Emeutes : La crise s'aggrave, Macron se soumet aux syndicats de police
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 6 %Attaque 75 %Défensif 18 %
Questions et réponses
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- 3:20OuverteÉludée
Est-ce que les images ne parlent pas d'elles-mêmes ?
- 4:08OuverteRéponse partielle
Pourquoi ne laisse-t-on pas la justice travailler tranquillement ?
- 4:19FerméeÉludée
Vous êtes un policier expérimenté, selon vous, il n'y a pas d'erreur dans cette vidéo ?
- 4:32FerméeRéponse partielle
Est-ce que la voiture met en danger vos collègues ?
- 5:30OuverteRéponse partielle
Éric Zemmour et Éric Ciotti réclament l'état d'urgence, le gouvernement le repousse, jusqu'à quand ?
- 5:46OuverteRéponse partielle
Les plateformes et réseaux sociaux jouent un rôle dans les mouvements violents, comment y répondre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15InvitéFait
« Pourtant, le code pénal prévoit, pour le délit de refus d'obtempéré, 3 mois d'emprisonnement et 3750 euros d'amende. »
- 1:05InvitéChiffre
« Et pour mater la colère, le gouvernement a mobilisé 40 000 agents, policiers et gendarmes. »
- 2:29InvitéFait
« Depuis la loi de 2017, j'ai eu l'occasion de dire dans de très nombreux échanges ici qu'il y a eu moins de tirs et il y a eu moins de cas mortels qu'avant 2017. »
- 2:56InvitéFait
« Il n'est pas non plus, bien évidemment, capable d'accepter que des policiers tirent à bout portant sur des jeunes hommes ou des jeunes femmes, quel que soit l'âge et l'heure des conducteurs. »
- 5:30InvitéFait
« Éric Zemmour et Éric Ciotti, les deux Éric, réclament depuis hier le déclenchement de l'état d'urgence, une mesure que le gouvernement repousse, mais jusqu'à quand ? »
- 5:46InvitéFait
« Les plateformes et les réseaux sociaux jouent un rôle considérable dans les mouvements des derniers jours. »
- 7:34InvitéFait
« Emmanuel Macron semble avoir trouvé un coupable à la révolte qui gagne le pays, les réseaux sociaux qui éduquent notre jeunesse à la violence. »
- 10:26InvitéFait
« Ce garçon, Naël, il était tuable. »
- 10:40InvitéFait
« L'apartheid, c'est la séparation d'une partie de la population par rapport au reste de la population. »
- 18:42InvitéChiffre
« Toutes les études montrent qu'il y a entre 60 et 75 % des policiers qui votent Zemmour ou Front National. »
- 35:36InvitéFait
« une des premières mesures prises par Emmanuel Macron ça a été de refuser le plan Borloo »
- 38:38InvitéChiffre
« typiquement rappeler qu'être perçu comme un jeune noir ou arabe entraîne un risque 20 fois plus élevé de subir un contrôle de police »
- 38:55InvitéChiffre
« en une année ce sont 13 personnes qui ont été tuées »
- 40:13PrésentateurChiffre
« rien qu'en 2022 c'est 13 morts »
- 41:17PrésentateurFait
« ils ont des armes de plus en plus létales »
- 43:23InvitéFait
« non seulement Zemmour non seulement Le Pen mais je crois le ministre de l'Intérieur de l'époque »
- 58:03InvitéFait
« il y a la loi sécurité globale qui est extrêmement dangereuse »
- 58:45InvitéFait
« l'état d'urgence a été instruit en 1955 en pleine guerre d'Algérie »
- 59:57InvitéFait
« il y a eu dans un premier temps tentative de dissimulation de son exécution »
- 1:00:24InvitéFait
« le problème est encore intimement lié à ce passé colonial. »
- 1:03:30InvitéFait
« ah mais il y avait un casier judiciaire ce qui sous-entend que dans leur esprit si on a la moindre trace dans les registres de la police on peut être exécuté. »
- 1:04:34InvitéChiffre
« Europe 1 a affirmé hier qu'il y avait 15 mentions qu'il avait 15 mentions au fichier des antécédents judiciaires. »
- 1:05:31InvitéFait
« ce n'est pas parce que quelqu'un a triché en posant ses légumes au supermarché que la police a le droit de lui tirer une balle de la tête. »
- 1:07:27PrésentateurFait
« la racaille a pris prétexte d'un décès pour mettre à sac Reims pour piller pour brûler pour détruire simplement par plaisir. »
- 1:09:22InvitéFait
« on l'appelle racaille dès qu'il y a un problème c'est exactement par définition la situation coloniale ça s'appelle la situation de l'indigénat. »
- 1:11:20InvitéFait
« beaucoup de ces populations racisées sont issues de l'Algérie. »
- 1:14:44InvitéFait
« il y a des territoires aujourd'hui et depuis des décennies en France où les populations ne vivent pas du tout dans les mêmes conditions que les nôtres ailleurs sont soumises à des violences et à un arbitraire policier que les autres catégories de la population ne connaissent pas. »
- 1:15:19InvitéFait
« ça commence à ressembler à quelque chose qui est de l'ordre de l'apartheid. »
Temps de parole
- Présentateur41 %
- Invité37 %
- Invité 216 %
- Invité 33 %
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Naël avait 17 ans. Il a été exécuté par un policier qui a tiré à bout portant après un refus d'obtempéré. C'était le 27 juin dernier à Nanterre. Pourtant, le code pénal prévoit, pour le délit de refus d'obtempéré, 3 mois d'emprisonnement et 3750 euros d'amende. Alors pourquoi Naël a été condamnée à la mort ? Pourquoi Naël a pris perpète comme Zaydebouna, Clichy-sous-Bois avant lui ? Comme Larami et Mohsin à Villiers-le-Bel avant lui ? Les populations des quartiers populaires en ont assez de parler leurs enfants au passé. Les jeunes des quartiers populaires en ont assez d'entrevoir la mort à chaque contrôle de police.
Et quand ils marchent pacifiquement pour honorer la mémoire d'un des leurs, la police se dresse sur leur chemin pour neutraliser leur colère à coups de gaz lacrémogènes. Alors ils se révoltent. Et leur rage est contagieuse. Hier soir, pour la troisième nuit consécutive, les révoltes ont éclaté dans les quartiers populaires, en région parisienne, à Mont-la-Jolie, Nantes, Strasbourg, Paris et même en Guyane. Et pour mater la colère, le gouvernement a mobilisé 40 000 agents, policiers et gendarmes.
C'est trois fois plus qu'au pic des révoltes de 2005, fait remarquer le sociologue Marouane Mohamed, qui ajoute « Le pouvoir a probablement été surpris par la rapidité de la solidarisation des quartiers et de la nationalisation des protestations. Pas certain que cela suffise. » Et pourtant, on a en mémoire le discours d'un Emmanuel Macron qui a appelé à l'apaisement. « Écoutez, d'abord, je veux ici dire l'émotion de la nation toute entière. Après ce qui est arrivé et la mort du jeune Naël, et dire à sa famille toute notre solidarité et l'affection de la nation. Nous avons un adolescent qui a été tué. C'est inexplicable, inexcusable.
Et d'abord, ce sont des mots d'affection, de peine partagée, et de soutien à sa famille et à ses proches. Ensuite, la justice a été immédiatement saisie. Je souhaite qu'elle fasse son travail avec, évidemment, célérité et dans le calme que ce travail requiert. Et que la vérité puisse être faite dans les meilleurs délais. Et que, évidemment, nous soyons tous informés que la justice passe. » Une prise de parole qui contraste avec celle de son ministre de l'Intérieur, qui s'est montrée beaucoup plus vindicatif la veille. « Depuis la loi de 2017, j'ai eu l'occasion de dire dans de très nombreux échanges ici qu'il y a eu moins de tirs et il y a eu moins de cas mortels qu'avant 2017.
Je suis désolé de dire, madame, que dans de très nombreux cas, malheureusement, des policiers et des gendarmes sont morts de refus d'obtempérer. Et dans de très nombreux cas, il ne s'agit pas de le mélanger avec celui de ce matin manifestement, ce sont des familles de policiers et de gendarmes qui pleurent leurs enfants. Alors non, bien sûr, le refus d'obtempérer ne peut pas être accepté, mais il n'est pas non plus, bien évidemment, capable d'accepter que des policiers tirent à bout portant sur des jeunes hommes ou des jeunes femmes, quel que soit l'âge et l'heure des conducteurs. Il veut dire qu'on doit respecter le deuil des familles, mais la présomption d'innocence des policiers.
Le gouvernement a finalement choisi de s'aligner sur la ligne dure, la ligne offensive d'un Gérald Darmanin qui découvre curieusement le principe de présomption d'innocence d'un policier pourtant filmé. Tiens, ça nous rappelle les éléments de langage d'un syndicat de police. – Est-ce que les images ne parlent pas d'elles-mêmes ? C'est d'ailleurs ce que dit Mme Borne.
– La seule chose qu'on me demande, c'est que les policiers ne sont pas des sous-hommes. Les policiers ne sont pas des sous-hommes, nous ne sommes pas une sous-race. C'est-à-dire qu'on a le droit, nous aussi, à la présomption d'innocence. Bien sûr que les images peuvent être choquantes, peuvent être marquantes, mais pourquoi ne laisse-t-on pas la justice travailler tranquillement ? Si le policier a fait une erreur, croyez-moi que la justice ne nous fera pas de cadeau. Elle a toujours été très impartiale à notre égard, et croyez-moi que souvent elle condamne assez fortement les policiers, et vu la proportion qu'a prise cette affaire, il n'y aura aucun cadeau de fait envers ce policier.
Donc s'il y a faute, il sera sanctionné. – Mais Rudimana, vous êtes un policier suffisamment expérimenté, vous avez vu cette vidéo, selon vous, il n'y a pas d'erreur, il n'y a pas de faute. – Écoutez, quand je vois la vidéo sous cet angle-là, je ne veux pas me prononcer cette affaire, la justice le fera. Effectivement, la vidéo, elle est marquante, elle est choquante, mais il y aura peut-être d'autres vidéos. – Est-ce que la voiture met en danger vos collègues ? Est-ce qu'elle fonce sur vos collègues ? – Non, ils sont sur le côté, je ne vais pas vous dire qu'elles foncent.
Si vous me demandez de commenter la vidéo, je ne vais pas vous dire qu'elles leur foncent dessus, puisqu'ils sont sur le côté. Le problème, c'est qu'il y a aussi un mur derrière, et que la voiture colle les collègues contre le mur. Ça, ce n'est pas à moi de le définir, c'est à la justice de le définir. Et comme je vous le dis, si à faute, ce collègue-là sera sanctionné, sera sanctionné judiciairement, et sera sanctionné administrativement.
Mais de grâce, ce tribunal médiatique, cette récupération politique, cette récupération politique, je vous le dis de manière très claire, là, il y a les vautours qui sont arrivés, et ils commencent à se jeter sur le cadavre de ce collègue qui est en train d'être...
– Il n'y a qu'un seul cadavre, on vous dit Mana, c'est celui de ce jeune homme.
