Condamnation et inéligibilité de Marine Le Pen : que retenir de son interview ?
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Marine Le Pen vient d'accorder sa première interview suite à sa condamnation de 4 ans de prison, dont 2 fermes aménagées sous forme de détention électronique à domicile, de 100 000 euros d'amende et surtout de 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, c'est ce qu'il a disqualifié, pour l'élection présidentielle de 2027. Bonsoir à tous, bonsoir à vous Arnaud Benedetti, merci d'être avec nous. Vous êtes politologue, rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Première question, Arnaud, comment avez-vous trouvé Marine Le Pen, psychologiquement, physiquement si j'ose dire ?
Elle était plutôt combative et manifestement extrêmement grave dans son expression et certainement pas déstabilisée. Donc elle fait le choix d'une stratégie de résistance par rapport à la décision extrêmement lourde prise par le tribunal ce matin. Elle fait le choix d'une stratégie de résistance judiciaire d'abord, puisqu'elle souhaite faire jouer la procédure d'appel, et c'est légitime en l'occurrence. Et elle évoque une voie étroite, mais là elle n'en dit pas plus.
On imagine que ses conseils sont en train de travailler sur cette voie étroite qui pourrait peut-être là aussi venir porter cette stratégie judiciaire au-delà de la seule question du droit de recours auquel évidemment elle s'apprête à donner suite à travers un appel.
Je vais vous donner quelques phrases de Marine Le Pen et vous allez les commenter Arnaud, c'est la meilleure chose qu'on puisse faire. Alors elle dit que l'état de droit est violé et que ses pratiques sont réservées habituellement au régime autoritaire. Ça c'est la position, la posture d'une certaine manière qu'elle a choisie pour aborder ce 20 heures de TF1 devant, on l'imagine, des millions de Français.
Elle parle aussi pour une grande partie à son électorat, qui aujourd'hui doit vraisemblablement considérer que cette décision est inique et injuste. Par ailleurs, il est vrai qu'il y a quand même un certain nombre de questions qui se posent quant à la construction intellectuelle de ce jugement. Je pense que notamment, il y a au moins trois ou quatre aspects qui me paraissent importants et qu'il faut mettre en avant. Le premier aspect, c'est le fait qu'on reconnaît quand même qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel. Ça oui. Deuxième élément, c'est qu'on fait la distinguo, qui n'est pas négligeable en l'occurrence, entre un contrat fictif et un emploi fictif.
Ce qui montre qu'en l'occurrence, on n'est pas dans une configuration d'emploi fictif, mais dans une configuration d'un usage d'un contrat d'assistant parlementaire qui ne serait pas conforme à la réglementation du Parlement européen. Et là, en effet, Marine Le Pen fait valoir l'interprétation finalement très française de notre culture politique des assistants parlementaires.
Un assistant parlementaire, et là-dessus, elle n'a pas tort, est un collaborateur politique d'abord, en l'occurrence, et qu'à partir du moment où il est un collaborateur politique, il est assez normal que celui qui l'emploie l'utilise en fonction des besoins qu'il juge absolument indispensables à l'exercice de son mandat. Est-ce que c'est au juge de nous dire, en l'occurrence, quelle doit être la fiche de poste de l'assistant parlementaire ? La question peut quand même se poser. Ça, c'est le deuxième élément.
Troisième élément qui, à mon sens, est important et qu'il faut prendre en considération, c'est, si vous voulez, les arguments sur lesquels la présidente du tribunal s'appuie pour justifier l'exécution provisoire. En d'autres termes, elle en vient à reprocher le système de défense de Marine Le Pen, qui nie finalement ce qui lui est reproché, en considérant que, d'une certaine manière, Marine Le Pen n'a pas pris conscience des faits qui lui sont reprochés et qu'elle se mettrait presque mécaniquement en position de récidive. Enfin, bon, après tout, je veux dire, un système de défense, chaque justiciable est libre de son propre système de défense en la matière.
