Discours du Président Emmanuel Macron depuis le chantier de la centrale nucléaire de Penly.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La centrale possède deux réacteurs, 1300 MW. La construction du premier a été lancée en 1982, le deuxième en 1984. Ils ont été mis en service en 1990 et 1992. Les réacteurs ont produit l'an dernier près de 17 TWh, près de 5% de la production nucléaire française. Le site possède 160 hectares et nous sommes ici sur la partie qui va accueillir les deux premiers EPR2 de la série de 6 EPR que nous prévoyons pour la France. Notre objectif est une mise en service du premier EPR2 d'ici fin 2038, suivi de 18 mois par le deuxième.
Alors vous pourrez y trouver des marques de la manière dont nous comptons nous y prendre avec Xavier Gruse, le maître d'ouvrage, Thierry Numerou, le maître d'oeuvre et toute l'équipe aussi qui est mobilisée. La sécurité est notre priorité numéro un, sécurité sur le chantier. Et puis nous avons également tiré les leçons des retours d'expérience de Flamanville 3, d'Aulky Liotto, d'Inkley Point et de Taishan. La logistique est absolument déterminante et nous organisons l'ensemble en gagnant des surfaces sur la mer. Nous investissons aussi dans la logistique d'accès. La mobilisation de tout sur les délais est aussi quelque chose d'essentiel pour nous.
Pour nous, chaque minute compte et pour être à l'heure, nous avons choisi de partir tôt. Vous voyez, la décision finale n'est pas là, mais vous avez déjà près de 1 500, 1 100 personnes sur le chantier. Il y a aussi un esprit de partenariat industriel. Les équipes ici travaillent ensemble et c'est un esprit que nous comptons développer pour les EPR2. Et puis c'est un projet de territoire. Un tiers, deux tiers des personnes qui travaillent ici sont issues du territoire. Il y a eu la conclusion récemment d'une enquête publique, 500 expressions, beaucoup d'institutions qui nous ont soutenus.
Et un grand merci à tous les représentants du territoire pour leurs contributions, leurs efforts dans tous les domaines, infrastructures, logistiques, compétences. Vous voyez donc de grands challenges, mais nous sommes prêts. Et puis je vais donner la parole à Frédéric Aignan, qui est lui le directeur de tout cet ensemble. Alors il a une expérience extraordinaire et on compte sur toi. La parole est à toi, Frédéric.
Merci Bernard. Je suis honoré de vous accueillir, M. le Président public, M. le Premier ministre, l'ensemble des élus sur le site de Port-Lille. Donc qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? On fait ce qu'on appelle les travaux préparatoires. Donc c'est des travaux qui sont autorisés depuis qu'on a eu obtenu des autorisations administratives à l'été 2024. Le site a été ouvert début 2024. La première chose qu'on a faite au titre de ce décret, c'est de faire des actions de préservation de l'environnement. Les jeunes générations sont extrêmement attachées à ce genre d'approche et on en rend compte sur le sujet. On a fait des déplacements d'espèces hors du site.
On a 70 hectares de compensation sur le territoire autour du site pour compenser les impacts qu'on a ici sur le site de Port-Lille 3-4. Et rapidement, on a commencé à faire les terrassements que vous voyez derrière nous. Donc globalement, on a une zone qui est bien sûr de falaise. L'idée, c'est d'utiliser le maximum des surfaces, les surfaces en haut, les surfaces où seront construits les deux EPR-2. Les deux EPR-2 seront construits parallèlement aux deux 1300 MW qui sont derrière nous. Et pour faire des EPR-2 qui sont de grande puissance, on a besoin de faire de la place. Donc la falaise avait déjà été reprofilée.
