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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 26 juin 2026 24 min

"Cette épidémie risque d'être la plus meurtrière de l'histoire d'Ebola", alerte le médecin congolais Denis Mukwege

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Et dans le grand entretien ce matin, un grand homme de notre temps, nous avons l'honneur d'être en liaison avec le prix Nobel de la paix en 2018. Il est gynécologue obstétricien. Le monde entier le connaît comme l'homme qui répare les femmes. C'est l'expression qui accompagne son travail en République démocratique du Congo, son pays dans lequel il a fondé un hôpital pour venir en aide aux victimes de violences sexuelles, notamment aux femmes dont le corps est devenu un champ de bataille. Il a récemment signé une tribune dans le journal Le Monde pour alerter sur l'épidémie d'Ebola et d'autres risques que courent en ce moment son pays, la RDC.

Questions, réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France. Bonjour Denis Moukouégué. Bonjour Monsieur. Bonjour. Et merci d'être en duplex avec nous depuis la République démocratique du Congo avec un premier cas signalé cette semaine en France. Cette nouvelle épidémie pourrait devenir la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. Ce sont vos mots. Vous parliez de la grave, de la très grave épidémie d'Ebola qui frappe votre pays. Plus de 1048 cas recensés, 267 morts. Ce sont les derniers chiffres de l'OMS. Les chiffres les plus élevés pour un premier mois d'épidémie d'Ebola de l'histoire en Afrique.

Quels sont vos mots ce matin pour nous décrire la situation dans laquelle se trouve votre pays ?

1:39
Invité

En effet, merci beaucoup pour cette invitation. Je crois que, comme je l'avais dit dans la Tribune du Monde, cette épidémie risque d'être la plus meurtrière de l'histoire d'Ebola car en un mois, on a enregistré les cas confirmés qu'on n'a jamais enregistrés dans une autre crise. Et donc, ça demande absolument que nous soyons très vigilants par rapport à la surveillance épidémiologique et puis la prise en charge des malades pour éviter que nous ayons d'autres sites qui seront contaminés.

Et aujourd'hui, je crois que quand vous me posez la question par rapport à la République démocratique du Congo, Effectivement, la situation en République démocratique du Congo, comme vous le savez, l'Est du Congo est aujourd'hui dans une situation critique par les guerres à répétition, l'agression du Congo qui dure maintenant plusieurs mois. Et on sent très bien que pendant qu'il y a la guerre, c'est très très difficile de pouvoir mettre en place les mesures de sécurité sanitaire.

2:53
Présentateur

Et on va en parler justement du contexte de votre pays de la guerre qui fait rage dans le nord-est particulièrement. L'épidémie actuelle d'Ebola, elle est provoquée par une souche contre laquelle il n'existe ni vaccin ni virus. Son épicentre se trouve dans la province d'Iturie que vous connaissez bien. C'est dans le nord-est de la RDC. C'est un pays de 100 millions d'habitants. Et cette épidémie, pour vous, vous l'écriviez, elle est pour vous bien plus qu'une urgence sanitaire. Je vous cite, c'est une crise sanitaire qui a des causes multiples qui sont à la fois politiques et économiques. Expliquez-nous ça, Denis Mukwege.

3:31
Invité

En effet, c'est une crise qui est vraiment au-delà d'une crise sanitaire. Puisque vous le savez, il n'y a pas de vaccin, il n'y a pas de traitement. Et donc, il faut absolument que les conditions puissent permettre au moins d'appliquer les règles des surveillances et des préventions. Malheureusement, nous sommes dans une situation sécuritaire qui ne permet pas aux agents sanitaires de pouvoir jouer les rôles correctement. Il y a beaucoup d'endroits qui ne sont pas accessibles. Et donc, lorsqu'il y a des cas suspects ou des alertes dans ces zones, les agents des ripostes ne peuvent pas y aller. Ça, c'est le premier facteur.

Le deuxième facteur, c'est que les communautés sont traumatisées au point où les réactions par rapport aux agents des ripostes, malheureusement, n'est pas une réaction qui permet à ce que les agents des ripostes puissent travailler normalement. Ils sont parfois agressés. Les structures sanitaires sont brûlées, puisque la population ne croit plus en rien. Après 30 ans de souffrance, ils sont devenus presque tous complotistes. Et ça, malheureusement, ça ne permet pas à ce que les agents sanitaires puissent faire leur travail. Troisième facteur, c'est la diminution de l'aide.