Le magistrat peut très bien ne pas l'apprécier en fonction de ce qu'il pense être le droit, mais il ne peut pas, si vous voulez, se baser sur son système de défense pour légitimer quand même une peine qui est une peine, le moins qu'on puisse dire, tout à fait inédite.
Vous aviez un quatrième point, Arnaud, parce qu'on va venir évidemment au jugement, mais ça, c'était ce matin, je voudrais qu'on débriefe ce qui s'est dit sur le plateau de TF1. Allez-y, vous aviez un quatrième point, quand même, Arnaud. Je vous laisse terminer, mais assez rapidement, comme ça, on se pense sur ce qu'a dit Marine Le Pen.
Je ne sais plus quel est le quatrième point, il reviendra vraisemblablement un peu plus tard, je suis désolé.
Bon, alors, juste, je reviens sur cette phrase, état de droit pratique réservé au régime autoritaire. Il y a des accents trumpiens un peu là-dedans, non ? Alors même que depuis l'élection de Donald Trump, Marine Le Pen ne s'est pas engouffrée clairement dans l'aspiration du nouveau président américain et de sa manière de faire, non ?
On ne peut pas dire qu'il y a des accents trumpiens. Elle n'est pas dans un registre qui est celui du président américain. Elle conteste une décision de justice, elle fait appel, et faisant appel, elle est en droit de contester cette décision de justice et de considérer en effet que le juge, en l'occurrence, n'a pas vraisemblablement, à ses yeux en tout cas, c'est ce qu'elle dit, disons, rendu une décision en respectant un certain nombre de prérequis qui seraient ceux de l'état de droit. C'est vrai qu'il y a un sujet, mais il y a un sujet qui est au-delà de la décision du juge, qui est presque politique.
On peut se poser la question, pourquoi finalement, la représentation parlementaire, à un moment donné, a mis en place cette disposition de l'exécution immédiate.
Eh oui, ça c'est intéressant.
Qui peut se discuter, parce qu'en effet, en l'occurrence, cette exécution immédiate, elle est sur un plan de la logique de notre système judiciaire, en apparence illogique par rapport à la procédure d'appel. Elle est en apparence illogique par rapport aux droits, aux recours qui suspendent pelles.
Oui, parce qu'on a un sacro-saint principe, Arnaud, en France, qui est celui de la présomption d'innocence. Et on est présumé innocent avec l'appel. Tant qu'on n'est pas jugé définitivement, en appel également, on est toujours innocent. Là, on a une sanction pour quelqu'un qui est toujours innocent.
Je reviens sur le quatrième point qui me revient en miroir, et qui n'est pas le moindre. C'est qu'en fin de compte, et ça je crois que c'est un sujet majeur, c'est que les juges n'ont pas pris en compte la réserve que le Conseil constitutionnel a exprimée lorsqu'il a dû rendre une décision concernant une question prioritaire de constitutionnalité, qui a été discutée au Conseil constitutionnel il y a trois semaines, et sur laquelle le Conseil constitutionnel a rendu une décision.
Il y a deux éléments que le Conseil constitutionnel a mis en avant, c'est la proportionnalité de la peine, en l'occurrence, et on peut se poser quand même des questions sur la proportionnalité de la peine au regard notamment du fait qu'on considère qu'il n'y a pas d'enrichissement, en l'occurrence, qu'il y a un distinguo à faire entre un contrat et l'emploi. Et puis le deuxième élément, c'est en effet, qu'est-ce que dit le Conseil constitutionnel ? Il dit, de facto, de toute façon, il faut faire en sorte que la décision soit rendue en quand même respectant ce paramètre essentiel en démocratie, qui est celui de la liberté des électeurs.
Et si vous voulez, il y a quelque chose d'assez contradictoire, c'est que finalement, on voit bien que sur le cas de Louis Alliot, on respecte la liberté des électeurs, puisqu'on ne va pas procéder à l'exécution provisoire, mais que de fait, on ne va pas utiliser de la même manière l'exécution provisoire avec Marine Le Pen, puisqu'on la condamne avec une exécution provisoire.
