"De toute manière, il y aura un budget", assure François Hollande, et "il est mieux que les budgets soient votés"
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Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, ce matin, nous recevons donc l'ancien président de la République et député socialiste de Corrèze. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Bonjour François Hollande. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Bien des sujets à aborder avec vous en France. Le budget, les risques d'enlisement, même si vous, les socialistes, avez obtenu la suspension de la réforme des retraites. On va aussi parler de la situation de la gauche, alors que les chemins s'éloignent entre partisans d'une primaire et les autres. Vous faites partie de ceux qui n'en veulent pas.
Mais parlons d'abord de la situation internationale. Le président Zelensky est à Paris aujourd'hui, dans un moment de grande difficulté pour l'Ukraine. Entre Frappes russes sur les sites énergétiques, la ville stratégique de Pokrovsk, sur le point de tomber. Mais il y a urgence à aider davantage l'Ukraine. La situation est critique ?
Oui, plus de trois ans que cette guerre a été déclarée et a été engagée par la Russie. Nous avons trop tardé, je le dis clairement, trop tardé à aider militairement l'Ukraine. Ce qui fait que si elle a résisté dans un premier temps, elle subit aujourd'hui, avec l'usure, les offensives russes. D'où la nécessité d'accélérer un processus. Donald Trump avait promis de régler la question ukrainienne en 48 heures. Il avait même rencontré, il y a quelques mois, Vladimir Poutine pour lui intimer l'ordre d'arrêter. Un cessez-le-feu n'est pas venu et aujourd'hui, les bombardements ont lieu sur Kiev même, où il y a tous les jours des tués. Et sur des villes qui sont maintenant les proies de la Russie.
Donc oui, il faut aider l'Ukraine et c'est la raison pour laquelle j'appuie tous les efforts qui sont faits par les Européens et par la France pour livrer un certain nombre de matériel.
Vous dites François Hollande, on a trop tardé. Ce qui se dessine dans cette visite du président ukrainien aujourd'hui à Paris, c'est la possibilité de la conclusion d'un contrat pour que l'Ukraine achète des rafales à la France. Est-ce que ça, ce serait une sorte de point de bascule ? On sait que des mirages, des avions mirages avaient été donnés à l'armée ukrainienne. Là, des rafales, est-ce que ça va dans le bon sens ?
Je ne sais pas si ça sera avec des rafales ou avec des mirages. Le principal, c'est qu'il y ait contrôle pour les Ukrainiens du ciel. C'est-à-dire que ce qui tombe chaque jour, ce sont des missiles. Donc la première demande que font les Ukrainiens, mais depuis longtemps, c'est d'avoir des systèmes anti-missiles. Les Etats-Unis leur en avaient promis, ils ne sont pas venus, les fameux missiles patriotes. Et donc, il faut que les Européens puissent, avec leurs propres matériels, et les matériels français sont tout à fait performants, donner à l'Ukraine une protection de son ciel pour éviter qu'il y ait des bombardements. Est-ce que des avions peuvent être livrés aussi ?
Il y en a déjà eu, des mirages. Rafales, pourquoi pas ? Le coût de ces matériels est très important, mais je ne sais pas si l'Ukraine en a des moyens.
La France elle-même manque de ces avions Rafales, il n'y a pas de sujet quant au fait de signer des contrats pour que l'Ukraine en ait ?
Le budget, nous parlerons du budget, mais tel qu'il est présenté, c'est 6 milliards de plus pour la défense nationale. La défense nationale, c'est d'abord la sanctuarisation de notre territoire, à l'évidence. C'est d'entretenir la force de dissuasion, mais c'est aussi la défense de l'Ukraine. Donc, acheter des matériels pour les Ukrainiens, c'est tout à fait nécessaire. Livrer des matériels pour la France, c'est tout à fait indispensable. C'est-à-dire, il faut bien que les efforts budgétaires qui sont consentis par les Européens, pas simplement en France, puissent être utiles. Et donc, la défense de l'Ukraine, c'est notre propre défense.
