L'invité politique Sud Radio - Avec Thibault de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquilly.
Il est 8h18 sur Sud Radio et votre invité Jean-François Aquilly est avocat et président du CRSI. Bonjour Thibaut de Montbriel. Bonjour Jean-François Aquilly.
Nous allons évoquer le choc d'autorité que vous appelez de vos voeux pour ce pays. Mais tout d'abord, Thibaut de Montbriel, deux réunions de coordination interministérielle sur l'antavirus annoncée par Sébastien Lecornu sur X. C'est la première démarre dans une dizaine de minutes d'ailleurs à Matignon. Vous pensez qu'il a raison, deux par jour, au risque de susciter l'inquiétude dans ce pays ?
Ce qui compte, ce n'est pas le nombre de réunions, c'est leur efficacité. Donc s'il estime qu'il faut faire plusieurs réunions, moi je n'ai aucune raison de douter qu'il a tort. Ce qui est certain, c'est que c'est un sujet qu'il faut regarder avec attention. Moi je suis ça depuis une dizaine de jours déjà. Ce que je trouve plutôt rassurant, c'est que les autorités semblent avoir pris le sujet au sérieux, très en amont. Ce qui n'était pas le cas au moment du Covid. Et ce qui est inquiétant, c'est qu'on a déjà des débats doctrinaux entre spécialistes dans les médias. Certains qui disent que c'est potentiellement une crise grave et d'autres qui disent qu'il n'y a aucun risque.
Avec donc une inquiétude forcément qui monte dans la population.
Oui, moi je pense que ce qui inquiète le plus les gens, c'est quand les pouvoirs publics ne traitent pas les choses. Donc je trouve ça plutôt rassurant pour vous. Pour faire une réponse courte, je trouve ça plutôt rassurant. Je pense que c'est un point sur lequel il faut être pour le moins vigilant.
Vous pensez que les Français aujourd'hui, ça s'appelle l'acceptabilité, sont en mesure d'accepter de nouvelles restrictions de liberté ?
Pour des raisons sanitaires, vous voulez dire ? Ça dépendra du sérieux qu'ils ressentiront dans la communication publique qui leur sera adressée. Je pense qu'il faut, comme sur tous les sujets, je pense qu'il faut dire la vérité. Je pense qu'il faut la dire en amont. Je pense qu'il faut être pédagogue. Je pense par exemple que ce n'est pas ce qu'on fait sur les conséquences de la crise économique qui va arriver suite à la crise iranienne.
Non mais c'est un parallèle intéressant parce qu'on est dans l'euphémisation des conséquences de l'embargo sur un certain nombre de produits qui vont frapper la France et l'Europe de plein fouet dans deux ou trois mois avec des conséquences concrètes sur la vie des gens. C'est typiquement ce qu'on ne fait pas. Là par contre, apparemment, il semblerait que le sujet soit...
Non mais il faut dire la vérité. Non mais il faut dire la vérité.
Vous savez, les gens sont toujours moins inquiets que les gens qui nous écoutent. Imagine s'ils ont un problème de santé et qu'ils vont chez le médecin. Ils ont envie qu'on leur dise la vérité. Pourquoi ? Parce que le bon diagnostic permet ensuite la bonne solution et le bon traitement.
Thibaut de Montbréal, deux faits marquants dans l'actualité en ce début de semaine. Ces trois personnes qui ont trouvé la mort dans un incendie criminel à Dessines-Charpieu près de Lyon. Un couvre-feu d'ailleurs est mis en place. Et à Nice, deux morts, trois blessés graves dans une fusillade survenue dans le quartier des Moulins. Un quartier sensible. Des drames vraisemblablement liés au narcotrafic. Vous avez vu la déclaration du DGPN, le directeur général de la police nationale. Il n'y a pas de zone de non-droit en France, dit-il dans le Figaro. « Les policiers vont partout ». Est-ce vraiment une réponse audible, celle de Louis Logier ?
Vous savez, les policiers vont partout, mais il y a tout un endroit où il ne reste pas très longtemps. Et d'ailleurs, vous savez, c'est ce qu'il dit avec la limite, la contrainte d'expression qui est la sienne. Est-ce qualité, puisque c'est le patron de la police ? Prenez la suite de sa réponse, je me suis permis, je l'ai sous les yeux. Il dit qu'il n'y a pas de zone de non-droit en France, les policiers vont partout. Et ensuite, avec un langage formidable d'euphémisation, il dit qu'ils n'y vont pas forcément dans les mêmes conditions, selon les heures, les lieux, mais ils vont partout. Ils savent inscrire leur intervention dans le temps pour ne pas créer de tensions supplémentaires.