Comme vous le savez très bien, pas seulement le fait que les États-Unis ont coupé l'aide à la République démocratique du Congo, mais aussi beaucoup de pays européens ont diminué leur aide. Et du coup, quand cette épidémie s'est déclenchée, il n'y avait pas la possibilité de faire le diagnostic. On s'est orienté beaucoup plus vers la souche Zahir, alors que l'épidémie était due à la souche Bundibudio. Et donc, du coup, on a perdu du temps. Et en perdant le temps, ça veut dire que les nombres de contacts se sont multipliés. Et aujourd'hui, nous sommes dans une situation particulièrement difficile.

C'est vrai que les États-Unis viennent, donc la Maison Blanche vient de demander au Congrès une aide de 1,4 milliard pour faire face aux épidémies. Mais ça, ça nous enseigne tout simplement qu'il faut une politique de prévention. Lorsqu'on entre dans la politique de curatif, malheureusement, on paye plus cher que ce qu'on pouvait payer si on faisait la prévention. Et ces éléments ensemble, donc le conflit, les communautés traumatisées, la baisse de l'aide dans ces régions, fait que cette épidémie est tout à fait spéciale. Alors 1,4 milliard, c'est un peu plus que ce qui avait été coupé dans l'aide américaine dont bénéficiait la RDC.

Mais si on revient sur le problème de la guerre, puisque c'est comme ça que ça s'appelle, cette milice M23 dans l'est du pays qui est soutenue par le Rwanda et le conflit qui est en cours et qui crée un terrain propice à l'épidémie. Il y a trois semaines, dans votre tribune publiée par Le Monde, vous appeliez à un cessez-le-feu. Vous n'avez pas été entendu ? Malheureusement, on voit très bien que ces mots sont répétés depuis deux mois. Mais malheureusement, en fait, les belligérants ne comprennent pas la souffrance de la population et qu'il faut absolument cessez-le-feu pour permettre à ce que les agents, les professionnels de la santé puissent faire leur travail.

Et malheureusement, en fait, les rapports que nous avons, c'est tous les jours qu'il y a des personnes qui sont massacrées dans des villages et ça empêche, en fait, l'équipe des ripostes d'être effectives. Mais il y a quand même un paradoxe de l'ithurie qui est le point névralgique de l'épidémie, qui est l'épicentre de l'épidémie aujourd'hui. Parce que c'est une province qui devrait être riche, parce qu'elle a énormément de métaux critiques dans son sous-sol, de cobalt, de cuivre qui sont nécessaires à plein de choses, nos téléphones, les batteries, etc.

Et pourtant, les habitants, une grande partie des habitants de la RDC vit sous le seuil de pauvreté et ça suscite cette richesse, ça suscite la guerre, l'exploitation minière, la déforestation. Et tout ça, finalement, cette richesse, paradoxalement, elle crée ce terrain propice pour l'épidémie. Je crois qu'aujourd'hui, ce qu'on peut constater dans cette région, c'est qu'il y a vraiment une région qui est riche, mais il y a l'absence totale de l'État. Aujourd'hui, nous avons l'armée ougandaise, les CODECO, les ADF qui font la loi dans cette région. Et ce sont des groupes armés qui ne travaillent pas pour la population.

L'armée ougandaise, elle est là pour ses intérêts, pas pour les intérêts de la population. Et du coup, c'est une population qui est abandonnée à elle-même. Et donc, malgré les richesses, la population n'en profite pas, puisque tout simplement, il n'y a pas de structure qui permette à organiser sur le plan économique et politique et permettre à ce que la population puisse accéder à ses ressources et en profiter. Aujourd'hui, les structures sanitaires dans la région sont détruites par ces miliciens qui détruisent les structures sanitaires pour mettre la population dans des situations difficiles.

Avant même Ebola, dans ces conflits, malheureusement, les structures sanitaires sont devenues des cibles des groupes armés.

9:12
Présentateur

Il faut dire que la région de l'Iturie, elle héberge à elle seule près d'un million de déplacés qui vivent la plupart dans des camps qui sont absolument surpeuplés. Mais ce qui est très fort lorsque vous parliez des populations sur place, Denis Mukwege, c'est que non seulement elles ne profitent pas des richesses du sous-sol de leur région, mais en plus, elles sont souvent esclavagisées ou quasiment réduites à des situations d'exploitation absolument indignes pour produire des minerais que nous utilisons tous dans notre quotidien dans les pays du Nord. Nous avons tous un bout de Congo dans notre poche. C'était une image extrêmement forte pour dire cette situation.

