. Qu'est-ce qu'il doit faire le nouveau gouvernement ? Est-ce qu'il faut privilégier la santé des finances publiques, la réduction de la dette ou le pouvoir d'achat des classes moyennes ?
En réalité, beaucoup plus cher que les moyens de production qu'ils ont développés par leurs investissements ne permettent de la produire, eh bien, c'est parce que nous sommes rentrés dans une fragilisation de notre appareil de production, de notre appareil industriel.
Et je crois qu'on n'a pas le droit de faire payer aux Français aujourd'hui cet échec politique des dernières années qui est notamment, et là pour le coup, je suis obligé de le redire, l'échec du macronisme qui a fait voter la programmation pluriannuelle de l'énergie qui aujourd'hui encore en vigueur dit qu'il faudrait fermer 12 réacteurs nucléaires en plus des deux réacteurs de Fessenheim qu'Emmanuel Macron et Édouard Philippe se sont vantés d'avoir fermés.
Ils vont reconstruire aussi mais donc non à cette taxe ?
Aujourd'hui, il faut investir dans la reconstruction de notre outil industriel, il faut investir dans la reconstruction de notre filière nucléaire, c'est absolument fondamental. Nous sommes les seuls, les seuls, la seule famille politique au cours des dernières années à nous être battus sur ce sujet à temps et à contre-temps, y compris au Parlement européen où j'ai moi-même gagné des batailles assez fondamentales pour faire en sorte que le nucléaire puisse être réintégré dans les politiques européennes. Avec les amendements qu'on a déposés, avec les combats qu'on a menés, on a réussi à sauver ça au plan européen. Eh bien, aujourd'hui, on doit travailler d'abord sur cet investissement.
On n'a pas le droit de faire payer aux Français à travers une taxe supplémentaire quelque chose qui constituerait la punition de l'erreur des politiques qui les ont emmenées dans ce mur. Et j'ajoute une dernière chose, c'est que la commission de régulation de l'énergie elle-même dit qu'il faudrait stabiliser ce prix. Donc, si le gouvernement augmente le prix, ce sera sa seule et unique responsabilité politique.
Bonjour Claude et bienvenue sur France Inter. Vous nous appelez de Rueil-Malmaison et vous avez une question pour notre invité, François-Xavier Bellamy.
Oui, monsieur Bellamy, bonjour. Bonjour. Je suis assez fidèlement vos interventions sur l'Europe. Vous nous dites que vous avez pris une part active pour l'intégration du nucléaire dans la politique énergétique européenne. mais qu'en est-il de votre position vis-à-vis de l'admission de l'Ukraine et de l'élargissement de l'Union ? Êtes-vous favorable à une révision des traités ? On aimerait bien avoir votre position sur ce sujet plus que sur des questions de politique intérieure qui ne sont pas directement de votre responsabilité en tant que député européen.
Alors, merci Claude. Malgré tout, vous êtes un élu français, mais pour répondre à Claude et sur cette question européenne, puisque ça va être l'un des grands sujets des mois et années à venir, la question de l'élargissement, évidemment, à l'Ukraine, mais aussi à d'autres pays. Quelle est votre position, François-Xavier Bellamy ?
Moi, je crois qu'on a le devoir d'être imaginatif. On doit proposer, évidemment, une perspective européenne à l'Ukraine. On n'a pas le droit de fermer la porte à ce pays et non seulement on n'en a pas le droit, mais en plus, ce serait une folie pour la sécurité de l'Europe elle-même. C'est un devoir. Si nous n'ouvrons pas la possibilité au pays, non seulement à l'Ukraine, mais au pays des Balkans, au pays de tout ce flanc est de l'Europe, de pouvoir être arrimés à l'espace européen, alors on verra non seulement la Russie, mais aussi la Chine, mais aussi le Turquie, 28, 29, 30 membres.