Je vous décode. Ça veut dire qu'il y a des endroits où la police ne peut aller que pour des opérations ponctuelles, avec des renforts par rapport au nombre de policiers qui seraient utiles pour une opération similaire dans des quartiers plus calmes. Et ils font ce qu'on appelle du « in and out », c'est-à-dire qu'ils entrent, ils procèdent à l'interpellation qu'ils sont venus opérer, et ensuite, ils se retirent et ils ne restent pas. Donc non, c'est vrai qu'il n'y a pas d'endroit où la police ne va jamais, mais par contre, il y a des endroits où la police ne peut plus rester.
Ce sont donc des zones de non-droits effectifs, en réalité. Il faut lire la déclaration quasiment à l'inverse. Ce sont des zones de non-droits sporadiques. De non-droits sporadiques. Il y a eu ce matin, Alexandre Vincendé, sur Sud Radio, au micro de Maxime Liedot, le maire horizon de Rillieu-Lapape, qui a dit « Nous vivons un moment de bascule, l'ultra-violence gagne tous les étages, les petits trafiquants n'ont plus peur. » Thibaut Nombréal, qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui pour ce choc d'autorité en France que vous appelez de vos voeux ?
Alors, d'abord, je me réjouis de ce que le réel arrive, soit désormais perçu par un certain nombre de gens qui sont des décideurs, qui sont des politiques sur le terrain. Parce que pendant longtemps, plus vous montiez dans la chaîne hiérarchique politique, moins les gens étaient capables de voir la réalité. Il y a un phénomène qui est établi par tous les chiffres, sans rentrer dans les détails, qui est une réalité, que seuls ceux qui ne veulent pas voir ni, c'est que la violence augmente considérablement en intensité et que son seuil de déclenchement ne cesse de baisser. Et en particulier depuis cinq ans. C'est très spectaculaire. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Il n'y a pas 36 solutions.
Nous sommes dans un état de droit. Et contrairement à ce que pensent certains, le droit, aujourd'hui, permet de faire beaucoup de choses. La première des choses, la toute première, ce n'est pas une question de droit, c'est une question de détermination. Cette détermination, elle devrait consister de la part des pouvoirs publics à mettre en œuvre leur responsabilité dans le pacte social. La population paye des impôts pour être protégée par la police et la gendarmerie. Et cette responsabilité, c'est d'utiliser sur le terrain la force nécessaire, ce que le droit prévoit. La force nécessaire... Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Mais bien sûr que non.
Aujourd'hui, les policiers et les gendarmes, sur un potentiel de force de sang, par exemple sur un dossier, si vous êtes sur le terrain et que vous avez droit, par rapport à la situation, à utiliser une force de puissance sans, les policiers et les gendarmes ne vont pas utiliser plus de 80% de ce qu'ils peuvent. Pourquoi ? Parce qu'en face, évidemment, les voyous, dans ce cycle d'hyperviolence que vous décrivez et auquel le maire de Riola-Pape fait référence, les voyous eux-mêmes sont totalement désinhibés et utilisent la violence contre les policiers.
Je rappelle qu'un quart des victimes de violences volontaires en France sur ces cinq dernières années, un quart, 26% exactement, sont des policiers et des gendarmes. Les policiers et des gendarmes. Les premières victimes de la violence, ce sont les policiers et les gendarmes. Et donc, le premier point, les policiers subissent des violences contre eux. Deuxième point, la justice, très souvent, juge, analyse l'action des policiers avec un regard pointilleux, totalement déconnecté des réalités de la difficulté des métiers de la police et de la gendarmerie. Et souvent, avec des décisions qui, ensuite, sont des décisions castratrices pour les policiers et les gendarmes.
Comment vous expliquez que les politiques ne prennent pas la mesure de ce qui se passe réellement ? Parce que je pense que le choc d'autorité... Quelle que soit la couleur. Non, mais le choc d'autorité que je théorise, moi, depuis des années, c'est-à-dire que l'expression m'a été beaucoup empruntée, mais personne ne l'a réellement mise en œuvre. Alors, ça implique d'assumer ce que les Français demandent, c'est-à-dire... Mais attendez, je finis ma phrase parce qu'elle est essentielle. Ça exige d'assumer la casse.
C'est-à-dire qu'il va falloir que nos politiques assument que quand les policiers et les gendarmes interviennent dans des quartiers ou sur des situations, dans des émeutes comme ce qu'on a vu après le match de foot encore l'autre jour à Paris, et qu'on va voir à puissance 50 ou 100 le 30 mai après la finale de la Ligue des Champions, comme on l'a vu après la finale de l'an dernier, eh bien, il va falloir que nos politiques assument que la loi leur permet et permet aux policiers et aux gendarmes, en utilisant la force de dégager le terrain, de protéger nos concitoyens, mais que, mais que, ça peut occasionner des blessures graves, voire, et je pèse mes mots, des morts chez les délinquants.