– Oui, mais vous avez bien compris, c'est que tout le monde se jette sur lui, tout le monde se jette sur ça. – Pardon, mais attendez, M. Mana, attendez une seconde, M. Mana. – Je pense à la famille. – Vous avez vu ? – Je pense à la famille.
– Éric Zemmour et Éric Ciotti, les deux Éric, réclament depuis hier le déclenchement de l'état d'urgence, une mesure que le gouvernement repousse, mais jusqu'à quand ? Pour le moment, Emmanuel Macron envisage de censurer les contenus des réseaux sociaux qui alimenteraient toute cette violence. – Les plateformes et les réseaux sociaux jouent un rôle considérable dans les mouvements des derniers jours. Nous avons vu sur plusieurs d'entre elles, Snapchat, TikTok et plusieurs autres, à la fois l'organisation de rassemblements violents se faire, mais une forme de mimétisme de la violence, ce qui, chez les plus jeunes, conduit à une forme de sortie du réel.
Et on a le sentiment parfois que certains d'entre eux vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. Là aussi, la loi a prévu, y compris ces derniers mois, des changements et l'exercice d'un contrôle parental qu'il convient de faire pleinement respecté. Mais nous prendrons dans les prochaines heures, et nous avons commencé à l'organiser, plusieurs dispositions. D'abord, en lien avec ces plateformes, d'organiser le retrait des contenus les plus sensibles. Et donc, les services de l'État s'organiseront en lien avec ces plateformes pour pouvoir obtenir une réponse effective. Et j'attends de ces plateformes l'esprit de responsabilité.
Et les demandes seront aussi faites, partout où c'est utile, et à chaque fois que c'est utile, pour avoir l'identité de celles et ceux qui utilisent ces réseaux sociaux pour appeler au désordre ou pour exacerber la violence. Emmanuel Macron continue de marcher avec des œillères et refuse de voir les véritables responsabilités, les leurs. Alors, on s'y attelle à sa place, ici, aux médias, avec nos invités, Mathieu Slama, essayiste, auteur de Adieu la liberté, et Julien Théry, historien, c'est le fond de l'info. Bonjour, messieurs. Bonjour. Alors, Emmanuel Macron semble avoir trouvé un coupable à la révolte qui gagne le pays, les réseaux sociaux qui éduquent notre jeunesse à la violence.
Les réseaux sociaux nous rappellent les mauvais parents qui auraient enfanté de sauvageons responsables des révoltes en 2005. Je vous propose de réécouter les propos de Jean-Pierre Chevènement, qui était à l'époque maire de Belfort. Il faut que les parents fassent leurs devoirs. Encore une fois, ce que nous vivons, c'est une crise de l'éducation. J'ai employé jadis le mot de sauvageons, et il dit bien ce que cela veut dire. Ce sont des arbres non greffés, des enfants qui n'ont pas eu, de la part de leur famille ou des institutions, les éléments d'éducation qui sont nécessaires. Oui, c'est certainement mieux à faire que de tirer par les pieds des spécialistes des sit-ins.
Je pense qu'on la demande dans les quartiers chauds, où des jeunes sauvages on brûlent la voiture de leurs voisins, ou bien encore, on aimerait voir les CRS sur les pistes de ski, où ils assurent aussi la sécurité. Disons que la police, elle a beaucoup de choses à faire. Moi, on me la demande partout, tout le monde me demande des renforts. Alors, ce n'est ni la police, ni la loi de 2017 qui assouplit les conditions du recours à la légitime défense dans le cas des refus d'obtempérer qui est responsable de toute cette violence. Ce sont les mauvais éducateurs. Oui, et puis les réseaux sociaux aussi, on l'a vu d'après Emmanuel Macron.
Mais au fond, le plus marquant, me semble-t-il, à cet égard de son point de vue, c'est ce qu'il a dit spontanément à ses premières déclarations après la mort de ce jeune homme. Il a échappé comme ça, c'est inexplicable. Ce qui est sur son ton habituel, plein de componctions, comme une sorte de curé qui s'adresse à ses oeilles le dimanche. Il faut un culot absolument extraordinaire pour dire une chose pareille. De la part de quelqu'un qui nous a expliqué que les problèmes climatiques de l'été dernier, personne n'aurait jamais pu imaginer qu'ils auraient lieu. Ce n'est pas très surprenant. Mais c'est quand même tout à fait sidérant.
Il faut qu'il ait l'absolue certitude pour dire une chose pareille. Et donc, la mort de ce garçon par un tir policier était tout à fait inexplicable. Il faut qu'il ait la certitude qu'il n'aura jamais personne devant lui, qui que ce soit, surtout pas un journaliste digne de ce nom, pour lui opposer les faits.
C'est-à-dire que non seulement c'était parfaitement explicable par cette loi de 2017, c'est l'élément le plus récent, de Cazeneuve qui donne un permis de tuer, en fait, et il faut le rappeler, qui a été institué par un gouvernement censément de gauche, mais aussi par toute une histoire récente et lointaine du rapport de l'État et de la police avec les populations issues de l'immigration récente. C'est parfaitement explicable, parfaitement expliqué, c'était parfaitement prévisible, on peut aussi prévoir que ça va se reproduire, il n'y a aucun doute là-dessus. Et Kautar Archi, cette écrivaine, me semble-t-il, a été très claire et très juste quand elle a dit, ce garçon, Naël, il était tuable.
Il a été tué, mais avant d'être tué, il était tuable. Parce qu'il appartient à une catégorie de la population, et c'est tout à fait tout blanc, parce que ça nous renvoie au fond à une situation d'apartheid larvé. L'apartheid, c'est la séparation d'une partie de la population par rapport au reste de la population. Et le fait que, de facto, je ne parle pas dans la loi, mais de facto, dans la pratique, un certain nombre de gens n'aient pas les mêmes droits que les autres, ne soient pas traités de la même manière que les autres au quotidien.
Aujourd'hui, j'ai beaucoup de collègues qui sont enseignants dans le secondaire, et ceux qui sont enseignants dans des quartiers défavorisés savent très bien que tous les garçons de leur classe qui sont noirs ou arabes ont à un moment ou à un autre, et en général régulièrement, été arrêtés par la police, rudoyés, tutoyés, pour des contrôles. Voilà. On sait aussi la mort de Zia Débouna qui s'enfuyait, alors qu'ils se sortaient, je crois, d'un match de foot, parce que tout à coup, ils ont été coursés par deux policiers et ils sont morts en essayant de se cacher.
C'était l'indice de quelque chose que l'on sait aussi, à savoir que dans ces quartiers, il y a une espèce de harcèlement policier permanent contre les populations. Et les policiers eux-mêmes se considèrent en guerre dans ces quartiers. Voilà. Tout ça est héritier sur le long terme du passé colonial. La France est malade de son passé colonial. Le racisme systémique de l'État français est lié au passé colonial, à des habitudes qui ont été prises, notamment par le force de l'ordre à cette occasion.
Le 14 juillet prochain, on va célébrer, je crois, les 70 ans de la manifestation du 17 juillet, donc 1953, au cours de laquelle sept manifestants, dont six Algériens qui appartenaient au parti indépendantiste de l'Algérie, ont été tués par balle par la police française des membres du parti de Mesali Hadj. Tuer des Algériens considérés ou des gens issus de l'immigration ou des gens issus de l'immigration, j'allais dire presque en reprenant cette extraordinaire terminologie du président Sarkozy venu du haut de l'État, des musulmans d'apparence, c'est absolument tout un programme et c'est une formulation de Sarkozy, ou tuer des gens noirs, c'est bien plus possible que de tuer des bons blancs.
Voilà. Donc, quand le président de la République nous dit c'est inexplicable, il insulte vraiment notre intelligence. Alors, il fait aussi, il est parfaitement cynique sans doute aussi, reste à savoir combien de temps il va pouvoir continuer à faire ça. Alors, pour rebondir sur cet article de Kautar Archi, elle dit également « Nael a voulu garder cette vie que la police allait lui prendre et cela est intolérable, n'est-ce pas, qu'un homme racisé tienne à la vie des fins de sa vie, lutte pour elle n'est pas tolérée.
» Après, c'est une question de dynamique d'effet, on ne sait pas exactement comment les choses se sont passées, il est clair que c'est une exécution, il est clair qu'en fait c'est une exécution à deux et pas à un seul, il semble qu'en fait le conducteur, donc Nael, prenait des coups de crosse d'un des policiers pendant que l'autre le mettait en joue, voilà, que la voiture a avancé, enfin, de toute façon, quel que soit... qu'il fuyait pour protéger leur vie. il fuyait, la voiture a avancé alors qu'indépendamment de sa volonté à lui, mais en tout cas, il n'y avait strictement aucune raison valable de tirer et encore moins de tuer ce garçon.
Mais encore une fois, c'est quelque chose d'absolument structurel. Là, on a deux policiers qui ont commis cet acte, mais ça pourrait... Je ne vais pas dire n'importe quel autre, mais potentiellement, structurellement, alors évidemment, il y a des individus qui sont plus violents que d'autres, des individus qui ont plus envie d'en découdre que d'autres, mais structurellement, c'est un problème général, un problème de comportement de la hiérarchie policière, des hiérarchies policières, pardon, et un comportement de leur ministre et de l'État qui est entièrement soumis au pire des syndicats de police. Vous, Mathieu Slama, vous l'avez entendu, ce discours, comment vous l'avez reçu ? Alors,
je l'ai reçu, je l'ai trouvé. Autant les premières réactions, même si vous avez raison de critiquer le mot inexpliquable au cas de soi, mais les premières réactions d'Emmanuel Macron étaient, on va dire, à peu près correctes, au moins, il ne cherchait pas d'excuses à ce qui s'était passé. Bon, voilà. Tout à fait, contrairement, et puis aussi à certains politiques, évidemment,
mais là,
la réaction sur mettre en cause les jeux vidéo et les réseaux sociaux sur tout ce qui se passe depuis ce drame, et notamment les révoltes en banlieue, c'est surréaliste. Et je pose juste une question toute simple. Imaginons, il y a quelques années, lors de la révolte des gilets jaunes, est-ce qu'un politique aurait pu dire « Ah, la révolte des gilets jaunes, c'est lié aux jeux vidéo, c'est lié, voilà. » C'est des fascistes et des complotistes. Non, mais... C'est une autre explication. Je dis ça pourquoi ? C'était pas les jeux vidéo. Voilà. Je dis ça pourquoi ?
Parce que je crois qu'il y a une volonté du pouvoir d'absolument dépolitiser ce qui se passe, de vraiment d'individualiser au maximum, de considérer que, comme exactement Jean-Pierre Chevènement, dans l'excellent extrait que vous avez passé et que je trouve très éclairant, que d'ailleurs Emmanuel Macron insiste beaucoup sur les parents, sur l'éducation, etc. Et donc, je pense qu'il y a une stratégie derrière qui est de dépolitiser tout ça, refuser de donner à ces révoltes, qu'on appelle émeutes, d'ailleurs, parce qu'il y a les révoltes des gilets jaunes et par contre, il y a les émeutes des banlieues. C'est quand même assez révélateur. Ça dit beaucoup sur l'imaginaire qu'il y a derrière.