C'est le titre d'un appel très fort de 75 prix Nobel. C'était l'année dernière, tout juste, en juin 2025. Il suffit de prendre son téléphone portable. Comment est-ce que vous vivez cette situation, Denis Mukwege, vous qui vous battez depuis des années pour votre pays ?

10:13
Invité

C'est une situation qui est dramatique puisqu'aujourd'hui, personne ne dira qu'il ne connaît pas ce qui se passe en République démocratique du Congo. Personne ne dira qu'en fait, je n'ai pas profité d'une manière ou d'une autre de ce qui se passe en République démocratique du Congo puisque le cobalt, nous sommes les premiers producteurs mondiaux. Vous ne pouvez pas avoir un téléphone mobile sans le tantal. Le tantal, aujourd'hui, Roubaix est devenu le centre de tous les conflits puisque tout le monde veut contrôler ce centre qui produit 15 à 20 % du tantal mondial. Donc, je crois que nous avons tous une responsabilité comme consommateur. Nous avons une responsabilité comme État.

Nous avons une responsabilité puisque c'est une guerre qui vient dédier. Mais il y a 30 ans, mon hôpital avait été attaqué le 6 octobre 1996. Donc, dans quelques mois, ça va faire 30 ans exactement de ce conflit où on voit très très bien, quand on voit les rapports de Global Witness, en fait, les minéraux continuent à sortir. Ces minéraux stratégiques, que ce soit le coltan, le cassiterite, le cobalt, le tungstel, continuent à sortir. Et malheureusement, malheureusement, les accords qui ont été signés le 27 juin 2025 entre le Rwanda, Washington et la République démocratique du Congo, qu'on a trouvés pour nous, c'était vraiment une diplomatie transactionnelle.

Mais malheureusement, aujourd'hui, ça donne plutôt l'image d'une prédation puisque nous, on continue, les minéraux du Congo continuent à sortir. Mais la paix qu'on nous avait promis, nous attendons toujours. Une année après la signature de ces accords, les Congolais continuent à mourir. Dès la fin, ils meurent des agresseurs, ils meurent maintenant des ébolas. Et je pense qu'il est temps que les choses puissent changer dans cette région.

12:14
Présentateur

Vous avez eu cette phrase très forte et dure. Notre pays ressemble à une bijouterie sans porte ni fenêtre. Plus rien ne la protège, ni l'état de RDC. Mais est-ce que vous avez l'impression que les États-Unis, qui ont joué le rôle d'intermédiaire entre le Rwanda et la RDC, finalement ont une attitude extrêmement cynique qui est uniquement de pouvoir s'accaparer ses ressources indispensables à nos outils modernes ?

12:40
Invité

Aujourd'hui, le sentiment que nous avons, c'est que nous sommes devenus, en fait, la population congolaise est au centre d'un conflit géostratégique entre les grandes puissances. On parle des États-Unis, mais il faut parler aussi des Chinois qui sont sur place. Et malheureusement, en fait, c'est ces grandes puissances qui, aujourd'hui, mettent de côté le droit international et humanitaire. Et c'est la population qui paye le plus grand prix de cette négligence internationale, de ces refus d'appliquer les droits internationaux et humanitaires.

Vous imaginez un pays qui est membre des Nations Unies, qui est la résolution 2773 de février 2025, qui demandait au Rwanda de quitter la République démocratique du Congo et qui est le M23 démantèle son administration parallèle. Une année après, il n'y a rien qui se passe et on voit tous les pays appelés démocratiques s'étaisent et soutiennent même, en fait, les Rwandais dans cette attitude qui coûte des millions de vies. Je pense que nous sommes dans une situation...

14:02
Présentateur

Puisque c'est le conflit, sans doute, le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale, celui qui se déroule en République démocratique du Congo depuis 30 ans.

14:10
Invité

Absolument, c'est le conflit le plus meurtrier. Et si vous prenez le classement, le palmarès, c'est le Norwegian Refugee Council, vous allez vous rendre compte qu'après le Soudan, c'est la République démocratique du Congo comme une crise humanitaire négligée. On dépasse rarement 30% du budget qu'il faut pour pouvoir soutenir la population congolaise et qui, aujourd'hui, environ 7 millions vivent en déplacement permanent. Donc, de déplacer un terme à 7 millions, qu'il faut nourrir, qu'il faut soigner, qu'il faut donner un petit shelter, qu'il faut de l'argent pour les faire. C'est complètement négligé.