Pour ce qui nous concerne plus directement, François Hollande, le nouveau chef d'état-major des armées, Fabien Mandon, considère que l'armée française doit être prête à un choc dans 3-4 ans. Face à la Russie, c'est ça aussi votre analyse ? Il faut se préparer à un affrontement entre les pays de l'OTAN et la Russie ?
Le rôle des militaires, c'est d'évoquer toutes les hypothèses et de s'y préparer. Le rôle des politiques, c'est d'éviter qu'il puisse y avoir des conflits qui dégénèrent. Donc, la meilleure façon de ne pas avoir d'autres menaces de la Russie sur ses voisins, et donc sur nous-mêmes, puisque nous sommes liés par un système d'alliance, c'est de faire en sorte que l'Ukraine puisse trouver un cessez-le-feu avec la Russie, puis la paix. Ça sera très important qu'il y ait des garanties de sécurité qui, dans cette hypothèse, seraient apportées. Donc, légitime que les militaires préparent tous les scénarios, indispensable que les politiques préparent, eux, les réponses qui sont adaptées.
Ceux qui nous écoutent ce matin et qui ont lu ces propos de Fabien Mandon se disent, nous sommes en danger, la France est en danger, les pays de l'OTAN sont en danger. Si Vladimir Poutine, si la Russie gagne la guerre contre l'Ukraine, l'étape d'après, c'est un conflit direct avec des pays de l'OTAN et éventuellement avec la France ?
Pour connaître Vladimir Poutine, pour l'avoir, hélas, pratiqué sur la première guerre d'Ukraine, son intention première, c'est de reconstituer l'Union soviétique. C'est-à-dire, de faire que ce qu'était la Russie dans l'Union soviétique, avec ses frontières, puisse être reconstituée. Ensuite, jusqu'où irait-il, dans cette hypothèse, où il aurait mangé l'Ukraine ? Pas une partie de l'Ukraine, mais mangé toute l'Ukraine ? Oui, on pourrait imaginer qu'il y ait d'autres tentations, notamment sur les Pays-Baltes, sur la Moldavie, ou même sur la Pologne. La Pologne est quand même voisine de l'Ukraine. Mais nous n'en sommes pas là pour l'instant.
Ce qui va être, pour Vladimir Poutine, l'essentiel, c'est d'absorber ce qu'il a déjà conquis. C'est-à-dire, le Donbass et l'Est de l'Ukraine. C'est ça, son intention première, et à nous de faire en sorte qu'ils n'y parviennent pas.
Autre dossier international au cœur de l'actualité, François Hollande, c'est celui des relations entre la France et l'Algérie. Oui, après la libération de Boilem Sansal, la semaine dernière, détenu pendant un an dans les prisons algériennes. Le ministre des Affaires étrangères hier sur France Inter a estimé que c'était un désaveu cinglant pour les partisans de la méthode forte, de la brutalité et de l'invective.
Oui, la brutalité, elle était quand même des deux côtés. A la fois du côté algérien, de ne pas répondre à des demandes légitimes de la France. Et il y avait aussi l'idée, à l'époque tenue par le ministre de l'Intérieur, M. Rotaillot, qu'en rentrant dans un rapport de force, il y aurait à un moment une libération de Boilem Sansal.
Et c'était une idée erronée, ça, de jouer le rapport de force ?
Il était nécessaire, toujours, d'exprimer ce qu'étaient les demandes de la France et de faire valoir qu'il y avait quand même une place pour la diplomatie. La diplomatie, ça sert à ça. On parlait tout à l'heure des conflits qu'il faut éviter. La diplomatie, ça permet de faire en sorte qu'on puisse, pas simplement sur le cas déjà tout à fait fondamental de Boilem Sansal, il y a aussi un autre français qui est retenu. Oui, Christophe Glec, qui est un journaliste. Et donc, il est important d'aller toujours plus loin dans, maintenant, une forme de règlement de ce qui est un contentieux entre la France et l'Algérie.