C'est vraiment lui enlever toute dimension politique, considérer qu'en fait, ces émeutes sont par nature, donc ces révoltes qu'on appelle émeutes sont par nature illégitimes, sont liées à des sortes de pulsions qui seraient liées à la mauvaise éducation, aux jeux vidéo ou quoi que ce soit. Et c'est donc, en fait, passé totalement à côté du problème puisque, vous l'avez très bien dit, il n'y aurait pas eu de révolte s'il n'y avait pas eu ce drame absolu, cette mort du jeune Naël.
Et d'autre part, il n'y aurait pas eu de révolte s'il n'y avait pas eu des décennies, finalement, d'injustice, d'inégalité, de discrimination et puis aussi de bavures policières qui ont gangréné notamment les quartiers populaires et fait monter une colère qui finalement a explosé en 2005 et réexplose aujourd'hui.
Donc, je crois qu'au fond, le gouvernement a une stratégie très claire, c'est de d'enlever à cette révolte toute dimension politique et c'est donc évidemment préparer les esprits à la possibilité d'une répression qui, moi, m'inquiète beaucoup parce que à choisir que la répression, comment dire, la force face à la manifestation d'une colère, on passe complètement à côté du sujet et on risque, en fait, d'aggraver des choses.
Et une répression qui pourrait être encore plus sévère. Je pense que vous l'avez vu passer, messieurs, ce communiqué de presse des syndicats de police Allianz et UNSA qui préviennent et qui mettent en garde les policiers sont au combat car nous sommes en guerre. Demain, nous serons en résistance et le gouvernement devra en prendre conscience. En tout cas, pour l'heure, il n'y a pas eu de réaction encore du gouvernement. Alors, là, on touche à l'attitude des syndicats policiers qui est en soi un sujet. Ces syndicats, ce n'est pas nouveau mais là, ils sortent au grand jour, se comportent de façon tout à fait factieuse.
Ils sont, en fait, dans une tradition assez longue, là encore, qui est celle de l'ORS, qui est celle d'une forme d'autonomie, de passage à l'action de l'extrême droite. Ils ont pris l'habitude parce qu'avec le tournant néolibéral, les gouvernements, depuis celui de François Hollande, mettent en œuvre une politique dont la population ne veut pas. Ils ont pris l'habitude d'être le recours ultime du gouvernement. Les gouvernements savent que sans eux, sans la police, ils ne peuvent pas gouverner. Et d'ailleurs, on se souvient qu'au moment de la réforme des retraites, il a été très fortement question, je ne sais pas comment ça s'est terminé jusqu'ici, mais d'exempter les policiers.
Et les policiers disaient eux-mêmes, mais on a sauvé ces gouvernements X fois. Nous, on s'est engagés parce qu'on sait qu'à 50 ans ou 52, ensuite, on est tranquille pour faire ce qu'on veut avec une bonne retraite. Si ça, ça disparaît, il ne faut plus qu'ils comptent sur nous. Et ils rappelaient ça. Aujourd'hui, ces syndicats, Allianz notamment, mais beaucoup d'autres, dont la tonalité idéologique reflète tout ce que l'on sait par ailleurs du vote policier, toutes les études montrent qu'il y a entre 60 et 75 % des policiers qui votent Zemmour ou Front National, se situent très clairement dans une logique, encore une fois, néocoloniale. Ils sont en guerre et ils le disent eux-mêmes.
Ils ne sont pas là pour... La résistance. Et la résistance, et là, ça nous renvoie aussi à l'OS, l'organisation de l'armée secrète qui a commis toute une série de crimes pour empêcher l'indépendance de l'Algérie. Ils sont en guerre et ils ne sont pas du tout donc au service de la population. Ils sont payés avec nos impôts, mais ils ne sont pas du tout au service du peuple. Ils sont au service de leur propre corporation qui tire ses avantages et toute sa latitude du fait qu'elle tient le gouvernement en otage.
Juste un dernier mot, un communiqué comme celui que tu viens de lire, Nadia, dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom, déclencherait immédiatement la dissolution de ces syndicats qui se placent explicitement en dehors de l'ordre républicain alors même qu'ils sont censés le garantir. Évidemment, ça n'arrivera pas parce que le ministre est prêt, comme l'a fait Darmanin récemment à propos des chiffres depuis 2017, à mentir et hontément et sans aucun scrupule devant la représentation nationale pour aller dans leur sens et pour ne pas les fâcher. Darmanin, comme Castaner avant lui et comme Touloumanin, est terrifié devant les syndicats de police.
Mathieu Slama a voulu réagir en quelques phrases des syndicats de police.
Sans être trop long, moi, j'ai lu ce communiqué qui m'a également effrayé, qui témoigne, je pense, en effet, d'une radicalisation de certains syndicats de police et d'un rapprochement avec vraiment la rhétorique d'extrême droite vraiment la plus radicale. Il y a quelque chose qui m'a aussi effrayé dans ce communiqué, c'est les mots choisis. Alors, il y a des menaces, il y a des quasi-menaces vis-à-vis du gouvernement, en tout cas, des mises en garde, voilà, vous avez raison, l'essor du cadre républicain. Mais il y a aussi autre chose, il y a le choix de mots visant ceux qui sont en révolte dans les quartiers. Donc, j'ai retenu nuisible, j'ai retenu hors de sauvage, sauvage, etc.
Donc, toute une rhétorique déshumanisante, presque animalière, qui, pour moi, est tout à fait effrayante. qui est une rhétorique, qui est aussi une manière de mettre sur la table l'idée que tout est permis, puisque ce ne sont pas vraiment des êtres humains, ou en tout cas, ce ne sont pas des êtres humains civilisés, et que donc, la répression la plus féroce, la plus forte, peut être engagée contre ces personnes, au mépris de l'État de droit, au mépris des règles élémentaires de la République. Et ça, ça me semble tout à fait symptomatique, encore une fois, du traitement de ce qui se passe actuellement, et de la déshumanisation.
Bon, alors, vous allez me dire, la déshumanisation des habitants des quartiers populaires, ça n'aide pas d'aujourd'hui, et je ne voudrais pas paraître comme quelqu'un un peu naïf qui découvre la Lune. Mais enfin, là, en l'occurrence, c'est quand même tout à fait frappant sur ce qui se passe. Et quand, encore une fois, on met ça en parallèle avec, par exemple, les Gilets jaunes, où on parlait de révolte, de personnes qui avaient des bonnes raisons de se révolter, quand on pense même encore récemment à tous ceux qui étaient dans la rue contre la réforme des retraites, on n'avait pas ces mots-là.
Et donc, je pense que c'est quand même une bonne indication de la manière dont, en France, un certain nombre de personnes perçoivent les quartiers populaires, les habitants des quartiers populaires. Et finalement, ce qui se passe actuellement, c'est aussi un très bon révélateur de tout ce qui ne va pas, en fait, dans le rapport à ces quartiers et la manière dont ces personnes sont traitées. Et vous avez raison aussi de dire que, et je finis vraiment en une phrase, vous avez raison de dire qu'au fond, il y a un risque qui est très important, c'est la radicalisation sécuritaire.
J'ai l'impression que le gouvernement est en train d'aller vers, au lieu de comprendre les causes de tout ça, d'apaiser, de comprendre ce qu'il y a derrière ces révoltes. Il ne s'agit pas encore de dire que les violences sont acceptables ou quoi que ce soit. En tout cas, moi, personnellement, ce n'est pas ce que je dis. Je dis en revanche, il faut comprendre les raisons de cette colère extrême et comment on en est arrivé là, donc de s'intéresser aux causes sociales, politiques de tout ça. Et j'ai l'impression qu'au contraire, donc on disait, il y a une volonté de masquer complètement l'aspect politique de tout ça, de se déresponsabiliser et d'aller vers un jusqu'au bouddisme sécuritaire.
Emmanuel Macron, aujourd'hui, parlait de sans tabou, regardait sans tabou l'évolution du maintien de l'ordre pour répondre à ces révoltes. Et je voudrais juste rappeler, et je finis là-dessus, désolé, c'était ce qui s'est passé après les émeutes de 2005. Après les émeutes de 2005, ce qui s'est passé, c'est le ministre de l'Intérieur a augmenté les moyens matériels alloués à la police, acquisition de 450 flashballs, 7000 grenades lacrymogènes, des grenades explosives et 5000 casques anti-émeutes.
C'est-à-dire qu'en fait, ce qui s'est passé en 2005, ça a accéléré la logique sécuritaire au lieu, au contraire, ce qui aurait dû être le cas, de la freiner et d'amener à une prise de conscience sur le fait que c'était justement cette logique sécuritaire autoritaire qui amenait à ces catastrophes, à cette colère et à ces révoltes.
D'ailleurs, Gérald Darmanin semble prendre en tout cas le chemin de son mentor, Nicolas Sarkozy qui avait énormément capitalisé sur les révoltes de 2005 et pour devenir par la suite le président et je pense que Gérald Darmanin a aussi cette perspective-là, en tout cas, pense être présidentiable ou c'est celui qu'on pourrait bien voir en tout cas après Emmanuel Macron, ce qui pourrait du coup expliquer ce revirement où une fois de plus on a vu un Emmanuel Macron qui appelait plutôt à l'apaisement qui semblait effectivement affecté, c'est là où quand même il se démarque quelque part d'autres membres en fait de la Macronie et du gouvernement qui tenaient à ce que la présomption d'innocence des policiers soit préservée.
Non, lui, il allait quand même sur le terrain de l'émotion. Enfin, le discours d'Emmanuel Macron contraste très franchement avec celui de Gérald Darmanin mais ça n'a duré que 24 heures ou 48 heures. On retrouve l'Emmanuel Macron plutôt belliqueux. La technique du good cop, bad cop. Effectivement, il est déjà revenu Emmanuel Macron sur des positions très fermes et martiales. Il y a d'autant moins de chances que le gouvernement fasse quelque analyse que ce soit des raisons pour lesquelles de façon structurelle et depuis bien longtemps les populations aussi de l'immigration récentes qui vivent dans des quartiers défavorisés sont ainsi tuables et en tout cas rudoyables au quotidien.
Il y a d'autant moins de raisons qu'ils le fassent que c'est leur politique, celle qu'ils ne veulent à aucun prix abandonner, comme politique en gros néolibérale de démantèlement des services publics et d'accroissement des inégalités, qui est la cause de la radicalisation des problèmes.
Le fait que le modus operandi de ces actions de réactions émeutes soit différent du modus operandi d'autres types de manifestations, les manifestations des Gilets jaunes ou autres, qui elles aussi peuvent déboucher sur des violences, ça renvoie dans une large mesure et ça va très bien au gouvernement parce que ça justifie ce qui est en cours depuis très longtemps, ce qui est prévu, c'est-à-dire la militarisation de la police, l'augmentation de la violence et de l'impunité policière. C'est une logique d'américanisation. C'est une logique qui est tout à fait typique des sociétés néolibérales. Regardez comment ça se passe aux Etats-Unis.