Il y a quand même une bonne nouvelle, Denis Moukoué, sur le front d'Ebola, puisqu'en l'absence de vaccins, l'OMS lance la semaine prochaine un essai clinique sur deux traitements de cette souche Bundy-Bougio, un essai dans la province de Litturie, donc l'épicentre de l'épidémie, avec comme objectif de réduire la létalité qui est de 25%. Est-ce que vous avez bon espoir ? C'est une lueur d'espoir. Je pense que, sinon, on pourrait s'effondrer. Mais bon, il y a cette lueur d'espoir. Lueur, puisque c'est un essai, donc il faudrait que ça puisse être concluant.

On ne sait pas ce qu'est le résultat des essais et c'est ce que ça va donner, mais ça donne l'espoir, le fait qu'on commence à parler du traitement. Mais je pense que ce que nous souhaitons aujourd'hui, c'est qu'ils ont pris des engagements, presque de 900 millions de dollars, pour soutenir les équipes des ripostes, puissent pouvoir donner cet argent et que le mode des décaissements, des gestions de cet argent, ce soit une gestion transparente qui permette aux équipes sur place d'avoir le matériel de protection, d'avoir des soins qu'ils doivent donner aux malades, les enterrements dignes qui puissent se faire dans des conditions acceptables et éviter la transmission.

Mais cet argent aussi traîne, puisqu'on voit très bien, en voyant les rapports tous les matins, je vis qu'il y a des endroits où, par manque, par exemple, d'ambulance, on ne sait pas aller tester les alertes. Et si on ne testait pas les alertes, chacun confirmé, ça veut dire qu'il y a un nombre autour de contacts et ça continue à grossir la maladie. Donc je pense qu'il y a des bonnes nouvelles, mais il faut aller vite, il faut aller plus vite que le virus.

16:56
Présentateur

Aujourd'hui, nous courons derrière le virus. C'est ce que vous disiez dans votre tribune du Monde. Denis Moukouégué, vous êtes médecin. Merci d'être avec nous en ligne depuis la RDC, avec Céline Calmet, qui est au Standard de France Inter, une auditrice qui a une question à vous poser. Bonjour Céline. Bonjour. Et bienvenue dans le grand entretien. Vous avez une question pour notre invité.

17:17
Auditeur

Oui, bonjour monsieur, et merci pour ce que vous faites. On en est très loin là où je vis. Mais merci pour ce que vous faites. La question, c'est, j'ai l'impression que les avancées médicales arrivent très tardivement, ou vous n'en bénéficiez pas, à part ce que vous avez évoqué là sur la partie alignement des planètes avec des tests. Mais comment c'est possible aujourd'hui que les avancées médicales n'arrivent pas sur votre territoire ?

17:41
Invité

Denis Moukouégué. Bon, je pense qu'il y a d'abord la volonté politique. Il faut appeler les choses par l'air non. C'est qu'aujourd'hui, si nous n'avons pas des vaccins et des traitements contre le Bundibudio, c'est tout simplement, puisque ce n'est pas le virus qu'on a découvert pendant cette épidémie. Ça a été découvert il y a quelques années. Mais il y a ce manque de volonté politique.

Et là, je souligne un fait, c'est qu'il faudrait que l'accord sur la pandémie puisse aller très vite, puisque l'annexe qui permet à ce que les pathogènes soient accessibles, on traîne à pouvoir signer cet accord qui permettrait à ce que, à chaque fois quand on donne un pathogène, qu'on puisse profiter du vaccin. C'est ce qui permettrait de faire l'équilibre et éviter ce que nous avions connu avec la pandémie de Covid. Et je pense qu'aujourd'hui, on nous demande de donner les pathogènes, mais il n'y a pas l'accès aux vaccins. Les prix sont tellement élevés que les pays pauvres ne peuvent pas accéder. Et je pense que c'est un manque de volonté politique.

Et nous appelons les États de pouvoir prendre en main cette situation pour que prochainement, rapidement, l'annexe des PAB puisse être signée.

19:07
Présentateur

La question des femmes, Denis Moukouégué, vous la connaissez évidemment parfaitement. La question du corps des femmes qui est toujours un champ de bataille. Il y a beaucoup d'auditrices qui vous remercient. Lara qui dit juste merci à ce très très grand monsieur au nom de toutes les femmes, notamment et évidemment de toutes celles que vous avez soignées, Denis Moukouégué. Mais pourquoi sont-elles, les femmes, les premières victimes d'Ebola ? Est-ce qu'il y a une raison particulière qui fait qu'elles sont les plus touchées, les plus violemment touchées, les femmes et les filles, qui représentent les deux tiers des cas suspects d'Ebola ?