Mais dans ce règlement et de ce contentieux, vous avez effectivement d'un côté ceux qui expliquent que la diplomatie, c'est ne pas parler trop fort, c'est faire en sorte de faire baisser la pression. Et vous avez de l'autre ceux qui disent, il y a effectivement l'efficacité ou non d'un bras de fer, mais vous avez un pays qui refuse d'accepter les ressortissants dangereux, ceux qui utilisent l'histoire, parfois, à des fins de... C'est ce que le président de la République avait appelé une rente mémorielle. Est-ce que l'idée d'une stratégie du bras de fer est tabou avec l'Algérie ?
Vous connaissez l'histoire. L'histoire entre la France et l'Algérie. Une histoire douloureuse, une histoire difficile. Donc, elle n'a jamais été véritablement soldée, cette histoire-là. Moi-même, comme président de la République, j'ai fait tous les efforts pour qu'on puisse...
Vous aviez, vous-même, en 2009, renoncé à renégocier l'accord de 1968, là où c'était évoqué quelques mois auparavant.
Il a déjà été négocié plusieurs fois, donc ce n'était pas le sujet. Moi, j'avais plutôt des rapports qui étaient, disons, stables avec l'Algérie. Mais il y avait aussi la question du Sahara, qui a été sans doute un déclencheur. Donc là, si on veut, avec l'Algérie, avoir des relations durables, stables, compte tenu du nombre de personnes concernées, à la fois les allées et venues, les personnes qui sont binationales, etc., et puis les affaires économiques aussi, parce que n'oublions pas que l'Algérie est un producteur de gaz important, etc.
Si on veut avoir des rapports avec l'Algérie, il faut essayer de les dépassionner, de les dépolitiser, au sens de ne pas capter l'Algérie comme un phénomène de politique intérieure. Ce que, aussi, les autorités algènes font avec la France, utilisent la France, son passé colonial, pour faire un sujet politique. Non, il faut arriver, une fois pour toutes, à traiter la France et l'Algérie comme deux États qui doivent se respecter, mais qui doivent avoir des relations qui ne permettent pas d'avoir des conflits comme on les a connus, et des compatriotes qui puissent être retenus.
François Hollande, il y a un pays dont il faut parler en ce moment, c'est le Mali, qui est asphyxié par des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda. Sa capitale, Bamako, est encerclée, vous, il y a 12 ans, vous aviez repoussé ce péril djihadiste en engageant la France au Sahel. 12 ans plus tard, la situation, elle est catastrophique.
Oui, et je vis cette situation avec beaucoup de douleur, parce que j'ai été le président qui a envoyé des forces françaises au Mali, et il y a eu plus de 50 morts de soldats, et de nombreux blessés, pour sauver le Mali, pour précisément lui éviter de tomber sur la coupe des djihadistes. Ensuite, la France s'est retirée, je ne vais pas ici en donner, ce n'était pas ma responsabilité, les raisons. Il y a eu un coup d'État au Mali, un coup d'État militaire, qui n'aurait jamais dû être toléré, jamais, compte tenu de ce qu'était la place de la France au Mali, et de ce qu'était un régime, on pouvait dire qu'il était démocratique, oui, même s'il y avait toujours des aberrations.
Vous voulez dire qu'il aurait fallu intervenir ?
Non, il fallait condamner beaucoup plus franchement ce qui se passait, et on a bien vu l'influence russe, parce que ce qui se passe là, au Mali, finalement vous posiez la première question sur l'Ukraine, est-ce qu'il y a un lien entre le Mali et l'Ukraine ? Oui, il y a un lien, parce que, au Mali, c'est les conséquences du fait que la Russie s'est substituée à la France. Au Mali, ce sont les Russes, les services russes, qui ont d'abord déstabilisé, et qui ont promis au Mali une sécurité qu'il ne leur est pas donnée. Donc aujourd'hui, on peut dire, c'est loin, ça ne nous intéresse pas.
Si ça nous intéresse, parce que si Bamako devait tomber, je ne sais pas si c'est encore l'hypothèse la plus probable, mais quand même, elle est asphyxiée, la capitale. Si le Mali devenait un État djihadiste... C'est la France, dans ce cas-là, qui risque de voir le Mali comme une base arrière du... Ce n'est pas simplement la France, d'ailleurs. Ce n'est pas simplement la France. C'est l'ensemble, d'abord, du continent africain, parce qu'il y a tout le Sahel, le Niger, Burkina, Faso, etc. C'est légal, et puis c'est l'Europe.
