Valérie Pécresse : "Je me suis engagée à être présidente de la région sans cumul"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les droites en France sont entrées dans la zone de turbulence. Quelle ligne idéologique pour cette opposition à l'heure du macronisme ? Bonjour Valérie Pécresse. Bonjour. Est-ce que Laurent Wauquiez n'a pas raison ?
Sur quel sujet ?
Sur la ligne politique.
Vous savez, on vient de connaître une défaite très sévère. Et face à cette défaite très sévère, il y a deux tentations. La première tentation, pour une partie de la droite, c'est de partir avec Emmanuel Macron. C'est le choix qu'ont fait Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin. Et la deuxième tentation, c'est celle de se replier sur ce qu'on appelle la ligne buisson. C'est-à-dire sur le noyau dur d'une droite identitaire. Et puis, il y a une troisième voie. Il y a une troisième voie, c'est celle de se dire que sur le champ de ruines de cette défaite, il faut rebâtir une autre droite.
Une droite qui soit bien dans ses valeurs, mais une droite qui soit aussi bien dans son époque et qui change radicalement de logiciel, qui n'utilise plus les mêmes mots pour parler des mêmes problèmes, qui parle de social, qui reparle d'écologie, qui sur les sujets de société évolue. Et c'est le pari que je fais avec mon mouvement libre.
Mais le problème avec un certain nombre de membres des Républicains au gouvernement, avec le pari d'Emmanuel Macron et droite et gauche, c'est que vous n'avez plus d'espace politique. Or, Laurent Wauquiez en détermine un extrêmement précis qu'on ne va pas venir lui disputer. C'est pour ça que je vous demande s'il n'a pas raison en termes politiques, stratégiques.
Je crois que le sujet, c'est de redonner aux Français envie de droite. Et je crois que nous avons donné le sentiment dans la dernière campagne de nous recroqueviller, d'être plus attachés à la France d'hier qu'à la France de demain. Et si moi, je suis profondément enracinée dans les valeurs de la droite, vous me connaissez, ça n'empêche pas que ce socle de valeurs me permet aussi de me projeter dans l'avenir et d'essayer d'imaginer une France de demain avec une nouvelle croissance.
C'est la droite d'hier, Laurent Wauquiez ?
Non, ce n'est pas ce que je dis. Je dis qu'aujourd'hui, il y a une ligne politique qu'il faut que nous clarifions, que nous définissions. Et pour moi, il y a clairement des lignes rouges. Je pense que la porosité avec le Front National en est une. Et puis par ailleurs, je crois qu'on peut vraiment... Il est poreux, Laurent Wauquiez ? Pardon, M. Demorand. Il est poreux sur le plan idéologique ? C'est important, c'est important. Il est poreux ? Laissez-moi définir ce que je veux faire avant de parler des autres. Je crois qu'il y a une place pour une droite qui soit à la fois ferme, sociale et réformatrice. Et puis, de manière plus cruciale, il faut redonner aux Français envie de droite.
Il ne faut pas seulement, j'allais dire, ranimer les cendres. Il faut que les Français nous refassent confiance. Et pardon, vous avez posé une question... Mais sur la porosité, c'est important. Oui, mais je vais y revenir, ne vous inquiétez pas. Mais je voudrais revenir sur ce que vous avez dit, ce que vous avez dit, quelque chose de très important. Vous avez dit, Emmanuel Macron ne vous laisse pas d'espace. Si, quand même, il laisse un espace... Moi, je vois au moins trois failles à ce stade dans la vision d'Emmanuel Macron qui le différencient de ce qui est pour moi la droite. Je pense qu'il y a la question de l'audace réformatrice.
Les 100 premiers jours sont assez décevants de ce point de vue. Or, on sait bien que ce qu'on n'a pas fait dans les 100 premiers jours, on a beaucoup de mal à le faire après. Mais la fermeté vis-à-vis d'un certain nombre de menaces de déstabilisation du pays, je pense au terrorisme, à l'hichamisme, aux migrations illégales... Il est mou sur le terrorisme. Écoutez, pour l'instant, je pense qu'il y a quand même, même si dans les mots, il s'en défend aujourd'hui, il y a quand même une forme d'angélisme. Vous voyez, par exemple, je l'ai entendu dire pendant sa campagne...
Angélisme, comment ?
Eh bien, je vais vous dire, quand dans sa campagne, je l'ai entendu dire et écrire dans le Figaro que quand, dans nos quartiers populaires, un homme refuse de serrer la main à une femme, ça n'a rien à voir avec la religion, je lui dis qu'il faudrait peut-être quand même qu'il vienne avec moi voir tout ça et que ça n'est pas seulement une question de contre-culture, comme il l'a dit lui-même, mais que c'est aussi une poussée de l'islamisme radical avec la volonté de défier la République.
La chose est de ne pas serrer la main, une autre est de faire un attentat. Il ne faut pas organiser non plus la confusion.
Non, non, bien sûr, mais je n'en...
Et on ne passe pas de l'un à l'autre, nécessairement.
M. Demorand, ne me faites pas ce faux procès.
Non, mais vous êtes en train de le faire à Emmanuel Macron, c'est pour ça que je souligne la contradiction.