Non, ça ne veut pas dire qu'il faille rentrer dans une logique d'élargissement parce que des élargissements seraient une folie. Donc, on doit pouvoir créer un statut intermédiaire. Mais évidemment, c'est pour ça que je dis qu'on a le devoir d'être créatif. Tout le monde voit très bien que faire rentrer l'Ukraine dans l'Europe comme un membre à part entière, ce serait évidemment une folie parce que l'Ukraine n'a absolument pas les mêmes conditions économiques, la même situation intérieure.
Les Ukrainiens n'ont pas le même niveau de revenu du tout que les autres Européens et donc ça créerait une déstabilisation massive dans l'espace européen qui pourrait même menacer à terme le projet européen. Donc, il faut qu'on arrive à créer une manière de faire vivre ce continent européen qui ne soit pas nécessairement par l'adhésion plénée entière à l'Union Européenne, au marché intérieur, à l'espace Schengen, mais qui soit malgré tout une façon d'arriver ces pays à notre continent parce que c'est au fond ce à quoi ces pays aspirent d'abord.
Vous disiez tout à l'heure que vous étiez prêt à être tête de liste pour les élections européennes si votre famille politique vous désignait comme telle. Votre liste, elle avait réalisé aux dernières élections un score de 8,5%. Aujourd'hui, les différents sondages donnent les Républicains largement devancés par le Rassemblement National et par Renew, le parti de la majorité présidentielle. Comment vous allez faire mieux, vous, si vous êtes tête de liste ?
La campagne n'a pas commencé et moi j'espère qu'on pourra...
Il y a beaucoup de têtes de liste qui ont déjà été officiellement délignées.
J'erjoins à ce que disait votre auditeur à l'instant. J'espère que dans cette élection européenne, on pourra parler des questions européennes parce qu'elles sont fondamentales.
On peut rêver. Non, mais... Non, je le dis en souriant parce que c'est vrai que très souvent ça devient une campagne nationale et vous le savez mieux que personne.
J'espère ne pas douter un instant qu'on pourra compter sur vous et c'est notre responsabilité collective, le monde politique mais aussi le monde médiatique de faire en sorte qu'on parle d'Europe dans cette élection européenne parce que ce qui se joue aujourd'hui au plan européen sur les questions d'énergie, sur les questions d'industrie, sur les questions environnementales, sur les questions d'agriculture, sur les sujets économiques mais aussi sur les sujets de sécurité internationale, ce qui se joue en Europe est déterminant.
Déterminant pour l'avenir de notre continent mais aussi pour l'avenir de notre pays et donc on a le devoir de faire en sorte que les Français puissent faire un choix clair. Ils feront le choix qu'ils voudront et moi je suis convaincu qu'avec le bilan que nous avons acquis au Parlement européen au cours des dernières années, avec les résultats obtenus sur les questions d'énergie, sur les questions migratoires parce qu'au plan européen aussi nous avons mené des batailles que nous avons gagnées pour mieux protéger nos frontières.
Avec le bilan que nous avons aujourd'hui sur les sujets économiques, agricoles, je suis convaincu que nous avons la possibilité de convaincre les Français que nous sommes le seul vote qui permettra de renforcer la place de la France dans les institutions européennes.
Qu'est-ce que vous répondez à Marion Maréchal qui vous fait plus qu'un appel du pied et qui vous demande ou qui vous incite à rejoindre le reconquête ou le combat de reconquête en tout cas ? Vous pourriez mener une liste commune dans la perspective des élections européennes ?
Encore une fois, je reviens là où j'ai commencé. Moi, je crois à la constance, à la persévérance, à la clarté. Je ne vois pas tellement le sens qu'il y a à appeler à l'union des droites quand on a simplement créé une division supplémentaire. Pour moi, tous les électeurs de droite doivent pouvoir se reconnaître dans le parti qui a la mission historique de les représenter et qui est le parti des Républicains, qui est un parti qui, dans son histoire, est celui par lequel la droite, le centre droit en France a toujours été incarné et effectivement, ce parti traverse aujourd'hui une crise profonde.
