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interviewFrançois Ruffin· 26 février 2017 5 min

RUFFIN - "LE CÉSAR LE PLUS IMPORTANT, C'EST CELUI DES GENS" (France 3 Picardie)

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Dans l’actualité, la 42e cérémonie des César hier soir. Dans la catégorie meilleur documentaire, c’est le film « Merci patron ! » de François Ruffin qui a raflé la mise.

La scène a servi de tribune au journaliste et candidat aux législatives dans la Somme, avec un discours très engagé sur les délocalisations. Ça dure comme ça depuis trente ans parce que sont des ouvriers qui sont touchés et donc on n’en a rien à foutre. Imaginons que ce soit des députés dont on dise qu’ils ne sont pas assez compétitifs.

Un député français coûte 7 100 euros par mois. Un député polonais revient à 2 000 euros par mois. Dans ce pays, il y a peut-être des sans dents mais surtout il y a des dirigeants sans cran.

Donc maintenant, François Hollande par exemple a l’occasion de montrer sur le dernier fil que son adversaire c’est la finance, qu’il peut faire des réquisitions, qu’il peut interdire les produits Whirlpool sur le territoire français, qu’il peut sortir de l’impuissance et se bouger le cul. Je vous remercie. François Ruffin, bonsoir.

Bonsoir. Merci d’avoir accepté d’être notre invité. Une première question d’abord sur ce César.

Qu’est-ce que ça représente pour vous ? Moi je considère que j’ai déjà eu le César le plus important l’année dernière puisque j’ai eu le César des gens, les gens qui sont allés voir le film en salles ou bien chez qui ça a servi à ranimer l’espoir et à repartir en manifestation, à recroire qu’il y a des victoires qui sont possibles. Donc le César le plus important, je l’ai eu l’année dernière.

D’accord. On a vu que vous aviez été très présent sur le terrain avec les salariés et les ouvriers. La semaine prochaine, les négocations du plan de sauvegarde de l’emploi se poursuivent à l’usine de Whirlpool notamment à Amiens.

On a l’impression que la voix du monde ouvrier a du mal à se faire entendre. Est-ce que vous pensez qu’on peut vraiment lutter contre ces délocalisations, ces usines qui ferment ? La puissance publique fait le choix de l’impuissance depuis trente ans maintenant.

Mais maintenant on peut avoir des outils qui s’appellent les barrières douanières, les taxes aux frontières, les quotas d’importation. On peut faire des réquisitions, on peut interdire les produits Whirlpool du territoire français et puis il y a un certain nombre d’outils qui sont disponibles. Maintenant il faut faire le choix d’être au service de la finance ou de la combattre.

Le choix manifestement fait par nos gouvernements est celui de la servir avec des aides comme le crédit impôt compétitivité emploi dont Whirlpool a bénéficié par dizaines de millions, ou encore un travail toujours plus précarisé. Il y a un choix qui est fait par nos gouvernements de se soumettre à la finance plutôt que de la combattre. Alors vous interpellez souvent le président à ce sujet.

Est-ce que vous pensez qu’on peut vraiment lutter contre la finance ? Oui, bien sûr, c’est ce que je viens de dire. Je n’en voudrais pas à quelqu’un d’échouer mais j’en veux à quelqu’un de ne pas avoir essayer.

En l’occurrence le président Hollande, mais il ne s’agit pas de lui seulement : c’est une passivité qui s’est intallée en France depuis trente ans. Ca fait trente ans qu’on accepte qu’il y ait ces délocalisations en série. Non, on a fait le choix de supprimer les taxes aux frontières ; on pourrait très bien faire le choix de les rétablir.

Si c’était vous, journaliste, ou moi-même qui suis journaliste également qui étions frappés par les mêmes délocalisations, on en ferait des tribunes le lendemain et il y aurait vraisemblablement des lois et des projets de lois qui seraient débattus très rapidement à l’Assemblée nationale. Mais ça ne concerne pour l’instant que les ouvriers, donc tant que c’est que les ouvriers - c’est ce que je disais hier soir - on s’en fout. Ils ne sont pas représentés dans les médias.

Il est très rare qu’un ouvrier se trouve à ma place. Il est très rare aussi qu’un ouvrier se trouve sur les bancs de l’Assemblée nationale. Les lois sont faites par des gens qui n’ont pas à les subir.

Est-ce que c’est pour ça que vous avez décidé d’être candidat aux législatives en juin prochain ? Oui. C’est un motif en effet.

Je pense qu’il y a un fossé entre les représentants et les représentés. On a choisi Lafleur. On ne voit pas le tee-shirt, là ; je vais le relever.

On a choisi Lafleur, donc la marionnette amiénoise, comme symbole de la campagne et la spécialité de Lafleur c’est de donner des coups de pied au cul. L’objectif, c’est de donner un coup de pied au cul à l’Assemblée nationale pour que les gens d’en bas se fassent entendre là-haut. Une dernière question à propos de l’élection présidentielle.

Est-ce que vous êtes plutôt Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon ? Je suis plutôt Jean-Luc Mélenchon. Maintenant, je souhaite que la gauche se rassemble au maximum pour qu’elle porte un espoir dans le pays.

Mais je suis plutôt pour un combat plus franc avec la finance, aussi pour une rupture plus franche avec la direction qui est celle de l’Union européenne parce que c’est quand même parce qu’on a construit cette Union européenne qu’on a des délocalisations en série. On a évoqué là Whirlpool mais auparavant chez Whirlpool il y a quinze ans - et j’y étais déjà - c’était le lave-linge qui partait en Slovaquie, Continental qui est parti en Roumanie, Parésot Sièges de France qui est parti en Roumanie, Goodyear qui est parti en Pologne. Je dis qu’en Picardie on a même perdu les chips !

Si on n’arrive même pas à garder les patates chez nous, imaginez un peu.

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