Non, absolument pas. Vous me faites dire exactement le contraire de ce que j'ai dit. J'ai dit juste, j'ai repris ses propos. J'ai dit, quand on dit que quand un homme refuse de serrer la main à une femme, ça n'a rien à voir avec la religion, c'est juste une question de contre-culture, eh bien moi, je ne partage pas cet avis. Et permettez-moi de vous le dire, que j'ai été une des rares personnalités politiques à me rendre place de la chapelle à l'appel des associations de riverains il y a quelques mois pour dénoncer le fait que les femmes n'étaient plus admises dans l'espace public. Et sur ces questions d'égalité homme-femme, il y a un sujet.
Et il y a un troisième faille du macronisme, pardon, excusez-moi, c'est sur les fractures territoriales. On sent bien que l'ADN d'Emmanuel Macron est un ADN métropolitain d'une France urbaine bien insérée, qui aime la croissance. Et puis, je crois qu'il y a une France périphérique qui attend aussi des réponses.
Quand vous dites juste une dernière question politique, on va revenir en détail à ces choses-là après 8h40, ni Macron, ni Buisson, c'est ni centre-droite, ni droite de la droite, il ne reste plus rien.
Mais pardon...
Enfin, vous dites libre, vous, pour votre mouvement, mais... Mais c'est la droite, c'est la droite authentique.
C'est la droite authentique. C'est la droite qui respecte le pacte initial de fondation de l'UMP. Vous savez que j'étais à l'origine de la fondation de l'UMP, avec Alain Juppé, Jacques Chirac, Jérôme Monod. On a créé cette UMP pour rassembler, pardon, les libéraux, les centristes, les gaullistes, mais aussi les conservateurs. Et l'idée est simple. Alors là, pour une fois, je vais citer Nicolas Sarkozy. Ça ne m'arrive pas tous les jours, mais je crois qu'il avait totalement raison de dire quand la droite se rétrécit, elle perd. Quand elle s'élargit, elle gagne. Alors je ne dis pas que ça va se faire demain.
Enfin, c'est lui qui a rétréci la droite.
Ça ne va pas se faire demain. Mais aujourd'hui, le sujet, c'est vraiment de redonner envie de droite. Et pour ça, il faut reconstruire la ligne politique. Et ça va prendre du temps.
Est-ce que vous soutenez, Valérie Pécresse, le virage idéologique amorcé par Jean-Michel Blanquer à l'école ?
Alors, Jean-Michel Blanquer, je le connais depuis très longtemps. J'ai pour lui une grande amitié. On s'est connu, quand il était recteur de l'Académie de Créteil et que j'étais sa ministre, ça a toujours été, j'allais dire, quelqu'un qui avait une vision très créative et très... Enfin, c'était un visionnaire. C'est un visionnaire. Et moi, je partage un grand nombre de ses visions. Et je me réjouis qu'après deux années, j'allais dire, de verrouillage de l'éducation par Najat Vallaud-Belkacem à l'égard de la région Île-de-France, eh bien, on avance la main dans la main sur toute une série de sujets avec l'éducation nationale.
Parce que je pense que les régions et l'éducation nationale doivent avancer ensemble. La région bilingue, le décrochage scolaire, pour lequel la région est compétente, mais pour lequel elle ne peut pas contacter les élèves. C'est quand même un paradoxe. Le décrochage scolaire, l'éducation artistique et culturelle, et puis, évidemment, l'autonomie des établissements. Parce que vous savez que, dès mon arrivée, j'ai fait voter un budget d'autonomie pour les établissements qui le souhaitent.
Et ça marche très bien, parce que ça permet d'adapter, de faire confiance à la communauté éducative, et en Île-de-France, d'adapter les projets des établissements aux difficultés des élèves et aux demandes des élèves.
Est-ce que, pour des raisons de sécurité, les lycéens vont avoir à nouveau le droit de fumer dans les lycées ?
Sur cette question, cette question est vraiment très délicate. Moi, la seule chose que je demande, c'est qu'on ne laisse pas les proviseurs seuls face à ce type de décision. Alors, c'est vrai que, moi, je suis très attachée à la santé des lycéens. Je trouve un peu paradoxal qu'on interdise la vente aux mineurs de cigarettes et qu'on autorise les lycéens à fumer dans l'enceinte de l'établissement. Même si certains sont majeurs.
Mais il y a un problème de sécurité publique, éventuellement.
Il y a un problème de sécurité publique à avoir des attroupements devant les lycées. Mais il y a aussi un problème de santé publique à permettre de fumer dans les établissements. Et pour moi, malheureusement...
Qu'est-ce qui prime ? C'est ça, la question ?
Eh bien, c'est une question qui devra être tranchée en concertation avec les parents d'élèves. Moi, je préférais, je le dis, qu'on maintienne des lycées sans tabac parce que je pense que derrière, il y a aussi la santé sur le long terme des lycéens. Et je suis très inquiète de la recrudescence, vous le savez, de toutes les formes d'addiction, y compris au tabac et à l'alcool.
On y revient après la revue de presse. Rendez-vous Valérie Pécresse avec les auditeurs d'Inter. Léa Salamé à 8h40.
Valérie Pécresse