Et la voix, la petite voix dont parle Marine Le Pen, étroite, elle est peut-être là. On voit bien, Arnaud, que vous êtes sceptique sur cette décision qui a été prise ce matin par les juges. Tiens, vous êtes sceptique uniquement sur cette question de l'application provisoire ou sur l'ensemble de la condamnation ? Parce que, pardon, on vient d'entendre Marine Le Pen ce soir, elle ne revient pas tellement sur le fait qu'elle est innocente ou non, elle ne veut pas vraiment parler de ça.
Non, mais si vous voulez, le Rassemblement national a utilisé des méthodes qui ont été utilisées pendant des années et des années par les formations politiques.
Oui, mais ce qui n'empêche qu'ils doivent quand même être condamnés pour ça, non, Arnaud ?
Ce n'est plus, non, mais maintenant, ce n'est plus possible, clairement, en l'occurrence. Donc, que le délit soit constitué, c'est un fait.
D'accord.
Enfin, c'est un fait. En tout cas, apparemment, on regarde quand même de ce que l'on sait du dossier. Mais la question fondamentale aujourd'hui est de savoir si ce délit vaut inéligibilité et encore plus s'il vaut exécution provisoire de cette inéligibilité. Et c'est là que se pose la question fondamentale que pose le Conseil constitutionnel. C'est la question de la proportionnalité de la peine et de la liberté des électeurs.
Et on peut considérer de ce point de vue-là, et en tout cas, moi, je suis de ceux qui le considèrent, qu'il y a d'une certaine manière une violation de la séparation des pouvoirs et que cette violation de la séparation des pouvoirs, elle doit de fait, dans un système démocratique, être évitée pour que ce soit in fine les électeurs qui décident du sort de leurs élus.
– Oui, d'accord. Je me fais l'avocat du diable. Arnaud, mais est-ce que c'est aux électeurs de prendre et de trancher des décisions de justice ? C'est applicable en droit, ce qui s'est passé ? Ce n'est pas du tout illégal, c'est dans la loi. C'est en ça que c'est parfois difficile de vous suivre, Arnaud. Vous voyez ce que je veux dire ?
– Non, ce n'est pas applicable. C'est applicable en droit avec un certain nombre de réserves. Je vous renvoie encore à la décision du Conseil constitutionnel. – Oui, bien sûr, bien sûr. – C'est une décision qui est importante. Encore une fois, le Conseil constitutionnel a posé sur la table deux paramètres qui sont, à mon sens, extrêmement importants. C'est la proportionnalité de la peine. Le Conseil constitutionnel n'a pas remis en cause le principe de l'exécution provisoire. Il a seulement demandé au juge de motiver de manière très stricte cette exécution provisoire.
Or, est-ce qu'on peut considérer qu'aujourd'hui, au vu du jugement qui a été établi par le tribunal, les motivations sont suffisantes pour décider qu'on élimine démocratiquement, enfin, qu'on élimine politiquement, pas démocratiquement, qu'on élimine politiquement une candidate qui est quand même la chef du principal groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et qui est une candidate dont on considère qu'elle est la postulante, en tout cas l'une des postulantes favorites à l'élection présidentielle de 2027.
– Revenons, Arnaud, sur ce qui s'est dit lors de cette interview. Elle a été interrogée sur ce qu'elle avait dit dans le passé, d'une certaine manière sur ses contradictions. On a tous vu passer cette vidéo aujourd'hui sur les réseaux sociaux de Marine Le Pen qui demandait l'inéligibilité à vie pour les personnalités politiques qui fraudaient. Elle a fait une pirouette, là. Elle a esquivé ça et elle n'a pas vraiment répondu sur cette question, non ?
– Oui, peut-être. Mais la vérité, c'est qu'en août, la vraie question encore fondamentale, je reviens dessus, c'est l'exécution provisoire. – Bien sûr, bien sûr.
– Je vous pose une question d'une certaine manière sur la communication, ce qu'elle est venue dire aux Français. Elle est obligée un peu de jongler, là.