Donc, les conflits, il faut toujours les regarder, à la fois par rapport à ce qu'ils provoquent sur place, mais aussi avec leurs effets sur notre propre continent, ou notre propre pays. Et les Russes, de ce point de vue, sont tout à fait désireux de déstabiliser,
pas simplement le Mali, mais la France. François Hollande, revenons en France, alors que les discussions sur le budget continuent au risque de l'enlisement, les sénateurs s'apprêtent à détricoter ce qui a été voté à l'Assemblée, les déficits se creusent, les impôts votés s'envolent, avec des délais qui, encore cette semaine, ne seront sans doute pas tenus à l'Assemblée nationale. C'est un naufrage collectif, ces débats budgétaires ?
C'est le produit de ce qu'a été la dissolution. Il y a un régime qui est devenu un régime d'Assemblée. C'est l'Assemblée qui, comme demain le Sénat, qui va avoir à voter ou ne pas voter le budget.
Mais certains disaient que c'est formidable, ça va être le retour de parlementarisme à l'européenne, où il va y avoir des compromis qui vont naître. Ce n'est pas exactement le spectacle auquel assistent les Français depuis quelques semaines.
Parce que la France était sous un système qui était bipartisan, d'abord, très longtemps, la gauche, la droite, et avec un poids de l'exécutif qui était très grand, d'autant plus qu'il disposait, l'exécutif, d'une majorité à l'Assemblée nationale. Ce n'est plus le cas. Donc, face à cette situation, il y a deux attitudes possibles. Une attitude de rupture, en disant, de toute façon, puisque ça ne peut pas fonctionner, allons vers les élections. C'est la position du Rassemblement national et, d'une autre façon, de la France insoumise qui veut destituer le Président de la République et donc des élections. Et une attitude de responsabilité.
C'est le choix qu'a fait le Parti Socialiste, c'est-à-dire de faire en sorte qu'il puisse y avoir une discussion, une négociation.
Donc, ça veut dire que la copie budgétaire, François Hollande, dans l'État, elle vous convient. Vous considérez que les compromis qui ont été tissés entre le gouvernement et le Parti Socialiste donnent une copie budgétaire acceptable. Elles donnent une copie budgétaire meilleure que celle qui était présentée.
D'abord, pour rester sur... Ça, c'est ce que vous dites, vous. Non, mais je défends cette position. Pour rester sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, la suspension de la réforme des retraites, la réindexation des barèmes pour les prestations sociales, le fait qu'on puisse aussi, sur le plan budgétaire, remettre l'indexation sur le barème de l'impôt sur le revenu, de mettre en cause les franchises médicales. Oui, il y a des progrès dans ce budget.
Des progrès, François Hollande. On est dans une journée où le gouvernement organise ce qu'on appelle un sommet Choose France pour mettre en avant l'attractivité du pays et attirer un certain nombre d'investissements. Il y a d'ailleurs 30 milliards d'euros d'investissements qui ont été annoncés par le gouvernement. Quand, dans un budget, on décide d'augmenter la surtaxe d'impôt sur les grandes entreprises, quand on crée un impôt sur la fortune dite improductive, un impôt sur les multinationales avec un rendement estimé, même s'il y a des débats, à 26 milliards d'euros.
Quand on augmente la taxation sur ce qu'on appelle les holdings, est-ce que, vraiment, on est sur une copie qui est à même de créer un climat d'attractivité pour, comment dire, inciter les entreprises à investir ?
Alors, d'abord, dans ce qui a été voté par des majorités, parfois, de circonstances, il y a des dispositions qui ne sont pas du tout celles qui vont avoir les effets que vous indiquez. Par exemple, la taxe sur les multinationales, il était admis, aujourd'hui, qu'elle ne rapporte rien. Donc, vous votez un impôt qui ne rapporte rien ? C'était le LFI et le Rassemblement National. Donc, ça a été voté.