Mais Jean-François Akili, ce qui manque à ce pays... Ce pas n'est pas franchi. Ce pas n'est pas franchi, et je vais finir mon raisonnement.
Ce qui manque à ce pays, ce sont des politiques qui, assumant les responsabilités qui sont les leurs, responsabilités qui leur sont confiées par la Constitution, d'utiliser toutes les ressources de l'État de droit, et en particulier la police et la gendarmerie, qui ont le monopole de la force légitime, qui disent la phrase que je vais vous dire, c'est qu'un citoyen qui est tué, c'est un drame absolu, un policier ou un gendarme qui est tué, c'est une catastrophe, et un voyou qui est tué parce qu'il était en train de commettre un acte qu'il exposait à une riposte, policière, pour protéger la population, et bien c'est le résultat d'un choix de vie, et c'est quelque chose qui ne mérite pas que l'on rentre dans une empathie équivalente à la mort d'une victime civile ou d'une victime policier.
Et quand on assumera que tout le monde ne se vaut pas, et que quelqu'un qui est dans une œuvre de violer, de tuer, de piller, de casser le pacte social doit être traité de la même façon qu'un policier, tant qu'on n'assumera pas qu'il faut faire une différence et qu'il faut privilégier la loi et l'ordre, et bien on n'avancera pas.
Le 30 mai, qu'est-ce qu'il faut faire, Thibault de Montbrial ? Il y aura la finale PSG Arsenal ?
Le 30 mai, il faut mettre en place un dispositif qui soit échelonné dans plusieurs domaines. D'abord, il y a une politique de renseignement en source ouverte, c'est-à-dire que vous avez beaucoup de choses qui se préparent sur les réseaux sociaux, et on est toujours très surpris de voir, comme quand on a eu ce grand rassemblement l'autre jour sur le terrain militaire près de Bourges, je fais une parenthèse, mais de voir qu'il y a 30 000 personnes qui sont venues, qu'il y avait un certain nombre de hashtags sur les réseaux sociaux.
Laurent Nouniaz aurait pu empêcher cette rave-partie ?
Je pense qu'il faut être beaucoup plus créatif et qu'il faut aller mettre des barrages routiers sur les axes de pénétration depuis les pays étrangers où on sait que des milliers de personnes vont venir, par exemple d'Italie, etc. Il y a tout un tas de choses, je ne dis pas que c'est simple, je dis qu'on aurait sans doute pu l'anticiper, et ensuite mettre en place un certain nombre de moyens de force mobile pour bloquer l'accès au terrain en ayant anticipé. Mais je reviens sur votre question, sur les émeutes après les événements sportifs ou les événements culturels.
D'abord, on ne peut que regretter que dans notre pays, des événements qui devraient fédérer, le sport, la culture, c'est la fête, se divisent et conduisent à des violences quasi systématiques. Ensuite, qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut mettre en place ? Les autorités n'ont pas besoin de moi pour le savoir, mais encore faut-il, là encore, aller au bout de la logique et des outils qui sont permis. Un, renseignement en amont. Deux, il faut évidemment aller faire des contrôles et filtrer dans le RER, dans les stations qui sont d'entrée de part, etc. Il faut y aller.
Et ensuite, sur le terrain, quand les gens se livrent à des pillages, quand ils rentrent dans les résidences, parce que le sujet dont on a assez peu parlé, c'est que de plus en plus, ces voyous désinhibés, qui n'ont rien à voir avec des supporters de foot, je tiens à le dire, il faut éviter, là, pour le coup, pas d'amalgame, pour le coup. Pas d'amalgame entre ces pilleurs et ces casseurs et les vrais supporters de foot. Ceux qui sautent sur les voitures,
ceux qui cassent les vides,
ceux qui rentrent leurs mains dans les voitures pour aller toucher les femmes et voler les sacs à main. C'est ça, la réalité. Ceux qui ont tenté de rentrer dans des résidences porte-de-saint-clou mercredi soir. Ces gens-là doivent être traités à la hauteur des dégâts qu'ils commettent. Et encore une fois, en assumant la casse, s'il y en a. Et j'ajoute, parce que c'est essentiel, que si la police et la gendarmerie ne le font pas, si le politique ne l'assume pas, c'est les citoyens qui vont le faire eux-mêmes.
L'autre jour, porte-de-saint-clou, il y a un certain nombre de témoignages qui montrent que ce sont des résidents qui sont descendus avec des battes de baseball pour protéger leurs voitures et leurs immeubles. Est-ce que c'est le rôle des citoyens de descendre avec des battes de baseball pour se protéger ? Thibaut de Membrial, le narcotrafic,
c'est une guerre perdue, rapidement ?