Ça commence dès les années 60 avec les émeutes de Wyatt et puis il y en a eu plein d'autres depuis. La dynamique est la même, c'est celle qu'on retrouve ici. Un assassinat policier de plus. Soulignons quand même que celui-là a été filmé, mais il y en a eu un à Angoulême il y a quelques jours, il y en a eu un à Roubaix il y a quelques jours qui n'ont pas été filmés et dont on n'a pas parlé. Rappelons aussi que Darmanin il n'y a pas longtemps essayé de faire passer une loi pour empêcher de filmer les policiers et tous ceux qui ont manifesté savent très bien que les policiers de facto brutalisent ceux qui tentent de les filmer et les en empêchent en toute illégalité.
Donc l'idée c'est d'aller dans ce sens-là. Des émeutes de populations qui se déchaînent et qui détruisent ponctuellement quand il y a un trop plein, quand il y a eu la violence de trop, tout ce qui a tout ce qu'il y a autour d'elle dans les quartiers où elles sont reléguées c'est la situation normale, un cycle normal dans une société néolibérale totalement cloisonnée avec des régions où on vit bien d'autres où on est parqué sous une forme de ségrégation avec une forme de ségrégation de facto et où on est soumis aux violences d'une police de plus en plus militarisée.
Il y a des études là encore et on le sait je veux dire regardez les entretiens que nous avons fait ici même aux médias avec Mathieu Rigousse sur la domination policière une étude qui est un classique de la sociologie qui montre comment la police hérite de cette logique coloniale et se trouve surarmée et de plus en plus militarisée. Pareil Paul Rocher qui a fait des études en ce sens-là.
Vous avez mentionné les commandes répétées depuis 20 ans de plus en plus énormes auprès de l'industrie de la sécurité de matériel proprement militaire pour les polices non pas face à un ennemi extérieur mais face à un ennemi intérieur une partie de la population tout ce qui se passe aujourd'hui était prévu voilà et se trouve géré de la manière qui était prévu. Sauf qu'aujourd'hui ces révoltes elles s'expriment aussi au cœur de la capitale jusque là elles étaient dans ces quartiers loin de nos yeux en fait finalement. C'est un exemple à Londres où ça a pu avoir lieu assez près.
Oui mais en tout cas pour la France aujourd'hui clairement les populations des quartiers populaires qui s'en prennent à leur propre bien qui mettent finalement qui déclenchent des incendies dans leur lieu de vie en fait se déplacent aujourd'hui à Paris ce qui pourrait peut-être obliger les pouvoirs publics à prendre des mesures pas forcément sécuritaires mais être plus à l'écoute de certaines de leurs revendications.
Je crois qu'il y a une hantise du gouvernement une hantise d'Emmanuel Macron qui explique pourquoi il a fait cette première réaction en bon père de la nation en bon monarque qu'il fantasme d'être tout à fait explicitement il y a une seule peur de ces gens-là de ces élites qui nous gouvernent c'est la jonction entre ce qu'Oriabu Telja par exemple a appelé les beaufs et les barbares entre les blancs perdants du système ceux qui ont fourni le gros des gilets jaunes en particulier d'un côté et puis de l'autre les populations racisées c'est-à-dire handicapées par la race qu'on leur attribue de la part des classes dominantes la jonction entre ces deux catégories de perdants du système c'est ça qui fait peur au pouvoir c'est pour ça aussi qu'il fallait absolument de la part des commentateurs quand les gilets jaunes ont commencé à en faire des fascistes on espérait bien qu'ils étaient racistes l'extrême droite s'est d'ailleurs employé pour les récupérer et puis a été très déçu c'est ça je pense la hantise du gouvernement et c'est la seule réponse politique c'est-à-dire que l'émeute non politisée celle qui consiste à tout détruire et puis finalement au bout d'un moment on finit par arrêter parce qu'il n'y a plus rien et puis on recommence cinq ou dix ans plus tard au nouveau meurtre de trop ou à la nouvelle violence de trop c'est sans issue c'est sans issue politique vous voyez aussi comme ça Mathieu Slama Emmanuel Macron auraient peur de cette convergence des luttes après tout les soulevements de la terre ont été dissous très récemment à nouveau il y a en plus ce troisième élément qui est effectivement la dissolution des soulevements de la terre si maintenant on a les soulèvements des quartiers populaires toutes ces millions ces millions de personnes qui se sont mobilisées contre la réforme des retraites et puis il y a aussi la perspective de ce débat sur la loi immigration bref plein de raisons pour faire grandir cette colère c'est ce qui pourrait expliquer le fait que ce gouvernement fait des petites concessions la loi immigration la loi qui met l'accent et qui essaie de durcir encore les conditions de vie des migrants vise précisément à empêcher à attiser à légitimer le possible ressentiment des perdants blancs en leur désignant les causes de leurs problèmes c'est à dire les racisés
alors bon moi je suis pas très très à l'aise avec cette l'idée qu'il y ait les blancs les nombres je pense à mon sens il faut pas tomber dans justement ce qui se passe en partie lié au phénomène de racisme notamment racisme systémique etc et je pense qu'il faudrait pas faire l'erreur de voir les choses avec des lunettes je sais que c'est pas ce que vous faites mais on entend parfois ce discours là les blancs les non blancs etc moi j'avoue que je suis pas très à l'aise dans cette approche là je pense en effet et je pense que c'est pour ça que le point commun entre je pense toutes ces luttes pour après revenir à ce point précis c'est que finalement on voit que sur tous ces sujets là c'est toujours le réflexe autoritaire qui prime c'est toujours le réflexe sécuritaire c'est toujours le refus de traiter les choses par leur cause par que ce soit la colère des écologistes la colère des manifestants contre la réforme de la retraite la colère des gestes jaunes et maintenant la colère des révoltés des quartiers populaires le gouvernement à chaque fois refuse d'écouter cette colère et choisit toujours le réflexe sécuritaire autoritaire parce qu'en réalité chacune de ces colères remet en cause vous l'avez très bien dit les présupposés idéologiques de ce gouvernement qui sont des présupposés néolibéraux et qui sont par nature qui ont une tendance naturellement vers l'autoritarisme ou en tout cas vers la dimension nécessairement sécuritaire donc je pense que la convergence s'il y en a une elle est là et à travers la défense évidemment de valeurs humanistes que visiblement ce gouvernement ne partage pas toujours en revanche je dis simplement faisons attention parce que ce qui se passe là aujourd'hui je pense que c'est quand même un sujet qui est propre à la manière dont on a abandonné les quartiers populaires la manière dont il ne faudrait pas que finalement pas qu'on minimise mais qu'on mette ça un peu dans une sorte de sujet plus global et qu'on en vienne à un peu oublier le problème sous-jacent qui s'oppose à nous aujourd'hui qui est que vous avez et vous l'avez très bien dit il y a des personnes qui ont moins de droits que les autres soit à cause de leur couleur de peau soit par leur situation sociale et parce qu'ils habitent certains quartiers de droits de facto parce qu'on vous répondra toujours ah mais non pas du tout c'est pas dans la loi c'est pas dans la loi donc ça n'existe pas de droits réels absolument et qui se retrouvent dans une situation de domination structurelle et encore une fois c'est ça que le gouvernement je crois refuse de voir c'est la dimension structurelle de tous ces problèmes la dimension structurelle des inégalités qui touchent en premier lieu les habitants de ces quartiers la dimension structurelle du racisme qui les touche et quand je dis ça ça ne s'agit pas de dire tout le monde est raciste ou tous les policiers sont racistes ou quoi que ce soit c'est pas ça
dire que le racisme systémique c'est dire que tout le monde n'est pas raciste
mais qu'il y a une logique raciste immanente et je crois que le sujet aujourd'hui c'est vraiment de peut-être enfin d'abord parler de ces sujets-là parce qu'en réalité ça fait des décennies que c'est comme ça et tout le monde s'en fiche un peu je veux dire ce qui se passe dans les quartiers populaires ça reste dans les quartiers populaires et on n'en parle pas on n'en parle quasiment jamais ou si on en parle c'est pour parler des émeutes comme on dit de tout ce qui va mal etc mais jamais on parle des quartiers populaires pour parler de tout ce qu'il faudrait faire pour améliorer la situation et là tout d'un coup vous avez raison quand vous dites Nadia que tout d'un coup ça touche Paris et ça oblige finalement tout le monde les médias les politiques à se confronter à ce problème finalement ces révoltes moi je déplore la violence qui se déploie à cette occasion mais d'une part écoutons encore une fois la colère qu'elle révèle et puis ensuite elle nous oblige à nous confronter à quelque chose qu'on a refusé de voir en fait que des gens même à gauche qui sont très bien intentionnés humanistes tout ce qu'on veut se refusent finalement à vraiment voir et de comprendre que là on arrive au bout finalement de décennies d'abandon de discrimination d'inégalité etc etc malheureusement je ne suis pas sûr que le gouvernement actuel soit tout à fait prêt en tout cas pour l'instant à regarder cela en face
une des premières mesures prises par Emmanuel Macron ça a été de refuser le plan Borloo qui n'était certainement pas une panacée qui n'allait certainement pas changer radicalement les choses en banlieue mais enfin l'esprit était quand même de considérer qu'il y avait un problème le plan Borloo pour les banlieues que Macron a rejeté avec beaucoup de mépris voilà ça a bien indiqué ce rejet l'état d'esprit dans lequel il était Alors on l'a appris hier le policier auteur du tir a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire toujours hier on apprenait que le policier qui a tué un Guinéen le 14 juin dernier en Charente a été mis en examen pour homicide volontaire est-ce qu'il faut on a l'impression qu'il faut des mobilisations massives et violentes pour que la justice se mette en mouvement C'est la dynamique dont je parlais tout à l'heure à l'américaine c'est-à-dire il y a une situation au quotidien qui est absolument terrible les violences éventuellement les meurtres non filmés au terme desquels la magistrature accepte sans siller sa responsabilité est énorme les versions policières il y en a plein puis un jour il y a un meurtre de trop ou il y a quelque chose qui est filmé c'est exactement ce qui s'est passé aux Etats-Unis et là il y a un soulèvement et puis ça finit par ça finit par s'apaiser voilà cette dynamique-là elle peut se reproduire éternellement c'est pas je veux dire c'est donc on a le sentiment que les jeunes des quartiers populaires pour qu'ils se fassent enfin entendre il faut qu'ils passent par cette violence alors je sais que Mathieu Slama vous déplorez énormément beaucoup c'est ça la question moi je doute qu'ils se fassent entendre typiquement le fait qu'un policier ait été mis en examen pour homicide volontaire ça va durer combien temps près de deux semaines quand même après les faits la temporalité indique quand même que le gouvernement est en train un peu de céder évidemment parce qu'ils ont la trouille mais dans un mois c'est fini ça recommence
mais surtout moi je suis hélas d'accord avec vous c'est terrible qu'il faille des révoltes et cette violence qui en plus touche les quartiers eux-mêmes moi je m'en désole d'autant plus pour qu'au moins on se mette à en parler voilà qu'au moins on se mette à parler de ce sujet donc encore une fois on refuse qu'on refuse de regarder tout comment dire toutes les organisations internationales là encore récemment l'ONU qui disait qu'il fallait que la France regarde en face les problèmes de bavure et de racisme systémique au sein de sa police etc on est souvent condamné pour discrimination en faciès etc donc ça fait des années qu'on nous dit faites attention et on ne veut pas écouter ces discours-là qui ne viennent pas de gens extrémistes ça vient d'associations d'organisations la défenseur des droits
typiquement rappeler qu'être perçu comme un jeune noir ou arabe entraîne un risque 20 fois plus élevé de subir un contrôle de police depuis 2017 le nombre de personnes tuées suite à un refus d'entempérez a été multiplié par 5 ce qui fait mentir Gérald Darmanin qui dit que les chiffres sont plutôt en baisse et en une année ce sont 13 personnes qui ont été tuées à cette liste s'ajoutent Naël est-ce que vous y voyez un crime raciste Mathieu Samar ?