– Oui, oui, non, mais elle est obligée vraisemblablement de jongler et c'est ce que mettent en avant un certain nombre de responsables politiques. Non sans raison, mais ça fait partie, si vous voyez, dans une vie politique, que si l'on commence à évaluer toutes les déclarations antérieures, on va se rendre compte que beaucoup d'hommes politiques ont pu dire et se contredire au cours de leur vie et de leur carrière politique. Elle n'est pas la seule de ce point de vue-là en la matière, même si on voit bien que c'est un élément qui est mis en avant pour en tout cas la mettre en difficulté.
Mais le vrai sujet, c'est de toute façon, clairement, encore une fois, j'allais dire, la proportionnalité de la peine qui lui est appliquée. Est-ce que la peine est proportionnelle par rapport, finalement, à ce qui lui est reproché ? Ça, ça peut se plaider et ça devrait se plaider dans une procédure d'appel. Et en l'occurrence, le fait qu'il y ait une exécution immédiate de la peine, on peut se poser des questions, et vous l'avez dit d'ailleurs très justement, sur la question de la présomption d'innocence.
– Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi, voilà ce qu'elle a dit. Je ne suis pas démoralisé, je suis scandalisé, ce sont les mots de Marine Le Pen. Pourquoi elle est venue ce soir aux 20h de TF1 ? Parce qu'on n'a pas appris grand-chose, son avocat a parlé, ses amis politiques ont parlé, on dit la même chose. Là, il fallait à tout prix qu'elle parle devant les Français, des millions de Français pour bien leur expliquer, parce qu'il y a plein de gens qui, en fait, ne savaient pas vraiment qu'aujourd'hui, l'avenir de Marine Le Pen se jouait. Et ça leur est presque tombé dessus aujourd'hui. Il fallait leur expliquer, leur donner son point de vue.
– Non, mais le message qu'elle envoie, c'est un message où elle nous dit « je ne renonce pas ». C'est ça qu'il faut retenir. Je ne renonce pas malgré une décision de justice dont je considère qu'elle est scandaleuse et qu'elle est inique, selon ses termes. Donc, je ne me retire pas. Ce qu'elle a dit aujourd'hui, finalement, et c'est ça peut-être le plus important, elle a dit « je ne me retire pas malgré la volonté des juges de me voir, finalement, quitter la scène politique en m'appliquant cette décision d'exécution provisoire ».
Donc, elle dit « je vais me battre » et en l'occurrence, je fais tout faire dans le laps de temps qui m'est donné pour faire reconnaître non seulement mon innocence, mais aussi de me donner la possibilité d'être encore candidate à la présidentielle. D'ailleurs, je n'ai aucune chance.
– Et en même temps, Arnaud, pardon, je vous coupe un instant. Regardez ce qu'elle dit, et c'est sur le site du figaro.fr. Elle s'est dit éliminée avec, en tout cas, elle avait l'air de se dire éliminée. Est-ce que ça, c'est de la stratégie ou de la sincérité ? Plutôt de la stratégie pour dramatiser l'événement, pour mobiliser ses électeurs et leur dire que cette décision est une décision politique, non ?
– Est-ce que c'est son inconscient qui a parlé lorsqu'elle l'a dit qu'elle était éliminée ? Moi, j'ai retenu aussi le fait qu'elle a dit qu'elle n'adoublait pas finalement tout à fait Jordan Bardella, auquel elle reconnaissait toutes les qualités possibles et imaginables. – Tout à fait, je vais vous donner la phrase.
Jordan Bardella est un atout formidable. J'espère que nous n'aurons pas à user cet atout trop tôt. Voilà ce qu'elle dit.
– Vous voyez bien que là, il y a une proposition, je peux y dire, sur le plan de la communication, qui est un peu différente de celle qui consiste à dire et à annoncer qu'elle se sent éliminée. En effet, elle est en situation d'être éliminée, mais elle n'est pas tout à fait éliminée, puisqu'elle continue malgré tout à se battre et à essayer d'imposer sa lecture de ce procès et sa lecture de la situation politique.