Il y a déjà eu des projets dans le passé de construction de réacteurs ici, notamment deux N4. Les N4 sont un peu plus petits que les EPR-2. Donc on doit reprofiler un peu plus que ce qui avait déjà été fait. Donc on enlève de la craie, de la falaise. On aura enlevé 3 millions de mètres cubes quand on aura fini à la fin de l'année. Et ces 3 millions de mètres cubes, on va les mettre en mer. Et on fait une extension en mer de 20 hectares. Donc ces 20 hectares ne vont pas servir à faire l'ouvrage nucléaire en lui-même. Et ça va nous permettre d'avoir de la place pour gérer la logistique dont Bernard parlait, pour mettre des ateliers de préfabrication, pour avoir des zones de travail.
Et donc c'est derrière nous. On a déjà fait à peu près la moitié de cette extension en mer. Et on fait une extension en mer. Un océan, ça bouge, il y a des vagues. Et donc qu'est-ce qu'on fait ? On fait une digue. Et donc si vous voyez derrière moi, il y a des blocs de béton. On fait 15 000 blocs de béton avec FH qui s'occupe de cette activité-là. Et ces blocs de béton sont des blocs qui vont servir à protéger la nouvelle extension en mer, de la mer, des tempêtes qui arriveront, de la houle, pour globalement que notre extension en mer soit pérenne sur des dizaines et des dizaines d'années.
Et donc vous voyez derrière nous, il y a 200 engins lourds globalement qui travaillent sur l'ensemble du site depuis des mois. Et on aura fini l'essentiel de la préparation de site à la fin de cette année, en lien avec la décision d'investissement et l'autorisation qu'on attend de l'autorité de sûreté nucléaire pour le décret d'autorisation de création qui nous permettra de lancer la vraie construction des centrales nucléaires à partir de l'année prochaine. Donc on est à peu près 1 000 personnes ici, donc au nom de l'ensemble des salariés qui travaillent ici, l'ensemble des entreprises partenaires.
C'est un grand honneur de vous recevoir ici et de vous montrer l'engouement qu'on a sur ce projet de grande taille, de grande envergure qui nous oblige pour des dizaines d'années, sachant que globalement, si on est prêt à horizon 2038, on va exploiter pour au moins 60 ans. On est déjà en 2100. Et donc ça donne du sens à l'ensemble du travail que les gens font ici. Quand on se lève le matin, on sait à quoi on contribue pour notre pays. Merci à vous.
Bien. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les parlementaires, maires, président, département et vice-président de la région, monsieur le préfet de région, mesdames, messieurs, je suis très, très heureux, très fier d'être avec le gouvernement ici parmi vous. D'abord pour venir voir le chantier, vous remercier. Et puis ensuite, on va tenir un conseil de politique nucléaire qui va permettre de prendre des décisions qui vont avancer exactement sur le chemin que vous venez de décrire. Et au fond, je voulais simplement vous dire quelques mots, quelques convictions, exprimer notre gratitude. D'abord, moi, je sais collectivement d'où on vient.
La France, elle est dans la situation où elle est aujourd'hui, parce qu'il y a plusieurs décennies, nos prédécesseurs ont pris des choix courageux, visionnaires, de croire dans le nucléaire, de bâtir le nucléaire en France. Et ça a été une extraordinaire force qui nous a permis de résister à beaucoup de chocs, de tenir, et d'être à l'avant-garde du nucléaire, civil et militaire. Il y a quelques jours, j'étais aux côtés de nos marins, de nos soldats sur le Charles de Gaulle. C'est aussi grâce à cette technologie qu'on a stabilisé après la Deuxième Guerre mondiale. Ça, c'est la force de la France, c'est notre ADN.
Pays d'ingénieurs, d'inventeurs, de femmes et d'hommes qui savent bâtir des projets en long cours pour leur indépendance. Le nucléaire, c'est ça. Je n'oublie pas aussi où nous étions il y a 15 ans. Il y a 15 ans, on était 48 heures après Fukushima. Il y a 15 ans. Le monde entier se disait, c'est fini pour le nucléaire. Il y a 15 ans, je me souviens aussi, on commençait une période terrible pour le nucléaire français. Fête de crise, de chocs. Beaucoup de gens nous disaient que c'était terminé et n'y croyaient plus. Il y a 11 ans, la France avait une loi qui disait qu'il fallait passer de 75 % de production d'électricité à 50 %. On amorçait cette sortie, etc., etc.