19:42
Invité

Ce sont des héroïnes. Je crois que les femmes, j'ai toujours dit que la société congolaise et beaucoup d'autres sociétés sont construites sur cette force des femmes. Ces femmes, elles sont victimes tout simplement puisque c'est elles qui soignent les malades. C'est elles qui s'occupent des malades. Elles sont en première ligne. Elles sont en première ligne sur toutes les situations et malheureusement, en fait, en se donnant aux autres, c'est elles qui perdent leur vie.

Et moi, je pense que pour Ebola, tout comme pour la mortalité maternelle où ce sont les femmes qui payent les plus lourdes tribus, ici aussi, puisqu'en fait, elles sont en première ligne pour prendre en charge les victimes dans la communauté. Au deuil, on voit que ce sont les femmes qui sont les plus regroupées pour réconforter les familles qui sont éprouvées. Moi, je pense que c'est vrai qu'il faut changer la façon de faire. Il faut une éducation. Il faut pouvoir aider ces femmes qui veulent se donner à savoir aussi se protéger.

La question des femmes, vous la connaissez bien puisqu'on rappelle que vous êtes gynécologue et que vous avez soigné beaucoup de femmes victimes de viols et d'excisions. Mais on entend depuis le début de cet entretien qu'il y a des dysfonctionnements dans votre pays. Et vous, en 2023, vous aviez présenté votre candidature à la présidence pour rompre aussi avec la présidence de Félix Tichekedi en place depuis 2018. Là, il y a une dizaine de jours, il y a une proposition de loi qui a été adoptée pour qu'il puisse se représenter en 2028, alors qu'il y a une limite fixée à deux mandats. Qu'est-ce que ça suscite chez vous ? Est-ce que vous seriez prêts à vous représenter également en 2028 ?

Pas dans les mêmes conditions que 2023. Je crois que ça s'est exclu puisqu'il n'y a pas d'élection. Vous le savez très bien qu'il y a eu des machines qui ont voté à la place de la population. Je crois que c'est ce que nous pensons qu'aujourd'hui, toutes les manœuvres qui visent à changer la Constitution, toutes ces manœuvres-là. J'ai réjoint l'Église catholique qui dit qu'il n'y a ni nécessité, ni urgence, ni opportunité de modifier la Constitution. Quand on a une urgence sanitaire, nous venons d'en parler, c'est une urgence de santé publique à portée internationale selon l'OMS.

Nous avons une urgence sécuritaire avec une guerre d'agression qui occupe aujourd'hui deux provinces, mais aussi nous avons trois armées étrangères sur notre territoire. Donc, le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda, ils se battent sur notre territoire. Et enfin, nous avons des centaines de groupes armés. Donc, c'est vraiment une urgence sécuritaire qu'il faut résoudre assez rapidement. Et troisièmement, nous avons une urgence humanitaire qui, je venais de le dire, 30 millions de personnes aujourd'hui au Congo vivent en insécurité alimentaire. 6 à 7 millions sont déplacés internes.

Concevoir qu'on peut ajouter à ces crises que je viens de citer, ajouter une crise politique en essayant de changer la Constitution, je crois que c'est une aberration. Non seulement une aberration, mais également, la Constitution prévoit dans son article 219 que lorsqu'il y a des urgences, on ne doit pas changer, on ne doit pas réviser la Constitution. Donc, ça serait non-constitutionnel d'aller dans cette voie quand nous avons toutes ces crises que je viens de citer

23:29
Présentateur

et que la Constitution prospit

23:32
Invité

de pouvoir les faire.

23:33
Présentateur

Merci de l'avoir fait et de manière aussi forte et claire au micro de France Inter, Denis Mukwege, depuis la République démocratique du Congo. Je rappelle simplement ce sur quoi vous attiriez l'attention au moment de votre campagne sur les trois fins, F-I-N-S, la fin de la guerre, la fin de la famine, la fin des vices et évidemment, aujourd'hui, la fin de la maladie. Merci infiniment, Denis Mukwege, d'avoir été avec nous ce matin et excellente journée à vous. Merci.

"Cette épidémie risque d'être la plus meurtrière de l'histoire d'Ebola", alerte le médecin congolais Denis Mukwege · Pourquijevote