– Arnaud, vous connaissez la politique mieux que moi, mais j'ai du mal à imaginer les scénarios maintenant. On parle de tout et rien, on peut tout imaginer. Est-ce qu'il y aura vraiment, réellement, un avant et un après 31 mars 2025 dans la vie démocratique de notre pays ? Est-ce qu'il peut y avoir un grand chamboulement ? On sait que le monde et à l'international, on le voit, les démocraties peuvent tanguer un peu. Est-ce que la France peut tanguer après une décision comme celle-ci ?
La France vit une crise démocratique, comme d'autres démocraties, ça a été dit. Et surtout, ce qui s'est accumulé depuis un certain nombre d'années, c'est un sentiment de dépossession citoyenne. On l'a vécu notamment avec le référendum de 2005, qui est une césure, à mon avis, extrêmement importante dans le rapport des Français au vote. C'est-à-dire, vous avez une majorité de Français qui votent contre un traité constitutionnel et qui, trois ans plus tard, voit ce traité réapparaître sous une autre forme par la fenêtre du Congrès.
Donc, déjà, l'idée que le vote, aujourd'hui, finalement, ne permet plus la prise en compte des besoins ou en tout cas des aspirations des citoyens, c'est quelque chose qui est latent dans les perceptions et dans les représentations politiques de segments entiers de l'opinion publique, ce qui explique d'ailleurs très souvent la montée de l'abstention. Cette décision apparaîtra, en tout cas pour le cœur électoral de Marine Le Pen, comme un élément supplémentaire dans cette crise de la dépossession démocratique, qu'on le veuille ou non, qu'on ne le partage ou qu'on ne le partage pas, mais c'est ainsi.
Et si vous voulez, ça ne fait qu'alimenter le soupçon que, finalement, petit à petit, nous avons des institutions qui, d'une certaine manière, n'écoutent plus les citoyens. Et je pourrais prendre d'autres exemples, où on voit bien, par exemple, la différence d'appréciation sur un certain nombre d'enjeux, entre ce que donnent les sondages en termes de résultats et les politiques qui sont menées sur un certain nombre de sujets. Quand les Français réclament majoritairement un référendum sur l'immigration, on leur répond, non, ce n'est pas possible, parce que constitutionnellement, ce n'est pas possible. Donc, le sentiment, en tout cas, que l'on est entravé est une réalité.
En d'autres termes, il y a une forme d'asphyxie qui peut apparaître, encore une fois, dans le nombre de pans de la société française concernant le fonctionnement de notre démocratie.
Bon, c'était une interview assez courte, c'est toujours comme ça, aux 20h de TF1. Il y a une question, maintenant, qu'on essaye, à laquelle on va essayer de répondre dans les semaines à venir. Comment va se positionner stratégiquement l'ERN ? Avec Marine Le Pen qui dit ne pas vouloir lâcher, ne pas, comme vous le voyez, en aucune manière se retirer de la vie politique. Et en même temps, il y a une élection présidentielle à gagner en 2027, alors qu'à l'heure actuelle, elle ne peut pas y participer. Comment on va faire ? On va attendre jusqu'au bout et on va entretenir une ambiguïté jusqu'au plus tard possible en mai 2027 ?
Très franchement, il est très difficile aujourd'hui. Alors qu'on est le nez sur l'immédiateté de l'événement. Bien sûr, bien sûr. De dire ce qui va se passer. Et si la stratégie... Si vous étiez conseiller politique au ERN,
vous leur diriez de faire quoi en termes de communication ?
Et si la stratégie qu'a esquissé Marine Le Pen est une stratégie durable sur les deux années qui viennent et si elle a des chances d'aboutir et d'inverser, en effet, une décision de justice qui est particulièrement lourde et qui semble rendre irréversible le destin politique de la présidente du groupe ERN à l'Assemblée nationale. Donc c'est vraiment trop tôt aujourd'hui. Mais ce qui est clair, c'est que de toute façon, le Rassemblement national, quoi qu'il arrive, va être obligé malgré tout, même si Marine Le Pen développe cette stratégie dont on vient de parler, de se préparer à avoir un plan qui est un plan de substitution à la candidature de Marine Le Pen.