Et collectivement, sur les 10 dernières années, on a changé tout ça. Et je dis, c'est notre boulot à tous, collectivement, les élus qui sont là et la grande famille du nucléaire français par les décisions collectives qu'on a su prendre. Et je veux vraiment remercier le CEA, EDF, Framatome, Orano, l'ensemble des grands acteurs qui font la famille, justement, du nucléaire français et l'ensemble des entreprises qui y contribuent. Effage est là et avec nous, beaucoup d'entreprises aussi qui sont sur ce projet parce qu'au fond, c'est des projets très technologiques, on le disait, mais c'est de la logistique, c'est des bâtiments, c'est de la métallurgie, etc.
Qu'est-ce qu'on a fait ces 10 dernières années ? On a freiné les décisions qui étaient parties. On a dit, on ne va pas aller si vite, on va regarder. On a ensuite demandé à l'AIERTE un rapport. On a dit, n'allez pas si vite que ça. Pas une bonne idée. On a réparé la filière en démontant ce qui n'allait pas. Je n'étais pas dans les mêmes fonctions, mais je me souviens qu'il y a 11 ans, j'ai nommé Bernard à ce moment-là chez Framatome. Il n'y avait pas beaucoup de gens pour aller chez Framatome, je vous le dis. Il a fait le boulot pendant 10 ans formidablement. Les acteurs de la filière l'ont remonté. On a consolidé. On a fait un investissement énorme, le grand carénage.
On a augmenté notre sûreté avec le travail de l'ASN. Je n'oublie pas aussi, justement, nos autorités de sûreté. On a renforcé la recherche. On a investi. On a réacquis les compétences. On a su aller au bout de Flamanville. On a su lancer le projet britannique. Et on se retrouve aujourd'hui, post-grand carénage. Regardez où on est. On a, l'année dernière, surproduit l'électricité dans notre pays. On a exporté 90 TWh. Il n'y a pas un équivalent en Europe. Et ça, c'est grâce au nucléaire français. Et donc aujourd'hui, 70% de notre électricité, elle est produite grâce au nucléaire. On tourne au maximum. Il faut continuer d'être vigilant et d'aller de l'avant.
Et c'est comme ça qu'on a l'énergie qui est à la fois la plus décarbonée, pilotable et compétitive d'Europe. Et c'est une force inestimable au moment où on veut continuer de réindustrialiser, faire venir des data centers pour l'intelligence artificielle, etc. C'est une force. Et donc, on a réparé la filière. En même temps, on a mis la science sur la table. Et RTE, avec l'aide de l'AIE et d'autres, ont fait plein de scénarios. En 2021, on a établi un consensus pour le pays qui nous a dit ne soyons pas doctrinaires, regardons la science. Il y en a qui vous disent qu'il faut faire tout nucléaire. Ce n'est pas vrai, pas bon non plus. Il y en a qui vous disent qu'il faut faire tout renouvelable.
Mauvaise idée. La stratégie repose sur trois piliers. Économiser l'énergie, donc l'efficacité énergétique. Le nucléaire qu'il faut consolider. Et le renouvelable qui est important sur certains segments pour faire le complément. C'est cette stratégie qu'on a bâtie et annoncée à Belfort en 2022. Et c'est là qu'on décide six nouveaux réacteurs. Et on en a huit derrière qui arrivent. 2022, décision prise. 2024, vous commencez le chantier en avance de phase. Et je salue la réactivité. On est là aujourd'hui tous ensemble sur ce chantier où vous êtes un peu plus de 1100. Mais je voulais revenir sur ça pour dire tout le chemin qui a été fait depuis 15 ans en matière de nucléaire.