Tout le monde le voit, il a pu décevoir, il a pu évidemment parfois manquer à ses électeurs, mais je dis à tous ses électeurs, y compris à ceux qui ont pu se sentir déçus, si vous vous êtes sentis déçus, mais précisément, c'est le moment de revenir parce qu'il faut reconstruire. Vous avez le sentiment que votre parti
a trahi ses électeurs ?
Qu'il les a abandonnés ? Dans tout exercice du pouvoir, dans l'histoire d'un parti aussi long que celle que les Républicains ont connue, qui est toute l'histoire de la Ve République, il est impossible que tout ait été réussi. Impossible. Donc bien sûr, tout le monde a des raisons d'avoir le sentiment que les choses n'ont pas été quand LR était au pouvoir, quand l'UMP était au pouvoir, exactement ce qu'elles auraient dû. Des choses ont été réussies, d'autres ont été manquées. Très bien. Maintenant, la question, c'est comment est-ce que de cet héritage, on tire un bilan lucide pour écrire l'avenir ? C'est ça qui compte. Et encore une fois, ce qui m'intéresse, ce n'est pas la droite.
Ce qui m'intéresse, c'est la France. Ce qui m'intéresse, c'est l'avenir du pays. Et réussir à reconstruire une force politique d'alternance, c'est la condition d'une espérance pour l'avenir du pays. Parce que tout le monde voit bien que le macronisme, malgré ses tactiques de communication, est usé jusqu'à la corde. Et donc la question, c'est comment est-ce que demain, on arrivera à refaire de la droite l'occasion de répondre des Français ? C'est ça, la seule chose qui compte.
Vous parliez tout à l'heure de l'accord sur l'immigration qui a été trouvé au niveau européen. Il y a eu cette loi immigration aussi qui a été votée en France finalement par le Parlement qui va passer devant le Conseil constitutionnel. Et Laurent Fabius a commencé déjà à prévenir le président du Conseil constitutionnel. Ce n'est pas une chambre d'appel des choix du Parlement. Il est le juge de la constitutionnalité des lois. C'est ce qu'il a dit cette semaine. Il revendique un office impartial des sages. Il dit qu'une loi inconstitutionnelle est nécessairement mauvaise. C'est une citation de Robert Badinter.
Bref, est-ce qu'il faudra se conformer, François-Xavier Bellamy, aux décisions du Conseil constitutionnel sur cette loi immigration où un certain nombre de mesures risquent d'être retoquées ?
Moi, je partage le sentiment de Laurent Fabius lorsqu'il dit que le Conseil constitutionnel n'est pas une chambre d'appel du travail du législateur. C'est très important comme formule. Ça veut dire que le législateur est celui qui a la mission de dire la loi au nom du peuple français. Et on ne peut pas, comme le gouvernement l'a fait, prétendre qu'on va faire voter une loi simultanément en l'envoyant au Conseil constitutionnel pour qu'il la défasse. Ça n'a aucun sens. Si le Conseil constitutionnel devait censurer une partie de la loi immigration, eh bien, ce serait simplement le signe que, comme nous le disons avec les Républicains depuis des années, il faut une réforme de la Constitution.
Parce que sur le sujet de l'immigration, on voit bien que nous sommes piégés aujourd'hui, non pas tant d'ailleurs par les textes et la lettre des textes, notamment des traités européens ou de la Convention européenne des droits de l'homme, mais par la jurisprudence de la CEDH et des différents tribunaux qui ont donné à ces textes une interprétation très politique qu'il est nécessaire, évidemment, de combattre pour pouvoir reprendre la maîtrise de notre destin et le contrôle de nos frontières.
