Ian Brossat : "La ville de Paris demande un centre de premier accueil pour les migrants"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:24OuverteRéponse directe
Yann Brossat, vous avez des nouvelles du terrain, comment ça se passe ?
- 1:24OuverteRéponse directe
Donc là, c'est une action conjointe de l'État et de la ville de Paris ?
- 1:34OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui se passe si les migrants refusent ? Parce qu'il y a aussi des fourgons de CRS, il n'y a pas que les associations sur place.
- 2:24RelanceRéponse partielle
Pourquoi ce serait différent cette fois-ci ?
- 3:42OuverteRéponse directe
Communiqué du ministère de l'Intérieur, les services de la préfecture de police seront pleinement mobilisés...
- 4:36OuverteRéponse directe
Ces migrants, ce matin, sont-ils vraiment mis à l'abri ? Ou est-ce qu'ils risquent un placement en centre de rétention ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« là où vivent dans des conditions plus que précaires plus d'un millier de migrants. »
- 1:02PrésentateurFait
« Il y a eu deux morts, je le rappelle, et il était par conséquent nécessaire que cette opération de mise à l'abri ait eu lieu. »
- 1:51PrésentateurFait
« il s'agit d'une opération de mise à l'abri et c'est déjà une bonne chose parce qu'au départ, le ministre de l'Intérieur parlait uniquement d'évacuation »
- 3:01PrésentateurChiffre
« Il y a deux ans, elle avait permis d'accueillir dans des conditions dignes 15 000 migrants »
- 3:32PrésentateurChiffre
« la création d'un grand centre de premier accueil, de grande capacité dans Paris pour permettre à ceux qui arrivent, ils sont d'entre 50 et 60 par jour, d'être hébergés dans des conditions convenables. »
- 4:57PrésentateurFait
« On parle de gens qui viennent de la corne de l'Afrique »
- 5:05PrésentateurFait
« Mais le problème, c'est que ce sont pour l'essentiel des Dublinais »
- 5:17PrésentateurFait
« si l'État pense qu'on va pouvoir renvoyer ces gens-là en Italie, je pense qu'ils font erreur »
- 6:33PrésentateurFait
« Le gouvernement est convaincu, notamment le ministre de l'Intérieur, que dès lors qu'on crée des places d'hébergement, on crée un appel d'air. »
Temps de parole
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France Inter, Hélène Roussel, le 5-7.
Il est 6h21, nous sommes avec Yann Brossat de la mairie de Paris, bonjour.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur Inter, vous êtes adjoint chargé du logement, de l'habitat durable et de l'hébergement d'urgence. Une grande opération d'évacuation a été lancée il y a maintenant 20 minutes dans le nord de Paris, là où vivent dans des conditions plus que précaires plus d'un millier de migrants. Yann Brossat, vous avez des nouvelles du terrain, comment ça se passe ?
Je sais que l'opération est en cours, il semble qu'elle se passe bien. Elle a démarré, il est vrai, à 6h du matin et c'est une opération de mise à l'abri comme la ville de Paris le réclamait depuis maintenant des mois. La maire de Paris, Anne Hidalgo, s'était rendue 9 fois au campement du millénaire en demandant à l'État cette opération de mise à l'abri. Nous sommes soulagés que l'État ait fini par nous entendre, nous et puis l'ensemble des associations, des riverains qui demandaient cette mise à l'abri.
Il y avait urgence ?
Il y avait urgence parce que la situation était devenue totalement ingérable, extrêmement difficile, dure pour ces réfugiés. Il y a eu deux morts, je le rappelle, et il était par conséquent nécessaire que cette opération de mise à l'abri ait eu lieu, je regrette quand même, le temps perdu. Que de temps perdu dans cette affaire. Cela fait maintenant des mois que nous tirions la sonnette d'alarme. Il y a eu une certaine mauvaise volonté de la part du ministre de l'Intérieur et je pense donc qu'il ne faut pas que tout cela se reproduise à l'avenir.
Donc là, c'est une action conjointe de l'État et de la ville de Paris ?
Effectivement, avec un certain nombre d'associations aussi qui accompagnent les réfugiés vers les centres d'hébergement qui vont les accueillir.
Qu'est-ce qui se passe si les migrants refusent ? Parce qu'il y a aussi des fourgons de CRS, il n'y a pas que les associations sur place.
Il s'agit d'une opération de mise à l'abri et c'est déjà une bonne chose parce qu'au départ, le ministre de l'Intérieur parlait uniquement d'évacuation, c'est-à-dire d'une opération policière d'éparpillement. Là, on est dans une opération de mise à l'abri, c'est-à-dire que tous ceux qui sont actuellement au campement du millénaire, ils sont entre 1500 et 1600, se verront proposer une place d'hébergement, certes provisoire, dans des gymnases pour l'essentiel, puisqu'il y a 18 gymnases qui sont mobilisés aujourd'hui, mais enfin, ils vont avoir un toit sur la tête et c'est une bonne chose pour l'instant. Les échos qu'on a, c'est que la grande majorité d'entre eux acceptent cet hébergement.
Il faut dire que leur situation était à ce point digne au campement du millénaire, qu'on comprend qu'ils acceptent ces places d'hébergement.
Ce n'est pas la première fois qu'on tente d'évacuer les campements de migrants, une trentaine dans la capitale sur ces trois dernières années, un peu plus, même 34. L'arrivée de 500 nouveaux migrants chaque semaine dans la capitale, ces campements repoussent un peu comme des champignons. Pourquoi ce serait différent cette fois-ci, Anne Brossat ?