Je ne peux pas le dire comme ça on verra l'enquête ce qui est évident c'est qu'il y a une possibilité tout à fait forte que les origines du jeune Naël aient joué un rôle dans sa mort mais ça j'espère que l'enquête va regarder ce facteur-là de près mais ce qui est évident c'est qu'on n'est pas tous égaux face à la police ça c'est une évidence et vous l'avez rappelé tous les chercheurs le disent la défenseur des droits l'a rappelé les associations et organisations internationales le disent c'est un problème qui encore une fois est systémique qui est extrêmement grave parce que ça remet en cause le pacte républicain et on se refuse à le voir parce qu'on est dans une logique sécuritaire depuis des années et des années depuis des années la stratégie policière a toujours consisté à donner toujours plus de moyens à la police leur accorder toujours plus de moyens de droits etc là il y avait récemment il y a eu des drones policiers qui étaient une de leurs demandes il y a eu en 2017 cette fameuse loi qui a considérablement élargi leur possibilité de riposter par les armes en cas de de refus l'obtempéré vous l'avez très bien dit rien qu'en 2022 c'est 13 morts donc c'est plus d'un mort par mois c'est considérable donc en fait encore une fois on est dans le déni on se refuse à voir ça on refuse de remettre en question la question de l'IGPN l'indépendance de l'IGPN c'est quelque chose que les gouvernements refusent de regarder on refuse la question de remettre en cause certaines pratiques notamment la question des contrôles au faciès etc il y avait je crois que c'était Jean-Luc Mélenchon je crois que voilà Jean-Luc Mélenchon proposait la remise d'un récipité ça date d'avant
c'est une vieille c'était une idée intéressante c'est une vieille promesse c'est une promesse qui remonte à l'époque de Mitterrand d'accord mais en tout cas aux années 80 et ça encore une fois Hollande l'avait dans son programme et Valls une fois au pouvoir a assumé très clairement parce que les syndicats policiers lui demandaient de ne pas le faire de renoncer à ce récipité parce qu'évidemment il y a eu des gens qui seraient arrivés en disant regardez j'en ai 25 rien que pour le mois dernier
et puis juste il y a la question encore une fois du maintien de l'ordre en tant que tel de la alors je sais pas si on peut dire militarisation mais en tout cas ils ont des armes de plus en plus létales et pareil la question des LBD après en plus ce qui s'était passé pendant les Gilets jaunes pareil on s'est refusé à remettre en cause cette dimension là du maintien de l'ordre donc en fait on est dans un déni sur ce sujet là tout le monde autour nous disent et les défenseurs des droits nous disent faites attention vous avez un vrai problème avec ça et encore une fois dire ça c'est pas considéré que tous les policiers sont ou quoi que ce soit c'est pas ça c'est de dire une autre doctrine du maintien de l'ordre est possible qui est une doctrine plus prudente qui est plus humaine qui est moins répressive et beaucoup de gens sérieux pas encore une fois des extrêmes le disent et pour l'instant les gouvernements le refusent alors pourquoi est-ce que c'est à cause en effet vous l'avez dit de certains syndicats de police qui font un lobbying très fort ou est-ce qu'il y a aussi au sein de moi c'est mon hypothèse aussi que chez les français au sein de la population il y a une demande d'autorité une demande de sécurité de fermeté etc qui fait aussi que les gouvernements se retrouvent à être dans une spirale sécuritaire qui n'a pas de fond
alors pour ce gouvernement c'est même à la justice de faire le travail vous l'avez vu le communiqué de presse et syndicat la magistrature qui rappelait que non ce n'est pas à la justice de trouver une réponse assez révolte mais c'est bien une question évidemment politique et pas et pas judiciaire sur les faits délictueux c'est à la justice mais on connaît la tradition française de soumission de la justice à la police dès qu'il s'agit de violences policières les policiers sont toujours dans le syndicat qu'on a entendu tout à l'heure prétexte tout le contraire la justice est très sévère ils sont toujours en train de se plaindre de la justice vous vous souvenez il n'y a pas si longtemps l'année dernière ou l'année d'avant de cette manifestation organisée devant l'Assemblée nationale par le syndicat Alliance qui est vraiment un syndicat fascistoïde fascistoïde est un euphémisme pour ne pas dire fasciste et quelques autres qui demandaient à ce que la justice ait encore moins de droit de regard sur l'action des policiers qui demandaient en gros un droit de tuer complet et on a vu à leur côté et ça c'était quand même absolument terrifiant non seulement Zemmour non seulement Le Pen mais je crois le ministre de l'Intérieur de l'époque je ne sais plus si c'était Castaner ou Darmanin et puis Yannick Jadot et puis Fabien Roussel donc que Yannick Jadot vient de nous dire aujourd'hui c'est inadmissible il y a des problèmes structurels ok mais il faudrait peut-être être un petit peu plus conséquent quand même en pratique je veux dire on sait très bien que les intérêts d'abord de l'industrie de la sécurité et de l'armement de la police qui sont énormes qui sont en jeu et d'autre part surtout la politique générale qui est menée ne permet pas que les choses se passent autrement pour que les choses se passent autrement pour que les problèmes soient envisagés sérieusement comme vous le réclamez à très juste titre il faut une bifurcation politique générale il faut à nouveau que l'État comme garant du bien commun dispose de moyens de moyens budgétaires pour remplir les fonctions qu'il ne remplit plus sans quoi des pans entiers de la population sont livrés à eux-mêmes parqués d'une certaine manière et objet de cette réflexion de cette répression permanente la France insoumise a pris une position qui m'a je dois dire un petit peu surpris surtout de la part d'un vieux Lamberto comme Mélenchon qui vient d'une tradition quand même où l'autorité de l'État justement qui est pas sans lien avec le chevetementisme à certains égards est privilégié la République tout ça j'étais assez surpris de voir Mélenchon avoir le courage c'est son mauvais caractère je pense qui lui permet d'avoir ce courage de l'entendre dire c'est pas au calme que nous appelons c'est à la justice et ça faire ça c'est à dire vraiment s'attirer la haine qu'il a déjà les policiers en tout cas des syndicats de police d'à peu près tous les médias et d'à peu près toute la classe politique je trouve que c'est extrêmement encouragé parce que c'est poser le problème là où il est bien sûr qu'on va appeler au calme personne personne ne souhaite qu'il y ait des violences mais le vrai problème c'est de comprendre d'où elles sortent et comment y mettre fin alors si ces violences ne sont pas souhaitables elles sont en tout cas inévitables je vous propose de regarder une petite vidéo c'est une alors je ne sais pas si elle est militante mais cette femme s'appelle Kimberly et c'est suite aussi à l'exécution sommaire de George Floyd sur les violences
donc quand ils disent why do you burn down the community why do you burn down your own neighborhood it's not ours we don't own anything there's a social contract that we all have that if you steal or if I steal then the person who is the authority comes in and they fix the situation but the person who fixes the situation is killing us so the social contract is broken and if the social contract is broken why the fuck do I give a shit about burning the fucking football hall of fame about burning a fucking target you broke the contract when you killed us in the streets and they give a fuck you broke the contract and for 400 years we played your game and built your wealth
Mathieu Slamat tout à l'heure vous parliez du pacte républicain qui est mis à mal par cette doctrine sécuritaire et au fond est-ce que c'est pas ce contrat social qui aux Etats-Unis d'ailleurs comme en France est rompu et qui explique cette violence cette colère ces révoltes qui reviennent comme ça des décennies après des décennies
oui je ne connaissais pas cette intervention mais elle est très forte et elle nous dit quelque chose je trouve de très profond et elle reflète enfin je trouve qu'elle fait beaucoup écho à ce qui se passe aussi en France en fait il y a un il y a un malentendu sur la république moi je pense et notamment à droite certains à gauche sans doute et surtout à droite bon l'exemple droite n'en parlons pas c'est que la république ça serait l'ordre voilà et ça je crois que c'est le plus grand malentendu qui soit sur la république puisque la république c'est la liberté l'égalité la justice et une fois l'ordre repose sur ses principes il n'y a pas d'ordre immanent dans une société qui violerait les principes fondamentaux de la république qui sont les valeurs de justice d'égalité de liberté et je crois que beaucoup de jeunes qui se révoltent aujourd'hui qui se révoltent ou qui sont en colère ou qui expriment la révolte de différentes manières que ce soit d'ailleurs ils considèrent que le contrat social en France n'est pas le même pour tout le monde et je pense que c'est ça le coeur de tous les problèmes et qu'il faut absolument regarder en face le contrat social n'est pas le même pour tout le monde en France et c'est ça la racine de tous nos problèmes face à la question de l'emploi nous ne sommes pas tous égaux les jeunes des quartiers populaires vont être discriminés à l'emploi vont avoir moins de chance que les autres à l'emploi les jeunes des quartiers populaires vont avoir moins de chance que les autres à l'école ne pourront pas avoir la même égalité des chances à l'école dans leur éducation les jeunes des quartiers populaires n'auront pas la même chance que les autres s'agissant de le rapport à la police à la justice comme on le sait puisqu'on en a parlé les contrôles au faciès la répression dans les quartiers etc et les jeunes des quartiers n'ont pas la même chance que les autres dans leur vie de manière générale dans le rapport à la richesse dans la possibilité de construire de construire une vie qui soit digne pour eux-mêmes ou pour leur famille etc c'est ça le problème de fond c'est que le contrat social en France n'est pas le même pour tout le monde et quand on est républicain et qu'on soit de droite de gauche peu importe quand on est républicain c'est ce problème là qu'on doit pouvoir regarder en face et qui devrait être la préoccupation de tous surtout aujourd'hui la colère qui s'exprime c'est la colère de personnes qui considèrent que la république n'est pas au niveau de sa promesse voilà je pense qu'en fait c'est très républicain de s'émouvoir de se révolter contre la situation actuelle parce qu'elle viole encore une fois les principes fondamentaux de la république et je pense que c'est ça la question qui s'oppose aujourd'hui et que tous les politiques devraient s'opposer
Julien tu veux peut-être réagir à cette vidéo à la question du pacte social la stratégie qu'il y a derrière le raisonnement que vous faites c'était celle par exemple de Martin Luther King aux Etats-Unis qui consistait à dire America must be America et à contester la situation que vivaient les Noirs et qui continuent à vivre dans une certaine mesure d'ailleurs de ségrégation et d'inégalité au nom des principes même affichés par la nationalité ça a été aussi dans une certaine mesure la stratégie des colonisés au moment où ils réclamaient l'indépendance au Chimine par exemple à Paris dans les années 20 beaucoup de colonisés de différentes parties de l'Empire français disent mais c'est parce que nous avons intégré finalement les valeurs de la Révolution française disons des Lumières et de la République telle que la Révolution française l'a voulu que nous contestons la situation dans laquelle vous nous mettez etc et oui oui oui très bien mais il faut voir que c'est un raisonnement qui a aussi ses limites c'est à dire que trop fétichiser cette notion de République ça nous a abouti en tout cas ces dernières décennies à une confiscation de l'usage et des effets des significations autour de ce terme par des réactionnaires de toutes sortes surtout à gauche d'ailleurs c'est notamment le signifiant la République qui a permis le passage et même à droite et même en fait la lepénisation dans une large mesure d'une bonne partie du parti socialiste justement il ne faut pas laisser
au réactionnaire vous avez complètement raison ce kidnapping finalement de la notion de République alors même qu'ils en mécomprennent la nature même c'est des gens qui visiblement quand on les entend parler n'ont jamais lu la déclaration des droits et je pense qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain si vous voulez l'idée républicaine je dis encore une fois l'idée l'idéal républicain d'émancipation de lutte contre tous les systèmes d'oppression c'est ça le combat des révolutionnaires je pense que ça ça doit rester un guide politique notamment pour la gauche et les progressistes au sens large