Ah, les socialistes n'ont pas voté
l'impôt sur le multinational ? Non, je pense qu'ils n'ont pas voté. En tout cas, je ne l'ai pas voté. Et donc, à partir de là, ça ne rapporte rien. Donc, ce n'est pas ça qui va être en cause. Deuxièmement, sur les baisses d'impôts, elles ont eu lieu, les baisses d'impôts, y compris pour les entreprises depuis 2017. C'est quand même un comble qu'au moment où il y a un effort à faire, et on a parlé des demandes qui sont adressées aux plus modestes, il est quand même assez compréhensible qu'on en demande aussi aux plus fortunés. Et les grandes entreprises ont reçu beaucoup depuis 2017. Donc, il est assez, là aussi, logique qu'elles soient également sollicitées.
François Hollande, on a justement une question à ce sujet, au sujet de la désindustrialisation. Je crois qu'on a même plusieurs auditeurs au Standard qui souhaitent vous en parler, mais là, on va en parler avec Louis. Bonjour, Louis.
Oui, bonjour, aujourd'hui, le France Inter. Bonjour, monsieur le député.
Bonjour.
Depuis 40 ans, il y a une désindustrialisation de la France qui est dramatique, et quels que soient les présidents de la République, c'est dramatique. C'est un reproche que je fais, on n'entend aucun homme politique, aucun ancien président de la République, aucun président de la République en parler. Je vais prendre un exemple très simple. Il y a une usine de sidérurgie en Moselle qui risque de disparaître. Il y a 700 emplois, je crois. Personne n'en parle. C'est dramatique. Les emplois, c'est très important pour la vie de tous les jours et ça crée de la richesse. Personne n'en parle. C'est le reproche que je fais à la classe politique, tout bord compris.
Oui, vous avez raison de mettre en évidence le fait que l'industrie, c'est ce qui permet à l'économie à la fois d'incorporer de nouvelles technologies, de fournir de nouveaux produits et de nous donner aussi une forme d'indépendance et de souveraineté. Alors, dire qu'il ne s'est rien produit, je ne peux pas laisser passer cette observation. Moi-même, quand j'étais président de la République, il y a eu un rapport, le rapport gallois, sur précisément le rôle de l'industrie, la place de l'industrie et ça m'a été quelquefois reproché. Quand j'ai créé le crédit impôt compétitivité emploi, le CICE, c'était pour l'industrie.
Quand j'ai fait en sorte qu'on puisse améliorer les systèmes de formation professionnelle, c'était pour l'industrie. Ensuite, cet effort n'a peut-être pas été suffisamment poursuivi, mais quand il y a une entreprise qui est menacée, celle que vous indiquez,
de Novasco,
avec des comportements de repreneurs qui ne sont pas acceptables, il faut que l'État intervienne. L'État, ce n'est pas simplement de donner des aides, c'est aussi de vérifier qu'elles sont utilisées.
Novasco, c'est 85 millions d'aides de l'État et des promesses d'investissement qui n'ont jamais vécu.
Qui ne sont pas venues, donc là aussi. Alors, pourquoi il y a un défaut peut-être d'investissement dans l'industrie, c'est que notre épargne, et là, ça revient à des sujets y compris budgétaires, c'est que notre épargne doit être affectée davantage vers l'industrie qu'elle n'est aujourd'hui détournée, détournée au sens de la direction, vers le financement précisément des dépenses publiques.
François Hollande, juste pour rebondir sur ce qu'on disait il y a quelques instants, les socialistes ont bien voté cet impôt sur les multinationales avec un rendement effectivement hypothétique à 20 milliards d'euros.
Mais cette mesure tombera, donc elle n'a pas à être une espèce de colifiché qui était agité par le patronat. Mais dans ce cas-là,
on prenait aussi la singularité d'un vote qui... Mais parce que cette assemblée
est ainsi faite et qu'il y a des votes qui n'auront pas de traduction puisque ça va passer dans la boulinette ensuite de la commission mixte paritaire. Donc ça fait partie de ce que le patronat aujourd'hui exhibe alors qu'il sait parfaitement que cette mesure n'interviendra pas.