Je ne peux pas vous assurer aujourd'hui qu'il n'y aura pas de nouveaux campements. En revanche, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a fait une proposition, je vous le dis ce matin, nous souhaitons et nous demandons à l'État la création d'un nouveau centre de premier accueil dans Paris. Nous sommes favorables à la création d'un centre de ce type. Il y en a eu un à Paris, c'était la bulle de la porte de la chapelle. Il y a deux ans. Il y a deux ans, elle avait permis d'accueillir dans des conditions dignes 15 000 migrants qui, du même coup, ne se sont pas retrouvés à la rue.
D'ailleurs, lorsque nous avons ouvert ce centre de premier accueil, il y a eu une diminution extrêmement sensible des campements de rue dans Paris et nous constatons que depuis que l'État a décidé la fermeture du centre de premier accueil, il y a eu une explosion du nombre de campements. Donc nous souhaitons, nous le disons, nous y sommes disposés, la création d'un grand centre de premier accueil, de grande capacité dans Paris pour permettre à ceux qui arrivent, ils sont d'entre 50 et 60 par jour, d'être hébergés dans des conditions convenables.
Alors, ce n'est pas trop le son de cloche de ce matin. Communiqué du ministère de l'Intérieur, les services de la préfecture de police seront pleinement mobilisés, peut-on lire, pour lutter contre la réinstallation des campements en usant, le cas échéant, des moyens juridiques à leur disposition.
Très franchement, si on pense qu'on résoudra ce problème en mettant des grillages partout, on se met un doigt dans l'œil. Et je ne pense pas qu'une gestion policière permettra de régler un problème humanitaire. C'est un problème humanitaire. Il faut qu'on s'habitue à l'idée que des réfugiés vont de toute façon affluer dans nos grandes métropoles. Donc il nous faut s'organiser pour permettre que cet hébergement se fasse dans des conditions dignes et non pas dehors. Nous, ce que nous souhaitons, c'est l'ordre. Et l'ordre, ça suppose qu'on ait des hébergements convenables pour éviter que les gens ne dorment dehors.
Donc des centres de premier accueil dans toutes les grandes métropoles, nous sommes disposés à le faire à Paris. J'espère que l'État nous entendra. Et j'espère surtout qu'il mettra un peu moins de temps à nous entendre qu'il n'en a mis pour réaliser cette opération de mise à l'abri.
Vu les prises de position du gouvernement sur l'asile et l'immigration, ces migrants, ce matin, sont-ils vraiment mis à l'abri ? Ou est-ce qu'ils risquent, pour certains ou pour la plupart, un placement en centre de rétention, Yann Brossat ?
La réalité, c'est que l'écrasante majorité de ceux qui étaient au campement du millénaire, qui le sont encore pour une part en ce moment, sont éligibles au droit d'asile. On parle de gens qui viennent de la corne de l'Afrique et qui, au final, seront reconnus comme des gens bénéficiant de l'asile dans un pays de l'Europe. Mais le problème, c'est que ce sont pour l'essentiel des Dublinais et l'État a décidé depuis maintenant plusieurs années de renvoyer les Dublinais dans le premier pays où ils sont arrivés en Europe. Et donc, si l'État pense qu'on va pouvoir renvoyer ces gens-là en Italie, je pense qu'ils font erreur, surtout avec les évolutions politiques qu'on connaît en Italie.
Donc, je pense qu'il faut assumer le fait que ces Dublinais doivent pouvoir être hébergés en France et que l'État doit revoir sa politique dans ce domaine. Je regrette effectivement que la loi asile-immigration ne résout rien pour ces personnes. Enfin, il va bien falloir être un peu pragmatique et les héberger dans des conditions correctes. Sinon, ils se retrouveront à nouveau dans des campements.
Est-ce que ça veut dire que ce soir, Yann Brossad, en Paris, il n'y aura aucun migrant à la rue ?
Je pense en tout cas que ce soir, les choses devraient être beaucoup plus correctes qu'elles ne l'étaient jusqu'à présent. Il y a encore deux autres campements où nous souhaitons que des opérations de mise à l'abri soient réalisées. Dans le 18e et le 10e arrondissement, autour du canal Saint-Martin, il y a encore beaucoup de travail. Je souhaite surtout que l'État revoie sa copie globale sur la prise en charge des réfugiés. Il n'y a que comme ça qu'on réussira à résoudre le problème de ces campements de réfugiés. Ayons un peu le courage de regarder la situation telle qu'elle est. Ils sont là, sachant les héberger correctement.
Vous réclamez donc un nouveau centre humanitaire un petit peu sur le mode de la chapelle. Que vous répond le gouvernement, Yann Brossad, là-dessus ?
Le gouvernement est convaincu, notamment le ministre de l'Intérieur, que dès lors qu'on crée des places d'hébergement, on crée un appel d'air. La réalité, c'est que ce qui crée l'appel d'air, c'est la situation des pays d'où ces personnes viennent. Quand on est dans un pays en guerre, quand on est dans un pays qui est dans une situation abominable, évidemment qu'on part. Et donc, je ne pense pas qu'en dégradant les conditions d'accueil, on empêchera ces personnes de venir. Je pense au contraire qu'il nous faut nous organiser pour que cet accueil se fasse dans des conditions correctes. C'est ce que nous demandons.
Il y a encore besoin d'un peu de discussion et un peu de débat avec le gouvernement. Mais s'il ouvrait les yeux et s'il était un peu pragmatique, je suis convaincu qu'il se dirigerait vers les solutions que nous proposons.
En tout cas, on va suivre, bien sûr, sur France Inter, cette grande opération d'évacuation avec nos reporters sur place dans le nord de Paris. Vous les entendrez dans les prochains journaux. Yann Brossa, adjoint PC, chargé du logement de l'habitat durable et de l'hébergement d'urgence à la mairie de Paris. Merci d'être partagé dans le studio du 5C de France Inter ce matin. Merci encore, au revoir.
Ian Brossat