malheureusement les concepts changent selon les époques dans leur valeur réelle j'allais dire au moment où on les emploie au 19ème siècle effectivement être républicain c'est être de gauche et même être très à gauche d'extrême gauche jusqu'au début de la 3ème république aujourd'hui malheureusement si vous regardez qui se réclame de la république c'est vraiment pas très reluisant et ça peut prendre vraiment une tournure particulièrement pernicieuse pour ne pas dire perverse avec un réseau comme celui du printemps républicain qui est très représentatif de cette partie du PS qui est passé au Macron c'est efficace malheureusement c'est efficace leur discours sur la république est efficace c'est à dire que les gens entendent un discours selon lequel la république c'est d'abord l'ordre et l'ordre propriétaire pour revenir à la nuit d'hier il y a eu je crois près de 700 arrestations la répression policière en tout cas la réponse policière domine face à cette crise que le pays traverse est-ce que vous pensez que l'état pour parler de la suite le déclenchement de l'état d'urgence n'est qu'une question de temps alors ça je pense que c'est assez difficile à dire le vrai problème la vraie peur du gouvernement c'est d'être débordé on l'a dit tout à l'heure c'est la jonction en fait entre des émeutes en banlieue la reprise du mouvement anti-retraite éventuellement liée aussi à une reprise d'un mouvement qui serait celui des gilets jaunes qui serait celui des classes moyenne-basse ou basse non racisées périphériques en gros en moyenne pour les décrire rapidement avec en plus une hostilité massive à son égard à l'égard du gouvernement de la part du mouvement des écologistes leur grande peur c'est ça c'est assez compliqué à gérer parce que autant en 2005 vous pouviez comme l'a fait Chirac puisqu'il n'y avait qu'un front qui était mal vécu d'abord par les ressortissants franco-algériens bien sûr rétablir l'état d'urgence c'était la première fois en métropole en Kanaki il avait déjà été rétabli mais c'était la première fois en métropole depuis la guerre d'Algérie que l'état d'urgence était rétabli et en fait de facto seulement sur une partie du territoire ils peuvent recourir à l'état d'urgence le problème c'est que si jamais il y a d'autres éléments et chronologiquement quand même la dissolution des soulèvements de la terre est très proche le mouvement des gilets jaunes et surtout le mouvement des retraites peuvent potentiellement trouver une résurgence si jamais donc il y a plus d'un front qui commence on peut aller à l'escalade ceci dit je termine là-dessus je pense que ce gouvernement n'a aucun autre choix que la violence à terme si c'est le même gouvernement si c'est la même politique qui est menée que ce soit par Macron ou par un autre il est certain qu'il n'y aura rien d'autre qu'une qu'une montée de la violence comme c'est le cas depuis 2016 depuis 2014-2016 depuis la loi travail
alors ce qui est sûr on va vers l'escalade juste sur l'état d'urgence donc on a vu l'extrême droite réclamer la mise en place de l'état d'urgence je crois qu'Éric Zemmour notamment a fait tout un communiqué pour réclamer ça une partie de la droite aussi il me semble en tout cas il y a des personnalités politiques qui appellent à
si on les met à droite si on les met à droite
oui alors lui c'est la droite qui s'extrême-droitise hélas donc il y a une pression venue du camp réactionnaire pour mettre en place l'état d'urgence et dans les faits il y a déjà des couvres au feu qui ont été annoncés dans certaines villes il y a des images de dispositifs policiers qui sont des images qui relèvent pour moi de l'exception du dispositif d'exception et pas de la normalité on va dire de l'état sur le terrain voilà donc pour moi ça relève ça plutôt de l'état d'exception que de l'état normal à mon sens et surtout ce serait vraiment une catastrophe vu que l'état d'urgence est tellement banalisé ces dernières années à chaque crise d'état d'urgence donc les attentats terroristes états d'urgence le Covid
instrumentalisé ensuite contre les écologistes il faut souligner absolument
mais déjà pendant après les attentats terroristes déjà il y avait eu un excès dans les mesures notamment les assignations
participation à la COP21
voilà et même indépendamment des écologistes il y avait des assignations à résidence etc qui avaient inquiété notamment beaucoup de défenseurs des droits de l'homme à l'époque donc l'état d'urgence se normalise à chaque crise d'état d'urgence le Covid a été géré d'une manière extrêmement autoritaire avec des états d'urgence des confinements des couvre-feu à répétition enfin un mépris absolu des libertés publiques et des droits fondamentaux on était en guerre contre le Covid et donc c'est une possibilité moi je crois que c'est tout à fait possible que le gouvernement sous la pression du camp réactionnaire et sous la pression d'une partie de la population je suis désolé de le dire mais encore une fois il y a en France une montée de la pensée réactionnaire autoritaire qui est tout à fait demandeur d'état d'exception d'état sécuritaire
je pense que c'est la bride
je pense que vous sous-estimez beaucoup la montée à mon sens de la sensibilité réactionnaire dans le pays mais j'espère me tromper donc c'est une possibilité ce serait une catastrophe parce que ce serait encore une fois la logique sécuritaire qui s'impose et on sait ce qui se passe quand les états d'urgence se mettent en place qui serait vécu comme ça
comme cette jeunesse qui est quand même issue de l'immigration postcoloniale
qui sera vécu en tout cas comme un régime d'exception appliqué à des jeunes des quartiers populaires qui estiment en effet qu'ils vivent déjà sous un régime d'exception par tout ce qu'ils vivent au quotidien et encore une fois ce serait une catastrophe pourquoi ? parce que l'état d'urgence ça se normalise des éléments de l'état d'urgence rentrent dans le droit commun à chaque fois c'est la même chose et ça serait une nouvelle étape dans la logique sécuritaire avec potentiellement de nouvelles lois sécuritaires je sais pas il y a eu une vingtaine de lois sécuritaires ces dix dernières années et surtout
il y a la loi sécurité globale qui est extrêmement dangereuse absolument
et donc potentiellement de nouvelles lois sécuritaires etc et en fait c'est sans fin c'est sans fin et c'est moi ce que j'appelle vraiment la logique d'état d'urgence appliquée au droit commun à la politique normale et ce qui fait qu'au final on va passer complètement à côté du vrai problème qui est encore une fois les causes de tout ce qui se passe et d'aller dans une sorte de jusqu'au boutisme sécuritaire qui serait absolument effrayant et ce serait le pire scénario possible ça ne réglerait aucun problème ni même d'ailleurs de problème de sécurité parce que ça ne fera qu'envolumir la situation peut-être pas maintenant mais pour les années à venir et ça sera quelque chose qui sera amené à se reproduire dans les années à venir hélas
Si je parlais de logique coloniale c'est parce que l'état d'urgence a été instruit en 1955 en pleine guerre d'Algérie régime d'exception qui procure des pouvoirs exceptionnels à l'exécutif et il peut être déclenché donc par une décision prise par décret en conseil des ministres ça peut concerner tout tout l'ensemble du territoire ou seulement une partie et cet état d'urgence peut être déclenché en cas de péril éminent d'un teint grave à l'ordre public ou d'événements présentant le caractère de calamité publique et en 2005
il me semble que l'état d'urgence avait été mis en place dans certains alors c'était pas sur tout le territoire c'était dans certains territoires donc c'est exactement ce que vous dites en 2005 l'état d'urgence avait été prononcé et encore une fois il y avait eu des atteintes aux libertés très importantes
ce qui pose la question de la pensée coloniale que tu as posée très vite dans cette discussion Julien Théry je vous propose de vous lire un petit passage une analyse qui a été faite par un anthropologue Yazid Benouné qu'on a reçu il n'y a pas très longtemps et qui est également chercheur au CNRS il expliquait que ce Naël ce jeune franco-algérien est mort exécuté à Nanterre et il y a donc une symbolique comme les autres Algériens partant des bidonvilles de Nanterre et ou mort à Nanterre 17 octobre de 61 il y a eu dans un premier temps tentative de dissimulation de son exécution il y a eu été heureusement cette vidéo accablante l'extrême droite tente toujours de dissimuler en salissant l'image et la réputation de cet adolescent c'était la même chose en 61 tu l'as rappelé également Julien le fait que cette extrême droite est héritière de l'OAS et du groupe Charles Martel qui ont fait couler beaucoup de sang d'Algériens en Algérie donc finalement le problème est encore intimement lié à ce passé colonial et qui vient se télescoper dans le présent et d'ailleurs à ce sujet on recevra très prochainement Malika Mansouri qui est auteure de Révolte postcoloniale au cœur de l'Hexagone professeure des universités et psychologue Julien je pense que ça dépend ça dépasse le périmètre de ce qu'on appelle directement l'extrême droite c'est une tradition profonde profondément enracinée dans la population dans l'imaginaire des français dans la police dans ces traditions qui à des moments particulièrement difficiles ressort clairement sous forme d'extrême droite mais qui est là un suprémacisme un sentiment de suprémacisme impensé sur certaines catégories de la population et ça ça se perpétue y compris quand il n'y a pas d'émeute y compris quand il n'y a pas d'incident filmé qui déclenche ce genre de choses au quotidien et c'est quelque chose qui est vécu par les populations et à quoi jamais les pouvoirs et surtout pas les pouvoirs de gauche ont voulu remédier vous habitez en banlieue proche vous êtes noir les matins il faut vous prévoir une demi-heure de plus à votre horaire parce que sinon une fois par semaine vous arrivez en retard parce que vous allez être arrêté et contrôlé si vous êtes blanc ça ne vous arrivera jamais ce type de situation de différentiel des droits il s'ancre profondément dans la tradition coloniale française on peut parler d'héritage bien sûr et en même temps ça se réinvente ça reprend forme à chaque fois c'est-à-dire que le maintien de l'ordre aujourd'hui n'est pas exactement le même que celui qui était en vigueur dans les colonies là-dessus il y a des travaux qui sont très éclairants j'envoie en particulier aux travaux de Mathieu Régoust et à son livre qui est un classique qui a été réédité récemment qui s'appelle La domination policière
alors bon moi je n'ai pas la compétence voilà universitaire ou quoi que ce soit pour rentrer vraiment dans le détail de cette question de l'héritage finalement parce que c'est ça la question l'héritage coloniale et aussi de l'Algérie finalement parce que c'est quand même tout ça dont on hérite aujourd'hui pas aujourd'hui d'ailleurs depuis la fin de la guerre et qu'au fond il y a quelque chose là-dedans qu'on n'a jamais vraiment soldé en quelque sorte et qui continue à nous hanter moi ce que je constate en revanche c'est que par exemple le jeune Naël tout de suite après ce drame et sa mort on a une partie l'extrême droite évidemment mais aussi une partie de la droite a tout de suite évoqué son potentiel casier judiciaire tout de suite l'a présenté comme un délinquant
et certains très vite les éléments de langage de la préfecture regardez ce qui s'est passé avec Chouvia c'était pareil la mort de Cédric Chouvia c'est une tradition la police Le Point notamment je croyais un certain Truchot des Grosses Têtes et puis plein d'autres tous les journalistes derrière à l'avenant disent ah mais il y avait un casier judiciaire ce qui sous-entend que dans leur esprit si on a la moindre trace dans les registres de la police on peut être exécuté c'est moins grave
si on est un noir en arabe c'est ça c'est à dire que il y a tout de suite la présomption de culpabilité alors qu'on parle de victime ça avait été la même chose pour Adama Traoré ça a été la même chose pour Théo criminalisation c'est à dire c'est vrai que c'est surtout l'extrême droite mais aussi
on parle des journalistes moins que tous ces journalistes soient l'extrême droite si on classe l'extrême droite tous les journalistes qui ont fait ça et je suis assez d'accord pour ça et d'ailleurs malgré la diffusion des images je ne veux pas
parce qu'il y a des journalistes qui font quand même bien leur travail heureusement et qui ne tombent pas dans ces pièges là
à la fois faire bien leur travail peut-être et dire ce genre de choses à l'antenne voilà même d'ailleurs malgré la diffusion des images qui clairement démontrent la culpabilité de ce policier on pouvait entendre encore ça hier sur France Inter je propose de regarder Naël était-il connu des services de police Europe 1 a affirmé hier qu'il y avait 15 mentions qu'il avait 15 mentions au fichier des antécédents judiciaires ça n'a pas été confirmé qu'en est-il ?