François Hollande, sur l'anxiété que peuvent créer ces débats budgétaires, comment est-ce que tout cela termine ? Puisqu'on le dit, des délais qui vont être largement dépassés, il n'y aura pas de vote cette semaine, ça va aller au Sénat. Pour que le budget passe, il faudrait que les socialistes abstiennent mais pas seulement également les écologistes et les communistes. Comment est-ce que tout cela termine ? Comment est-ce que la France réussit à être dotée d'un budget à la fin d'année ?
Est-ce que par exemple, il faudrait que le gouvernement se dise, on a renoncé un peu trop tôt au 49-3, éventuellement, si on se met tous d'accord avec notamment les socialistes pour une sorte de budget de compromis, si cela permet de faire passer le budget, allons-y.
Nous ne sommes pas encore au stade conclusif, donc pour l'instant, les textes ne sont pas encore tous envoyés au Sénat, puisque le PLFSS l'a été dans sa première partie, le budget va l'être prochainement, et ensuite, il y aura une commission mixte parité et vers le 15 décembre, cette question se posera. Comment ça se conclut ? Est-ce qu'il y a un vote possible sur ces textes ? Est-ce qu'il faut prendre des procédures ? Elles sont prévues par la Constitution. De toute manière, ce que je peux dire à votre micro, il y aura un budget.
Il y aura un budget, c'est-à-dire que quoi ? Sinon, il y aura des ordonnances ?
Sinon, il y a des procédures. Je ne le souhaite pas. Je pense qu'il est mieux que les budgets soient votés, mais de toute manière, il doit y avoir un budget. Et ma position, puisque j'évoquais la responsabilité par rapport à ceux qui veulent interrompre et avoir des élections anticipées, ma position, c'est qu'il faut que la France ait un budget et qu'il faut respecter les échéances électorales, élection municipale, donc avoir un budget, si cela implique de passer par ordonnance ou par... Je préfère, parce que je pense que c'est mieux de le faire par discussion, par la négociation et par le vote, mais je veux qu'il y ait un budget.
Et les Français, majoritairement, veulent qu'il y ait un budget. Et je pense qu'il est mieux pour la démocratie française que nous respections les échéances, qu'il y ait des élections municipales à leur date au mois de mars et une élection préventuelle en 2027. Qui a intérêt à l'interruption du processus ? Les partis qui pensent qu'il vaut mieux avoir le chaos que la responsabilité.
François Hollande donne une question d'actualité au standard. C'est une question qui est posée par Sylvain sur un fait qui nous a tous heurtés, interpellés ce week-end. Allez-y, Sylvain, bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour, merci beaucoup de prendre mon appel. Bonjour, monsieur Hollande.
Bonjour.
Voilà, moi, je voulais avoir votre position concernant la dépénalisation et la légalisation du cannabis. On constate depuis des années et des années l'échec des politiques concernant la lutte contre le narcotrafic. Qu'est-ce que vous pensez de l'ouverture réelle d'un débat concernant la légalisation du cannabis afin de contrer ce trafic et ça permettrait aux forces de l'ordre de se concentrer sur la lutte contre les trafics de drogues dures et puis sur plein d'autres choses.
Merci Sylvain, merci. Vous faites référence évidemment au meurtre d'un jeune homme à Marseille, du frère d'un militant qui se bat contre le narcotrafic. François Hollande, légaliser le cannabis, ce serait la solution ?
Ce n'est plus le cannabis qui est en cause en ce moment. Plus avoir ce débat sur le cannabis, c'est un débat d'il y a, comme l'a dit l'auditeur, 10, 15, 20 ans. Aujourd'hui, le grand trafic se fait sur la cocaïne, se fait sur des drogues dures et si on tue et on tue des enfants, c'est parce que cette drogue-là, ces produits stupéfiants sont de haute valeur pour les trafiquants. Et donc, si vous voulez ma position, je pense que la question du narcotrafic est aussi grave que la question du terrorisme. Et je pose mes mots. C'est-à-dire que j'ai été le président qui a lutté contre le terrorisme.