Il y a deux jours, on était là avec vos responsables et toute la famille nucléaire française. On a tenu le deuxième sommet du nucléaire. Et là où en Europe, il y a encore deux, trois ans, on nous disait le nucléaire, attention, c'est pas bon. On a bâti un consensus. Et l'Europe suit et y croit. Et on est à la tête de cette alliance pour le nucléaire. Et on avance. Et on a réussi à avoir cet objectif de triplement des capacités parce qu'on sait qu'on n'arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire. Voilà d'où on vient, voilà où on est. Maintenant, ce que je voulais vous dire, c'est que vous pouvez être fiers collectivement.
Vous êtes en train de participer au chantier du siècle. Ici, ce sont les grands travaux du 21e siècle. Appenly, Gravelines, Bugé. On a les six réacteurs qui sont partis. Ici même, sur ce site, vous serez au pic, horizon de 2032, 2033, plus de 10 000 à travailler. Et donc, on en aura des dizaines de milliers de Françaises et de Français qui travailleront dans des métiers de l'industrie liées au nucléaire et qui permettront d'arriver à la création de ces nouveaux réacteurs. Et entre 2038 et le milieu des années 2040, on va progressivement les ouvrir. Puis on va prendre les décisions pour faire les huit suivants.
Et on va bâtir notre capacité à produire de l'énergie décarbonée, compétitive et pilotable pour nos enfants. Et donc, avec ce chantier du siècle, on va faire pour nos enfants ce que nos parents ont fait pour nous. Et on va le faire en continuant d'innover, c'est-à-dire en inventant des réacteurs aussi plus petits, les SMR qu'on porte, etc., etc., et en continuant d'exporter ce savoir-faire. Mais enfin, grâce à ces EPR2, ce sont les séries qu'on bâtit en France. Et donc, je veux vraiment que vous soyez fiers de porter ce projet, fiers de faire partie de ce chantier du siècle.
Et autour d'EDF, toutes les entreprises qui sont partenaires et toutes les entreprises du territoire qui permettent de le faire avancer. Et je veux ici vous dire un immense merci d'y participer, d'y croire, d'avancer. Et dire aux élus qui sont là un immense merci. Parce que ces projets ne sont pas possibles si on ne bâtit pas sur le terrain du compromis, du consensus, si ce n'est pas accepté. Et vous avez ici, à nos côtés, des élus qui y croient, qui ont supporté par le passé ces grands projets, qui croient dans le nucléaire et dans l'industrie, dans la création d'emplois, en étant responsables, en expliquant.
Ça se fait par des débats transparents, mais ça se fait par cette acceptabilité locale qu'il faut porter. Et donc j'ai beaucoup de reconnaissance pour nos élus, pour les services de l'État sur le territoire, parce que je sais aussi que c'est beaucoup de travail de concertation, c'est beaucoup de logistique, c'est parfois de la nuisance pour nos compatriotes qui vivent à proximité. Mais tout ça se fait en bonne intelligence parce qu'on sait qu'on a un projet. Et on est dans la bonne disposition d'esprit qui est de trouver des solutions ensemble, dans le respect, parce qu'on va créer de la valeur pour tout le monde. Voilà, mesdames et messieurs, ce que je voulais vous dire.
La France croit dans le nucléaire, elle fait plus qu'y croire, elle pratique, elle avance, elle décide. Et on va prendre aujourd'hui des décisions importantes qui nous permettront de consolider des décisions finales d'ici la fin de l'année, qui vous permettront dès l'année prochaine de rentrer dans le vif du sujet, si je puis dire, et derrière encore d'accélérer pour nous tous le travail. Je compte sur vous, nos compatriotes comptent sur vous, mais je veux dès à présent que vous soyez immensément fiers de l'aventure à laquelle vous participez. Parce que c'est une très grande aventure industrielle, énergétique pour le pays. Et c'est une immense fierté française.
On l'exporte déjà outre-manche, on va continuer de l'exporter ailleurs, parce qu'enfin la France reprend ses grands travaux en matière de nucléaire. Merci à tous. Vive le nucléaire, vive la République et vive la France.
Emmanuel Macron