parce qu'on lit tout et on entend tout et n'importe quoi en fait c'est pas l'objet du débat ça n'a pas de sens de réfléchir ainsi peu importe peu importe s'il était connu ou pas des services de police ce qui s'est passé ce drame rien n'excuse évidemment sa mort mais c'est vrai que certaines sources policières où on a des fois certaines fuites qui mettent en avant un casier judiciaire ou des fois des inscriptions même dans la main courante qui est de l'infrajudiciaire qui n'est pas de casier judiciaire il n'y a aucune difficulté mais tout ça n'a pas de sens et n'a pas d'importance ce qui est assez extraordinaire dans ce passage c'est que c'est la représentante du gouvernement qui est moins réactionnaire que Léa Salamé puisque Léa Salamé qui a sans doute pris trop l'habitude d'être une sorte d'attachée de presse du gouvernement et du maintien de l'ordre va si loin que la représentante du gouvernement pour ne pas se discréditer lui dit non mais vous savez ce n'est pas parce que quelqu'un a triché en posant ses légumes au supermarché que la police a le droit de lui tirer une balle de la tête je ne veux pas
faire le défenseur des journalistes mais je vais essayer de le faire un peu j'ai vu cette séquence et j'ai quand même l'impression que Léa Salamé veut juste clarifier ce sujet et j'ai l'impression que dans son effray c'est plutôt pour dire mais en fait il n'avait même pas voilà mais en fait il n'avait même pas de casier parce qu'en fait visiblement il n'avait même pas de casier mais en effet
c'est déjà faire diversion
en effet en tout cas je pense que la réponse de la représentante du ministère de l'intérieur était parfaite et c'est
elle lui a donné le beau rôle elle n'était pas venue là pour ça la représentante du ministère de l'intérieur parce que ce qu'on attend du ministère de l'intérieur c'est qu'il s'attaque aux problèmes structurels qui ont donné ce meurtre et qui en avait donné plusieurs la semaine d'avant ou les 15 jours d'avant et là elle se retrouve dans une position grâce à Léa Salamé dans laquelle elle a le beau rôle et c'est même elle finalement qui paraît progressiste et bien meilleur
bon mais tant mieux réjouissons-nous on n'a pas beaucoup d'occasion de nous réjouir mais réjouissons-nous qu'au moins la représentante du ministère de l'intérieur tient un discours républicain qui ne soit pas celui de l'extrême droite ou quoi que ce soit je trouve qu'au moins là-dessus on peut se dire qu'il n'y a pas eu une erreur de fait qui peut-être il y a quelques années aurait été faite mais en tout cas pour revenir à ce réflexe en permanence c'est quand encore une fois c'est quand ça touche les personnes des quartiers populaires ça touche les personnes racisées donc c'est là aussi je pense où il y a cette imaginaire qui est encore très présent qui fait qu'on considère la citoyenneté est à double vitesse voilà et je voudrais vous lire le tweet d'un élu du maire donc c'est Arnaud Robinet qui est le maire de Reims et qui utilise je voulais vous le dire parce que je trouve que c'est tout à fait révélateur et ça répond assez à votre question je pense ce soir la racaille a pris prétexte d'un décès pour mettre à sac Reims pour piller pour brûler pour détruire simplement par plaisir j'adresse tout mon soutien à nos forces de l'ordre qui sont confrontées à ces hordes de sauvages
c'est un maire L ou LR ?
LR une chose est claire ces gens-là n'ont qu'une place digne de leur sauvagerie la prison alors je trouve que c'est très révélateur parce qu'encore une fois il ne s'agit pas de dire que c'est bien les gens qui ont commis des violences ou quoi que ce soit ce n'est pas du tout mon sujet mais ils ne diraient pas ça des gilets jaunes ils ne diraient pas ça des gilets jaunes qui quand même ont cassé un certain nombre de hauts champs d'Elysées enfin je veux dire c'était spectaculaire la violence des gilets jaunes c'était pas rien voilà ils n'auraient pas dit ça même d'un criminel blanc voilà et cette rhétorique encore une fois du sauvage du barbare etc est très très présent quand il s'agit des personnes racisées et des habitants des quartiers populaires et c'est forcément c'est pas un hasard mais le problème de ça derrière le racisme sous-jacent chez certains derrière il y a aussi cette idée que comme ce ne sont pas vraiment ce sont des humains des citoyens de second catégorie on peut se permettre plus de choses dans la répression on peut aller plus loin dans la manière de réprimer dans la manière de mater la révolte ce qu'ils appellent les émeutes et ça je ne sais pas si c'est l'héritage colonial mais en tout cas on n'a pas résolu du tout mais c'est même le contraire la question du racisme de
ce qu'on reproche aux insoumis dans cette histoire ce que vous décriviez là c'est-à-dire une catégorie de la population qui n'a pas le même statut juridiquement elle l'a aujourd'hui mais de facto elle ne l'a pas et d'ailleurs on l'appelle racaille dès qu'il y a un problème c'est exactement par définition la situation coloniale ça s'appelle la situation de l'indigénat c'est ce qu'on appelle les indigènes par opposition aux colons
mais dans la situation coloniale c'est juridique ce que je veux dire c'est que c'est inscrit dans le droit
tout à fait dans la situation coloniale c'est inscrit dans le droit c'est pour ça que l'héritage l'héritage est dans la pratique mais enfin les résultats dans une large mesure sont les mêmes ça s'appelle aussi l'apartheid puisque la conséquence la conséquence de ce double statut de l'existence d'une population qui n'a pas les mêmes droits que les autres qui est dangereuse qui doit être tenue en respect ça s'appelle l'apartheid et c'est
je pense que les mots bon moi après c'est mon avis je pense qu'il faut faire attention aux mots qu'on utilise apartheid colonisation on ne peut pas dire que c'est la situation actuelle dans laquelle on est mais en revanche
c'est pas une situation juridique on est tout à fait d'accord ceci dit ça tend à devenir une situation de facto et si vous observez bien nos fans de la république nos grands ceux qui n'ont que la république à la bouche en particulier au PS ce sont des gens qui ont une passion tout à fait étonnante pour l'état d'Israël et pour la manière dont l'état d'Israël gère certaines populations parquer une population dans certaines zones du territoire parce qu'elle est dangereuse et laisser de facto de facto pas forcément juridiquement les forces de l'ordre à peu près faire tout ce qui doit être fait sauf quand vraiment ça va trop loin alors là on se réécrit il y a un endroit au monde où c'est comme ça le seul c'est vraiment d'une manière c'est une situation post-coloniale entre parenthèses évidemment c'est l'état d'Israël je suis désolé mais à un moment donné on ne peut pas ne pas être troublé par ces situations si on veut voir la généalogie coloniale de tout ça ça sent qu'en plus il y a le fait que beaucoup de ces populations racisées sont issues de l'Algérie et puis on en parlait à l'instant la perte au fond de l'Algérie parce que c'est quand même ça c'était une colonie de peuplement pendant un siècle et demi des européens s'y sont enracinés quand ils sont partis c'était là xème génération ils ont considéré qu'on leur avait pris leur terre et ça peut se comprendre puisque ça faisait parfois plus d'un siècle que c'était la leur ils ne se souvenaient plus qu'en fait leur ancêt l'avait prise eux voilà ça a des effets bien sûr
moi je ne suis pas du tout d'accord avec ce qui vient d'être dit quand même je pense que c'est là je pense qu'on a un point de désaccord profond je pense que la question d'Israël est complexe et je pense que il ne faut pas je pense que il faut faire attention aux comparaisons ou quoi que ce soit mais surtout moi je pense vraiment que c'est beaucoup plus complexe je pense qu'il faut faire attention à ne pas simplifier la situation je ne dis pas que c'est ce que vous faites mais il ne faut pas la situation est complexe c'est à dire que c'est des mécanismes structurels on l'a dit à la fois de discrimination c'est un imaginaire qui est aussi encore très présent qui n'est pas forcément d'ailleurs comment dire conscient chez certaines personnes qui ont très bonne attention quand on voit les discriminations au travail les discriminations par exemple pour avoir un logement etc ce n'est pas forcément des choses qui sont conscientes il y a un racisme conscient et qui monte d'ailleurs dans le pays et qui est tout à fait inquiétant et qui va de pair avec la montée de l'extrême droite mais il y a aussi des choses qui sont beaucoup plus inconscientes qui sont de l'ordre de la France et que du coup je pense que ce n'est pas lié à des questions qu'on pourrait qualifier d'apartheid ou de colonial ou quoi que ce soit c'est des choses qui sont plus complexes qui sont plus ancrées dans le fonctionnement social du pays et c'est aussi en regardant cette complexité qu'on peut faire avancer les choses au sens où si on voit la question qui est structurelle mais qui n'est pas dans l'ordre juridique c'est ça que je veux dire je pense qu'on regarde mieux les choses quand on voit les choses aussi dans leur complexité et qui ne se réduisent pas à soit des comparaisons étrangères ou quoi que ce soit ou voilà c'est juste ce que je veux dire il y a une complexité je pense qu'il y a peut-être une tentation aussi il peut y avoir une complexité des similitudes à la pointe
quand on compare on ne dit pas que les choses sont identiques au contraire sinon on ne les comparerait pas ce sont des choses différentes on est bien d'accord
etc je trouve qu'on on est un peu à côté parce que à mon sens encore une fois parce que du coup on est tellement dans l'exagération on est tellement dans le malheureusement aller se promener dans certaines banlieues et voir ce qu'il se passe je pense qu'on n'est pas dans la bonne description qui est en fait une situation je pense beaucoup plus complexe c'est beaucoup plus inscrit dans les mentalités et que c'est contre ça qu'il faut lutter et j'ai l'impression que quand on décrit quelque chose de manière un peu excessive c'est pas forcément la meilleure manière pour lutter c'est juste mon avis je me permets d'accord