Donc on peut imaginer que les instances du parti vont réfléchir à cette question-là. D'ailleurs, je crois que le maire de Perpignan, Louis Alliot, a déjà dit que Jordan Bardella constituait, disons, une solution éventuelle en cas d'empêchement de Marine Le Pen. Et c'est ce qu'a laissé quand même entendre aussi Marine Le Pen. Après, la question est de savoir si, cette solution-là aura l'adhésion et l'assentiment des principaux cadres du parti.
Parce que finalement, la phrase de Marine Le Pen, j'allais dire, aujourd'hui au niveau du RN, c'est qu'elle est au point d'équilibre des différentes sensibilités, notamment sur le plan économique, qui aujourd'hui coexistent au sein du Rassemblement national.
Bon, nous verrons cela. Ça s'avère passionnant. C'est aussi un peu vertigineux, parce qu'on s'était habitué à ce nouveau bipartisme, presque, lors des deux dernières élections entre le RN et le macronisme. Bon, même si c'est évidemment pas tout à fait comme ça que ça s'est passé. Mais voilà, on rentre un peu dans l'inconnu, Arnaud. Je ne sais pas ce que vous en pensez.
Oui, on rentre dans une période de très grande incertitude, sachant qu'on était déjà dans une période de très grande incertitude du fait de l'affaiblissement institutionnel de notre République, notamment avec une dissolution qui a, je le rappelle quand même, entraîné pour la première fois sous la Ve République, l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, une instabilité ministérielle ou une instabilité gouvernementale qui persiste et qui perdure, même si pour l'instant, François Bayrou a pu faire face à différentes motions de censure.
Mais on voit bien que c'est le cœur même à la fois de notre système institutionnel, le cœur même de la démocratie qui sont aujourd'hui quelque part rongés par une crise qui vient de loin mais qui ne cesse de s'accentuer.
Merci beaucoup. Merci Arnaud Benendetti d'être venu nous donner votre première réaction après l'interview de Marine Le Pen au journal de 20h de TF1. Je rappelle que vous êtes politologue et rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Merci Arnaud. Voilà ce qu'on pouvait dire sur cette interview de Marine Le Pen il y a quelques minutes sur TF1. Je vous rappelle quelques-unes de ses déclarations. C'est un état de droit violé aujourd'hui avec des pratiques réservées aux régimes autoritaires. Voilà ce qu'a dit Marine Le Pen en mettant le focus sur une décision politique selon elle. D'abord, elle a dit qu'elle était éliminée.
Elle a eu l'air de dire qu'elle était éliminée, que c'était fini pour elle. Est-ce une stratégie ou est-ce qu'il y a une sincérité là-dedans ? En tout cas, juste après, quelques minutes après, lorsque Gilles Boulot l'a interrogé sur Jordan Bardella, elle a dit que c'était un atout formidable. Le président du Rassemblement National qu'elle espérait cependant que le RN n'aurait pas usé cet atout trop tôt parce qu'elle n'allait pas se laisser éliminer ainsi. Je ne suis pas démoralisé, je suis seulement scandalisé comme l'ensemble de mes électeurs. C'est ce qu'elle a dit comme des millions de Français, ceux qui ont voté pour elle.
On lui a posé des questions sur la possibilité pour elle de se présenter quand même en 2027. Elle a dit qu'il y avait une voix qui était droite. Il y a, on l'a entendu, la possibilité d'une grâce présidentielle, elle l'a tout de suite écartée parce que la grâce présidentielle ne peut se faire que sur une décision définitive. Cela voudrait dire que Marine Le Pen est condamnée. Mais non, Marine Le Pen n'acceptera pas pour l'instant d'être condamnée puisqu'elle fait appel, elle l'a redit, de la décision du tribunal ce matin. Merci beaucoup, merci de nous avoir suivis.
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Marine Le Pen