Il y a quelques années, François-Xavier Bellamy, vous aviez publié un essai philosophique dont le titre était « Demeure » et dans lequel vous déploriez le culte du mouvement dans notre société, un mouvement sans but, un mouvement qui serait une fin en soi. Qu'est-ce que ça vous inspire quand vous, justement, vous entendez Gabriel Attal de prendre la parole et dans l'une de ses premières interventions placer sa nomination sous le signe de l'audace et du mouvement. C'était lors de la passation de pouvoir avec Elisabeth Borne mardi dernier. Est-ce que vous l'avez entendu en frémissant et en vous disant « Mais pourquoi ? Pourquoi le progrès ? Pourquoi toujours l'idéologie du progrès ? »
Non, mais on finit par être habitué. Finalement, moi, ce qui me fascine, c'est que le mouvement devienne un but.
Mais vous assumez d'être conservateur.
Ce qui me fascine, c'est que le mouvement devienne un but. C'est-à-dire qu'au fond, bouger est en soi un bien. Moi, je ne dis pas qu'être immobile soit en soi un bien. C'est pour ça que je n'ai pas défendu l'immobilisme, l'immobilité, mais le fait de la nécessité de transmettre ce qui doit l'être, le fait de savoir quels sont les points de repère qui doivent orienter notre action, quels sont les points fixes sur lesquels se fonder pour pouvoir retrouver la constance, la cohérence, la clarté indispensable à la vie démocratique.
Si tout bouge tout le temps, alors dans ce cas, on est pris dans cette instabilité perpétuelle et je crois que cette insécurité, les Français la ressentent profondément. Regardez au fond, moi je partage totalement ce que dit Vincent Trémolet de Villers dans son édito ce matin dans Le Figaro. Il dit que ce remaniement, ce nouveau gouvernement, c'est en réalité un jeu de chaise musicale sans le charme de la musique. C'est exactement ce qui se passe. On voit Madame Pagny-Runacher qui a fait des bonnes choses sur l'énergie, d'un seul coup passer à la santé, mais quelle est sa légitimité ?
Le Figaro qui fait sa une sur le changement dans la continuité, ça rappelle Valéry Giscard d'Estaing nous disait Claude Ascolovitch tout à l'heure, vous étiez trop jeune pour connaître Giscard, mais au fond, c'est bon, voilà, un gouvernement qui s'inscrit dans la droite.
C'est un jeu de chaise musicale et encore une fois, le sujet n'est pas d'où viennent ces ministres, le sujet c'est quelle est la politique qu'ils mènent.
On l'aura compris. Dernière question ?
Très rapidement, parce qu'on arrive à la fin de cet entretien, l'association SOS Homophobie dénonce avec la nomination de Catherine Vautrin une douche froide pour les droits des personnes LGBT. Il faut dire que la nouvelle ministre de la Santé était opposée au mariage pour tous. Qu'en pensez-vous ?
Je crois qu'il y avait des raisons d'être opposés à cette réforme qui n'avait rien à voir avec une quelconque homophobie et notamment l'inquiétude qu'elle laissait entrevoir sur la technicisation de la procréation. C'était, puisque vous me posez la question, j'imagine que vous y faites allusion, c'était aussi mon inquiétude. Peut-être pour dire en un mot, la gravité de la situation quand je vois le torrent d'insultes et de mépris qui se déversent sur le Premier ministre. Je ne suis pas de son bord politique, le monde l'aura compris.
Mais le fait
qu'il ait droit à de telles insultes homophobes sur les réseaux sociaux m'inquiète parce que je crois qu'on a le devoir encore une fois de mener le débat démocratique avec sérieux et sans concession. Mais on a le devoir aussi de ne jamais verser dans l'insulte et notamment dans l'insulte envers des personnes à raison de leur orientation sexuelle. Ce qui est absolument révoltant, c'est de voir aujourd'hui à quel point cette haine continue de s'étaler de manière décomplexée.
Merci François-Xavier Bellamy d'avoir été l'invité du grand entretien de France Inter à suivre la revue de presse.
François-Xavier Bellamy