C'est une guerre qu'il faut assumer comme telle. C'est-à-dire que c'est une guerre... On est dans une fuite vers une sorte de mexicanisation avec des gens qui ont des moyens considérables, quasi étatiques, et il faut prendre ce problème, là encore, dans tout le champ du combat, et en assumant des mesures dures.
Nous allons vers une sorte de guerre civile aujourd'hui, Thibaut de Membrial.
Non, mais moi, je n'aime pas le mot, parce que d'abord, c'est une sorte de prophétie autoréalisatrice. Donc, il ne faut pas parler de guerre civile. Mais, en plus, c'est très compliqué d'identifier des camps. Les guerres civiles, souvent, il y a des camps constitués. Ici, il y a un camp du désordre, avec un mélange de tout un tas de gens qui détestent la France, mais qu'on voit, en fait, assez mal se fédérer, sauf dans le projet du chaos et de la violence.
Par contre, ce vers quoi on va de plus en plus, ce sont sur la base d'événements parfois futiles, comme un match de foot, parfois plus grave, comme la réaction à des événements internationaux, et bien, des actes de violence de plus en plus incontrôlés. Et je dis, et encore une chose très importante, pour l'instant, les armes à feu ne sont pas utilisées contre la population et contre les forces de l'ordre, mais le jour où elles le seront, à ce moment-là, il y aura une bascule majeure, et on aura des situations de chaos qui pourront durer plusieurs jours, et qui nécessiteront des états d'urgence ou des états de siège.
Elles le seront parce que le narcotrafic, désormais, peut-être bousculé aussi par... Aujourd'hui, le narcotrafic, c'est du business.
C'est-à-dire, ils utilisent beaucoup, énormément de violence, on en a parlé tout à l'heure, mais entre eux. Mais le jour où il y aura un événement qui fera que pour des raisons culturelles, il y aura une émotion, notamment autour de la culture musulmane, hystérisée en islamisme, le jour où il y aura l'impression, à tort ou à raison, qu'il y a une logique de bloc qui s'installe, à ce moment-là, je pense que nous aurons des vagues de très grandes violences qui seront difficiles à contenir.
Thibaut Nombriel, en conclusion, vous êtes aujourd'hui menacé de mort par un djihadiste, de façon claire, ça s'est produit pendant le procès de l'attentat de Mignonville.
Oui, il a envoyé ma photo à tout un tas de djihadistes en leur disant qu'il fallait me tuer. Il y a eu un procès la semaine dernière, on va voir ce que la justice dit.
La question que je voudrais vous poser en conclusion, Thibaut Nombriel, quel candidat pour porter ce choc d'autorité ? Ça arrive, la 2027, c'est important ce qui va se passer quand même. C'est une vraie question, mais vous savez, moi, je... Ou quel type de candidat ?
Alors, quel candidat ? Très sincèrement, aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal à voir qui pourrait vraiment prendre des choses à bras de corps.
Vous avez dit, je suis prêt, la dernière fois que vous étiez venu ici. Je suis prêt.
Ce que j'ai dit, que je vous répète bien volontiers, c'est qu'avec mon centre de réflexion sur la sécurité intérieure, j'ai fait 42 réunions publiques en deux ans, dans toute la France. Et qu'à chaque fois, les Français me disent ce ne sont pas ceux qui nous ont rendu malades qui vont nous guérir. Et il faut un renouvellement de la classe politique. Il y a une énorme attente. Il y a une rupture entre la France et l'élite, les élites, qui est une rupture absolument majeure, que beaucoup de gens ne comprennent pas à Paris. Je pense qu'il y a une attente de renouveau.
Et ce que je vous avais déjà dit et que je vous redis aujourd'hui, c'est que moi, je suis dans une logique d'engagement et que j'y prendrais évidemment ma part.
Votre part est dans l'offre. Pour conclurement, vous ne voyez pas de candidat ou candidate susceptible de porter ce choc dont nous avons peut-être besoin dans ce pays ? À ce jour, quand je vois ce que je vois et que j'entends ce que j'entends, la réponse est non.
Merci à vous, Thibaut Nombréal. Merci beaucoup, Jean-François Aquili, et sur cette déclaration que vous avez rappelée du directeur général de la police nationale. On va y revenir avec vous, amis auditeurs et nos éditorialistes. 0826 300 300, Est-ce que nos élites ont réellement conscience de l'état sécuritaire dans lequel se trouve le pays ? Parce qu'ils le déclarent. Non, il n'y a pas de zone de non-droit. Ah bon ? 0826 300 300. À tout de suite.