après Julien si tu veux peut-être clarifier de nouveau ton propos mais je pense que ce que Julien voulait dire et ça on était tous d'accord en tout cas au début de cette émission c'est que ces jeunes issus des quartiers populaires n'ont pas forcément les mêmes droits le droit aussi à ne serait-ce que l'égalité des chances à l'école c'est un rêve très lointain pour eux l'accès au logement aussi est très compliqué un horizon qui est complètement bouché des contrôles au faciès qui sont répétés ce qui existait du temps d'ailleurs aussi de l'Algérie coloniale il y a des territoires aujourd'hui et depuis des décennies en France où les populations ne vivent pas du tout dans les mêmes conditions que les nôtres ailleurs sont soumises à des violences et à un arbitraire policier que les autres catégories de la population ne connaissent pas souvenez-vous Théo et ce qu'il a subi de la part de policiers là il se trouve qu'il y avait il se trouve qu'il y avait des caméras mais bien souvent il n'y en a pas donc des territoires dans lesquels de facto un autre ordre règne qu'ailleurs ça commence à ressembler à quelque chose qui est de l'ordre de l'apartheid après j'ai pas dit que c'était juridiquement dans les textes j'ai pas dit que c'était juridiquement dans les textes mais l'entendu cette violence est justifiée par des politiques par des journalistes des éditorialistes voilà un pouvoir avec des relais médiatiques qui viennent justifier ce qui se passe dans ces quartiers une manière de gérer ça sans mettre la ségrégation dans les textes parce que c'est parfaitement illégal au regard de toutes les normes internationales c'est justement l'état d'exception
parce que justement
l'état d'exception il lève toute une série de barrières et il va permettre de se comporter de la manière nécessaire ici et d'une autre manière là sans que ce soit dans les textes
après vous dites c'est illégal ou quoi que ce soit oui mais si l'extrême droite arrive au pouvoir demain la préférence nationale elle le mettra en place et on peut être certain qu'elle trouvera des manières de mettre en place des lois tout à fait discriminatoires etc et c'est ça aussi c'est ça aussi je reviens un peu à notre discussion mais c'est un débat voilà c'est que comment dire encore une fois décrire la situation de manière précise et sans non plus rentrer peut-être dans une sorte d'outrance parfois etc c'est aussi ce qui nous permet de nous dire qu'il y a l'extrême droite qui est aux portes du pouvoir et qui si elle accède au pouvoir là on rentre dans un autre régime là en effet en Israël
cette extrême droite est au pouvoir c'est là qu'il y a une fois de plus d'estimilitude
en Israël l'extrême droite est dans une coalition en effet et c'est tout à fait inquiétant ce qui se passe
la réponse consiste pas à ne pas vouloir voir les choses
au contraire je pense que toute notre discussion on a partagé c'est juste moi la différence que j'ai ça sera seulement sur certains mots et certaines qui pour moi seront un peu excessifs
il peut devenir important de mettre des mots sur les choses pour terminer sur l'hypothèse que vous faites de l'extrême droite qui arrivera au pouvoir et qui dites vous inscrirait là carrément dans la loi des mesures discriminatoires c'est quand même un scénario qui qui sert à se faire peur en tout cas c'est sûr mais qui est pas très probable la vraie question dans ce cas là ça serait de savoir dans quelle mesure la bourgeoisie française petite moyenne est prête à suivre serait prête à suivre un gouvernement dans cette voie sachant que les institutions internationales s'inscriraient en faux et que ça serait quand même assez difficile à gérer il faudrait d'ailleurs de toute façon qu'il y ait une majorité l'extrême droite à l'Assemblée nationale ce qui est un scénario voilà qui est il suffit pas qu'il y ait une élection l'élection de quelqu'un d'extrême droite il faut encore que cette personne puisse gouverner même si la 5ème république donne de très larges pouvoirs à l'exécutif il y a quand même un certain nombre de limites voilà un gouvernement qui fait dans une large mesure la politique de l'extrême droite tout en se présentant comme un garde-fou contre l'extrême droite c'est aussi un dispositif qui est extrêmement pernicieux et qui peut nous emmener vraiment dans le décor je dirais alors on va devoir conclure messieurs j'avais encore plein d'autres questions peut-être une dernière comment on met un terme finalement au cycle de la violence quelle politique devrait être menée pour éteindre cette colère populaire très rapidement s'il vous plaît
voilà un mot il est évident que si le gouvernement avait un peu le sens des responsabilités déjà il annoncerait l'abrogation de cette loi si c'est la chose la plus évidente de cette loi de 2017 et de cet article en particulier qui a considérablement aggravé la situation par rapport au refus d'obtempérer ça c'est une première chose ensuite dans l'idéal aussi une réforme de la police du cadre régissant l'action policière la question de l'IGPN qui devrait être posée bref en tout cas un vrai questionnement quitte à que ce soit vous savez des états généraux ou quoi que ce soit j'en sais rien mais il y a un vrai questionnement sur le maintien de l'ordre et puis enfin évidemment peut-être revenir si on est réaliste revenir au plan Borloo qui quand même prévoyait je crois 50 milliards il y avait 19 propositions 50 milliards d'euros sur la table ça a été jeté à la poubelle plus ou moins il y a quelques petites mesures qui ont été reprises bon bah ça si on est réaliste ça ça serait déjà un bon début de la part du gouvernement mais j'ai pas l'impression que ce soit la voie qu'il voudrait prendre Julien
ce qu'on a pu voir de la personnalité d'Emmanuel Macron depuis qu'il est au pouvoir c'est extrêmement improbable qu'il reconnaisse quelque tort que ce soit à sa politique il a vraiment une personnalité dont on comprend en fait à sa entourage le dit de plus en plus qui est extrêmement autoritaire qui supporte pas la contradiction alors ceci dit comme la loi de 2017 qui est quand même le déclencheur direct de la multiplication des meurtres policiers a été passée non pas par lui mais sous un gouvernement précédent par Bernard Cazeneuve on pourrait imaginer que ça lui permette de dire en fait c'était une erreur de mes prédécesseurs et on pourrait imaginer qu'il remette dessus franchement j'y crois pas parce que encore une fois Emmanuel Macron aussi autoritaire et imbu de sa personne qui soit est absolument pieds et poings liés face aux syndicats policiers c'est à dire que s'il y a une rébellion des policiers et je vous rappelle qu'il y avait des mouvements policiers qui ont abouti à la manifestation devant l'Assemblée nationale t'en parlais l'autre jour régulièrement ces dernières années de protestations parce qu'ils sont épuisés évidemment la gestion par la répression de l'impopularité des mesures qui sont prises contre la volonté du peuple ça demande beaucoup d'énergie on a beau augmenter le budget de la police on a beau mieux les armées ils sont épuisés ils ne peuvent pas se permettre d'avoir une vraie grande policière Emmanuel Macron il est pieds et poings liés face à la police donc ça ne risque pas d'avancer pour raconter sur les acteurs de la société civile peut-être pour faire avancer au niveau local on va le voir conclure mais je voudrais peut-être soulever une piste une solution qui avait été celle qu'avait choisie Jacques Chirac en 2005 au lendemain des révoltes qui ont fait suite à la mort de Zaydebuna il avait convoqué les patrons de Chêne pour leur demander de refléter un peu mieux la diversité de la société française et donc il y a un lien à faire entre la question des révoltes et cette question d'une meilleure représentativité donc de la reconnaissance de ces populations dans l'espace médiatique à la télé qui sont vues comme des lieux de reconnaissance en sociologie des médias c'était oui ça Nadia j'ai peur que ça ne change pas vraiment grand chose l'un des derniers crimes policiers aux Etats-Unis qui a défrayé la chronique un noir de plus assassiné par la police il a été perpétué par des noirs je veux dire malheureusement c'est justement ça un problème systémique il y a un problème systémique c'est pas un problème de personne donc je veux dire on pourrait avoir plein de noirs plein d'arabes à la télé et plein de noirs plein d'arabes journalistes il n'y a pas que la question de la représentativité il y a la question c'est la représentation et donc des discours il ne s'agit pas seulement d'avoir des arabes et des noirs à la télé il s'agit aussi de défendre des discours peut-être plus inclusifs oui mais l'idée l'idée oui mais malheureusement c'est pas parce qu'il y aura des gens plus de gens même s'il le faut issus de ces populations-là qui auront la parole que le discours
en tout cas ce qui est certain c'est qu'il y a un enjeu qui est central qui est la lutte contre les discriminations alors il y a certainement beaucoup de choses qu'on n'a pas encore tentées sur cette chose-là mais il est évident que ce soit de la discrimination positive ou des mécanismes beaucoup plus ambitieux en matière de lutte contre les discriminations que ce soit à l'emploi par rapport au logement dans tous les domaines de la société ça c'est peut-être le problème numéro un qui est le plus central et qui explique une grande partie de ce qui se passe aujourd'hui c'est évident qu'il faut quelque chose de très ambitieux en la matière
je vais conclure je vais conclure j'aurais aimé poursuivre cette discussion avec vous on va la poursuivre avec Malika Mansouri toujours sur ce sujet des révoltes et notamment des révoltes post-coloniales merci beaucoup de nous avoir suivis on vous rappelle que nous lançons cette campagne de milieu d'année si nous voulons survivre à la télé être prêts pour le grand virage de la saison 7 du Médial il nous faut mobiliser au moins 100 000 euros de dons on est déjà à plus de 50 000 euros récoltés je vous rappelle rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien on compte sur vous et quant à moi je vous donne rendez-vous très prochainement pour poursuivre ces échanges très instructifs merci messieurs merci merci Merci.