Aujourd'hui, le narcotrafic à l'échelle internationale, les sommes qui sont en jeu, les mafias qui sont là, les procédés qui sont utilisés, les enfants qui sont, hélas, tués ou qui deviennent des assassins par ce processus-là, ça s'apparente à du terrorisme. Et donc, il faut avoir des méthodes de lutte qui sont de haute intensité, à la fois dans ce qu'on fait ici en France, et je pense qu'on doit aller encore plus loin, de responsabilisation des consommateurs. Parce qu'on ne peut pas non plus laisser penser, on dit, le cannabis, ce n'est pas grave, la cocaïne, qu'est-ce que c'est ? Donc, dépénalisation, l'égalisation,
c'est un faux débat.
C'est derrière nous. Maintenant, cette question est derrière nous. La question du narcotrafic, elle est, pas devant nous, elle est sur nous. Et il y a maintenant des forces considérables partout dans le monde qui utilisent le narcotrafic pour constituer des fortunes immenses et les utiliser, y compris dans le domaine économique.
François Hollande, pour terminer, quelques mots sur la politique. Ce week-end, les Français ont eu une nouvelle illustration des divisions à gauche. D'un côté, vous avez participé à une réunion publique hier organisée par Bernard Cazeneuve, vous étiez notamment avec Raphaël Glucksmann. De l'autre, on a vu Olivier Faure, Marine Tondelier, dire, c'est bon, il y aura une primaire, ce sera à l'automne 2026. C'est quoi ? C'est la machine à perdre qui est repartie. On est là face à des logiques qui sont totalement irréconciliables.
Alors, d'abord, qu'est-ce qui est en cause ? C'est d'avoir une alternative au Rassemblement National en 2027. C'est-à-dire d'avoir une force politique qui puisse être capable, non seulement, d'aller au second tour, ce qui est quand même la condition, mais de gagner. Je pense que cette force-là, c'est la force socialiste et social-démocrate. Et donc, il faut qu'elle se bâtisse, et c'est en train de se faire. Le Parti Socialiste a pris toute sa place depuis plusieurs mois. Je soutiens, de ce point de vue-là, la direction du Parti Socialiste. Il faut qu'elle s'associe à Raphaël Glucksmann, à Bernard Cazeneuve et à d'autres, les radicaux, pour constituer cette force. Pardon, mais François,
la direction du Parti Socialiste, là, en l'État, elle était représentée par Olivier Faure qui se dirige vers l'organisation d'une primaire. D'abord,
faire que cette force-là désigne son candidat. Cette force-là doit désigner son candidat. Selon le candidat qui sera désigné, il ira ou il n'ira pas à la primaire ? Il décidera d'y aller ou ne pas aller à la primaire. Moi, je vais vous donner mon expérience puisque j'ai été non seulement candidat, y compris dans une primaire, qui vous a plutôt aidé d'ailleurs. Je ne suis pas sûr. Et président de la République. Je pense que la primaire est le plus mauvais des systèmes. Le rapport avec l'opinion, c'est une force politique, une personne pour l'incarner, un programme qui soit celui de la crédibilité et aussi de l'espoir et d'aller franchement devant le corps électoral.
C'est la seule voie que je connais. Le reste, on peut faire des primaires, mais les électeurs, ils sont libres. Ils iront peut-être pour certains dans la primaire, d'autres n'iront pas. Ils veulent qu'il y ait une solution. Et cette solution, c'est une force politique, un projet, une incarnation. Ça pourrait être vous ou pas ? Non, ça c'est une autre question parce qu'on mélange après la personne et la force. Là, j'essaie de donner une méthode. La seule méthode pour gagner l'élection présidentielle, c'est d'avoir cette grande force politique avec un projet qui tienne la route et une incarnation. Et l'incarnation, ça ne se décide pas dans une primaire. C'est un rapport avec l'opinion.
Et moi, je l'ai vécu, le rapport avec l'opinion. On peut partir de très bas, c'est possible. On arrive très haut à la fin.
Merci. Pas de primaire pour François Hollande.
Pas de nom sur la candidature.
Merci à vous.
Et par ailleurs, pour faire une primaire en 2026, octobre 2026, c'est ça ? Faut-il encore qu'il y ait un budget pour 2026 ?
Très bien. Merci François Hollande.
François Hollande